Le denim porté par les monstres du cinéma américain – Bobine

Temps de lecture : 20 minutes

Publié par le 8 mars 2021

Le denim et BonneGueule, c'est une longue histoire. Au cinéma, c’est aussi un sujet inépuisable : on pourrait y consacrer plusieurs Bobine. Raison de plus pour commencer par ses premières heures de gloire, à travers quelques monstres sacrés du cinéma US.

Ils s'appellent John Wayne, Gary Cooper ou James Dean et ils ont avec quelques autres forgé la légende d'Hollywood. Si l'âge d'or des studios s'éteint au début des années 60, l'histoire du denim ne fait alors que commencer. Retour sur quelques pièces et propositions de looks forcément vintage qui n'ont pour autant rien perdu de leurs charmes.

1. Le denim et l'art du revers large

«La Chevauchée fantastique» (John Ford, 1939)

(Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

A la fin des années 30, les marques spécialisées dans le denim sont loin d'être aussi nombreuses qu'aujourd'hui. En parallèle, le western américain commence à écrire quelques-unes de ses plus grandes pages sous la caméra de Raoul Walsh ou de John Ford.

A vrai dire, le genre se confond avec les origines du cinéma, et ce n'est pas la seule de ses particularités. François Truffaut lui-même n'écrivait-il pas "Les westerns nous réconcilient avec l'humanité et méritent davantage que notre condescendance amusée et indulgente, surtout quand ils sont signés Anthony Mann ou même Raoul Walsh." ?

Pour mettre en valeur le vêtement, quoi de mieux qu'un grand film et/ou un grand cinéaste ? Si le jeune François Truffaut n’appréciait pas particulièrement John Ford, notre première étape dans le denim sur grand écran sera de notre côté une pierre angulaire du cinéma fordien.

«La Chevauchée fantastique» est l'un des premiers westerns parlants de John Ford. C'est aussi le premier grand rôle d'un jeune trentenaire qu'on appelle désormais John Wayne. Sa première apparition dans le film est une légende à elle seule : c'est un cow-boy sans cheval, qui porte sa selle d'une main et son fusil de l'autre. Le denim n’a déjà plus de secrets pour lui.

On raconte que le film est partiellement inspiré de «Boule de Suif» de Maupassant. C'est un road-movie autant qu'un étonnant huis-clos, qui raconte la traversée semée d'embuches d'une diligence à travers l'Ouest et le territoire des Apaches.

Il y a certes des scènes d'actions remarquables de tension, un travail sur les personnages et une dimension éminemment sociale. Mais à choisir : les deux points les plus marquants en dehors de la mise en scène sont à chercher du côté du paysage et... des vêtements.

La première star du film, c'est bien sûr le décor grandiose de Monument Valley, filmé ici pour la première fois par le maître américain. La seconde, c'est la paire de jeans portée par John Wayne et pour celles et ceux d'entre vous qui ont pris l'habitude de prendre soin de leurs vêtements, le choc sera d'autant plus violent.

Car ici John Wayne n'y va pas de main morte avec ses fringues. Ne comptez pas sur lui pour changer de tenue. C'est toujours la même : chemise de type cavalerie US, bandana, jean Levi's 501 de 1938, ceinture ET bretelles , chapeau et boots de cow-boy.

N'attendez pas non plus qu'il soit aux petits soins avec son jean : il va prendre l'eau, la crasse et la poussière et il est à peu près certain que notre héros ne s'intéresse qu'assez peu à l'entretien ou aux secrets du délavage.

En revanche, le jean lui va comme un gant et il le porte avec de larges revers. A vue d’œil : peut-être 10 ou 15 cm. C’est ce que l’on peut appeler un truc de cow-boy, et c’est une tendance un peu perdue aujourd’hui que vous retrouverez dans la plupart de ses westerns de l'époque. On regrette cependant de ne pas avoir la couleur pour apprécier un peu plus la toile.

Au passage : le film est un chef d'œuvre et John Ford en a réalisé plusieurs, avec toujours ici et là du denim dedans. Pour en savoir plus sur l’histoire du jean, c’est par ici. Et si cet art du revers vous parait malgré tout dépassé, rassurez-vous : la tenue de John Wayne n’est pas la seule de notre liste.

2. Le denim et la salopette

«Les Raisins de la colère» (John Ford, 1940)

(Photo by 20th Century-Fox/Getty Images)

Et si nous restions encore un peu chez John Ford ? Reprenez donc une bonne tasse de café, et appréciez la vue. Notre deuxième étape plaira à celles et ceux d’entre vous qui s’intéressent aux pièces un peu plus fortes. La salopette en denim, par exemple.

Attirante, intimidante, peut-être même les deux à la fois ? La salopette est relativement présente chez la femme et plus rare chez l'homme, le plus souvent associée à un registre workwear. Sur ce créneau, on peut citer des marques comme Carhartt, Tonton & Fils ou Nigel Cabourn.

C'est un vêtement fonctionnel, qu'on porte alors de la manière la plus simple qui soit : un tee-shirt ou une chemise de travail, une paire de boots ou de souliers. Au cinéma, vous la retrouverez avant-guerre sur le dos des travailleurs, par exemple Charlie Chaplin dans «Les Temps modernes».

Au début des années 40, John Wayne est un des meilleurs alliés du denim au cinéma américain et John Ford lui offre parmi ses meilleurs rôles de cow-boys. Pour autant, le réalisateur n'a pas tourné qu’avec John Wayne et s’est essayé à d’autres genres que le western.

En témoigne son adaptation des «Raisins de la colère» de John Steinbeck : c'est une œuvre résolument sociale, qui raconte l'exil forcé d'une famille pauvre et travailleuse des champs vers l'Ouest. Il est question de la Grande Dépression, du Dust Bowl et de bien d'autres choses qui ont marqué l'histoire des Etats-Unis.

La photographie est superbe, l'histoire poignante et Henry Fonda y est au plus juste. C'est l'un des acteurs clés du cinéma américain de cette époque. De fait, il a tourné avec les plus grands et sa filmographie donne encore aujourd'hui le tournis. Mais au-delà de l'homme et de sa performance artistique, il y a aussi la tenue ou plus précisement LA pièce du film.

Si les premières images sont magnifiques, laissant entrevoir une élégance faite de costume noir un peu court sur pattes et de bouts de ficelles, la suite vous fera découvrir une salopette en denim avec un caractère bien trempé.

On peut une fois de plus regretter l'absence de couleur pour admirer la teinte et le grain du vêtement. Mais on peut encore jeter un œil sur ce que fait la marque Stronghold. C'est une marque américaine fondée en 1895 qui fabrique toujours ses jeans à Los Angeles. Pour la petite histoire, c'est elle qui habille aussi Chaplin dans les «Temps Modernes».

Quant à la tenue d'Henry Fonda, elle parle d'elle-même : salopette en denim, chemise de travail, casquette type Gavroche sur la tête. Si vous visualisez en prime le soleil de plomb, et les nuages de poussière, n'allez pas plus loin : vous voilà sur la route de l'Ouest et cette tenue rustique avec salopette vous inspirera peut-être pour les beaux jours à venir. En denim ou non, c’est une pièce à tenter ou à réinvestir, comme par exemple ici.

3. Le denim et l'ampleur

«Le Port de l'Angoisse» (Howard Hawks, 1945)

Image courtesy Ronald Grant Archive / Mary Evans

Il y a peu, Jordan introduisait son billet sur la mort du costume en prenant appui sur l'un de ses plus fidèles porteurs : Humphrey Bogart. On le sait peut-être moins, mais tout comme Cary Grant, l'acteur américain n'a pas porté que des chapeaux et des costumes dans sa carrière .

Les deux hommes ont tourné avec Howard Hawks. Si Cary Grant et sa flight jacket ont possiblement inspiré le futur Indiana Jones dans «Seuls les anges ont des ailes», Humphrey Bogart redéfinit de son coté le style maritime à travers «Le Port de l'angoisse».

A l'origine pourtant, le film est presque une blague. Howard Hawks propose à Ernest Hemingway de faire quelque chose de sa plus mauvaise histoire. L'écrivain opte pour «En avoir ou pas». Hawks en fait alors quelque chose d'assez… stupéfiant.

Si ce n'est pas son plus grand film, on peut cependant y voir la naissance d'un mythe. C'est en effet la première apparition à l'écran de Lauren Bacall et la rencontre avec Humphrey Bogart est déterminante : ils formeront le couple le plus stylé et emblématique d'Hollywood.

L'histoire se déroule au début des années 1940 en Martinique. Le personnage d'Humphrey Bogart y loue son bateau aux touristes fortunés, en quête de frissons et de pêche en haute-mer. Autour de lui, la police de Vichy surveille et traque la moindre trace de Résistance. C'est là qu'entre en jeu le personnage de Lauren Bacall et que l'aventure commence : la rencontre est magnétique.

Si «Le Port de l'Angoisse» est un petit classique du film noir des années 40, c'est aussi l'occasion de voir Humphrey Bogart s'essayer avec brio au jean : bien droit, bien large, avec des poches kingsize et porté ici avec une chemise, un foulard, une casquette de marin et des chaussures étonnamment habillées.

Également dans son vestiaire : une veste en laine de type caban, un blazer croisé et un pantalon en gabardine qu'on suppose être blanc. Voilà pour les propositions de style pour une sortie en mer : chic et décontracté.

En attendant, si vous avez toujours rêvé de voir Humphrey Bogart en jeans, c'est définitivement LE film à visionner. Au passage, notez que nous sommes en 1945 et qu'il y a dans cette vision relativement ample du denim de quoi faire pâlir des marques japonaises comme Orslow ou FullCount. Si c’est néanmoins trop brut, trop droit ou trop ample pour vous : rendez-vous à l’étape 6.

4. Le denim et la veste western

Et si d’ici là on s'intéressait un peu plus au denim en haut ? C'est un classique du vestiaire masculin et Jordan a déjà pris soin de vous montrer ici ce qu'il était possible de faire avec une veste en denim. Pour autant, est-ce qu'il n'y a pas aussi quelque chose à retenir ou à raconter du passé sur cette pièce ?

Pour en avoir le cœur net, prenons quatre exemples tirés du genre western. Vous pouvez ranger les pistolets et laisser votre cheval à l'entrée : le Far West qui nous intéresse s'écrit ici principalement avec du denim, du cuir et des bandanas.

«Le Grand Bill» (Stuart Heisler, 1945)

(Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

En voilà un qui en a fait rêver plus d'un(e) : Gary Cooper est le modèle du "strong silent type" cher à Anthony Soprano. C'est aussi un fin amateur de style et si ce film de 1945 n'est pas son meilleur, il vous montrera assez bien ce qu’est la veste en denim brut portée façon western.

Pour quelques grands films de Gary Cooper, vous pouvez jeter un oeil sur «Le Train Sifflera Trois Fois» de Fred Zinnemann , «L'Homme de la rue» de Frank Capra ou bien encore l'ensemble de ses films avec Ernst Lubitsch - un pur régal pour les yeux.

Quant au «Grand Bill», c'est un western plutôt léger avec Loretta Young et dans lequel Gary Cooper se moque volontiers de son image : il y joue le rôle d'un cow-boy un peu naïf et non-violent qui se retrouve confondu avec un tueur.

On peut retenir la gestuelle et le sens de l’autodérision de Gary Cooper. On peut aussi noter que le personnage de Lucky Luke est venu puiser ici l’inspiration de son célèbre "I'm a poor lonesome cowboy". Mais la plus belle trouvaille du film, c’est une très belle veste en denim brut de type Levi's 506 que Gary Cooper porte ouverte, les manches légèrement retroussées. En dessous, une chemise avec du grain.

Pour compléter : jeans, ceinture en cuir, boots et chapeau de cow-boy. Voilà pour la tenue "denim & western" classique, nature et somme toute minimaliste. Soyons honnêtes, on n’a jamais vraiment fait mieux depuis. En revanche, vous vous doutez d'ores et déjà qu'on peut faire autrement, et que les exemples à suivre ont chacun leur petit truc à ajouter au sujet de la veste en denim.

«Winchester 73» (Anthony Mann, 1950)

(Photo by FilmPublicityArchive/United Archives via Getty Images)

Si vous êtes sensible au vertige, ne vous attardez pas trop sur la filmographie de James Stewart :  c'est un immense acteur et il a joué dans bon nombre des films américains qui comptent encore aujourd'hui.

Son apport au genre western pourrait s'illustrer par «L'homme qui tua Liberty Valance», autre chef d'oeuvre de John Ford avec John Wayne dans lequel on peut entendre le fameux "This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend".

Le truc cependant, c'est que la contribution de James Stewart au western ne s'arrête pas là. Au début des années 50 par exemple, il entame une série de collaborations avec l'un des maîtres du genre : Anthony Mann.

Leur premier western ensemble s'appelle «Winchester 73». C'est une histoire de vengeance, de famille et de carabine légendaire dans laquelle on peut découvrir quelques petites variations autour de la tenue présentée par Gary Cooper plus haut.

Ici James Stewart porte lui aussi une veste en denim brut de type Levi's 506, avec un probable vieux Stetson, une chemise épaisse à carreaux et un bandana. Cet accessoire avait alors une utilité très appréciée des cow-boys, notamment pour protéger de la poussière ou pour masquer le visage. Pour le bas, toujours le même genre de chaussures, du jean ou des pantalons.

Dans le second film qu'il tourne avec Anthony Mann , on aperçoit sensiblement la même veste, et le film étant en couleurs, on découvre alors qu'elle est plutôt verte. Plus tard, dans «L'Homme de la Plaine» en 1955, James Stewart arborera une jolie veste en velours Wrangler.

Autant dire qu'il aime à porter les vestes de type Trucker et que son association avec des matières plus chaudes et des motifs ou des carreaux est plutôt bien vue. Notez une chose ici : le bandana, ce petit trait de style que Jordan, Nicolò ou Christophe aiment eux aussi apporter à leurs tenues.

«Les Indomptables» (Nicholas Ray, 1952)

Copyright: Courtesy Everett Collectionx MBDLUME EC051

Parmi les cinéastes américains à redécouvrir : Nicholas Ray. S’il n’est pas le plus connu, «Les Indomptables» demeure l’un de ses plus grands films et met entre autres en scène, Susan Hayward, Arthur Kennedy et Robert Mitchum dont nous avions déjà pu apprécier le style en parka ou en chemisette.

Nous sommes en 1952. «Les Indomptables» traverse les terres du Texas ou de l’Arizona. C’est un western moderne : pas de soldats, de cow-boys ou d’indiens ici, mais une histoire à la fois intime et universelle qui tourne une fois n’est pas coutume autour du rodéo. Il y est question de nostalgie Americana, de chevaux et de taureaux sauvages, d’amour et de quête d’un endroit bien à soi.

"He puts on his own pants. He buttons his own shirt. If he knows how to do that, he’s got to know enough to run his own life."

Voilà ce qu’on peut entre autres entendre ici. Robert Mitchum joue le rôle d’un champion de rodéo désormais usé et has been. Il rencontre alors le couple formé par Susan Hayward et Arthur Kennedy, et comme vous vous en doutez, la petite vie bien rangée va bientôt laisser place à de l’aventure, du spectacle et du drame.

Du denim, vous en trouverez ici chez la plupart des personnages, qu’ils soient hommes ou femmes. Mais celui qui nous intéresse le plus n’est autre que celui de Robert Mitchum. Il possède ainsi une chouette collection de chemises western unies ou à carreaux, un chapeau Stetson, de belles ceintures en cuir et un… ensemble jean + veste en denim Wrangler.

Rien d’étonnant à ce que l’acteur porte ici une veste 11MJ et un jean Blue Bell de la marque : c’est justement à travers les stars du western et du rodéo que Wrangler s’est fait connaitre. Ces modèles apparaissent à la fin des années 40 et font depuis partie du patrimoine du jean américain.

De là à dire que le personnage de Robert Mitchum était en fait à la pointe de la mode de son époque, il n’y a qu’un pas. Son petit plus ? Ses chemises western, un type de chemises bien particulier que l’on retrouvera lors de notre dernière étape sur les épaules d’un autre géant du cinéma américain : Clark Gable.

«Seuls sont les indomptés» (David Miller, 1962)

(Photo by Universal/Getty Images)

Si «Les Indomptables» affichait à travers son personnage principal une certaine forme de nostalgie pour l’Amérique des pionniers, «Seuls sont les indomptés» va encore un peu plus loin : Kirk Douglas joue ici le rôle d’un anachronisme vivant.

Western crépusculaire et seul film véritablement notable de David Miller, «Seuls sont les indomptés» n’est autre que l’histoire d’un homme qui peine à trouver sa place dans le monde contemporain. Et rassurez-vous : il n’est pas improbable de lui trouver comme un air de famille avec le premier Rambo.

Imaginez plutôt : l’histoire se déroule au Nouveau Mexique, au début des années 60. Les voitures ont depuis longtemps remplacé les chevaux et les cow-boys sont entrés au musée ou dans les foires. Tous sauf un, ici interprété par Kirk Douglas et bien décidé à rester libre malgré les injonctions de la police.

C’était le film préféré de Kirk Douglas, ce qui en dit long sur son attachement à ce rôle et à ces thématiques si l’on jette en parallèle un œil sur son incroyable filmographie. On peut le placer aux côtés des «Désaxés» de John Huston : l’un comme l’autre raconte la fin du Far West et d’Hollywood. Pour la petite histoire, Gena Rowlands fait ici l’une de ses premières apparitions au cinéma .

Le style que l’on découvre ici a bien des points communs avec celui de ses camarades. Même amour de la veste en denim, du jean, des chemises western, des bottes et du chapeau. Il ne manque rien à la panoplie, pas même le bandana.

La nouveauté ici est à chercher dans la veste en denim elle-même. C’est un autre modèle historique baptisé Storm Rider et apparu dans les années 50. On doit cette pièce iconique à la marque Lee et ils seront nombreux à la porter au cinéma, par exemple Paul Newman dans «Hud», autre film tout en denim de 1963.

Si l'ensemble en denim vous intrigue, David vous donne quelques clés de compréhension ici. Pour une autre veste en denim historique, rendez-vous à l’étape 10. Sinon, place à la tenue mystère.

5. Le denim et la tenue mystère

«Tant qu'il y aura des hommes» (Fred Zinnemann, 1953)

Copyright: Courtesy Everett Collection MBDFRHE EC081

L’an dernier, Clément revenait sur l’histoire (passionnante) de la chemise hawaienne. Si vous cherchez un film pour illustrer son avènement dans le vestiaire masculin américain, vous pouvez jeter un œil sur «Tant qu’il y aura des hommes». Après tout, quels plus beaux ambassadeurs que Frank Sinatra et Montgomery Clift pour ce vêtement ?

Dans ce film de Fred Zinnemann , le style général est pour autant à chercher du côté du registre militaire.

L’histoire se déroule ainsi au début des années 40 sur les îles Hawaï et raconte la vie à la caserne… et ses dérives. Rien ne sera épargné au personnage de Montgomery Clift, aussi fraichement arrivé que durement mis à l’épreuve. L'acteur est alors au sommet de sa carrière : il triomphe deux ans plus tôt aux cotés d'Elizabeth Taylor dans «Une Place au soleil» de George Stevens.

Du talent, du style, une belle gueule : Montgomery Clift a alors tout pour réussir. La vie et ses démons en décideront malheureusement autrement : il disparait en 1966 à l'âge de 45 ans.

Si «Tant qu’il y aura des hommes» est célèbre pour ses chemisettes et sa scène d’étreinte à la plage , il présente également un large panel de tenues militaires ainsi qu’une véritable curiosité, toute en denim.

C'est pour ainsi dire une tenue mystère et j’hésite encore à savoir si je veux vraiment en connaitre tous les dessous - souvenez-vous ici de la tirade de «L’homme qui tua Liberty Valance ».

S'agit-il d'un ensemble en denim composé d'un pantalon large et d'une chemise popover ou bien d'une combinaison ? On distingue en tout cas le grain incroyable de la toile malgré le noir et blanc de l'image, et il est par ailleurs possible que Montgomery Clift porte cette tenue de travail à même la peau.

Que faire avec ce(s) vêtement(s) ? S'il s'agit d'une combinaison, Jordan en a déjà rêvé ici et c'est un style en soi. S'il s'agit d'un ensemble jeans + chemise, alors tout est possible et nous venons par la même occasion de découvrir une véritable pépite : les chemises popover en denim avec autant de caractère sont plutôt rares à l'écran. L'enquête continue – à son rythme, hein.

6. Le denim et la contre-culture

«L'équipée sauvage» (László Benedek, 1953)

(Photo by Columbia Pictures/Getty Images)

A ce stade de notre parcours, une pause et un petit rappel s’impose. Nous entrons désormais dans ce qu’on pourrait appeler l’âge moderne du denim au cinéma. Au début des années 50, la jeunesse américaine fait de plus en plus entendre sa voix. En littérature, le mouvement Beat fait office d’éclaireur. Les écrits de Jack Kerouac, de William Burroughs ou d’Allen Ginsberg invitent ainsi à lire, écrire et vivre autrement.

En musique, le grand chambardement se prépare : le jazz deviendra free sous l’impulsion d’Ornette Coleman, Eric Dolphy ou John Coltrane à la fin de la décennie ; le blues s’électrifie lui dans le courant de cette même décennie jusqu’à devenir rock’n roll sous les traits de Chuck Berry, Little Richard, Gene Vincent ou Elvis Presley.

Toutes ces nouveautés artistiques s’accompagnent logiquement d’une autre manière de s’habiller. Le cinéma n’est pas en reste et réclame lui aussi son droit à une vie en dehors des règles établies.

Témoin de cette effervescence : «L’Equipée Sauvage» de László Benedek, l’histoire d’une bande de jeunes motards à blouson de cuir noir et têtes de mort qui tracent la route et viennent réveiller la vie d’une petite ville sans histoires.

Le denim est ici symbole de jeunesse et de rébellion, et outre la présence de Marlon Brando, signalons aussi celle d'un Lee Marvin pas encore trentenaire. Son personnage s'appelle "Chino", comme le pantalon du même nom : c'est le genre de petit détail qui interpellera toujours un amateur de vêtement.

Si le cinéaste n’est pas resté dans la grande histoire du cinéma, son petit film aura néanmoins fait l’effet d’une bombe. En cause : le personnage incandescent incarné par Marlon Brando, sa moto Triumph et sa tenue désormais légendaire : un tee-shirt sous un Perfecto Schott, des boots et un jean Levi’s 501.

Cette vision du style, certains musiciens s’en souviennent encore. Personne n’apparaitra aussi sexy à l’écran cette année-là, et Marlon Brando vous donnera probablement envie de porter à la fois le Perfecto et le 501. La coupe ici est parfaite, et il porte son jean en roulottant le bas, laissant apparaitre ses chaussures dans leur entièreté.

Si beaucoup s’en sont inspirés par la suite, jamais le jean n’a eu plus d’attitude et d’esprit rebelle que chez Marlon Brando dans le cinéma US des années 50. Pour la casquette, rassurez-vous : on a fait beaucoup mieux depuis.

7. Le denim et l'art du roulottage

«Artistes et modèles» (Frank Tashlin, 1955)

Copyright: Courtesy Everett Collectionx MBDARAN EC126

Au milieu des années 50, on compte aussi parmi les plus grosses stars hollywoodiennes un tandem pour le moins détonnant formé par Jerry Lewis et Dean Martin. Les deux acteurs s'illustrent alors dans le registre de la comédie, et si la carrière du duo est pour le moins inégale, «Artistes et modèles» figure plutôt dans le haut du panier.

Parmi les admirateurs du réalisateur Frank Tashlin à cette époque, on peut citer un certain Jean-Luc Godard. Jerry Lewis réalisera un peu plus tard le classique «Docteur Jerry et Mister Love», et Dean Martin reste pour beaucoup l'inoubliable Dude dans «Rio Bravo» d'Howard Hawks.

L'histoire d'«Artistes et modèles» se déroule à New-York, dans le quartier de Greenwich Village. C'est une carte postale des années 50. Deux copains y partagent le même appartement, s'imaginant régulièrement couverts de gloire et de fortune. La réalité bien sûr, c'est qu'ils sont plutôt fauchés et que le succès leur tourne inlassablement le dos.

Le premier est peintre et crooner de charme à ses heures perdues, le second passe sa vie à lire et à rêver de comic books. Ils rencontreront deux femmes incarnées par Dorothy Malone et Shirley McLaine qui bouleverseront rapidement leur vie.

Si le film n'est pas exempt de quelques longueurs, il conserve une étonnante fraicheur, toute à la fois colorée et chantante . Pour les fans de vêtements, c'est aussi un régal tant «Artistes et modèles» fourmille de richesse stylistique dans ses tenues : du volume, des belles matières, beaucoup d'inspiration pour hommes et femmes mais aussi des petites manies amusantes. Il faut ainsi revoir Dean Martin plier et ranger son pantalon à pinces, un must !

On peut aussi se contenter de tenues plus simples et moins habillées. Regardez par exemple Jerry Lewis et son interprétation du denim. Nous sommes en 1955 et pourtant cette tenue pourrait être celle que vous portiez hier. C'est un classique : sneakers et chaussettes blanches, jean droit, tee-shirt blanc.

Jerry Lewis répond par ailleurs à la question existentielle que se pose à un moment ou un autre tout premier acheteur de jean brut : bas droit ou roulottage ? Si vous hésitez entre les deux, sachez que Jerry Lewis opte ici pour la seconde option et que c'est très réussi, tout comme l'ensemble des costumes du film. La preuve en image à travers cette séquence fabuleuse où le style s'étend jusqu'aux tenues des enfants, qui portent bien évidemment eux aussi du denim par endroits.

Si l'époque est encore en grande partie aux costumes et chapeaux en feutre, la jeunesse portée par des acteurs comme James Dean ou Marlon Brando fait basculer le denim dans l'âge moderne. Plus rien ne sera jamais comme avant.

8. Le denim et sa tenue iconique

«La Fureur de Vivre» (Nicholas Ray, 1955)

(Photo by Warner Brothers/Getty Images)

S'il ne fallait garder qu'une tenue au cinéma avec du denim dedans, ce serait probablement celle de James Dean dans «La Fureur de vivre». Le film est sorti un mois après la mort de l'acteur - un tragique accident, remis en scène par David Cronenberg dans «Crash».

On pourrait mettre le succès phénoménal du film sur le seul compte de cette tragédie. Sauf qu'il y a déjà tous les ingrédients du mythe dans l'oeuvre de Nicholas Ray et la performance de James Dean. On peut ainsi y voir la patte d'un cinéaste singulier et un portrait réaliste de la middle class américaine.

«La Fureur de vivre», c'est le plus célèbre film du cinéaste Nicholas Ray, et sans doute le plus moderne et réussi de la trop brève carrière de James Dean.

Du denim chez James Dean, vous en trouverez cependant aussi dans les deux fresques que sont «A l'Est d'Eden» d'Elia Kazan ou «Giant» de George Stevens, mais aucun de ces deux films n'est aussi "contemporain" que «La Fureur de vivre».

On découvre ici le personnage de Jim Stark incarné par James Dean, ses relations compliquées avec sa famille et ses camarades de lycée. D'autres stars du grand écran comme Natalie Wood ou Dennis Hopper figurent au générique.

Le film raconte beaucoup des frustrations des jeunes des années 50 vis-à-vis de l'autorité parentale, scolaire ou policière. Dès lors, rien d'étonnant à ce que la jeunesse américaine trouve en James Dean un modèle et un grand frère : ses tenues seront autant de sources d'inspirations.

C'est par exemple le cas de LA tenue du film : un tee-shirt blanc sous un blouson rouge coupe-vent, un jean Lee Rider 101z et une paire d'Engineer boots .

Comme son idôle Marlon Brando avant lui, James Dean est ici symbole de fragilité et de rébellion. Pour autant, le vrai rebelle du film s'appelle non pas James Dean mais Platon, comme le philosophe .

Il porte le blazer, la cravate ou le pull col V et son doigt d'honneur à la société n'est autre qu'une paire de mocassins associée à des chaussettes dépareillées. Si jamais l'esprit rebelle vous gagne, vous savez désormais ce qu'il vous reste à faire.

9. Le denim et ses variations bleach

«Les Feux de l'été» (Martin Ritt, 1958)

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Et le jean bleach ou délavé dans tout ça, me direz-vous ? Eh bien si Jordan a déjà pu vous dévoiler quelques uns de ses secrets ici, on peut le retrouver non pas chez Orson Welles mais plutôt chez Paul Newman, tous deux à l'affiche de ce petit film des années 50 signé Martin Ritt .

«Les Feux de l'été» est inspiré du travail de William Faulkner sans pour autant lui être ressemblant. Il est question du Sud, du Mississipi et d'une riche famille comme on en croisera des années plus tard dans «Dallas».

L'élément pertubateur est ici incarné par Paul Newman, beau gosse venu troubler la vie somme toute routinière du coin et dirigée d'une main de fer par l'imposant Orson Welles.

Le casting principal est aussi composé d'actrices comme Joanne Woodward ou Lee Remick. C'est dire si le film est tout entier dédié au jeu. De fait, il navigue régulièrement entre le drame et la comédie et son intérêt principal réside dans l'intéraction entre les personnages et aussi son Technicolor, qui ajoute une patine toute particulière au cinéma hollywoodien des années 50.

Au second plan , les tenues d'un jeune acteur qui débute dans le métier : Paul Newman. Il porte le chapeau kaki, le débardeur blanc, la chemise manches longues à col cubain et le jean bleach coupe droite.

Tout cela a bien évidemment un parfum d'été, et c'est une des particularité du jean bleach que d'attirer le soleil ou la lumière. En attendant, vous avez là une tenue possible pour votre prochain été, et le choix des chaussures en prime.

En fin connaisseur, Orson Welles avouera à Paul Newman son admiration dans le film : "I like your style". Nous aussi. Notez par ailleurs que le jean bleach et les yeux bleus peuvent être ici une arme de séduction massive.

Comme souvent chez l'acteur , le style sort volontiers du cadre de l'écran. Si le denim vient troubler l'histoire des «Feux de l'été», rassurez-vous : il y a aussi du costume, et il est plus que bien porté. Aussi à l'aise dans le registre décontracté que formel, Paul Newman reste encore aujourd'hui une source d'inspiration stylistique assez inépuisable.

10. Le denim et l'ensemble clair

«Les désaxés» (John Huston, 1961)

(Photo by Ernst Haas/Getty Images)

Et s’il ne fallait garder qu’un film de cette période dorée avec du denim dedans ? Ce serait peut-être «Les Désaxés» de John Huston, avec Clark Gable, Marylin Monroe et Montgomery Clift.

Comme «Seuls sont les indomptés», «Les Désaxés» raconte autant la fin du mythe de l’Ouest que celui d’Hollywood. Au début des années 60, les cow-boys sont fatigués, ringards, dépassés par la vie moderne.

Il en va de même pour les studios hollywoodiens : les stars disparaissent les unes après les autres, les grands cinéastes déclinent ou cessent de tourner. Une nouvelle génération est en marche, plus proche des réalités du monde et des bouleversements sociétaux des années 60.

C’est en filigrane ce que raconte «Les Désaxés» à travers les aventures d’une jeune femme fragile et d’un vieux cow-boy solitaire, tous deux aussi perdus l’un que l’autre.

Le tournage est somme toute chaotique. Pour Clark Gable comme pour Marylin Monroe, ce sera le dernier film achevé. Quant à Montgomery Clift, il les rejoindra moins de 5 ans plus tard. Si les «Désaxés» a définitivement quelque chose de funeste, il célèbre néanmoins le denim comme nul autre.

Vous en trouverez bien sûr chez Marylin Monroe ou Montgomery Clift : veste en denim Lee Storm Rider et jeans Levi's pour elle, veste en denim Wrangler et jeans Lee pour lui. Mais LA tenue du film est à chercher chez Clark Gable, aussi stylé en pyjamas qu’en jeans.

La preuve avec ce magnifique ensemble clair de chez Lee : un jean et une veste Lee Westerner devenus depuis mythiques, qu’il associe ici avec ceinture et chemise western Rockmount Ranch Wear, boots et chapeau de cow-boy. A noter qu'il partage avec Alain Delon une même passion pour la montre Tank de Cartier. C'est un fait relativement inhabituel pour un personnage de film aussi rustique.

Si notre tour d’horizon s’achève avec la fin de l’usine à rêves, le denim n’en a pas terminé pour autant avec le cinéma. On y reviendra peut-être une autre fois. En attendant, si comme moi tout cela vous a donné envie de films ou de nouvelles pièces en denim, rendez-vous comme toujours dans les commentaires.

Hey, on fait aussi des jeans !

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