Dossier : Comment apparait et se diffuse une tendance de mode masculine ?

Trend menswear

Aujourd'hui j'écris un article orienté culture générale et fashion business (vous savez, ce truc qu'on est tous ensemble en train de faire évoluer dans le bon sens). Nous allons parler des tendances, de leur naissance à leur mort. Je comprends tout à fait que certains recherchent sur BonneGueule des conseils directement applicables (et on vous en donne !).

Mais il est parfois bon de prendre du recul sur l'industrie qui conçoit vos vêtements... pour y voir plus clair et mieux acheter.

A la fin de cet article vous en saurez plus sur la naissance et le cycle de vie des tendances... et vous comprendrez pourquoi il est parfois illusoire de suivre ces tendances de la mode masculine.

Elégance classique VS tendances cycliques

Comme on vous l'explique depuis longtemps, la mode masculine obéit à des règles bien définies, comme tout domaine un tant soit peu artistique (architecture, design, peinture, musique...). Ces "règles" n'ont pas été décrétées par des élégants des temps anciens, pas plus qu'elles ne sortent du chapeau des designers : elles prennent tout simplement racine dans la nature.

Les proportions classiques seront celles qui subliment un corps équilibré, correspondant à un rapport "largeur des épaules / largeur des hanches" ou "longueur de jambes / longueur de buste" précis, une stature droite, et cetera... les proportions de l'homme de Léonard De Vinci en quelque sorte 🙂

L' "homme de Vitruve" dessiné par Léo en 1492.
Les proportions ont été définies à partir du nombre d'or
et d'autres repères mathématiques.

Même si les théories divergent (ou deviennent obsolètes : on gagne 2cm par génération depuis le XIXe siècle), on retrouve tout de même certaines constantes comme le nombre d'or. En prenant quelques raccourcis, on peut dire que l'élégance classique vise à rapprocher sa silhouette des proportions standard en la rééquilibrant ici ou là à coup de largeur de revers et de hauteur du cintrage.

C'est bien quand on débute, mais cela peut aussi aboutir à une vision un peu étriquée du vêtement (il n'y pas que les couleurs et les motifs sur lesquelles on peut jouer).

Je vous conseille tout de même des blogs comme le Chouan des Villes (très intéressant à suivre, bien que je ne sois pas d'accord avec tout) ou Parisian Gentleman.

A l'opposé, d'autres ne parlent que de tendances, c'est à dire de ce qui rompt avec les standards. Piétinant parfois joyeusement les frontières du bon goût.

Kanye West et sa clique. Selon le calendrier utilisé :
an 2011 après J.C., an 559 après De Vinci, et an 44 après David Guetta.

D'autres encore s'inscrivent dans un futurisme vestimentaire : ils voient la mode davantage comme une progression que comme une suite de cycles (note : les deux points de vue cohabitent). Ils suivent leur avant-garde de créateurs ou créent eux-même. C'est parfois un peu perché mais passionnant (bien que souvent très cher).

S'il fallait jouer les arbitres, plutôt que de compter les points, je ne vous dirai qu'une chose : faites ce que vous voulez, du moment que cela serve votre image auprès des gens qui comptent pour vous (amis, filles, milieu pro...).

Mais comme vous l'avez peut-être déjà entendu, la mode est en fait un éternel recommencement. Les tendances évoluent, modèles vos goûts, et vice versa. Alors gardez tout de même un oeil dessus, car il faut vivre avec son temps. Mais ne cherchez pas volontairement à vous y conformer : jamais. Votre style doit rester une expression de vous-même (et non une tentative de cloner Ryan Gosling).

Identification de la tendance dans un microcosme

Mais au fait : comment naissent les tendances de mode ? C'est une question qui n'a pas de réponse : certaines tendances sont l'évolution cyclique et naturelle d'un phénomène donné (la largeur des manches de pantalons augmente depuis 2005, apogée du slim).

Et d'autres apparaissent parce qu'elles sont un symbole à un moment donné (le col Mao s'est répandu dans les années 70-80 porté par le communisme, et revient aujourd'hui de manière cyclique, cette fois-ci par pur choix esthétique... ou nostalgie de l'enfance chez les trentenaires ?).

Toujours est-il que pour l'industrie du prêt-à-porter, repérer les tendances est vital. C'est ce qui définit si les vêtements proposés remporteront les faveurs du public ou resteront sur les étals. Une marque qui repère une tendance suffisamment tôt peut même être identifiée comme précurseur et s'assurer 2 ou 3 bonnes saisons en surfant sur cette tendance : c'est le cas idéal.

Seulement, repérer une tendance et produire les vêtements 6 mois avant tout le monde révèle du génie. Si certaines marques peuvent compter sur le sens inné de certains créateurs pour sentir la direction du vent (Alber Elbaz et Lucas Ossendrijver et les sneakers de créateur), la plupart consultent des bureaux de style.

Ce sont des petits cabinets de conseil qui guident les marques de tout bord sur les tendances à venir : le noir mat, nouveau code des voitures ou de l'électroménager de luxe, le mobilier industriel dans les designs de boutique, ou les motifs tribaux dans la mode...

Ferrari 599 FTB noir mat. Peu de gens aiment, mais on est sur une recherche de
différenciation du client fortuné. C'est "hype" : donc ça se vend.

Le problème avec les bureaux de style, c'est que toutes les marques consultent peu ou prou les mêmes... et c'est là que cela coince. Tous les 6 mois, de nouveaux codes à suivre donnés par les cahiers de tendance, 6 mois après c'est en rayon, et 6 mois plus tard dans la rue.

Parler de prophéties autoréalisatrices plutôt que de tendances est bien plus juste !

La tendance n'est alors plus le reflet d'une époque, ou une étape dans un continuum logique, mais uniquement le diktat éphémère de ceux qui ont les budgets marketing pour le faire appliquer.

Et les stars des fashions weeks (celles et ceux qui se font prendre en photo à la sortie, pas ceux qui défilent) se retrouvent en fait en suiveurs (bien que suivis à leur tour), là où ils se voyaient en innovateurs de génie. Too bad...

La tendance colorblock. Pas très subtile...
Ne pas aimer quelque chose ne vous rend pas "has been".

Viralité et évolution des tendances mode homme

A notre époque, le cycle de vie des tendances est à la fois accéléré par les réseaux sociaux qui diffusent l'information en temps réel. Mais elles sont aussi amplifiées par la capacité des marques à mener des campagnes de pub dans le monde entier, à la rencontre de consommateurs de plus en plus standardisés à mesure que les différences culturelles s'effacent.

Le second problème, c'est que peu de consommateurs ont le discernement (ou la volonté) pour distinguer la tendance de fond (le zeitgeist) du mirage. Ils suivent alors les repères en qui ils ont le plus confiance : marques avec une image dynamique, presse masculine et stars. A savoir les gens précis qui ont un intérêt à ce que vous achetiez pour vous remettre à l'heure, et ceux rémunérés par les premiers.

Il y a comme un petit conflit d'intérêt, non ?

Mort de la tendance... et renaissance ?

"Toute tendance est vouée à réapparaitre... Et si ces modes éphémères étaient finalement autant de graines plantées, et destinées à fleurir un jour dans le style de chacun ? De manière spontanée et printanière ?"

C'était le passage "envolée lyrique" de l'article : notre bureau de style m'a conseillé ça.

En effet tout n'est pas aussi sombre. Les forums et les nouveaux media permettent aussi d'échanger les influences et d'enrichir le style de chacun. Je dresse un tableau volontairement sombre pour marquer le propos, mais vous voyez l'idée 🙂

Le but de cet article n'est pas de vous dire "le marketing c'est très méchant" : au contraire, c'est grace au marketing que sont produits les items que vous recherchez. Et c'est grâce à la mondialisation que vous avez accès à des produits moins chers, mais aussi à un savoir et une culture bien plus diversifiée que celle de notre hexagone parfois ronronnant.

Inutile également de refuser une tendance, simplement par anti-conformisme. Si un code vestimentaire vous parle et est de bon goût : alors adoptez-le. Pour ma part j'aime beaucoup les couleurs kaki et moutarde, les combat boots et les trenchs : des choses que l'on voit beaucoup en ce moment. Idem pour les vêtements loose.

Le genre de look qui me parle en ce moment.
Sans vraie rupture avec mes gouts passés ou futurs.
Simplement des tendances parmi d'autres qui font sens dans l'évolution de mes goûts.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont validés manuellement, mais tous sont acceptés et publiés avec une réponse (il faut compter 24h en moyenne).

  • BenoitBG

    On ne peut pas généraliser, l’influence d’un créateur est très variable, mais pour les megabrands, la créativité du créateur occupe une place centrale, qui va parfois être affinée avec quelques cabinets de conseil… (mais pas tout le temps)

  • Dece

    Salut! Entre les cabinets de conseil cités dans l’article et les créateurs comme Slimane, qui a le plus d’influence sur une saison? Parce que j’ai un peu l’impression que l’article remet en cause l’imagination de ces créateurs. Je dis ça en toute objectivité, je suis juste curieux de comprendre.

  • Valentin

    Cela tombe bien niveau kaki, on a particulièrement vu cette tendance revenir cet automne-hiver passé. Je porte moi même pas mal de kaki que je marie avec du marron ou du moutarde. Couleurs très automnales pour le coup.

  • si si je l’ai essayé à L’Atelier à NYC

  • blackmamba

    le cuir ccp n’est pas un blouson d’escrime, n’est pas en kangourou bouilli, et ne comporte pas de titane

  • c’est la partie que je n’aime pas du tout chez lui (et nous ne partageons pas du tout ses valeurs passéistes et très conservatrices), mais d’autres choses valent parfois la peine.

  • Anonyme

    Article sympa, ça change et personnellement ça me plaît un article plus théorique de temps à autre. Et entendre parler du « zeitgeist » sur un blog de mode, c’est assez savoureux. Bref la variété est intéressante, on (je) s’ennuie à la fin si on n’a toujours que des conseils pratiques.

  • Lloyds

    Je déconseille vivement le « Chouan des Villes » :
    rétrograde, chantant toujours la gloire des tailleurs du passé, et regrettant
    de manière systématique tout ce qui se faisait autrefois à travers un discours « tout fout le camp » ou « ce n’est plus ce que c’était »,
    de scandaleux et nauséabonds relents d’homophobie quand il évoque des personnes comme Jean-Paul
    Gaultier ou quand il hurle à la décadence provoquée par des prétendues
    influences gay, des règles énoncées comme des commandements et que le lecteur devrait suivre à la lettre… Pour moi, un torchon sans intérêt. Désolé. 

  • « Pour ma part j’aime beaucoup les couleurs kaki et moutarde, les combat
    boots et les trenchs : des choses que l’on voit beaucoup en ce moment.
    Idem pour les vêtements looses. »
    J’ai eu un moment de solitude en lisant ça, parce que ça fait 48h que je recherche exactement ces articles en kaki (bon j’avoue que le moutarde ça me tente moins) et gris/bleu marine en fouillant tous les eshops auxquels je pense (sans trouver ce que je veux d’ailleurs)… « Coincidence? je ne pense pas. » Pourtant je suis pas vraiment sorti de chez moi à part pour faire les courses depuis une semaine (révision oblige), j’ai pas regardé la tv ni vu d’article parlant de ça en particulier… Alors franchement je me demande d’où ça vient.

    Enfin, sympa l’article un peu « sociologie » sur la mode, ça change

  • Gatsu

    Très bon article ,
    À la découverte de bonne gueule , j’ai découvert justement la mode de part son recommencement cyclique et ses basiques, car jusqu’à ce moment , je voyais la mode comme une constante amélioration , ça parait peut-être con ce que je dis , mais ça a été pour moi une révélation , mais il est vrai que les deux points de vue cohabitent , ils doivent être même complémentaire pour trouver son style (« parfait »).