Pitti Uomo 2019 : le débrief de Benoît, Jordan et Nicolò

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Benoît connaît bien le Pitti Uomo, grand rendez-vous de la mode masculine à Florence, pour y être allé de nombreuses fois. Dans le cas de Nicolò et Jordan, il s'agissait d'une première. Trois ressentis, autant d'impressions et de constats pour un même salon. Pour retrouver tous les tweets envoyés pendant le Pitti, comme si vous y étiez, c'est à la fin de cet article.

Le debrief de Benoît

Alors qu'est-ce que j'ai pensé du Pitti cette année ? En un mot : velours. Eh oui, chez les marques sartoriales, il y avait du velours partout : en costume, en manteau ou en pantalon cargo.

Et le velours, ça n'est pas du tout ma tasse de thé, et même si ça rend bien sur un mannequin du Pitti, je trouve ça trop compliqué à porter. Et rendons à César ce qui est à César : le premier à avoir abondamment utilisé le velours côtelé dans des pièces tailleurs, c'est Yasuto Kamoshita pour sa marque… Camoshita (facile à retenir).
Sur le Pitti, il y a trois stands que j'aime bien voir :
  • Brunello Cucinelli, une marque italienne très haut de gamme, toujours aussi juste, où je pense que son stand est l'un des plus visités au Pitti. Le parfait mélange entre le casual et le chic, avec une pointe d'originalité, il est sans aucun doute chez Cucinelli.
  • Lardini et Lubiam : deux fleurons de l'art tailleur italien où on en prend plein les yeux, avec des costumes toujours plus beaux les uns des autres, et manteaux magnifiques. C'est précisément à ce moment là que j'ai envie de reporter le costume à Paris !

Passage obligé sur le stand Brunello Cucinelli

A ma plus grande joie, le techwear commence tout doucement à être bien présent au Pitti.

Nanamica, Snow Peak et Arc'téryx Veilance sont des habitués sur Pitti, mais j'ai également vu la marque américaine Isaora, les nordiques Klattermunsen et leur démarche environnementale très poussée, ou encore les japonais And Wander. Ça fait plaisir de voir ces marques au milieu des costumes croisés !
Cette année, j'en ai également profité pour voir quelques boutiques à Florence.
J'ai adoré WP Store, et sa sélection qui mêle des marques japonaises (ah, ces doudounes Goldwin ! ) et ses marques héritage type Woolrich, Barbour, etc.

Après, il y a évidemment l'incontournable boutique Flow, qui distribue du A.B.C.L. Garments, mais aussi du Ten-C ou du Fortela. L'ambiance de cette boutique est assez marrante en plus, très enjouée et musicale.

J'ai fini ce petit tour par la boutique cachée de Shibumi, une marque d'accessoires et de chemises vraiment cools, un peu comme notre marque nationale Howard's.
Et le Pitti, c'est aussi toute l'ambiance à côté : ses restaurants avec l'équipe à se demander si on prend un "Primo Piatti", ses Spritz, ses "gelato" (glaces), ou ses fameux chocolats chauds très épais.
Etant donné que toutes les marques sont concentrées, on croise des personnes qu'on aime bien. Par exemple, je commence désormais mon Pitti en allant voir Mattia sur le stand A.B.C.L. (qui prépare une collection d'hiver super cool). Non loin se trouve la marque française De Bonne Facture, qui est tellement juste dans ses couleurs…

Toujours un plaisir de retrouver Mattia, d'A.B.C.L

J'en ai profité pour voir les superbes maroquineries de Anonyme Paris, Aizea, ou encore Le Feuillet dans un registre totalement différent. Et côté chaussures, on passe forcément dire bonjour à National Standard et Heschung pour prendre quelques nouvelles !
Enfin, dernière question qui tue : est-ce que le Pitti est accessible à tous ? Officiellement, non. C'est un salon professionnel. Mais pour peu que vous ayez un petit compte Instagram, je pense qu'il est jouable d'obtenir un badge presse. En tout cas, de mon entourage, tout ceux qui ont voulu aller au Pitti et qui n'étaient pas journalistes ont pu y aller sans problèmes.

J'espère donc vous y voir au Pitti de cet été, en juin !

Le debrief de Jordan

Le Pitti Uomo est la grand-messe de tous les convertis au menswear. Le temps de quelques jours, les hommes les mieux habillés de la planète s’y retrouvent.

Le Pitti se trouve dans la Fortezza da Basso, enclave fortifiée de Florence, à l’intérieur de laquelle se trouvent différents bâtiments séparés par des cours à la géométrie variable.

C’est d’abord un salon professionnel où les marques viennent pour être vues, pour discuter avec de nombreux acteurs du secteur : acheteurs venus construire l’offre de la saison prochaine de leur multimarque, différents acteurs du milieu attentifs à ce que font les autres sur ce marché ultra-concurrentiel et des média, comme nous, venus pour décrypter les tendances à venir, découvrir des marques et développer leur réseau.

Des événements parallèles à ce salon sont organisés : des conférences, des soirées, des performances artistiques.

En marge du salon professionnel et en dehors des bâtiments qui abritent les exposants, il y a bien sûr les paons qui paradent. Et encore, là, c’est soft.

Mais là…

Et je dois vous confesser que j’étais assez ému de voir tant de gens réunis par la même passion. Même les paons les plus tape-à-l’œil, déployant mal des ailes trop grandes pour eux, ou d’autres encore qui croient que l’élégance est une surenchère de motifs, de rappels et de couleurs spectaculaires, j’ai été heureux de voir leur excentricité et le jeu d’un naturel feint quand un photographe approche.

“C’est le Pitti”, on dira simplement.

Mais ce n’est pas que ça, surtout pas, c’est même une partie infime, la partie émergée de l’iceberg (et je ne dis pas ça parce qu’il faisait entre 0 et 4° à Florence).

L’autre partie moins visible, c’est ceux habillés avec des tenues moins spectaculaires mais les mieux habillés que je n’avais jamais vus de ma vie.

Ce sont des gens qui utilisent des camaïeux de couleurs avec une facilité déconcertante, qui portent la cravate comme ils porteraient un t-shirt, des gens qui savent doser les motifs sans ostentation, des hommes avec un style classique finalement : tweed, chevrons, flanelles gris clair, corduroy, pied-de-poule, marrons, vert, gris, beiges.

Seulement, ils n’ont jamais l’air tirés à quatre épingles. Pourquoi ?

  1. Parce que les coupes leur vont parfaitement, tout en leur donnant de l’aisance. Les vêtements qu’ils portent ont l’air confortables sur eux. Ils ont juste ce qu’il faut d’ampleur sans avoir trop d’excès de tissu.
  2. Les matières sont de bonne qualité. Luxueuses parfois même. Mais dans le sens où elles sont denses et fluides à la fois, le tissu bouge autour d’eux avec grâce.
  3. Ils s’habillent comme cela toute l’année.

L'autre point est celui qui différencie les paons des hommes bien habillés : les premiers se déguisent, les seconds ne trichent pas.

C’est le choc que j’ai eu quand j’ai rencontré Yasuto Kamoshita, dont je suis un admirateur fervent des tenues simples et belles qu’il porte.

Je lui ai demandé si je pouvais prendre une photo de lui. Et il a accepté, plus gêné encore que je ne l’étais moi-même.

Sa tenue est simple (on remarque quand même un motif pied-de-poule pour ce pantalon en flanelle et un foulard à pois sous le col roulé) mais on voit bien qu’il ne se donne pas de faux airs.

Le type est là pour travailler, pas pour se faire prendre en photo !

Bref, de ce point de vue, le Pitti fut une belle leçon d’humilité. Chaque fois que je voyais une personne auréolée de cette même élégance facile, je me disais : “tu as encore du chemin à faire, mon grand !”

J’étais littéralement à l’affût, pour apprendre, apprendre, apprendre et apprendre encore.

À ce titre-là, j’ai pris une bonne claque stylistique quand nous sommes passés au corner de Brunello Cucinelli.

Ouah, le choc ! Sur le stand, des mannequins en chair et en os, sapés Cucinelli de la tête au pied, discutent un peu partout sur l’immense espace (le plus grand !) dédié à la marque.

Disons-le tout de suite, il y a Cucinelli et il y a les autres. On a bien senti que c’était l’arbitre du casual chic. Pourquoi ? Eh bien, pour l’association des pièces entre elles (le stylisme) plus que pour les pièces elles-mêmes (le design).

Avec Cucinelli, on a des silhouettes qui montrent comment porter une cravate avec facilité, la puissance du beige, du marron, du camel quand on l’associe à du gris… tous les types de gris. Et que, sur cette base, on peut contraster avec un blanc, mais cassé ou écru si l’on veut faire les choses avec subtilité, et qu’il est alors temps de donner du nerf à l’ensemble avec une pointe de couleur.

C’était déjà la manière dont je construisais les tenues, mais de le voir sous mes yeux, dans des silhouettes impeccables, faciles, imparables, dont on ressent l’élégance au premier coup d’œil sans pouvoir l’expliquer rationnellement, ça c’est fort.

Qu’on s’entende bien : c’est hors de prix et je loue surtout le stylisme. Pas le rapport qualité/prix !

On remarque qu’on ne trouve pas de noir chez Cucinelli. Et également peu de blanc (il sera, comme je le disais, plutôt cassé ou écru).

C’est important : plutôt que de chercher les couleurs qui tranchent, cherchez les ponts que vous pourriez faire entre ces couleurs. Par exemple : un pantalon blanc cassé (c’est-à-dire qui tire vers le beige) fera un lien plus riche avec des chaussures marron foncé qu’un blanc pur ne pourrait le faire.

Voilà pour le stylisme. Je m’arrête là, mais je pourrai en dire beaucoup plus tellement j’en ai vu !

Dans l’ensemble, j’ai surtout vu beaucoup de passion. Beaucoup de personnes parlant de leur produit avec amour, perspicacité, verve et autant de sincérité.

Entrer en contact avec tout ces gens m’a rappelé que, plus j’en sais, plus je vois que je ne sais rien, face à l’océan de techniques, de matières, de façons de faire et de sensibilités différentes.

Cela a eu pour effet de me donner encore plus de soif d’apprendre, de me confronter, de parler, d’écouter surtout, et d’ouvrir grand les yeux.

Le debrief de Nicolò

Paons ou pros ?

Quand vous entendez Pitti Uomo, vous pensez à quoi ? Probablement à des brochettes de monsieurs extravagants avec de fausses moustaches, des costumes bariolés et des lunettes de soleil en hiver. Mais la vérité, c'est que la majorité des gens présents sur le salon sont là pour TRAVAILLER. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas bien habillés, au contraire ! Mais ils sont là pour repérer des marques, faire du réseau, négocier des achats pour leur boutique... Et aussi pour construire une communauté sur les réseaux sociaux.

Mais lorsque vous êtes à l'intérieur des bâtiments, dans ce qui constitue réellement le Pitti, pas moyen d'entrer sans votre badge, et si vous l'avez, c'est que vous avez une entreprise, un média, ou au moins une influence sérieuse sur les réseaux sociaux.

Désolé les gars, je vais être dur, mais quand je vois ça, je suis à peu près sûr que votre "passion" pour le vêtement n'est pas sincère, et que vous êtes surtout passionnés d'attention et de statut.

Malheureusement, ce sont les plus tapageurs qui attirent beaucoup plus l'attention. Ma petite analyse : beaucoup ont moins de 30 ans, sont souvent des italiens d'autres régions, venus spécialement pour se pavaner et faire le plein de followers sur leur compte Instagram. Pourquoi pas, ça fait partie du folklore aussi...

Et même si en tant que jeune homme de 25 ans, ça me fait de la peine de l'admettre, ce sont presque toujours les plus âgés sont qui les plus élégants, et les plus naturels surtout. C'est notre ami Flo (qui a déjà écrit chez nous par le passé) qui l'a très justement souligné.

Un look qui m'a semblé représenter exactement le professionnel typique du Pitti, allant d'un stand à l'autre : stylé, naturel, une pointe d'originalité, pas guindé. Il était d'ailleurs surpris que je veuille le prendre en photo lui, et pas quelqu'un de plus exubérant.

Si vous voulez être pris en photo, ralentissez à l'entrée

"Nicolò, tu marches trop vite, il faut ralentir à l'entrée !", me dit Benoît, alors que nous avancions parmi le cortège d'hommes sur-habillés pour accéder au salon.

Je ne savais pas du tout qu'il fallait le faire, à l'inverse de tous ceux qui avaient déjà fait le Pitti auparavant... Le genre de choses qui vous rappelle que vous ne faites pas encore partie "des initiés".

Alors si un jour vous allez au Pitti, et que vous êtes fier de votre tenue... Quand vous arrivez aux portes du salon le matin, ne marchez pas avec votre pas pressé habituel, comme moi cette semaine. Flânez doucement pour laisser aux photographes tout le loisir de tirer un beau cliché.

Evidemment j'étais bien trop pressé, comme un enfant à Disneyland, et incapable de suivre ce conseil. Heureusement, j'avais Jordan pour prendre au moins une belle photo de moi 🙂

Ma tenue du premier jour de Pitti ! Moi qui ai longtemps pensé que le manteau sur les épaules ne servait qu'à faire un effet "cape" pour frimer, c'est en fait quelque chose que vous ferez assez naturellement à force de passer du froid glacial du matin à l'étouffante chaleur de l'intérieur des bâtiments. (Et oui... En plus, comme ça, on voit mieux le costume.)

Vous voyez les marques autrement

Vous ne voyez pas de prix, car il est demandé ou négocié avec le représentant de la marque qui expose ses produits. Et si prix il y a, c'est un prix d'achat en tant que multi-marques, avant que la marge du distributeur soit appliquée.

Or, parcourir les stands en ne pouvant pas essayer une seule pièce, ni voir son prix... Ça vous donne une toute autre façon d'apprécier les vêtements. Vous cessez de vous demander si vous l'achèteriez, si ça vous irait ou non. Tout à coup, on se concentre sur le design, les matières, la singularité, les détails, la cohérence d'un univers stylistique.

C'est un excellent moyen d'exercer son œil.

Les trois rencontres qui m'ont le plus frappé

Brunello Cuccinelli pour son stylisme exceptionnel. Bon, ce n'est pas tout à fait une rencontre de personne à personne, mais plutôt une rencontre avec une marque. Le créateur éponyme était bel et bien là, mais son stand est si énorme, et si rempli de monde qu'il nous paraissait inutile d'essayer de l'approcher. 

Typiquement, un look comme ça. Pour être honnête, aucune de ces pièces ne m'impressionne séparément. Et pourtant, ces associations sont top, et je suis obligé d'admettre que je n'y aurais jamais pensé.

Bref, je ne changerais jamais d'avis sur le rapport qualité/prix de la marque qui, comme toute marque de luxe, sera toujours assez absurde. Cependant, si j'ai toujours trouvé les pièces de très bon goût, je n'avais jamais saisi la force principale de la marque : un stylisme capable d'assembler si bien des pièces classiques que vous en serez toujours un peu impressionnés.

Mon autre rencontre, c'est Seraphin pour ses blousons d'exception... Et son franc parler. C'est un grand faiseur qui fabrique les blousons en cuir pour les plus grandes maisons de luxe. Il a aussi sa propre marque. Et ce sont les plus beaux cuirs que j'ai jamais vu pour le moment. C'est aussi quelqu'un qui avait déjà atteint un certain âge, et qui est extrêmement désabusé face à tout le manège du Pitti Uomo et les histoires de prestige...

Je n'ai pas pu prendre de photos, mais nous avons sympathisé, et avons obtenu sa carte. Je crois d'ailleurs que c'était vraiment le signe qu'il nous avait bien aimé, parce que lorsqu'il est parti la chercher, il l'a sortie d'un tiroir fermé, sous un bureau, dans un paquet de cartes tout neuf, lui-même verrouillé par deux élastiques... Comme s'il n'avait pas souvent l'occasion de la donner.

Et enfin... Lino Ielluzzi, pour son humilité et sa simplicité.

Ça m'a fait tout drôle de le croiser ! Pour moi qui ai traduit son interview lors de mes débuts chez BonneGueule, j'avais presque l'impression qu'on se connaissait. Je l'ai simplement salué en lui expliquant que je le trouvais cool et qu'il faisait partie des premiers "personnages" du milieu qui m'ont inspiré. Et il m'a remercié avec la plus grande sincérité, quand bien même j'étais probablement le centième de la journée à le faire.

Il suffit de quelques mots, souvent, pour savoir à qui on a à faire. Et à ce moment là, j'ai su que j'avais devant moi quelqu'un qui vivait vraiment sa passion, et qui n'avait jamais pris la grosse tête après toutes ces années.

Nous ne sommes qu'une goutte d'eau dans l'océan du style

En sortant du Pitti, Jordan et moi étions tombés d'accord : est-ce que finalement, il n'est pas possible de porter à peu près n'importe quoi, que ce soit du bon ou du mauvais goût, de la tendance ou du classique, pour peu qu'on assume ?

Passez deux jours dans un salon où vous verrez des milliers d'hommes tous dévoués à la recherche d'un style, d'une originalité, d'une "différence", et vous en ressortirez à la fois fasciné et un peu... Désensibilisé. Vos repères seront chamboulés, et ce qui vous paraissait extravagant hier vous paraitrait peut-être normal ou juste un peu original le lendemain.

Et puis, ça fait naître des questions : c'est quoi, au juste, un homme stylé ? Est-ce que c'est celui qui respecte le mieux les règles, ou est-ce que c'est le plus original ? Est-ce que c'est celui qui fait du beau, ou celui qui provoque ? Est-ce que c'est celui qui sait rester discret, ou celui qui se montre ?

Nos tenues du premier jour. Bien dans les règles, les codes classiques sont respectés, juste un tout petit peu original via la matière ou les détails... Mais est-ce qu'on peut dire que c'est juste ça, être "stylé"?

Evidemment, on est tentés de répondre avec un classique "Jugement de Salomon" et simplement couper la poire en deux. Dire que c'est "le juste équilibre". Ah ! Oui, on voudrait se raccrocher, encore et encore, à un choix parfait, à un style magique... Quitte à accepter qu'il est inexplicable.

Sauf que, comme nous le savons tous, cet équilibre est complètement relatif, et ça devient particulièrement évident quand vous êtes au Pitti.

Je ne doute pas une seconde qu'aux yeux des plus "fashion" du Pitti, je n'étais qu'un jeunot bien rangé, tout juste capable de porter des choses qui suivent les règles sartoriales sans trop les déranger. Quelqu'un qui manque d'originalité et d'affirmation.

Au contraire, les vieux sages du costume, adeptes des classiques, devaient regarder d'un oeil amusé mon choix de porter des gants inspirés de la moto avec mon costume trois pièces. Ou encore mon camaïeu de beige avec un camel coat, un gilet blanc cassé et un col roulé beige , le tout couronné d'un bonnet.

Ces deux hommes sourient en prenant un bon café avant une longue journée de Pitti. Pourtant, sous ses airs innocents, l'un des deux est l'auteur d'un méfait stylistique impardonnable aux yeux de certains... Il porte un gilet sur son col roulé. Qu'on l'arrête sur le champ !

Et pour certains d'entre vous qui nous suiviez depuis Twitter, je ne doute pas que selon vos critères, nous soyons tout comme les autres, des extravagants, des ovnis d'un autre monde, Jordan, moi, les "Pitti-Fashion", et les vieux loups du sartorial... Tous dans le même panier !

Toujours la même rengaine

Alors qu'est-ce qu'il faut penser ? Je ne peux m'empêcher de repenser à ce que je disais dans ma dernière vidéo...

Hé bien plus que jamais, ma conviction est renforcée : portez ce dans quoi vous vous sentez à l'aise... Et assumez. Quand je parle "d'assumer", les gens passent souvent trop vite sur ce mot comme s'il n'avait pas trop de sens... Mais assumer un style, c'est accepter qu'on ne va pas forcément plaire, tout en acceptant de se plaire à soi.

En soi, c'est un des éléments centraux de cette fameuse "sprezzatura" qu'on a mysticisée pendant des années en France, comme si c'était un "super-pouvoir" du style italien. Il faut simplement assumer son amour du vêtement, sans que ça vous monte à la tête. Vous pouvez aimer vous montrer, exposer votre style, et ne pas en faire une question d'égo.

Ne vous privez donc jamais d'expérimenter, et ne vous censurez jamais non plus. Ne fuyez pas le consensus comme peuvent le faire certains fashionistas désirant se distinguer coûte que coûte. Ne le cherchez pas non plus. Prenez-le comme une simple donnée : tout comme pour un film ou un disque, une tenue peut toucher un public et pas un autre, et qu'il soit plus ou moins vaste ne change rien à la profondeur et la sincérité de la démarche.

Franco Mazzetti... En photographiant ce monsieur au look irréprochable, j'ai remarqué qu'il le faisait autant pour son propre plaisir que pour contenter les photographes. Et que, tout en étant conscient de la réussite de sa tenue, il riait de bon coeur de lui-même.

Prendre les fringues au sérieux, sans vous prendre trop vous-mêmes au sérieux... Je crois que c'est ça, le secret des vieux maîtres du Pitti.

 

Retrouvez ici tous les tweets de nos reporters au Pitti
:
Nicolò Minchillo Nicolò Minchillo

Moi, c'est Nicolò. Rédacteur depuis 4 ans (déjà! ça passe vite) chez BonneGueule.

J'écris des articles et je crée des vidéos sur notre chaîne YouTube, à savoir Sapristi, Sape m'en Cinq... et tous les trucs qui commencent par "Sape". Le tout avec un certain amour pour le débat.

À côté de ça, je prête main forte au pôle produit pour qu'on développe des vêtements inspirés, dans de super matières.

J'aime la funk, le bacon, les manteaux majestueux, le tailoring revisité, les blousons en suédé et les belles boots.

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