Un vêtement, une chanson : le pantalon clair version Beach Boys (3/10) – Pochette

Temps de lecture : 5 minutes

Publié par le 12 juillet 2021

Le soleil et l'été sont (presque) au rendez-vous, les vacances approchent. Il fallait bien une nouvelle Pochette pour marquer le coup. Pochette ? Souvenez-vous, en Février dernier je me surprenais à réécrire autour de la musique, en prenant ici et comme sujet un blouson mythique : le Perfecto.

Si BonneGueule sortait dans le même temps sa propre version de cette veste croisée en cuir, c'était surtout pour moi l'occasion de revenir sur le style de quelques uns des artistes qui peuplent ma discothèque.

Vous êtes plutôt nombreux à avoir été agréablement surpris de retrouver New Order, The Cure ou PJ Harvey dans nos colonnes. Pour autant, l'ouverture a toujours été là. Regardez par exemple la signature d'Antoine à la fin de son article tuto sur le denim : on peut avoir une passion pour le sashiko et la musique d'Autechre !

Alors pour continuer dans cet esprit, vous apporter un peu de légèreté et de nouvelles pistes d'inspiration, Pochette s'installe exceptionnellement tout l'été. Chaque Lundi, vous découvrirez ici une nouvelle chanson qui appelle le soleil, les vacances et la saison estivale. Vous découvrirez aussi, surtout, le style et les vêtements de ceux qui la joue.

Autant dire qu'il y en aura pour tous les goûts, et qu'on va principalement s'intéresser aux pièces phares du vestiaire.

Après la chemise à motifs à travers l'exemple des Beatles, après la veste militaire illustrée par Bob Marley, place au pantalon clair des Beach Boys.

«Good Vibrations» - The Beach Boys

La plage, le surf. Ces petits indices vous avaient peut-être déjà mis la puce à l'oreille quant au programme de cette semaine. On aurait pu ajouter "beau gosse", pour le fun. Vous auriez alors eu comme un flash instantané : c'est une expression que Benoît utilise régulièrement dès qu’il s’agit d’évoquer… le pantalon blanc.

Trêve de suspense donc, direction la Californie et les années 60 à travers l'un des plus grands groupes américains de l'époque : The Beach Boys.

Évidemment, avec un nom pareil, leur musique a quelque chose d'irrémédiablement estival. C'est surtout vrai dans les premières années d'existence du groupe et on aurait pu piocher une toute autre chanson que «Good Vibrations» : les tubes de l'été ne manquent pas chez eux.

Alors, pourquoi celle-ci en particulier et qu'allons-nous découvrir du style en été à travers ce groupe porté par les talents d'écriture de Brian Wilson ?

Pour une première rencontre avec ce personnage hors norme, je vous invite par exemple à jeter un œil sur ce livre de Michka Assayas. Quant à la musique, l'album «Pet Sounds» devrait pouvoir combler vos rêves les plus fous : c'est un disque exceptionnel, et la formule n'est vraiment pas exagérée. Écoutez par exemple ceci.

(Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

Vous êtes toujours là ? Revenons donc au style. Sur notre première photographie, on découvre un groupe de jeunes gens sur la plage en 1962. The Beach Boys est une histoire de famille ou presque : trois frères, un cousin, un copain de lycée.

Ils ne sont pas vraiment sortis de l'adolescence et leurs premières chansons tournent autour des filles, de la plage et du surf. Il y a certainement une forme de naïveté à l’œuvre mais après tout, vous souvenez-vous de vos tenues et centres d'intérêt lorsque vous aviez 17 ou 18 ans ? La magie des premiers disques des Beach Boys réside justement dans leur fraîcheur et leur innocence.

Les membres du groupe sont ici habillés à l'identique et jouent avec le décor : une planche de surf par-ci, une jeep jaune échouée sur le sable par-là. Côté style : pieds nus, pantalons clairs et tee-shirts blancs, sur-chemises à carreaux, belle couleur bleue. Serait-ce des Pendleton ?

Ce qui est certain dans ces années-là, c'est que les Beach Boys jouent collectif jusque dans leurs tenues et que vous voyez ici le miracle du pantalon de couleur claire : il illumine instantanément le haut.

Il met aussi de la légèreté et de la bonne humeur à votre style, quoiqu’il arrive. C'est ainsi un pantalon idéal pour pallier l'absence de soleil en hiver, même si une légende tenace le place uniquement dans l’imaginaire du style estival.

Vous le savez, Jordan a déjà vanté les mérites du jean blanc dans Panache, et vous êtes nombreux à le plébisciter. Les Beach Boys ne se sont jamais privés de cette couleur, comme en témoigne ce cliché de 1968 ou vous pouvez voir son association (réussie) avec une chemise en denim :

(Photo by RB/Redferns)

Dans un autre genre, avec tee-shirts blancs et blousons bleus, ce portrait de 1963 dévoile une proposition de style très années 50 : le pantalon clair est toujours là, associé avec des chaussettes blanches et des mocassins noirs pour certains. Pour les curieux, la voiture est une Corvette :

(Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

Bien sûr, les Beach Boys n'ont pas porté que du pantalon clair. Dans les sixties, vous les découvrirez aussi heureux en costumes, en chemisettes ou en jeans. A partir du milieu des années 60 pourtant, cette carte postale de l'innocence commence à se fissurer.

Brian Wilson est entre autres sujet à la dépression et s'isole progressivement du reste du monde. Son truc à lui, ce n’est pas vraiment le vêtement : il est obsédé par le son, le travail en studio, les disques des Beatles et le travail de production de Phil Spector.

Au moment où sort «Good Vibrations», sans doute la chanson la plus emblématique des Beach Boys, Brian Wilson est au sommet de son art créatif. Le revers de la médaille, c'est qu'il est aussi aux portes de la folie.

Vous pouvez le découvrir ici en 1966, sur le tournage du film promotionnel qui accompagne la chanson. Tee-shirt bleu, pantalon clair et sneakers en toile : cette tenue très simple pourrait avoir été portée hier.

L'homme que vous voyez ci-dessous avec son casque de pompier sur la tête est une des légendes les plus passionnantes de la pop-music contemporaine.

(Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

Si j'ai découvert la musique des Beach Boys à peu près à l'âge où eux commençaient à écrire ensemble, il m'a fallu bien plus de temps pour (re)découvrir le pantalon clair. Mes premières pièces sont des acquisitions relativement récentes : un jean blanc selvedge Officine Générale et un pantalon habillé crème Pini Parma.

Avant cette révélation, on peut éventuellement parler de barrière psychologique, et c'est finalement relativement fréquent quand on n'a pas l'habitude de varier les styles et les couleurs dans le vêtement.

Si vous êtes dans ce cas, pensez donc à la musique des Beach Boys pour vous donner du courage, et n'attendez plus : le clair en bas fait définitivement du bien au moral. Cela peut être un jean, un chino, un pantalon habillé, un bermuda voire pour les plus audacieux d'entre vous une salopette, déjà portée avec brio et chemisette par un certain Jack Nicholson.

Nul doute que vous donnerez alors un tout autre sens aux fameuses «Good Vibrations» des Beach Boys.

Au passage, c'est une merveille de construction musicale, sans doute une des pièces les plus ambitieuses jamais achevées par Brian Wilson. C'est à la fois populaire et expérimental, et si l’on y regarde de plus près, les premières lignes n'oublient pas l'attrait du vêtement : "I love the colorful clothes she wears/And the way the sunlight plays upon her hair" .

La semaine prochaine, on se penchera sur une pièce du haut souvent décriée mais plus que jamais tendance. Petit indice supplémentaire : on en a déjà fait une Bobine. En attendant, vous pouvez d'ores et déjà préparer les cocktails et chauffer la piste de danse : le lundi qui arrive sera l'un des plus groovy de notre été consacré au style et à la musique. Bonne semaine !

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