Bobine : nos 20 chemisettes préférées du cinéma

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Cocktail tom cruise
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Après les pyjamas au cœur du confinement, BonneGueule se penche à nouveau sur les vêtements au cinéma avec cette fois une pièce de saison, la chemisette. Rendez-vous ici tous jours à midi pour découvrir un nouveau film.

1. La chemisette la plus Riviera : Alain Delon dans Plein Soleil de René Clément (1960)

Il y a le ciel, le soleil et la mer. Véritable énigme dans la carrière somme toute gnangnan de René Clément, Plein Soleil n’est peut-être pas tout à fait un film de cinéma : c’est un parfum d’été late fifties, une histoire de mode matinée d’intrigue criminelle au large des côtes italiennes et peut-être même un documentaire un peu étrange sur l’impatience de la jeunesse et sur le jeune Alain Delon en particulier.

Bien plus que l’intrigue, c’est d’ailleurs ce dernier aspect qui fascine encore aujourd’hui. Car le soleil ici, c’est peut-être bien Alain Delon lui-même. Caractère ambigu, style affirmé, photogénie aveuglante, rien d’étonnant à ce que Plein Soleil revienne hanter chaque été les pages de mode plutôt que les revues de cinéma.

(Photo Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Cette irrésistible attraction, on la doit entres autres choses au charisme fou (mais compliqué) de son acteur principal et à son style très Riviera. Dans ses valises peuplées de faux-semblants : un miroir probablement, mais aussi des matières légères, beaucoup de chemises au ton pastel (rose et bleu clair), des mocassins blancs mais pas seulement, des blazers regatta et bien sûr de beaux pantalons blanc, crème, gris clair, etc. C’est simple : Plein Soleil est un guide du style pour l’été.

C’est parfait, intemporel, toujours de bon goût et rien ne manque : ni les shorts de bain, ni les accessoires (ceinture, montre, lunettes), ni même la chemisette imprimée qui va bien. Poche poitrine, belle couleur, beaux motifs. C’est une des stars du film, la petite touche d’élégance et de décontraction qui fait également office de symbole. Car oui, le vêtement ici n’est pas qu’un prétexte de style : c’est aussi une signature, une carte d’identité, le point de bascule entre deux personnalités.

Pour plus d’Alain Delon au cinéma : L’Éclipse (Michelangelo Antonioni, 1962)

2. La plus hawaïenne : Elvis Presley dans Sous le ciel bleu de Hawaï de Norman Taurog (1961)

Elvis Presley connaissait la Fureur de vivre par cœur et rêvait de marcher sur les traces de James Dean. Poussé comme toujours par l’appât du gain, le Colonel Parker (faux colonel, vraie arnaque, manager exclusif d’Elvis dont il empocha le quart des revenus de 1956 à 1966 puis la moitié de 1967 à 1977 !) fera de la carrière du King au cinéma un cauchemar.

Photo Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images

Si Elvis Presley n’a tourné que dans une invraisemblable série de nanars dans les années 60, pourquoi se forcerait-on aujourd’hui à revoir Sous le soleil bleu de Hawaï ? Pour ses paysages, sa cabane-refuge sur la plage, ses cocktails Mai Tai et son insouciance sixties ?

Peut-être tout simplement par curiosité, pour Elvis lui-même, sa voix bien sûr mais aussi son style et… ses chemisettes hawaïennes : pas de blue jeans ici, mais des couleurs locales semblables à celles popularisées quelques années plus tôt au cinéma par Montgomery Clift, Fred Astaire et Ernest Borgnine dans From Here to eternity (Fred Zinneman, 1953).

La formule est simple : une guitare ou un ukulélé, une paire de souliers noirs ou beiges, un pantalon blanc ou beige, le tout rehaussé par une impressionnante collection de chemisettes plus ou moins imprimées. Elles sont de toutes les couleurs (blanc, beige, jaune, bleu ciel, bleu marine, rouge), de tous les styles (patchwork, western, unies ou à motifs, avec des oiseaux, des fleurs et même des bateaux) et certaines sont aussi cools que magnifiques.

Vous pouvez oublier tout le reste (les clichés, le mauvais scénario, la mise en scène absente, le jeu des acteurs), fermer les yeux et remettre un disque du King, Blue Suede Shoes par exemple.



Pour en savoir plus sur Elvis Presley : le Roman d’Elvis de John Carpenter (1979)

3. La plus calypso : Robert Mitchum dans Les Nerfs à vif de J. Lee Thompson (1962)

A la fin des années 50, Robert Mitchum enregistre un disque d’inspiration calypso avec un groupe venu tout droit des Antilles. Le résultat est assez bluffant, et la pochette, avec notre homme en pantalon blanc, bouteille à proximité et chemise bleue grande ouverte, est un collector.

Quelques années plus tard, Robert Mitchum tourne Les Nerfs à vif avec Gregory Peck. C’est un thriller bien ficelé, une bonne surprise au regard du CV de son réalisateur J. Lee Thompson et surtout un rôle parfait pour Robert Mitchum. Si la musique calypso évoquée plus haut laisse ici la place au beau suspense orchestré par Bernard Herrmann (Psychose, c’est lui), le style de l’acteur reste quant à lui dans l’esprit tropical : accoudé au comptoir, chapeau Panama sur la tête et cigare aux lèvres, mocassins, pantalon blanc, chemisette à col ouvert et motifs à pois.

(Photo Silver Screen Collection/Getty Images)

Vous ne trouverez probablement pas de « bad guy » plus décontracté en 1962. Évidemment en face, il est souvent question de morale, de loi et de sécurité et le reste du casting peine parfois à exister dans ses vêtements plus stricts et sans histoire(s).

Au début des années 90, Martin Scorsese reprendra ce film à sa manière, plus violente, Robert de Niro poussant le rôle de Mitchum plus loin encore. Le personnage est clairement plus dérangé mais la chemisette est toujours là, cette fois-ci en couleurs et dans un style très aloha.

Plutôt fan, Robert de Niro en porte d’ailleurs d’autres au cinéma, comme par exemple dans cet autre film de Scorsese : New York New York en 1977.

Pour plus de Robert Mitchum au cinéma : La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955

4. La plus oscarisée : Sidney Poitier dans Le Lys des Champs de Ralph Nelson (1963)

(Photo LMPC via Getty Images)

Le nouveau western, moderne. Jean blanc ou chino beige, tee-shirt blanc, chemisette à carreaux, veste en denim blanche : la coupe de toutes ces pièces est parfaite, merveilleusement actuelle, avec une belle paire de boots pour parfaire le look et fouler tranquille les terres arides de l’Arizona.

TAOS, NM - MAY 1963: Actor and director Sidney Poitier on the set of the movie 'Lilies of the Field' for which he won the Academy Award for best actor, in Tuscon, Arizona. (Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

L’image est belle, rehaussée par le grain du noir et blanc et l’ambiance générale, soleil de plomb, désert jusqu’à la pointe de l’horizon. Ainsi s’avance Sidney Poitier sans chapeau ni cheval, héros « feel good » et travailleur d’un petit film sur la foi et le rêve américain qu’on aurait probablement oublié s’il ne lui avait permis de décrocher l’Oscar du meilleur acteur en 1964. C’est alors une première pour un acteur noir à Hollywood : belle récompense pour cet homme parti de rien qui tournera dès les années 50 avec quelques-uns des plus grands cinéastes de l’époque, de Joseph Mankiewicz à Otto Preminger.

Si le Lys des champs vaut surtout pour la performance un rien écrasante de son acteur principal, force est de constater que Sidney Poitier y charme aussi par son sourire bienveillant, son style et ses tenues toujours simples mais bien senties. Ici un beau costume typique des sixties pour les célébrations, là une chemise d’inspiration militaire pour la touche workwear, ailleurs une apparition quasi divine sur les routes abandonnées du grand Ouest : lunettes noires, tee-shirt blanc, belle chemisette imprimée qu’on imagine colorée et très agréable à porter, pantalon et jolis souliers pour conclure.

Ce n’est sans doute pas la tenue rêvée pour fendre la poussière, mais c’est assurément la plus magique de ce film par ailleurs plutôt modeste et austère.

Pour plus de Sidney Poitier au cinéma : Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison (1967)

5. La plus élégante : Sean Connery dans Opération Tonnerre de Terence Young (1965)

affiche film opération tonnerre James Bond
Question existentielle récurrente à l’approche de l’été : comment rester élégant avec une chemisette ? Si Alain Delon apportait un premier exemple de pure élégance méditerranéenne dans Plein Soleil , le personnage incarné par Sean Connery depuis 1962 devrait en toute logique continuer de vous inspirer : dans les années 60, c’est quoiqu’on en dise un incontournable du style au cinéma et les variations estivales d’Opération Tonnerre ne dérogent pas à la règle.

Photo Michael Ochs Archives/Getty Images

En témoignent les nombreuses scènes tournées aux Bahamas et leur grande variété de polos et surtout de chemisettes : soleil au beau fixe, cols ouverts évidemment, Gingham rose ou bleu, monochrome bleu ou rose, voire même blanche à rayures bleues. Elles ont chacune leur truc et leurs tenues, qui va de l’été le plus habillé au plus décontracté et comme d’habitude, cela participe grandement à l’attraction du film.

Ma chemisette préférée de ce film de 1965 ? Sans doute la rose que l’on découvre en premier, pour la couleur, la coupe et la texture. A noter que l’ingénieux M cède lui aussi aux sirènes de la chemisette —tendance Hawaï et ananas— et que l’on trouve bien sûr plein d’autres trouvailles stylistiques et techniques dans ce film d’aventures à l’ancienne toujours aussi efficace, dans le juste sillage du précédent Goldfinger et avec quelques prouesses sous-marines en plus.

Pour plus de Sean Connery au cinéma : Marnie d’Alfred Hitchcock (1964)

6. La plus baroudeuse : Jack Nicholson dans Profession : reporter de Michelangelo Antonioni (1975)

10 ans ont passé depuis les belles chemisettes camp collar de Sean Connery. Notre série reprend sa route, quelque part sur les pistes cramées du Sahara et le ventre mou des seventies.

La météo est caniculaire, le style baroudeur et presque documentaire et notre personnage du jour file en Land Rover à travers un océan de sable : sandales en cuir, utility trousers kaki, chemisette à carreaux rouge très largement ouverte, lunettes de soleil iconiques et bob fatigué.

Personne d’autre que Jack Nicholson n’aurait pu mieux faire son entrée, ainsi accoutré, dans le cinéma du plus mystérieux des cinéastes italiens : Michelangelo Antonioni. Si Profession : Reporter est le premier authentique chef-d’œuvre de cette sélection, on le doit autant à la vision de son auteur qu’à ses deux interprètes principaux, Jack Nicholson et Maria Schneider.

(Photo Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

C’est un film d’aventures, de fugues et de regards qui raconte un peu de ce que Cesare Pavese appelait le métier de vivre. C’est aussi un film pas bavard où l’on voyage beaucoup et où l’on s’habille un peu, notamment avec des chemisettes.

Pour Maria Schneider : unique, imprimée de bleu et d’oiseaux. Pour Jack Nicholson : plurielles, écrues, vertes, bleues, bordeaux, de type classique, unies, à carreaux ou safari, souvent munies d’une poche poitrine et simplement associées avec des chinos et pantalons à pinces . C’est simple, efficace et il y a même des souliers bordeaux et une belle moustache pour les fans de Panache.


Pour plus de Jack Nicholson au cinéma : Chinatown (Roman Polanski, 1974)

7. La plus extra-terrestre : David Bowie dans L'Homme qui venait d'ailleurs de Nicolas Roeg (1976)


Nouveau Mexique, fin des années 70. A propos de son premier grand rôle au cinéma, David Bowie avouait n’avoir rien compris à ce qu’on lui faisait jouer. A sa décharge, le travail de Nicolas Roeg est parfois difficile à suivre.

Si l’œuvre du cinéaste anglais aime brouiller les pistes et jouer avec les références, elle aime aussi faire tourner les musiciens : Mick Jagger dans Performance, Art Garfunkel sans Simon dans Bad Timing et donc David Bowie dans l’Homme qui venait d’ailleurs.

 

C’est un film à mi-chemin entre la science-fiction et le documentaire. Son sujet : l’Amérique, le grand Capital, les médias et bien sûr son acteur principal dont le style s’inspire ici des années 20, du Japon et de la mode occidentale. On trouve donc pêle-mêle un beau manteau à capuche , des chapeaux, des costumes, un Harrington, des pantalons coulissés ou des kimonos mais la séquence qui nous intéresse le plus se joue entre le « salon » et la salle de bains, entre un mur de téléviseurs allumés sur le monde et une femme qui prend son bain.

Bowie est comme absent. Chemisette blanche ajustée, pantalon anthracite large, belle tenue « homewear » qui se révèle surtout dans ses petits détails : la chemisette est joliment texturée, à la manière des cotons japonais, et le pantalon pourrait bien être un jogpant comme on les aime, confortable et stylé.

Bien des années plus tard, Bowie endossera une chemisette moins extraterrestre mais tout aussi étrange dans Twin Peaks, à travers une tenue qui s’inspire autant des années 40 que du Don Johnson de Miami Vice . De quoi hanter une nouvelle fois les écrans.

Pour plus de David Bowie au cinéma : Twin Peaks : Fire Walk With Me (David Lynch, 1992)

7bis. La plus insolite : Jacques Villeret dans Les Naufragés de l'île de la tortue de Jacques Rozier (1976)


Tout aussi extraterrestre, du moins à l’échelle du cinéma français des années 70 :
 ce très beau film d’évasion(s) tourné en grande partie aux Antilles par le trop rare Jacques Rozier.

A son bord la star du Grand blond avec une chaussure noire comme vous ne l’avez probablement jamais vue : plus Pierrot lunaire que jamais, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, ici sur les traces de Daniel Defoe, des films d’aventures, de pirates et d’îles aux trésors.

Si l’idée de départ ressemble à une blague, le film a tout du poème improvisé, comme s’il était à l’instar de ses personnages en quête d’une île déserte qu’il finira par trouver en lui-même : les Naufragés de l’Ile de la Tortue est un film vierge, unique en son genre, le refuge ultime pour qui souhaiterait s’affranchir du déjà-vu au cinéma.

Coté style aussi, c’est assez unique : si vous n’avez jamais vu de costume en jean patchwork, vous le trouverez ici, chez Pierre Richard. Évidemment, ça vaut le coup d’œil et les scènes parisiennes sont les plus connotées seventies .

Heureusement les choses s’estompent rapidement vers le plus de blanc, à mesure que l’on s’éloigne des temps modernes. Pierre Richard est ici un fervent partisan du chapeau de paille, du henley de Robinson gris ou rose et plus généralement, à l’image d’un chevalier de l’absurde, de tout le reste en blanc (blazer, pantalon, chaussures).

Ce n’est pas le plus pratique pour une expédition en pleine jungle mais ça ne manque pas de style. Pour l’assister dans cette équipée sauvage, son fidèle écuyer n’est autre que Jacques Villeret, et c’est à lui qu’on doit notre chemisette du jour : associée à un pantalon blanc, c’est un modèle d’inspiration Caraïbes dont l’imprimé semble lui aussi se faire la malle. Une histoire à dormir debout, pour qui veut s’essayer à disparaître des cartes.

Pour plus de Jacques Villeret au cinéma : Passe-Montagne (Jean-François Stévenin, 1978)

8. La plus décontractée : Harry Dean Stanton dans Alien de Ridley Scott (1979)

Un classique de science-fiction, d’une modernité sidérante malgré son bel âge. Tout y est au plus juste : la bande sonore, les décors labyrinthiques et le monstre de HR Giger, les références mythologiques, le huis clos infernal, la peur bleue de l’inconnu et la mise en scène de Ridley Scott, parfaite dans ce qu’elle suggère ici plus qu’elle ne montre.

Mais Alien ne serait peut-être qu’un film de genre de plus s’il n’y avait le rôle clé de Sigourney Weaver et ce qu’il raconte de la féminité et de la société des hommes. Plus anecdotique, mais tout aussi actuel et passionnant : le style général du film et celui d’Harry Dean Stanton en particulier.

American actors Sigourney Weaver, Yaphet Kotto and Harry Dean Stanton on the set of Alien, directed by Ridley Scott. (Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Il y a bien quelques combinaisons spatiales pour nous rappeler que nous sommes ici perdus dans un espace lointain. Mais pour le reste, rien d’extraordinaire ni de futuriste. C’est même plutôt comme à la maison : café et céréales au petit déjeuner, vestiaire hybride, estampillé « born in the USA » et presque décontracté, ici à la croisée des genres streetwear et militaire.

Si la majeure partie de l’équipage est abonné à l’uniforme blanc, au tee-shirt kaki et aux Converse blanches, le personnage d’Harry Dean Stanton fait preuve d’une nonchalance salutaire, à contre-courant de l’ambiance oppressante qui règne à bord. Imaginez plutôt : Converse blanches, utility trousers bleu pale, henley blanc à manches longues, chemisette imprimée , casquette US et veste kaki d’inspiration militaire. Ajoutez-y du charisme, de la crasse, du cambouis et une cigarette roulée aux lèvres et vous obtiendrez probablement la tenue de mécanicien spatial la plus cool de l’univers.

Pour plus d’Harry Dean Stanton au cinéma : New York 1997 (John Carpenter, 1981)

9. La plus bling-bling : Al Pacino dans Scarface de Brian de Palma (1983)

Le film original d’Howard Hawks nous avait prévenus : « Well, that outfit’s enough to give anybody the yips ». Cette réplique cinglante s’adresse à un gangster redoutable mais déjà tenté par le mauvais goût. Cinquante ans plus tard, c’est comme si tout avait changé, en pire : vous ne trouverez pas plus bling bling que le Tony Montana de Brian De Palma, sorte de croisement improbable entre un candidat de télé-réalité, Richard III de Shakespeare et le Travolta de la Fièvre du Samedi soir.

Photo Universal

Pour l’élégance, la subtilité et l’intelligence, vous trouverez Al Pacino à son sommet dans le Parrain II de Francis Ford Coppola. Pour tout le reste, la mode en particulier, son rôle dans Scarface nous rappelle si besoin que l’argent et le pouvoir ne font pas tout, et surtout pas le style.

Il suffit de jeter un œil à ce vestiaire pour le moins piquant. Les tenues sont d’abord simples et estivales, presque pas mal : un pantalon beige ou un jean bleach, un tee-shirt blanc, un bandana et de jolies chemisettes imprimées blanches ou rouges, avec palmiers, tigres ou toucans.  Quelques détails trahissent cependant un goût prononcé pour le clinquant qui va progressivement s’étendre à l’ensemble de son vestiaire et à son mode de vie.

Évidemment le rêve américain prend cher à travers le parcours de Tony Montana et tout ici est outrancier, les fringues, la violence, les dialogues, la musique, le jeu des acteurs, etc.

Mais Brian de Palma est un cinéaste malin, à ne pas prendre au premier degré : longtemps détesté, son Scarface revisité est désormais culte, loué entre autres pour sa mise en scène virtuose et distanciée.

Pour plus de sobriété : Scarface d’Howard Hawks (1932)

Pour plus d’Al Pacino chez Brian de Palma : l’Impasse (1993)

10. La moins fute-fute : Nicolas Cage dans Arizona Jr de Ethan et Joel Coen (1987)

On a pu le voir à travers quelques exemples : d’Elvis Presley à Al Pacino, l’imprimé hawaïen a fait son chemin au cinéma. Le phénomène explose dans les années 80, sur le petit écran américain à travers des séries comme Magnum ou Miami Vice, mais aussi plus largement dans les films, tous genres confondus.

Régulièrement associée à un mode de vie confortable et une certaine réussite sociale, la chemisette hawaïenne peut aussi raconter une toute autre histoire : celle par exemple des laissés pour compte de l’Amérique. En témoigne le deuxième film des frères Coen, plongée cartoonesque au pays des perdants magnifiques de Ronald Reagan.

Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images

Parmi eux, l’improbable personnage de Nicolas Cage, le plus demeuré et attendrissant loser de l’année 1987. L’accent est particulièrement rustique, le style plutôt « personnel » : des boots, une paire de jeans fatigués, débardeur blanc sous une chemisette imprimée Hawaï rouge ou bleue toujours ouverte, tatouage Woody Woodpecker, moustache, rouflaquettes et coupe de cheveux wtf pour « parfaire » le style. Ça, c’est pour la tenue type.

Pour les grandes occasions, un costume échappé des seventies peut faire l’affaire, voire pourquoi pas quelque chose de plus osé : polo « habillé » taupe, beige et saumon, pantalon blanc cassé et mocassins blancs. C’est drôle, foutraque, servi par un casting au poil , bourré de clins d’œil et de chemisettes sympas. (Merci Vincent pour la recommandation)



Pour plus de Nicolas Cage au cinéma : Sailor & Lula (David Lynch, 1990)

11. La plus artistique : Tom Cruise dans Cocktail de Roger Donaldson (1988)

affiche film cocktail
Artistique, le mot est lâché. Ce n’est pas le premier à venir à l’esprit quand on songe à Cocktail ou à son réalisateur Roger Donaldson. Et pourtant, il y a bien quelque chose de cet ordre-là dans cet improbable carton au box-office 1988. La musique ? Il y a bien le Tutti Frutti de Little Richard pour sauver les meubles mais la chanson des Beach Boys fait pale figure face aux pépites de Pet Sounds ou Surf’s Up.

La mise en scène, les acteurs, le scénario peut-être ? Non plus : Cocktail est l’un des plus mauvais films de Tom Cruise et cette histoire de jongleries de bar matinée d’idéologie libérale a de quoi rebuter jusqu’au plus fidèle des habitués de comptoir.

Cocktail tom cruise

Mais alors, tout est dans le style ? Elisabeth Shue nous donne un premier indice dans son appartement cosy de Manhattan : « my name is Mooney, not Monet ». Étrange formule pour un film qui n’a que l’argent à la bouche, mais le fait est qu’il y a des toiles un peu partout ici et même une exposition d’art contemporain au sortir de laquelle s’affichent Bogart, Bergman et Casablanca sur la devanture d’un cinéma.

C’est déjà très inattendu, mais le meilleur est ailleurs, quelque part sur les plages de la Jamaïque : Tom Cruise en petites chaussures en toile blanches, beau pantalon blanc et chemisette imprimée ample, un peu saumon et surtout très inspirée, un peu comme si Jackson Pollock s’était lui-même chargé de sa confection.

Il y a bien sûr d’autres chemisettes et tenues estivales dans Cocktail, mais rien qui n’arrive à la cheville de celle-ci. C’est l’image du film : un brin de style et de peinture abstraite dans un monde tristement matérialiste. Bien joué, Flanagan.



Pour les amateurs de cocktails : L’heure du cocktail de Marcel Requien et Lucien Farnoux-Reynaud (1927, réédition Corps Reviver Editions)

Pour plus de Tom Cruise au cinéma :  Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999)

12. Rendez-vous ici demain midi…

Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

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