De Béla Lugosi à Robert Pattinson, petite histoire du costume chez les vampires au cinéma – Bobine

19 min

De Béla Lugosi à Robert Pattinson, petite histoire du costume chez les vampires au cinéma – Bobine

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Publié le : 1 novembre 2021Mis à jour le : 10 novembre 2021

(Crédit photo couverture : Johnny Depp dans «Dark Shadows» de Tim Burton, 2012 - IMAGO / Mary Evans)

Eh non, vous ne rêvez pas : les vampires débarquent chez BonneGueule ! Surprenant ? Pas tant que ça : après tout, si on en croit les légendes, ils cultivent le style depuis des siècles et ils ont sûrement deux ou trois trucs à nous apprendre.

Vous avez peut-être déjà lu l'œuvre culte de Bram Stoker ou suivi les aventures de « Buffy contre les vampires ». À défaut, vous avez certainement déjà eu vent de ces étranges créatures de la nuit. Elles sont partout, jusque dans la littérature pour enfants :

Mais de quoi parle-t-on exactement ? De créatures immortelles et "non-mortes", plutôt branchées costumes noirs et chauves-souris, qui se nourrissent de sang et ne vivent que la nuit.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Benoît aussi s'y intéresse, ne serait-ce que pour les boucles Cobra qu'on peut apercevoir chez le personnage de Wesley Snipes dans « Blade ».

On peut croiser ici ou là des vampires techwear. Et même des vampires avec Perfecto, comme ici à droite chez un des spécimens de la cinéaste Kathryn Bigelow dans « Aux Frontières de l’Aube » en 1987 :

Mais d'une manière générale, les vampires au cinéma aiment surtout le formel et suivent le même chemin que nous autres mortels dès qu'il est question de s'habiller.

Le costume est mort, vive le costume ! C'est en substance ce qu'écrivait Jordan dans un de ses billets. Ce ne sont pas les vampires qui vous diront le contraire : des années 20 à nos jours, leur trajectoire au cinéma suit pas à pas l'évolution du vestiaire masculin vers le plus de décontraction.

Quoi de plus normal, après tout ? Pour survivre, le vampire a non seulement besoin de sang chaud mais aussi de pouvoir s'adapter à son environnement. Et figurez-vous que tout cela passe aussi par le vêtement.

C'est précisément ce que nous allons (re)découvrir dans ce nouvel épisode de Bobine. Des costumes, du rouge, du noir et des vampires : bienvenue dans un monde fantastique où l'art sartorial n'a pas tout à fait dit son dernier mot.

1. Les légendes et le vestiaire formel

 

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Oui, c'est bien Tom Cruise sur l'image ci-dessus. Il incarne l'un des vampires les plus célèbres des années 90. Mais au cinéma, le tout premier vampire marquant est déjà presque centenaire. Il ne s'agit pas du comte Dracula mais du comte Orlok. Le film « Nosferatu » de 1922 est bien adapté de l'histoire de Bram Stoker, mais pour des histoires de droits, les noms ont été modifiés.

C'est signé Friedrich Wilhelm Murnau, un des maîtres du cinéma allemand. Si vous ne deviez voir qu'un film muet dans votre vie, ce pourrait être celui-là : il est parfait, et ce vampire est à la fois terrifiant et très poétique.

Ceci étant, ne vous attendez pas au vampire le plus stylé du cinéma. Il est interprété par Max Schreck, et ce n'est pas le plus luxueux d'entre eux : pas de serviteurs, pas de beau château transylvanien, pas même de vêtements chics.

Vous ne le verrez pas en smoking ou en costume tiré à quatre épingles. C'est un vampire pauvre, un peu mal fagoté, qui porte lui-même son cercueil et ce manteau un rien indéfinissable, à mi-chemin entre le caban et le duffle-coat :

tenue vampire nosferatu noir

Max Schreck dans «Nosferatu» de F.W. Murnau, 1922. (IMAGO / Everett Collection)

Pour la petite histoire, le cinéaste allemand Werner Herzog reprendra le film de Murnau en 1979 sous le titre « Nosferatu, fantôme de la nuit ». On peut y découvrir un art du vêtement un peu plus sophistiqué, la musique de Popol Vuh et une atmosphère particulièrement flippante.

Le casting est magnifique : Isabelle Adjani, Bruno Ganz et Klaus Kinski dans le rôle du vampire solitaire. Vous y découvrirez des images comme celles-ci :

tenue vampire kinski noir

Isabelle Adjani et Klaus Kinski dans «Nosferatu, fantôme de la nuit» de Werner Herzog, 1979. (IMAGO / Everett Collection)

Ce n'est pas un caban que vous voyez là. Mais plutôt un manteau très long, à la mesure d'un acteur tout à fait hors-norme. Si vous avez l'occasion de voir ou revoir le film, vous verrez que cette pièce est assez étonnante.

Elle pourrait pourquoi pas inspirer des marques comme Norwegian Rain. D'ailleurs, si vous cherchez quelque chose qui puisse s'apparenter à une cape contemporaine c'est plutôt chez eux, ou chez Favourbrook pour des vestes à l'ancienne, que je vous proposerai d'aller.

Une chose est sûre : s'il n'est pas le mieux habillé, le vampire de Murnau sera celui qui influencera d'une manière ou d'une autre les suivants. De l'autre côté de l'Atlantique, Béla Lugosi endosse en 1931 sa plus belle cape de vampire chez le cinéaste américain Tod Browning. « Dracula », c'est un rôle qu'il connaît bien pour l'avoir joué sur les planches de Broadway quelques années plus tôt.

Notez que la cape est un élément de style qui n'existe pas dans le «Nosferatu» de Murnau. C'est un vêtement que vous ne verrez d'ailleurs plus beaucoup aujourd'hui.

La cape est très communément associée aux sorciers et aux vampires : pas de manches, un cordon ou une broche pour attacher le vêtement au niveau du cou. Elle se pose sur les épaules et chez les vampires elle est souvent noire, avec parfois une doublure rouge.

Chez Béla Lugosi, ça donne comme un petit air de chauve-souris. Pour le style, c'est cependant une tout autre histoire que celle de «Nosferatu». Certes, son château est tout aussi lugubre. Mais il n'en demeure pas moins majestueux, même en ruines.

Surtout, son personnage de vampire a un véritable attrait pour le vêtement, la vie mondaine ou les tenues de soirées. Il est toujours (très) bien habillé :

bela lugosi vampire noir

Béla Lugosi dans «Dracula» de Tod Browning, 1931.(IMAGO / Hollywood Photo Archive)

Un conseil : regardez-le en version originale, ne serait-ce que pour apprécier l'accent si particulier de Béla Lugosi. Et laissez-vous séduire par son art de l'habillement. Chaque petit détail a son importance : cape noire, chemise et gilet de costume clairs, pantalon et chaussures noires.


De plus près encore : des bijoux, une pochette blanche, des boutons de manchette, un nœud papillon et une montre gousset, un chapeau haut-de-forme ou des gants blancs. Le vampire incarné par Béla Lugosi est terriblement élégant, aristocratique et... il ne montre pas les dents !

Vous le retrouverez tout aussi smart dans d'autres films comme « La Marque du Vampire » en 1935 par exemple, toujours de Tod Browning :

Béla Lugosi n'a pas joué que des rôles de vampires, quand bien même ils lui colleront à la peau jusque dans la tombe. Qui se souvient par exemple de sa prestation dans « Glen or Glenda » d'Ed Wood en 1953 ? Personne ? Sa famille l'enterre avec une cape de vampire en 1956.

Dans la vraie vie, Béla Lugosi ne manquait pas de style. Regardez par exemple ici à droite, en costume cravate de caractère, avec à sa gauche le réalisateur Edgar G Ulmer :

 

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Pour les amateurs de musique post-punk et d'esprit batcave, notez que Béla Lugosi a inspiré la musique de Bauhaus, musique qui inspirera à son tour des films comme «Les Prédateurs» de Tony Scott en 1983 ou « Sombre » de Philippe Grandrieux en 1998. Le film «Ed Wood» de Tim Burton lui rend hommage. Bref, Béla Lugosi est assurément l'un des plus beaux interprètes du vampire sur grand écran.

Il symbolise aussi un certain âge d'or du vêtement au cinéma. À la différence de certaines stars d'aujourd'hui, des acteurs comme Humphrey Bogart, Gary Cooper ou Errol Flynn ne s'habillaient pas que sur les plateaux.

À la fin des années 50, il n'est pas encore question de soft tailoring et les vampires de cinéma s'attachent à perpétuer une certaine tradition vestimentaire, plutôt victorienne et propre au genre fantastique. Mais aussi, bien sûr, aux us et coutumes du costume.

Petite parenthèse : pour les curieux et les esthètes, on peut aussi s'arrêter un instant sur « Vampyr ». C'est un film de Carl Theodor Dreyer qui date de 1932. Le vampire ici, c'est une vieille femme. L'atmosphère est étrange et onirique. C'est un de mes films préférés.
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Julian West et Rena Mandel dans «Vampyr» de Carl Theodor Dreyer, 1932. (IMAGO / Prod.DB)

Une raison particulière à ça ? Oui ! Le costume et son porter chez Julian West, un homme qui tourne et coproduit un véritable chef-d'œuvre avant de s'orienter vers d'autres activités. Ainsi deviendra-t-il entre-autre rédacteur en chef de Vogue et d'Harper Baazar par la suite. Étonnant, non ?

À la mort de Béla Lugosi en 1956, les vampires sont comme orphelins. Un autre homme s'apprête heureusement à endosser durablement le rôle dès 1958 : il s'appelle Christopher Lee, il a de longues jambes et un style bien à lui, emprunt d'un formalisme vestimentaire bien plus sobre que son illustre prédécesseur :

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Linda Hayden, Christopher Lee et Isla Blair dans «Une Messe pour Dracula» de Peter Sasdy, 1970. (IMAGO / Everett Collection)

La carrière de Sir Christopher Lee est proprement hallucinante. Mais si vous vous intéressez plus particulièrement au tailoring anglais et au style sartorial en général, vous pouvez vous plonger dans la flopée de films d'horreur qu'il tourne pour la Hammer ?La Hammer est une société de production britannique fondée par William Hinds et Enrique Carreras en 1934. Elle est restée célèbre pour ses films fantastiques, d'horreur et d'aventures comme « Frankenstein s'est échappé » (1957), « Le Cauchemar de Dracula » (1958) ou bien encore « Le Chien des Baskerville » (1959) à partir de la fin des années 50 avec le toujours très bien habillé Peter Cushing.

Vous verrez qu'on adore y porter le Mac, le trench, le costume, le tweed, la cravate ou le cardigan. Si vous faites 1m90 ou plus et que vous cherchez des sources d'inspirations vestimentaires, pensez à Christopher Lee.

Les deux hommes se retrouvent en tout cas pour partager la plupart des aventures de Dracula produites par la Hammer jusqu'au début des années 70. Les films sont inégaux, mais « Le Cauchemar de Dracula » qu'ils tournent par exemple en 1958 sous la houlette de Terence Fisher est un classique du genre. Il est aussi en couleurs, ce qui permet d'apprécier l'entrée en scène de la couleur rouge :

Son personnage reprend un certain nombre d'inspirations déjà croisées chez Béla Lugosi. Une longue cape noire, une chemise blanche avec boutons de manchette et un ensemble de costume noir. On retrouve un esprit similaire dans le film suivant, « Les Maitresses de Dracula » en 1960.

Le titre est trompeur : il n'est pas question de Dracula ici mais d'un "jeune" aristocrate vampire, le comte Meinster. Pas de Christopher Lee donc. Mais un vampire habillé dans le même esprit :

 

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Pour autant, il lui sera bien difficile de voler la vedette à Peter Cushing. Vous l'apercevez ci-dessus en très mauvaise posture, dans la paille mais avec un beau manteau. Il place ici et là du tweed, du velours, ou du chevron avec un flegme évidemment très britannique et c'est un véritable festival.

Est-ce pour cela que Christopher Lee revient quelques années plus tard dans « Dracula, prince des ténèbres » ? Rien n'est moins sûr. Mais rien n'a véritablement changé non plus :

Vous le voyez, le vampire incarné par Christopher Lee joue la carte de l'austérité vestimentaire. Il est moins bavard, moins charmeur et plus brutal que Béla Lugosi. Il est aussi moins enclin à utiliser des accessoires. La preuve par le vêtement, ici à droite sur le tournage de « Dracula et les femmes » de Freddie Francis en 1968 :

 

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Ailleurs, d'autres histoires de vampires voient le jour. Un an auparavant, Roman Polanski y allait lui aussi de sa petite histoire avec « Le Bal des Vampires » en 1967. C'est un film parodique. Roman Polanski et Sharon Tate sont aux prises avec un vampire d'un autre genre.

Il a les cheveux blancs et aime à porter bijoux et robes de chambre rouge. Malgré tout, il s'inscrit lui aussi dans la tradition du costume noir et de la cape en rouge et noir. Notez par ailleurs qu'il y a toujours des boutons de manchette aux chemises :

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Sharon Tate et Ferdy Mayne dans « Le Bal des Vampires » de Roman Polanski, 1967. (IMAGO / Prod.DB)

Une cape, un costume noir, des boutons de manchette. Serait-ce là l'unique clé vestimentaire du vampire ? C'est une tenue récurrente. Mais ce n'est heureusement pas la seule.


En attendant, si cette cure de couleur noire dans le vêtement vous fait tourner la tête, prenez un peu l'air avec la tenue de Roman Polanski à découvrir en partie ci-dessus : boots marron, pantalon blanc, ceinture noire, chemise bleu clair, blazer bordeaux.

Ça va mieux ? Rassurez-vous : côté style, le vent est progressivement en train de tourner pour le vampire au cinéma. D'un autre côté, n'oubliez pas que la vie d'un vampire n'a rien à voir avec la nôtre.

Imaginez par exemple cette scène : Benoît est invité à tenir un discours sur la mode à un congrès de vampires et conclut son speech par le désormais célèbre "la vie est trop courte pour porter du noir". Que se passera-t-il ?! Si l'argument peut s'entendre pour le commun des mortels, rappelons que les vampires ont le privilège de la vie éternelle.

2. L'âge moderne et l'émancipation du style

On pouvait déjà sentir une vibe Flower Power dans «Le Bal des Vampires» de Polanski. Les deux dernières apparitions de Christopher Lee en Dracula pour la Hammer vont plus loin encore, en plaçant le vampire dans le temps contemporain. La mode n'est plus celle du 18e ou du 19e, pas même celle d'avant-guerre.

Si le costume est encore bien présent dans la vie quotidienne, les coupes changent et la jeunesse s'habille autrement : plus de couleurs, plus de décontraction et moins de vêtements aussi d'une certaine manière. Car oui : les mœurs changent, et on déshabille désormais un peu plus facilement le corps, notamment chez les femmes.

On retrouve ces changements stylistiques en 1972 chez les jeunes gens de « Dracula 72 » d'Alan Gibson :

 

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Ou de manière plus insidieuse dans « Dracula vit toujours à Londres » du même Alan Gibson. C'est le dernier film estampillé Hammer avec Christopher Lee dans le rôle de Dracula, et comme s'il avait compris les rouages du monde moderne, le voilà désormais chef d'entreprise et dans ce qui ressemble à un costume plus ouvertement business :

 

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En Amérique aussi, les temps changent. Le cinéma découvre la vague blaxploitation ?Mouvement dans les années 70 qui consistait à valoriser les afros-américains dans des rôles de premier plan au cinéma. avec des films comme « Shaft», déjà évoqué dans Bobine à travers le col roulé. Si le second degré ne vous effraie pas, vous verrez que le vampire qui officie dans « Blacula, le vampire noir » de William Crain en 1972 est confronté aux mêmes problématiques que Dracula : comment s'adapter dans un monde en plein bouleversement ?

Enfermé depuis le 18e, avec le style et les vêtements qui vont avec, il découvre le Los Angeles du début des années 70. La ville et la mode sont en ébullition, et comme vous pouvez le voir sur le cliché ci-dessous, le vampire va devoir sérieusement penser à renouveler sa garde-robe s'il veut survivre :

En 2012, le personnage tenu par Johnny Depp dans « Dark Shadows » de Tim Burton sera confronté au même souci. Il invente pour l'occasion une sorte de crossover vestimentaire entre les années 1800 et la fin des années 60. Le résultat est relativement unique :

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Johnny Depp dans «Dark Shadows» de Tim Burton, 2012. (IMAGO / Mary Evans)

Il faudra attendre les années 80 avant de voir un vampire pleinement au fait de la mode de son époque. Le changement est radical. Vous pouvez oublier tous les personnages que nous avons pu voir jusqu'ici.

« Les Prédateurs » de Tony Scott en 1983 mettent en scène un couple de vampires modernes interprétés par David Bowie et Catherine Deneuve. Ils doivent faire face à une étrange maladie qui fait vieillir prématurément tous les compagnons de Catherine Deneuve.

Pour le vestiaire, on est bien loin du costume noir cher à Béla Lugosi et Christopher Lee, et pourtant tout ici est habillé, emprunt de charme et d'élégance. Elle porte par exemple une robe bleue Yves Saint Laurent, lui un costume croisé crème avec une chemise bleu clair :

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Catherine Deneuve et David Bowie dans «Les Prédateurs» de Tony Scott,1983. (IMAGO / Everett Collection)

Ailleurs, vous verrez tout de même David Bowie porter un peu de noir, par exemple ici avec chapeau, imperméable et probable ensemble de costume. La cravate est absente. Mais il porte de sacrées lunettes :

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David Bowie dans «Les Prédateurs» de Tony Scott, 1983. (IMAGO / Prod.DB)

Cela vous rappelle quelque chose ? Regardez plutôt ici. En attendant, Le film n'est pas avare de tenues intéressantes. Vous le savez sans doute : Catherine Deneuve et David Bowie sont des férus de mode. Vous retrouvez donc bien des choses inspirantes chez l'un et l'autre au cinéma, sur scène ou en dehors des plateaux.

Chez Tony Scott, David Bowie brise allégrement les habituels codes vestimentaires du vampire : il ose la couleur. Et si l'on en croit la photographie ci-dessous, le cuir non plus ne lui fait pas peur :

 

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Plus étonnant : il porte aussi le pyjama. C'est une trouvaille intéressante car comme vous le savez, le vampire repose généralement tout habillé dans son cercueil. Mais que voulez-vous, il faut savoir vivre avec son temps. C'est très beau, évidemment :

 

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Si David Bowie a modernisé le vestiaire du vampire au cinéma, celui qui lui a redonné sa grandeur et ses lettres de noblesse n'est autre que Gary Oldman dans le très influent « Dracula » de Francis Ford Coppola en 1992.

Influent ? C'est une des références contemporaines les plus courantes dès qu'il s'agit d'évoquer le vampire au cinéma. Au casting : Winona Ryder, Keanu Reeves, Anthony Hopkins ou Tom Waits. L'histoire reprend celle publiée par Bram Stoker en 1897.

Francis Ford Coppola y imprime son goût pour la couleur, le clair-obscur et le baroque. C'est à découvrir jusque dans les tenues très stylisées du prince des ténèbres interprété par Gary Oldman. Dans son château, on découvre un vieil homme portant une tunique blanche et une gigantesque cape rouge avec broderies dorées et inspiration kimono :

 

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C'est assurément une pièce de collection, quoique probablement importable en extérieur. Profondément romantique, ce Dracula est aussi le plus luxueusement habillé de tous. Les costumes du film sont ainsi particulièrement travaillés.

Ils sont signés par la japonaise Eiko Ishioka et ils n'ont de fait plus grand-chose à voir avec ce que nous avons pu voir du vestiaire formel habituel et très victorien du vampire.

Le Dracula de Coppola est un vampire aux tenues résolument uniques, à la croisée de la peinture (Klimt par exemple) et des différentes cultures vestimentaires de l'Est et l'Ouest. Regardez par exemple ici le style, les tenues et les broderies :

 

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Mais ce qu'on retient peut-être le plus dans le « Dracula » de Francis Ford Coppola, c'est peut-être la tenue de Gary Oldman en extérieur, sans doute la plus sartoriale de toutes :

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Gary Oldman dans «Dracula» de Francis Ford Coppola, 1992. (IMAGO / Prod.DB)

Tout y est : le costume, la canne, le chapeau haut-de-forme, les petits détails ici et là sans oublier des lunettes teintées bleues très caractéristiques. Tenons-nous ici un véritable dandy ? Je vous laisse vous faire votre propre idée. Notez au passage que ce vampire-là ne dédaigne ni la couleur ni l'argent, et qu'il s'aventure bien au-delà du noir et du rouge.

Tout aussi culte : les aventures de Tom Cruise et Brad Pitt avec le vampirisme dans « Entretien avec un vampire » de Neil Jordan en 1994. Un casting un peu fou et des costumes magnifiques, comme ici :


Évidemment, plus personne ne s'habille ainsi de nos jours. Mais il y a tout de même moyen de s'inspirer de quelques petites choses ici et là. Vous recherchez un blazer automnal et une tenue plutôt formelle ? Regardez par exemple ici, sur ce cliché capturant Kirsten Dunst et Brad Pitt :

 

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Pas mal, non ? On peut remplacer la chemise et éventuellement le foulard par quelque chose d'un peu plus moderne. Mais vous voyez l'idée. Plus contemporain, le costume qui se dévoile dès l'ouverture du film : c'est un ensemble tout ce qu'il y a de classique, un rien austère, avec chemise blanche et cravate sombre.

tenue homme costume noir

Christian Slater et Brad Pitt dans «Entretien avec un vampire» de Neil Jordan, 1994. (IMAGO / Prod.DB)

C'est moins séduisant que la tenue précédente, plutôt tristounet mais c'est aussi plus passe-partout. C'est précisément la voie que vont prendre certains des vampires suivants, en allant vers la décontraction, le soft tailoring et même le casual.

Tous sauf peut-être Eddie Murphy dans « Un Vampire à Brooklyn » de Wes Craven en 1995 : il a certes remplacé la cravate ou le nœud papillon pour le foulard, mais sa mise a toujours quelque chose d'un peu aristocratique, même lorsqu'il est parachuté dans la culture hip-hop et la banlieue new-yorkaise.

3. Le vestiaire contemporain

Est-ce qu'on peut encore parler de surnaturel à propos de « The Addiction » d'Abel Ferrara en 1995 ? Le film tend un parallèle entre le vampirisme, la drogue et la religion. Il réunit Lili Taylor, Christopher Walken et plusieurs acteurs qui feront par la suite les beaux jours de la série « Les Sopranos ».

On suit le parcours d'une étudiante en philosophie bien vite mordue par une femme. C'est une fois de plus le noir qui tient le premier rôle, mais sur son versant soft tailoring. Lili Taylor propose un style quasi rock’n’roll et Christopher Walken un beau mariage d'habillé et de nonchalance :

 

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Le costume est toujours là, mais il est porté à la cool, sans cravate. C'est un phénomène que vous pouvez constater depuis quelques années : le formalisme n'a plus la côte et les sneakers gagnent jour après jour du terrain. On n'en est pas encore là chez Christopher Walken.

En revanche, le vampire entre de plain-pied dans l'univers casual avec la saga « Twilight ». Elle déferle à travers le monde en 2008 et raconte en cinq chapitres l'histoire d'amour d'une jeune adolescente avec un vampire. C'est la naissance de deux futures stars du cinéma : Kristen Stewart et Robert Pattinson. On peut bien sûr préférer la première chez Olivier Assayas ou le second chez David Cronenberg et Claire Denis.

Pour autant, « Twilight » marque d'une certaine manière le début d'une nouvelle ère stylistique pour le vampire au cinéma. Il est en phase avec son époque. Vous ne trouverez donc pas des masses de costumes ici, ou alors portés de manière soit très cérémoniale, soit très casual comme ici :

Moins adolescent, plus arty : les vampires du cinéaste américain Jim Jarmusch dans « Only lovers left alive » en 2013. Ils vivent entre Détroit et Tanger. À l'évocation de ces deux villes, vous penserez peut-être aux Stooges, au MC5, aux Rolling Stones et aux musiciens de Jajouka, sans parler des poètes de la Beat Generation. C'est un film avec un certain souffle musical, comme pouvait l'être « Dead Man » dans un autre genre.

Il y a de nombreuses références à prendre chez les vampires incarnés par Tilda Swinton, Tom Hiddleston ou John Hurt. Ils sont tout à la fois vampires, artistes et antiquaires. C'est-à-dire qu'ils sont la mémoire et la conscience du monde, ce qui ne les empêche pas de déprimer et/ou de s'habiller comme des rock stars ténébreuses :

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Tilda Swinton et Tom Hiddleston dans «Only lovers left alive» de Jim Jarmusch, 2013. (IMAGO / Mary Evans)

Le couple principal réinvente le vestiaire du vampire à partir de vêtements récents et anciens. Pour lui ce sera par exemple des chemises sombres et des pantalons qui jouent avec le grain et la matière, des boots, un blazer ou un blouson en cuir.

Pour elle, ce sera des bottines, des pantalons ajustés, des foulards, des hauts clairs et un blouson en cuir. Mais l'histoire va plus loin que la mode d'aujourd'hui. On trouve aussi des tuniques beaucoup plus anciennes, d'inspiration orientale, ornées de pierres et de broderies. Regardez par exemple cette magnifique pièce :

 

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C'est une des particularités des vampires de Jim Jarmusch : ils sont depuis longtemps entrés dans un cycle plus vertueux de la mode. À ce titre, on peut tous prendre exemple sur le personnage incarné par John Hurt :

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John Hurt et son gilet de 1586 dans «Only lovers left alive» de Jim Jarmusch, 2013. (IMAGO / Mary Evans)

C'est le plus habillé de la bande : un blazer gris beige, des lunettes noires, une chemise orangée à grand col boutonné et surtout un magnifique gilet de costume qui date de 1586. C'est tout l'esprit du vestiaire d'«Only Lovers Left Alive» : un vrai vestiaire intemporel, composé de pièces qui couvrent toute l'histoire, de la mode du 16e ?Et peut-être même avant ! au 21e.

4. Le vestiaire féminin

Eh, oui : les femmes vampire existent, elles aussi. À travers les quelques films exposés plus haut, on a déjà quelques exemples : Kirsten Dunst en tenue d'époque et vampire enfant dans « Entretien avec un vampire »; Lili Taylor en étudiante, blazer et lunettes noires dans « The Addiction »; Kristen Stewart métamorphosée dans le dernier volet de la saga « Twilight » ou bien encore Tilda Swinton toute en attitude rock dans « Only Lovers Left Alive ».

Mais on pourrait également citer Kim Ok-Vin dans « Thirst, ceci est mon sang » de Park Chan-Wook en 2009, un film de vampires modernes qui ne se déroule pas en Transylvanie mais en Corée. Le vampire du film est prêtre. Il a une concubine, qui deviendra vampire et prendra subitement un plaisir nouveau à s'habiller. Regardez par exemple ici, en robe bleue et sandales :

tenue femme robe bleue

KIM Ok-Vin dans «Thirst, ceci est mon sang» de Park Chan-Wook, 2009. (IMAGO / Everett Collection)

Est-ce à dire qu'on se passionne plus particulièrement pour le vêtement une fois devenu vampire ? ! À méditer. En attendant, dans l'histoire du cinéma, les femmes vampires y sont représentées glamour, séductrices, avec de larges décolletés et des robes toujours plus sexy. On pense par exemple à Ingrid Pitt, dans « The Vampire Lovers » de Roy Ward Baker en 1970, ici dans une jolie robe verte à connotation sixties :

 

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Mais le cinéma regorge de bien d'autres modèles, plus ouvertement féministes, et ce dès les premiers temps. Regardez par exemple du côté de l'icône gothique Theda Bara. Elle joue avec les voiles, les vêtements transparents, les bijoux et d'autres choses plus macabres. Aujourd'hui oubliée, on peut encore la voir dans les quelques archives cinéma qui n'ont pas été détruites, comme par exemple « Embrasse-moi, idiot» de Frank Powell en 1915 :

Pour la petite histoire, le cinéaste français Louis Feuillade lance en 1915 une série intitulée « Les Vampires ». C'est un grand classique du muet. Il n'est pas question de chauve-souris et de loups-garous mais des aventures d'une bande criminelle dont la star n'est autre que Musidora.

Elle s'appelle Jeanne Roques dans le civil ou Irma Vep dans « Les Vampires ». C'est l'anagramme de vous devinez quoi. Bref, c'est une autre icône du cinéma. Si le lien avec les vampires n'est que très lointain, on peut tout de même jeter un œil par curiosité sur son style affirmé, comme ici par exemple :

 

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Dans un autre registre, entre la comédie et les films de genre, vous pouvez jeter un œil sur la femme vampire interprétée par Anne Parillaud dans « Innocent Blood » de John Landis en 1992.

C'est un film méconnu, pas un chef-d'œuvre certes mais vous y trouverez tout de même quelques petites inspirations de style. À noter qu'il y a ici, tout comme dans « The Addiction » d'Abel Ferrara, de nombreux acteurs qui feront merveille dans « Les Sopranos ».

Par le passé, on a déjà croisé des vampires qui combattaient Billy The Kid ou les Charlots. De son côté, Anne Parillaud affectionne plus particulièrement la mafia de Pennsylvanie et ses costumes à l'italienne :

Côté style, elle penche pour les robes légères noires avec ou sans pois, les talons et les pardessus noirs ou gris. Mais son style peut au besoin de l'action se tourner vers le registre workwear : maille plutôt loose, pantalon, boots et chaussettes blanches.

Mais s'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait assurément Delphine Seyrig dans « Les Lèvres rouges » d'Harry Kümel en 1971. De l'élégance, des robes rouges, blanches ou argent pour un film qui transpose la légende de la comtesse Báthory dans la Belgique des années 1970 :

 

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Les costumes sont de Bernard Perris et outre les manteaux et les robes, vous y trouverez une très intéressante tenue avec du noir (le pantalon) et du blanc/crème (une très jolie tunique avec col montant, qui plairait très certainement à Kate Bush). C'est définitivement à revoir.

Avons-nous vraiment fait le tour ? Non, bien sûr : les vampires ont très largement influencé la planète cinéma et vous en trouverez bien d'autres chez des cinéastes comme Mario Bava, John Carpenter, etc. En revanche, vous savez désormais qu'ils ne s'habillent pas qu'en capes et costumes noirs.

Et vous, quel est votre vampire préféré, celui que vous trouvez le mieux habillé ? En attendant vos témoignages, une petite musique d'ambiance pour conclure. À vous de jouer !