Le top 18 de nos pyjamas préférés au cinéma – Bobine #1

Temps de lecture : 21 minutes

Publié par le 14 avril 2020

Au cinéma, le vêtement ne fait pas que de la figuration et joue même parfois les premiers rôles. En cinéphile averti, Jérôme a eu envie de s'intéresser au pyjama au cinéma et de vous partager son regard sur cette pièce au fil d'une sélection de 15 films. Peut-être aurez-vous envie de les voir ou les revoir pour les regarder avec un œil différent. Bonne lecture. Christophe.

1. Le plus simple : Buster Keaton dans Steamboat Bill Jr de Charles Reisner & Buster Keaton (1928)

L'affiche de Steamboat Bill Jr, 1928. (Photo by LMPC via Getty Images)

OK, ce n’est pas exactement un pyjama. Plutôt une chemise de nuit ou ce qu’on appelait jadis une liquette : blanche, ample, vraiment très longue avec deux-trois boutons qui remontent jusqu’au col. C’était la tenue d’avant le pyjama, une pièce rapportée des Indes dans le courant du 19ème siècle et devenue par la suite le vêtement de nuit que l’on connait tous.

Ce qui séduit ici, au-delà de la simplicité de la tenue : un visage impassible, un corps qui s’autorise toutes les facéties. Buster Keaton n’est pas seulement comédien, il est aussi cascadeur.

Au passage, notez sur ces photos qu’il porte très bien l’uniforme. 

C’est drôle, un peu loufoque et bientôt centenaire. Ce film d’avant le krach boursier est un trésor d’ingéniosité visuelle et d’humour étrange, poétique.

Buster Keaton uniforme

 

A celles et ceux d’entre vous qui ne seraient pas familiers avec cet univers : jetez donc un œil sur le Caméraman, le Mécano de la Générale ou bien encore Sherlock Jr, mon préféré de tous. Car il y a dans les films de Buster Keaton beaucoup de choses à regarder : le chapeau de canotier bien sûr, mais aussi toute une série de tenues et de costumes à l’élégance lunaire, magnifiés par une attitude, une gestuelle. Celle d’une star atypique du cinéma muet, à la fois drôle et mélancolique, que l’on surnommait « l’homme qui ne rit jamais ».

C’est qu’entre les débuts de Keaton en 1917 et la période d’après-guerre, le cinéma a beaucoup changé : il s’est mis à parler. Malgré quelques rôles notables dans Les Feux de la rampe de Charlie Chaplin, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder ou Film de Samuel Beckett, Buster Keaton ne s’en est jamais vraiment remis.

Pour aller plus loin : Slapstick, les mémoires de Buster Keaton.

2. Le plus stylé : Clark Gable dans New York Miami de Frank Capra (1934)

Affiche du film New York Miami

(Photo by Columbia Tristar/Getty Images)

« Now just to show you my heart's in the right place, I'll give you my best pair of pajamas ». Comment ça, une femme qui porte un pyjama d’homme à l’écran ? Un scandale pour une époque qui doit entre-autres composer avec le puritanisme du code Hays. Nous sommes au début des années 30, bienvenue en Amérique !

Bien avant d'incarner le cow-boy renfrogné des Désaxés , Clark Gable tient ici tête à Claudette Colbert : le tandem fait merveille dans cette comédie enlevée du plus optimiste des cinéastes américains, Frank Capra.

 

scène du film New York Miami Clark Gable

(Photo by Columbia Tristar/Getty Images)

Au-delà du film, qui n’a pas pris une ride, apprécions le style affirmé du « Roi d’Hollywood » : cette fine moustache, ce costume impeccable, cette écharpe à motif pied-de-poule pleine de charme et surtout ce pyjama, qu'il porte comme tout le reste avec une nonchalance souveraine.

Admirez par exemple le motif, le col, les poignets, le liseré blanc et la ceinture enfin qui apporte une touche suprême de distinction. Autant de petits détails que soulignent les nombreux gros plans de la caméra.

De jour comme de nuit, Clark Gable était assurément l’un des hommes les mieux habillés de son époque.

Dans New-York Miami, il délivre aussi quelques petits messages essentiels : comment bien faire du stop, manger des donuts ou se déshabiller avec élégance. Le public américain découvre alors avec stupeur qu’il ne porte pas de maillot de corps sous sa chemise, une « hérésie » qui influencera l’air de rien la mode masculine : les ventes de sous-vêtements s'effondreront en effet à la sortie du film. Si vous êtes fan de Panache, vous aimerez New-York Miami.

Pour aller plus loin dans l'optimisme : La vie est belle de Frank Capra (1946)

3. Le plus chorégraphié : Gene Kelly dans Un Américain à Paris de Vincente Minnelli (1951)

Affiche Un américain à Paris gene Kelly

(Photo by Movie Poster Image Art/Getty Images)

Paris, 1951. La caméra de Vincente Minnelli s’approche de la fenêtre d’un appartement. On frappe à la porte, un homme dans son lit s’éveille tranquillement. C’est l’américain Gene Kelly, l’un des danseurs les plus célèbres d’Hollywood. Il porte un pyjama à rayures confortable, alternance de crème et de couleurs pastel, le col est ouvert et la séquence entière fera autant rêver les apprentis danseurs que les agenceurs de petits espaces.

Si l’on retient de Gene Kelly le sourire étincelant et la belle mécanique du corps, rien n’empêche de s’arrêter aussi sur quelques chouettes tenues de ce film emblématique. Une tenue printanière qui fait mouche, par exemple : mocassins marrons, chaussettes blanches, pantalon crème (ample et avec revers) ceinture marron, chemisette bleu ciel, blazer couleur sable. Et « voilà », en français dans le film.

Gene Kelly dans un américain à Paris

(Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Classique du musical américain, Un Américain à Paris est un hommage à la musique de Georges Gershwin. C’est aussi un film truffé de références à la peinture française : les décors font écho au travail de Toulouse-Lautrec, de Renoir ou du Douanier Rousseau. Et les 20 dernières minutes du film, toutes en onirisme pictural et chorégraphies millimétrées, font encore aujourd’hui leur petit effet.

On peut bien sûr sourire de cette vision « carte postale » d’un Paris bohème. Reste cependant quelque chose de bien actuel dans ce film en Technicolor : la vie qui chante, ses petits pas de danse, son jeu de claquettes perpétuel, tout un art du mouvement que Gene Kelly maîtrise ici à la perfection.

 

Pour danser encore un peu : Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967)

4. 
Le plus traditionnel : Chishu Ryu dans Eté précoce de Yasujiro Ozu (1951)

Affiche film Un été précoce

Ah le Japon, ses matières textiles, ses denims, sa philosophie, rien de tout cela ne vous échappe si vous nous lisez régulièrement. Mais qu’en est-il du cinéma japonais ? Au début des années 50, il n’existe pas encore sur les cartes de l’Occident. Si Akira Kurosawa triomphe à la Mostra de Venise (avec Rashomon, 1951), bien peu de gens ont entendu parler de tous les autres, et en particulier des grands maîtres que sont Kenji Mizoguchi et Yasujiro Ozu.

scène du film un été précoce

Il faudra par exemple attendre longtemps, la fin des années 70 au moins, pour que Ozu soit enfin plus largement connu en France – et encore, pour quelques films seulement.
 
On a souvent dit que le cinéma d’Ozu était zen, qu’il contenait en lui tout ce qui fait l’esprit et la culture du Japon. Mais son regard se porte bien au-delà de la société et du quotidien de son île : il a quelque chose d’universel.

 En témoigne ce très beau film de 1951 dans lequel on découvre un merveilleux cinéma de l’épure et aussi, c’est ce qui nous intéresse ici, des tenues à base de kimonos traditionnels, des costumes à larges revers, de beaux cardigans.

Chaque image pourrait être un poème, une photographie et ce qui est étonnant avec cette esthétique si particulière, filmée au ras du tatami, c’est que l’on ressent tout, jusqu’au grain du tissu. Pas de pyjama ici cependant mais un beau kimono d’intérieur/nuit porté par Chishu Ryu, l’acteur fétiche de Ozu : une pièce en noir et blanc par la force des choses mais à l’image de tout ce qu’on aime dans le textile japonais. La petite histoire, la texture, les nuances.

Plus aller plus loin : le Gout du Saké de Yasujiro Ozu (1962)

5. Le plus music-hall : Jean Gabin dans French Cancan de Jean Renoir (1954)

(Photo by LMPC via Getty Images)

Le village est endormi, l’ambiance 1900. Paris s’apprête à découvrir les revues du Moulin Rouge et le French Cancan mais pour l’instant, on découvre une chambre, un lit, une force de la nature et le dos nu d’une femme comme en peindrait Renoir le père.

Pour le personnage de Jean Gabin, le réveil est plutôt brutal : « Hey, patron lève-toi ! C’est l’huissier ». C’est ainsi qu’on découvre un bonhomme chafouin dans un beau pyjama écru avec un col de type Claudine et une robe de chambre aux tons pastel, comme un doux écho à l’esprit Commedia dell’arte du film précédent de Renoir (Le Carrosse d’Or).

Entre Jean Gabin et Jean Renoir, c’est évidemment toute une histoire : Les Bas-Fonds, La Grande illusion, La Bête humaine, trois films parmi les meilleurs de Gabin avant-guerre, sans doute sa période la plus inspirante en terme de style.

Jean Gabon dans French Cancan

(Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Lorsqu’il tourne French Cancan, Renoir a quant à lui déjà réalisé la majeure partie de son œuvre cinématographique : c’est une source inépuisable. Rappelons si besoin qu’il a résolu en un film le plus grand mystère de l’univers et qu’à défaut de pouvoir tourner comme il l’entend, il jouit à la fin des années 50 d’un beau statut de consolation, celui de figure tutélaire de la Nouvelle Vague. Merci Truffaut.

Et French Cancan, dans tout ça ? Eh bien c’est un grand film sur le music-hall, servi par un Gabin businessman et séducteur et un Technicolor qui ferait presque oublier que le père Renoir savait y faire avec les couleurs.

Pour aller plus loin : La Règle du Jeu de Jean Renoir (1939)

6. Le plus photogénique : James Stewart dans Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock (1954)

Affiche Fenêtre sur cour Hitchcock

(Photo by Movie Poster Image Art/Getty Images)

S’il ne fallait garder qu’un film sur le thème du pyjama, ce serait probablement Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock. Avouez que le tandem Stewart/Kelly est d’une élégance folle et que ce décor unique agit comme une véritable « madeleine de Proust ».

Un fauteuil roulant, un plâtre, un pyjama et une vue imprenable sur les voisins : James Stewart campe ici le rôle d’un reporter-photographe qui ne s’habillera pas une seule fois. Mais les plus observateurs remarqueront néanmoins qu’il porte pas moins de quatre pyjamas différents tout au long du film. Les couleurs sont douces, deux beaux bleus clairs au moins dans la garde-robe, et quelques détails bien sentis (les boutons, la texture, les discrets motifs) viennent faire oublier que la coupe est ici sensiblement la même d’un pyjama à l’autre.

Fenêtre sur cour James Stewart

(Photo by Paramount Pictures/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Si James Stewart illumine l’écran de son fauteuil roulant, sa partenaire Grace Kelly n’est pas en reste. La mode dans le film, c’est elle : les robes, les défilés, le Harper’s Bazaar et ce costume en flanelle bleu marine qu’elle verrait bien Stewart porter si seulement il souhaitait quitter sa vie d’aventurier.

Fenêtre sur Cour est un film sur le regard et donc un film sur le cinéma. C’est aussi l’un des films les plus populaires d’un auteur abonné aux chefs-d’œuvre (Les Enchainés, Vertigo, Psychose…).

Pour ne rien gâcher, les niveaux de lecture du film sont suffisamment multiples pour qu’on ne puisse jamais vraiment en faire le tour : il y a toujours quelque chose à voir, c’est d’ailleurs toute l’ingéniosité d’Hitchcock qui fait ici, comme souvent, une brève apparition dans son film. Saurez-vous le retrouver ?

Pour aller plus loin : le passionnant « Hitchcock/Truffaut » de François Truffaut.

7. Le plus classe : Paul Newman dans Une Chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks (1958)

Chatte sur un toit brûlantSans conteste l’un des pyjamas les mieux portés de cette sélection, presque une seconde peau. C’est d’ailleurs tellement frappant que l’on n’imagine personne d’autre que Paul Newman dedans ni même ce film sans ce pyjama. La couleur a un je-ne-sais-quoi d’obsédant, la coupe est parfaite, ultra confortable dès le premier coup d’œil et les petits plus stylistiques (les poches, le col, les poignets, les boutons) achèvent d’en faire un obscur objet de désir. Un même charme opère un peu plus tard, sur une autre tenue que je ne spoilerai cependant pas davantage.

Cet étrange phénomène est d’autant plus remarquable que Paul Newman joue le rôle d’un homme en colère et franchement antipathique pendant les trois-quarts du film : il est alcoolique, indifférent à l’égard de sa femme (on parle ici de la toute jeune Liz Taylor) et volontiers désagréable avec tout le monde, en particulier sa famille qui n’est d’ailleurs pas en reste.

Paul Newman

(Photo by Metro-Goldwin-Mayer Pictures/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Le film tire son histoire d’un auteur du Sud plutôt très sollicité dans les années 50 : Tennessee Williams, à qui l’on doit entre-autres Un Tramway nommé désir ou Soudain l’été dernier.

Notez qu’à cette époque, les questions de sexe et d’homosexualité au cinéma restent encore sous le tapis. Le réalisateur Richard Brooks imagine donc une autre voie au scénario original. En résulte un film un rien étrange, plutôt théâtral et un peu bavard qui brille surtout par ses silences, ses non-dits et ce gars en béquille et pyjama qui sirote ses verres tranquillou, depuis un canapé du fin fond du Mississipi. La classe américaine, si vous voulez.

Pour plus de Tennessee : Un Tramway nommé Désir d’Elia Kazan (1951)    
 

8. Le plus élégant : Cary Grant dans Indiscret de Stanley Donen (1958)

On ne présente plus Cary Grant, le plus élégant des acteurs américains, aussi à l’aise en blouson d’aviateur (Seuls les anges ont des ailes d’Howard Hawks) qu’en costume de publicitaire (la Mort aux Trousses d’Alfred Hitchcock). La formule vaut pour à peu près tous les types de vêtements, même les pyjamas. En témoignent les deux pièces en soie qu’il porte dans Indiscret, une comédie romantique assez méconnue de Stanley Donen (Chantons sous la pluie, c’est lui !).

affiche Indiscret Gary Grant

Indiscreet, poster, l-r: Cary Grant, Ingrid Bergman on title card, 1958. (Photo by LMPC via Getty Images)

Regardons les pyjamas de Cary Grant d’un peu plus près : le premier est aussi osé que la scène est brève, impression renforcée par le Technicolor qui laisse ici éclater un vêtement de couleur pimpante et vraiment orangée. Le style est fort, ponctué d’un simple liseré blanc. Clairement pas pour tout le monde, mais c’est Cary Grant, il est dans son lit, au téléphone avec Ingrid Bergman et ça fonctionne.

Cary Grant dans le film Indicscret

1(Photo via John Kobal Foundation/Getty Images)

Le deuxième est plus sobre, sur le même modèle avec cependant une couleur mi-beige mi-chair et c’est parfait, cocooning à souhait. Notez que Cary Grant est de nouveau dans son lit, toujours au téléphone avec Ingrid Bergman et que ça fonctionne aussi.

L’échange est plutôt long, l’écran partagé, astuce de cinéaste pour contourner l’interdit : pas de couple dans le même lit à l’écran ! Nous sommes en 1958, tout cela va bientôt changer.

En attendant, ce petit film de Stanley Donen ne manque ni d’humour, ni de tendresse, ni même de belles tenues : c’est un festival de charme bon-enfant qui se déroule par ailleurs en grande partie en appartement. Comme un air du temps présent ? Pas vraiment. Car le confinement d’Indiscret est volontiers cinq étoiles : roses rouges, champagne et tableaux de Picasso un peu partout sur les murs.


Pour retrouver Cary Grant et Ingrid Bergman dans un même film : les Enchainés d’Alfred Hitchcock (1946)

9. Le plus séduisant : Marcello Mastroianni dans Huit & Demi de Federico Fellini (1963)

Affiche Huit et Demi Fellini

(Photo by Buyenlarge/Getty Images)

Un miroir, un homme, un pyjama. À la faveur d’une lumière blafarde de type hôpital, c'est ainsi se découvrent dès les premières minutes de Huit et Demi, les traits tirés de l’un des acteurs les plus emblématiques du cinéma italien. La séquence ne dure que quelques secondes mais l’image a sans doute fait plusieurs fois le tour du monde.

Marcello Mastroianni

Actor Marcello Mastroianni as Guido Anselmi in the Federico Fellini's 1963 film 8 1/2. (Photo by �� John Springer Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images)

Pour sa deuxième collaboration avec Federico Fellini (la première n’est autre que la mythique Dolce Vita de 1960), Marcello Mastroianni joue plus que jamais le double de l’artiste, ici tout à la fois cinéaste et homme en fuite, fatigué, confus, en quête de sens et d’inspiration.

On le sent jusque dans sa tenue, séduisante mais désordonnée, pas vraiment réveillée : une fine robe de chambre, un beau pyjama de couleur sombre qu’on imagine d’un bleu très profond, égayé par ce qui pourrait être une pochette claire. Mais qui franchement pousserait l’élégance jusqu’à porter une pochette de costume à la poche de son pyjama ? C’est une des nombreuses énigmes de ce film à l’esthétique folle, noir et blanc magnifié et musique comme souvent majeure de Nino Rota.

Au casting, Claudia Cardinale et Anouk Aimée sont magnifiques. Mastroianni lui, n’est pas loin de tenir avec Huit et Demi son rôle le plus charismatique et il porte par ailleurs le costume, les mocassins et les lunettes noires comme personne. Mais ce n’est clairement pas le seul atout de ce film très autobiographique et si justement perdu dans ses pensées, tout entier dédié au cinéma. Nous sommes en 1963 et une nouvelle ère s’ouvre pour Federico Fellini : le spectacle peut continuer.

Pour plus de Marcello Mastroianni : La Nuit de Michelangelo Antonioni (1961)

10. Le plus viril : Sean Connery dans Goldfinger de Guy Hamilton (1964)

Affiche Goldfinger James Bond

(Photo by LMPC via Getty Images)

En voilà un qui ne risque pas de figurer au sommaire du très intéressant livre d’Iris Brey Le Regard féminin : le James Bond incarné par Sean Connery est à la fois le plus viril et le plus sexiste de tous. Mais pour la partie qui nous intéresse, c’est surtout l’un des plus stylés.

Si les aventures les plus récentes de Daniel Craig sont moins documentées, on a en revanche déjà presque tout écrit sur la franchise James Bond d’antan. Les femmes, les fringues, les montres, les voitures, vous savez probablement déjà tout sur 007.  Mais vous êtes-vous déjà arrêtés sur le pyjama de Goldfinger ? Preuve que tout espoir n’est pas perdu pour notre agent secret, c’est le pyjama partagé de la saga : le bas pour Sean Connery, le haut pour Shirley Eaton, joli masculin/féminin bleu clair, très probablement en soie, avec le cordon de serrage blanc qui va bien, pour l’esprit de décontraction.

(Photo by Keystone/Getty Images)

Autre tenue notable de ce film haut en couleur : le combi-short éponge qui apparait au bord de la piscine, pas la pièce la plus accessible au monde, mais pour un Sean Connery sûr de lui et de son style, tout est définitivement possible.

Comment parler de Goldfinger sans rendre également hommage au personnage de Pussy Galore ? Car ici le style (et le caractère) se trouve aussi du côté de son interprète féminine Honor Blackman, déjà inoubliable dans la méconnue troisième saison de The Avengers . Pour les plus curieux, sachez qu’elle est à l’origine d’un livre intitulé « Honor Blackman's Book of Self-Defense » sur lequel je ne désespère pas de mettre un jour la main. Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour plus de Sean Connery : Les Incorruptibles de Brian De Palma (1987)

9bis. Bons Baisers de Russie de Terence Young (1963)

Affiche Bons baisers de Russie James Bond

(Photo by LMPC via Getty Images)

Une fois n’est pas coutume : un autre film de James Bond réalisé cette fois par Terence Young, pour une découverte éclairante mais un brin futile. Dans le monde du disque, on appellerait ça une chanson cachée. Ici, c’est un pyjama, ou plutôt sa présence fantôme, qui nous interpelle.

Sorti juste avant Goldfinger, lui aussi avec Sean Connery, Bons Baisers de Russie est assurément moins coloré, plus sec et nerveux que le film de Guy Hamilton mais ne manque pas pour autant de richesse, et notamment dans ses tenues. C’est d’ailleurs une des particularités de la série dans son ensemble.

Scène du film Bons baisers de Russie James Bond Sean Connery

(Photo by Terry Fincher/Daily Express/Hulton Archive/Getty Images)

Des aventures de Sean Connery à celles de Daniel Craig, il est toujours plus ou moins question, en filigrane, de style et de mode masculine. A noter par exemple ici : beaucoup de costumes, un chapeau trilby marron, un beau car coat en laine marine dans une scène explosive et quelques autres pièces typiques du début des années 60, période par ailleurs ô combien charnière pour le cinéma.

Et le pyjama dans tout ça, me direz-vous ? C’est tout l’objet de cette petite chronique quotidienne : vous faire partager la petite histoire d’un vêtement, comme par exemple celle de ce pyjama bleu clair qu’on suppose très chic et qu’on aperçoit vraiment très furtivement, impeccablement plié dans une mallette customisée dont on nous parle depuis le début du film et qui va finalement se révéler être ce qui sauve la vie de notre agent.

C’est à la fois absurde et complètement magique, et pour la petite histoire : sachez que ce pyjama caché pourrait bien être celui que l’on découvre dans Goldfinger.


11. Le plus ensorcelé : Christopher Lee dans La Maison qui tue de Peter Duffell (1971)

Ne vous fiez pas au titre : il s’agit bien d’un film d’horreur bien que vous n’y verrez pas une goutte de sang. Des disparitions, des monstres, de la sorcellerie et aussi des vampires, le tout dans le cadre bucolique de la campagne anglaise et d’une vieille maison avec tout ce qu’il faut dedans pour faire peur :  le tic-tac de l’horloge donne le ton, la bibliothèque est chargée de poussière et de livres fantastiques (Poe, Tolkien, Carroll), le bois de l'escalier grince comme il faut et chaque pièce regorge de vieux trucs d'antiquaire. Bienvenue dans le monde du film d’horreur anglais popularisé à la fin des années 50 par les productions Hammer et un peu plus tard par Amicus.

Affiche The House That Dripped Blood Christopher Lee

(Photo by LMPC via Getty Images)

Au casting de ce film à sketches modeste et à la limite du nanar, deux de mes acteurs favoris : Peter Cushing et Christopher Lee, deux beaux exemples de gentlemen au style tout britannique. Pour les amateurs, on croise ici des cols roulés, des cardigans dans le style d’Inverallan, beaucoup de foulards, de pantalons et de vestons typiquement british et bien sûr des cravates tricot, des robes de chambre improbables et des couleurs pas faciles à porter.

Christophe Lee The House That Dripped Blood

(Photo by Stanley Bielecki Movie Collection/Getty Images)

Je ne parlerai pas ici de la cape du vampire (RIP Bela Lugosi) pour mieux m'arrêter sur le vêtement qui nous intéresse : le pyjama du grand Christopher Lee . Écru et liseré marron, très chic, très probablement en soie.

C’est une pièce pour bien dormir sauf que la scène se transforme vite en cauchemar :  entortillé dans ses draps, fiévreux, aux prises avec la magie noire, il nous fait ici entrevoir le côté obscur du pyjama, côté obscur que Christopher Lee retrouvera bien des années plus tard dans Star Wars puis dans une autre mesure à travers ses disques de métal. Eh oui, cet homme a eu une vie extraordinaire.

Pour d’autres aventures avec Christopher Lee et Peter Cushing : Le Crâne maléfique de Freddie Francis (1965)

12. Le plus nouvelle vague : Jean-Pierre Léaud dans la Nuit américaine de François Truffaut (1973)

Affiche La nuit Américaine Truffaut

(Photo by LMPC via Getty Images)

Du style, de l’esprit, du panache. Voilà un acteur qui ravira autant les fans de Panache que ceux de Sapristi. Vous le connaissez certainement : il s’appelle Jean-Pierre Léaud. Bien sûr, qui dit pyjama « nouvelle vague » dit Antoine Doinel et son pyjama bleu inoubliable. On le découvre dans Baisers Volés, porté par un Jean-Pierre Léaud électrique, récitant à l'envie, comme en transe et face au miroir, son presque mantra « Fabienne Tabard ».

Mais des pyjamas, on en trouvera aussi dans notre beau favori du jour, également réalisé par François Truffaut et toujours avec Jean-Pierre Léaud.

Tournée en 1973, La Nuit américaine est marquée par la mode de son époque : les carreaux sont partout, le jaune et le marron triomphent, les bas de pantalon comme les cols de chemise s’élargissent.

Au rayon des curiosités stylistiques, citons l'étonnante modernité du comédien Bernard Menez pour son pantalon en velours sombre, ses chaussures au poil (plusieurs paires ici) et sa chemise à rayures joliment colorée.

Scène La Nuit américaine Trufftaut

(Photo by John Springer Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images)

Quant aux pyjamas, ils se découvrent le plus souvent la nuit, dans les chambres et les couloirs d'un hôtel. Prenons celui de Jean-Pierre Léaud : une liquette blanche, comme une réminiscence orientale de la pièce portée au tout début de notre périple par Buster Keaton.
Son autre atout « homewear » ? Un beau peignoir éponge à rayures crème et saumon qu’il porte baigné de soleil au réveil.

Relevons enfin le pyjama bleu de François Truffaut, ici acteur-cinéaste de son propre film : c’est dans cette tenue qu’il rêve la nuit de ses 400 coups, d’Orson Welles et de néons de salles de cinéma. Programme alléchant, à redécouvrir dans cette émouvante et très romancée mise en abyme du métier.

Pour plus de Jean-Pierre Léaud : la série des « Antoine Doinel » de François Truffaut.

13. Le plus complexe : Erland Josephson dans Scènes de la vie conjugale d'Ingmar Bergman (1974)

Affiche Scènes de la vie conjugale Bergman

(Photo by LMPC via Getty Images)

Autant le dire de suite : des pyjamas, on en croise très très souvent dans le cinéma d’Ingmar Bergman. Quant au style, il est peut-être davantage à chercher du côté des femmes, bien souvent d’ailleurs chez l’inoubliable Bibi Andersson, une des actrices fétiches du cinéaste suédois avec Liv Ullmann et Ingrid Thulin.

Citons par exemple la classe intemporelle de son personnage dans Persona ou, de mémoire, la modernité quasi prophétique de sa silhouette dans l’Œil du diable, jeans et chemise blanche comme échappés de la capsule femme BonneGueule.

Ceci étant, retour à la mode masculine qui ne se défend tout de même pas si mal chez Bergman : si mon premier choix s’était d’abord porté sur le pyjama du regretté Max Von Sydow dans la Honte (1968), ceux que le personnage complexe d’Erland Josephson porte dans Scènes de la vie conjugale ne sont pas mal non plus.

scène de Scènes de la Vie conjugale Bergman

Scène de Scènes de la vie conjugale, ici dans sa version télévisée diffusée un avant la sortie du film en salles (Photo by mk2/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images).

Dans le détail : un marron/orange avec liseré blanc et sa robe de chambre marron attenante ainsi que deux modèles à rayures, l’un crème et miel, l’autre bleu-gris blanc. Les trois sont tout confort et les couettes de lits sont par ailleurs moelleuses à souhait .

Partout ailleurs : des cravates, des vestes en tweed, une pipe, des lunettes, une Volvo break et deux enfants qu’on ne voit jamais mais dont on parle souvent. Évidemment, tout le sujet du film est dans son titre et c’est très beau, autant dans le jeu que dans la photo, même si on peut bien sûr lui préférer la version télévisée de 1973, qui est un poil plus longue et joliment séquencée, à la manière d’une série.

Pour plus d’Ingmar Bergman : Persona (1966)

14. Le plus oversize : Gérard Depardieu dans Loulou de Maurice Pialat (1980)

Avec le cinéma de Maurice Pialat, on touche à une obsession (personnelle) de jeunesse. Pas de notion de style ici si ce n'est les films eux-mêmes : intenses, bruts, teigneux, souvent plus vrais que la vie elle-même et parfois aussi populaires . Ils sont à prendre comme ils viennent et bien souvent, ça ressemble à une bonne claque.

En témoigne ce film un rien coup de poing de 1980, période que j’adore pour ses films régulièrement secs, nerveux, avec une lumière un rien blafarde dans les yeux.

Au cœur d’une intrigue sociale et amoureuse qui réunit Isabelle Huppert et Guy Marchand, Loulou ne pouvait être que Gérard Depardieu, ici à son sommet. Notez que l’acteur et le personnage sont comme indissociables.

Gérard Depardieu et Isabelle Huppet dans Loulous de Maurice Pialat

(Photo by New Yorker Films/Getty Images)

Le pyjama de Loulou est donc oversize par nature et vous ne le verrez d’ailleurs pas beaucoup car ici on préfère de loin la nudité dans la chambre à coucher. On le découvre cependant à l’hôpital, dans un relatif instant de quiétude : il est décomplexé évidemment mais surtout bleu à rayures, en osmose parfaite avec ce caractère résolument hors-norme.

Partout ailleurs, on retrouve beaucoup de ce qui faisait le style de cette époque en France. Les mailles, bien sûr, les sous-pulls aussi peut-être mais pas seulement. En ce sens, la scène à la campagne vous donnera d’autres pistes, et aussi certainement, quelques frissons : c’est véritablement comme si on y était.

Quant à Depardieu, il arbore une tenue all-black que l’on ne conseille pas ici d’habitude : perfecto en fin de vie, boots, tee-shirt, chemise et jeans noirs. C’est le vestiaire idéal pour ce roi de l’embrouille et cela fonctionne justement parce que ce film a quelque chose de définitivement rock’n roll.

Pour plus de Maurice Pialat : Van Gogh (1991) ou la Maison des bois (1970), actuellement disponible gratuitement sur Arte.

15. Le plus surveillé : Jonathan Pryce dans Brazil de Terry Gilliam (1985)

Affiche Brazil Terry Gilliam

Nous sommes en 1985. La science-fiction s’enrichit d’au moins deux nouveaux classiques de cinéma : l’inusable Retour vers le futur de Robert Zemeckis et le plus sombre Brazil de Terry Gilliam.

C’est justement là, chez cet ancien membre des Monty Python, que se trouvent nos pyjamas du jour, ceux d’un doux rêveur incarné par Jonathan Pryce . L'un est rouge à rayures blanches, agréable à porter, presque sympa pour peu que l’on accepte de vivre dans une société régie par la force et la bureaucratie. L'autre est uni, maussade, bleu-gris prisonnier d'une situation qui ne présage vraiment rien de bon.

(Photo by Embassy International Pictures/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Brazil, c’est l’histoire d’un homme qui rêve et d’un monde révoltant, absurde, cerné de gris.

 Au programme de cette aventure sous très haute surveillance : pardessus, costumes et chapeaux pour tout le monde, mais uniquement ceux d’Humphrey Bogart et du film noir américain des années 40. Partout ailleurs : de la solitude, des gens vides et tristes, des tonnes de formulaires et de procédures, des uniformes de police, des tenues d’interventions aussi armées que musclées et pour les contrevenants, des chaînes et une camisole renforcée.

Dans ce monde-là, la mode n’existe plus et Robert de Niro est contraint de vivre caché. On a connu plus fun, plus libre et plus coloré : bienvenue dans le monde ultra policier de Brazil, bel hommage au cinéma noir de Fritz Lang et véritable cauchemar éveillé, ici clairement inspiré par les écrits de Franz Kafka et de George Orwell.

Si le tableau est sombre, baroque et avouons-le parfois too much, il existe cependant une porte de sortie à cette avalanche de gris. Pour le style : notre costume à rayures Vini. Pour tout le reste : la Grande évasion, même si le titre est déjà pris.

Pour plus de Terry Gilliam : Monty Python, Sacré Graal co-réalisé avec Terry Jones (1975)


16. Le mieux accompagné : Cary Grant dans Charade de Stanley Donen (1963)

Affiche du film Charade Cary Grant

(Photo by Movie Poster Image Art/Getty Images)

C’est pop, c’est léger, c’est frais et le duo formé par Cary Grant et Audrey Hepburn vaut à lui seul le détour. Ici pas de Moonriver — même si le compositeur Henri Mancini tient bien la baguette —, mais des tenues qui défilent, des répliques qui fusent et des clins d’œil au cinéma partout. N'essayez pas de résister, le réalisateur Stanley Donen connait son métier : c’est parfait, très coloré, bien rythmé, même si un peu désuet.

Des films comme Charade, on n’en fait d’ailleurs plus beaucoup en 1963. L’âge d’or hollywoodien est terminé, les grandes stars disparaissent, le cinéma indépendant fait ses premières classes.

A mi-chemin entre la comédie romantique et le film d’espionnage, cette aventure parisienne menée tambour battant semble dès lors un rien décalée. Sa force tient sans doute dans ce qu’elle a été habilement écrite pour ses stars de cinéma. D’un côté Cary Grant, toujours très chic dans ses nombreux costumes mais avouons-le un peu fatigué et vieillissant . De l’autre la rayonnante Audrey Hepburn, déjà toute auréolée du succès de Diamants sur Canapé (Blake Edwards, 1961) et ici de nouveau propulsée icône de mode, toute de Givenchy vêtue.

Parmi les curiosités du film : le sort tragique réservé aux hommes en pyjama. C’est incompréhensible, et assez rare pour être souligné. Seule exception à cette règle, le personnage de Cary Grant s’offre ici une belle séquence de charme en intérieur. Lui : pyjama d’un vert très pâle boutonné jusqu’au col, slippers et fine robe de chambre grise savamment nouée à la taille. Elle : une simple et magnifique robe de chambre, liseré blanc et bleu profond à s’y noyer les yeux. L’un des plus beaux « couples » en pyjama du cinéma.

Pour plus de Cary Grant : l’Impossible monsieur Bébé d’Howard Hawks (1938)



17. Le plus « outerwear » : Peter Falk dans Une Femme sous influence de John Cassavetes (1974)

Affiche du film Une femme sous influence Peter Falk

Actors Gena Rowlands and Peter Falk appear on a poster for the movie 'A Woman Under the Influence', written and directed by John Cassavetes, 1974. (Photo by Movie Poster Image Art/Getty Images)

En matière de style, on pourrait consacrer un article entier au cinéaste et acteur américain John Cassavetes. On lui doit entre-autres le film Husbands, et si je ne connais pas précisément la petite histoire de la belle marque du même nom, j’aime à penser que Cassavetes y est un peu pour quelque chose.

Le personnage est en tout cas fascinant et ses films sont singuliers. Il aurait d’ailleurs tout à fait sa place comme acteur dans cette sélection, ne serait-ce que pour le pyjama qu’il porte dans Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968). Néanmoins, comment faire l’impasse sur la pièce homewear et véritablement tout-terrain de Peter Falk dans Une Femme sous influence ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un pyjama mais bien d’une robe de chambre éponge bleu clair qui fait ici tout à la fois office de manteau (la coupe et le design du col s’y prêtent), de veste d’intérieur (avec ses vêtements de tous les jours en dessous, chemise grise et pantalon marron), de robe de chambre évidemment mais aussi… de pyjama ! Car oui, Peter Falk dort également avec, dans un canapé-lit qu'on imagine tout sauf confortable.

Tout cela n’est bien sûr pas sans rappeler la pièce iconique de sa carrière : l’inamovible imperméable du Lieutenant Columbo. Même effet avachi et fripé ici, comme un clin d’œil amusé à la série dans un film par ailleurs on ne peut plus sérieux et bouleversant, porté à bout de bras par l’interprétation de Gena Rowlands.

C’est l’un des plus beaux rôles de Peter Falk et la pièce la plus étonnante de cette sélection. Je vous laisse apprécier tout le reste de son vestiaire, en particulier son chapeau-bob informe et son très sympathique blouson teddy du Dimanche.

Pour plus de John Cassavetes : Husbands (1971)

18. 
Le plus diabolique : Rudolf Klein-Rogge dans Le Testament du Docteur Mabuse de Fritz Lang (1933)

Affiche Le Testament du Docteur Mabuse

(Photo by LMPC via Getty Images)

Avant d'aller plus loin, restons transparents : sachez que j'ai le même rapport avec Fritz Lang que Benoît avec le techwear.
 Impossible donc ne pas mentionner ce pyjama très particulier dans cette petite histoire du cinéma.

C'est un simple pyjama à rayures, un grand classique du vestiaire d'intérieur masculin que l'on retrouve d'ailleurs à plusieurs reprises dans les films de cette sélection.

Son originalité est moins à chercher du côté de son style que de celui qui le porte. La scène à laquelle je pense se déroule dans la "chambre" d'un hôpital psychiatrique. Cet homme qui griffonne nerveusement sur son cahier est évidemment fou à lier : c'est le Docteur Mabuse, le plus grand criminel du cinéma d'avant-guerre. Ce qui est notable ici : l'élégance de l'aliéné, comme si d'une tenue anodine pouvait transpirer jusqu'à la personnalité de son porteur.

Dernier film allemand de Fritz Lang, le Testament du Docteur Mabuse est encore aujourd'hui stupéfiant à bien des égards. D'abord pour sa légende : Fritz Lang a souvent raconté qu'il avait fui le pays après que Goebbels lui ai proposé de prendre la direction du cinéma allemand. Ensuite pour son sens du rythme et du suspense, son style visuel et sonore visionnaire.

Rendons aussi hommage à l'acteur Rudolf Kleine-Rogge car tous les "méchants" du cinéma moderne lui doivent un petit quelque chose.

Cerise sur le gâteau : si le Docteur Mabuse est expert dans l'art de manipuler les esprits, il a aussi le don du déguisement. C'est surtout remarquable dans sa première aventure (1922), mais rien n'empêche de regarder le style années 30 du Testament du Docteur Mabuse avec les yeux de l'amateur de mode.

Pour aller plus loin : Fritz Lang au travail, l'ouvrage de référence sur le cinéaste allemand, par Bernard Eisenschitz

Pour d’autres pyjamas au cinéma

  • Marlon Brando dans Un Tramway nommé désir d’Elia Kazan (1951)
  • Charlie Chaplin dans les Feux de la Rampe de Charlie Chaplin (1952)
  • Lino Ventura dans le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville (1966)
  • Robert de Niro dans Casino de Martin Scorsese (1995)
  • Jacques Dutronc dans Merci pour le chocolat de Claude Chabrol (2000)
  • Bill Murray dans La Vie aquatique de Wes Anderson (2005)
  • Léos Carax dans Holy Motors de Léos Carax (2012)
  • Daniel Day Lewis dans Phantom Thread de Paul Thomas Anderson (2017)

Et dans les séries aussi

  • Le Numéro 6 (Patrick McGoohan) dans le Prisonnier de Patrick McGoohan (1967)
  • Brett Sinclair (Roger Moore) dans Amicalement Vôtre de Robert S. Baker (1971)
  • Will Smith et le légendaire Carlton (Alfonso Ribeiro) dans le Prince de Bel Air d’Andy et Susan Borowitz (1990)
  • L’agent Dale Cooper (Kyle MacLachlan) dans Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch (1990)
Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

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