Les aventures (et petits secrets de style) de John Rambo – Bobine

Temps de lecture : 11 minutes

Publié par le 14 septembre 2020

C’est l’histoire d’un homme que l’on pourrait croquer en quelques lignes, à la manière d’un court poème en vers. La légende raconte qu’il tire son nom d’une inspiration à la fois fruitière et littéraire : entre la pomme et le poète, il y aura donc un homme, qui apparait pour la première fois sur les écrans en 1982, dix ans après le retrait des troupes américaines au Vietnam.

Si le sujet est sensible, les films de vétérans sortent peu à peu du bois. Rien d’étonnant à ce que vous trouviez ici et là un air de famille avec le Deer Hunter de Michael Cimino, par exemple. On parle de la même Amérique.

Parmi les films américains les plus emblématiques ayant trait à la guerre du Vietnam, citons aussi Apocalypse Now de Francis Ford Coppola ou Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, Platoon d'Oliver Stone  voire, plus réaliste et documentaire, Vietnam année du Cochon d'Emile de Antonio. Il en existe bien sûr beaucoup d'autres. Autre époque, dans un registre plus contemplatif et parmi mes préférés du genre "film de guerre" : La Ligne Rouge de Terrence Malick.

La série de films qui nous intéresse aujourd'hui a ceci de particulier qu'elle n'est pas seulement un témoignage : au fil des années, son personnage principal est devenu une sorte d'icône de la pop culture.

John Rambo est une âme en peine, un soldat errant revenu de tout sauf des traumatismes de la guerre. Pour le rôle, c’est Sylvester Stallone qui s’y colle et il y est parfait. Pour l’ambiance, c’est le décor qui fait à peu près tout : les régions boisées et montagneuses de l’état de Washington, au Nord des États-Unis, et une petite ville sans histoires baptisée Hope.

Il y a plus d’humour ici qu’on ne le croit et si vous ne voulez rien perdre en subtilités , mieux vaut vous laisser happer par la version originale.

Quant au style du personnage, c'est un sujet pour le moins intéressant. Certes, les affiches tendent souvent à le montrer grognon, armes à la main et volontiers torse nu. Mais est-ce pour autant qu'il n'y a rien à retenir coté vêtements dans les films de Rambo ?  Regardons donc tout cela de plus près.

1982 - La balade sauvage

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La première aventure de Rambo au cinéma s’ouvre sur une balade à la fraîche. Le paysage est magnifique, tout en brumes, montagnes et forêts. Sur ses épaules, une veste M-65 verte, avec bannière étoilée et inscription US Army de rigueur. John Rambo n’est pas un promeneur solitaire comme les autres, c’est un ex-Bérets Verts, un expert en armes et camouflage comme on n’en avait encore jamais vu.

Il parle peu voire pas du tout, ou alors avec des cris. Pour les plus cinéphiles, c’est une forme de langage originel que vous retrouverez dans un Lac de Philippe Grandrieux. En attendant, le style qu’on découvre là est un modèle de workwear militaire.

Pour compléter : un débardeur gris sous un sweat rouge texturé, un jean bleu clair, une paire de boots marron bien rustiques.

C’est une tenue qui fonctionne toujours aujourd’hui et qu’on peut pourquoi pas reproduire pour peu cher, en regardant du côté des friperies par exemple. Un vieux jean 501 Levi's et une M-65 vintage, ça fait toujours son petit effet.

On peut aussi se faire plaisir avec des Red Wing, une toile japonaise Orslow ou Momotaro,
un sweat shirt Benjamin Jezequel ou BonneGueule et bien sûr échanger le débardeur pour un tee-shirt Velva Sheen ou Bronson. Pour la coupe de cheveux et le couteau de survie par contre, c’est à vous de voir.

Ce qui est certain, c’est que nous venons de passer en revue sa tenue la plus civilisée. Une « provocation » pour le sherif du coin, qui s’y connait assez en la matière pour nous gratifier du manteau le plus culte de la franchise : une énorme peau lainée camel !

La suite est une peinture primitive assez saisissante, avec esprit survival, nature, couteau et boussole. Tout est dans l’atmosphère et la photographie, avec des images et des éclairages parfois proches de la scène préhistorique.

Vous apprendrez sans doute à chasser, à concevoir des pièges, à faire du feu ou à réaliser un vêtement avec une corde et une vieille toile. Peut-être prendrez-vous également goût au bandeau noué sur le front. Notez que pour la vie en société, un bandana autour du cou, comme ceux de chez A Piece Of Chic  par exemple, sera plus approprié.

Cette première aventure s’achève sur une ville en flammes. Un homme K.O debout quitte la scène sous bonne escorte. On le retrouvera bientôt, mais on est déjà presque sûrs d’une chose : le style de Rambo parmi les hommes est une image fugace, souvent placée en début de parcours, avant que les muscles ne prennent le pas sur le vêtement. L’avenir nous le confirmera.

1985 - Le retour au Vietnam

Trois ans ont passé. On retrouve John Rambo prisonnier sous un soleil de plomb, à casser du caillou dans une carrière de l’Arizona. Workboots marron, blue jeans et chemise de travail bleue, probablement du chambray.

C’est un uniforme, mais il a depuis dépassé la frontière des prisons américaines pour intégrer la vie quotidienne, habillant ainsi les fans de workwear et d’inspirations militaires. De notre coté, on peut trouver notre bonheur chez Red Wing ou Wolverine pour les boots, et chez Orslow ou Champ de Manœuvres pour le jean et la chemise.

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Première nouvelle : John Rambo ne dit toujours rien, ou presque. On sait par contre qu’il va repartir en mission : c’est le sous-titre français du film. La seconde nouvelle, c’est qu’une fois libéré, notre homme ne semble pas avoir changé son vestiaire d’un iota.

Il est simple et efficace. Le sweat rouge texturé est toujours là, manches roulottées jusqu’aux coudes. Le jean et les chaussures aussi. Ce qui change par contre, c’est la nature du film, ici atteint du même syndrome que la suite d’Alien : moins d’atmosphères, plus de muscles et de spectacle.

D’un point de vue style, ce deuxième volet ne nous en apprendra pas beaucoup plus sur la garde-robe de Rambo, si ce n’est peut-être que le bleu lui va bien mais qu’il est loin d’avoir du flair s’agissant du choix des couleurs en mission et du bon look à prévoir en fonction de la météo.

Que dire par exemple d’une tenue all-black pour une mission commando au cœur de la jungle vietnamienne ?

Nul doute qu’un motif camouflage comme ceux qu’on trouve chez Maharishi et/ou des tissus plus respirants se seraient mieux accordés à pareil climat tropical.

Mais rassurez-vous : cette nouvelle aventure a d’autres atouts, à commencer par la jungle elle-même, superbe, comme un retour à la vie sauvage. C’est là que se tisse un début de romance entre Rambo et son accompagnatrice : quelques instants d’émotions pudiques entre la rivière et la jungle, un baiser furtif suivi malheureusement d’une mort tragique.

A travers cet événement, unique dans cette saga ultra masculine, Rambo découvre la force du symbole, la couleur et les accessoires : à partir de là, son bandeau sera rouge comme la robe de son aimée et il portera désormais un collier de jade à sa mémoire. C’était son porte-bonheur à elle. Ce sera son secret de style à lui. On peut trouver moins vert, moins exubérant. Mais si vous nous suivez régulièrement, vous savez déjà ce que quelques accessoires bien sentis peuvent apporter de caractère à une tenue.

Après bien des péripéties, le film s'achève sur le tarmac d’un aéroport militaire de Thaïlande, et si le mot de la fin est amer, pour le vestiaire de Rambo tout est désormais possible.

1988 - La retraite thaïlandaise, le bleu et le soleil afghan

Souvent décrié pour son scénario, son interprétation ou sa mise en scène , le troisième volet des aventures de Rambo a définitivement quelque chose que les autres n'ont pas : un sens de l'humour très particulier et peut-être même involontaire qui le place parmi mes préférés de la saga. On y découvre aussi quelques petites nouveautés stylistiques, un brin de décontraction assumée, mais rien encore qui laisse présager de la presque révolution du dernier volet.

En attendant, nous retrouvons la trace de Rambo quelques années après sa dernière aventure, toujours en Thaïlande, dans un probable entrepôt clandestin de Bangkok. Pour gagner sa vie, il participe désormais à des combats organisés et on apprend au passage qu’il traîne avec des moines bouddhistes.

C’est incroyable. Mais ce n’est pas tout. Son refuge est un temple, sa vie une sorte de retraite mystique. Ses cheveux ont poussé, il a un peu vieilli et son style aussi a changé : moins ouvertement militaire, plus décontracté, comme si la guerre c'était enfin terminé pour lui.

Deux exemples ?

D’abord dès l’ouverture, lorsqu’il apparait tel un Bruce Lee US : torse nu, bandeau rouge noué autour du front, jogpant gris anthracite et ceinture de tissu noir, petites chaussures montantes de type Converse. Ici, si comme moi vous n'êtes pas trop portés sur le sport ou les combats, et pour quelque chose de plus élégant et de moins directement "kung fu", pensez aux belles tenues d'Informale, polo manches longues et pantalon coulissé, avec une bonne paire de sneakers épurées.

Ensuite au temple, en totale décontraction : jean clair, tee-shirt kaki, chemise en toile grise, boutons en bois, motifs indiens rouges et verts autour du col.

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Le collier de jade est toujours là et quant à la chemise, disons qu’il pourrait tout aussi bien l’avoir confectionnée lui-même avec une vieille toile, un peu de fil à coudre et son couteau de survie, sans doute l’élément de style le plus important de la saga, et ce bien avant les vêtements. C’est définitivement une pièce à part, son autre secret de style à lui.

Et là, c'est simple : vous pouvez tout trouver chez BonneGueule hormis la chemise, tellement particulière.

Pour John Rambo, la vie semble désormais presque douce. Une nouvelle mission l’attend pourtant sous le soleil afghan. Elle le conduit dans un premier temps sur les marchés de Peshawar au Pakistan, l’occasion d’assister à l’une des scènes les plus cultes du cinéma d’action américain. Un indice : il est question d’une lumière... qui fait du bleu.

Vous trouverez de nombreuses scènes de ce genre dans ce troisième volet, beaucoup moins dans les deux suivants, et aussi plus généralement dans la carrière eighties de Sylvester Stallone.

Citons par exemple l’extraordinaire Tango & Cash avec Kurt Russell (Andreï Kontchalovski, 1989) ou le moins connu Les Faucons de la nuit (Bruce Malmuth, 1981).

Si Rambo est bel et bien libre, sa tenue rappelle ici celle du pénitencier du film précédent : blue jeans, chemise en chambray bleu, workboots noires. Notons au passage qu’il peine toujours à accorder son vestiaire à la météo, ce que confirme la suite de son périple vers la province de Khost, à l’Est de l’Afghanistan.

Étrange idée par exemple que de traverser le désert sans aucune protection et tout de noir vêtu (field jacket, débardeur, cargo et boots militaires). Bizarrement j'aurais presque envie de revisiter toute cette tenue avec du SEH Kelly mais passons, ce qu’il faut retenir est peut-être ailleurs.

John Rambo tire ici un trait sur son passé : touché par le courage d’un petit garçon, il décide de lui transmettre son collier de jade porte-bonheur.

La boucle est bouclée, mission accomplie et à bord de la jeep qui l’emmène à la toute fin du film, qui sait s’il ne pense pas déjà aux prochaines tenues qui composeront l’ouverture de ses deux prochaines aventures ?

2008-2019 - La période rouge et bleue

Pour sa retraite, John Rambo aurait pu choisir de se mettre à la peinture, au jardinage, trouver une maison face à la mer, découvrir les joies de la lecture ou de l’oisiveté, en tout cas ne plus rien faire de trop sanglant ou d’extraordinaire.

D'un point de vue cinématographique, ses deux dernières aventures sont loin d'être les meilleures et ce qu'il y a de plus fascinant à observer c'est désormais le passage du temps sur son corps, son visage, son regard.

John Rambo est ainsi usé mais toujours debout et c'est une période à la fois marquée par un excès de rouge et de bleu .

« Back to basics », c’est l’idée générale de son retour, vingt ans après ses dernières aventures afghanes. Sauf que vous vous en doutez, son quotidien n’a toujours rien de commun avec le nôtre.

Son pays et son havre de paix, c’est toujours la Thaïlande et si l’on s’en tient à son parcours chaotique, on peut dire qu’il coule là une vie presque paisible : randonnée et chasse aux serpents dans la jungle, balade sur le fleuve et pêche à l’arc.

Parmi ses autres activités, tout ce qui a trait à la forge et d'une façon plus générale tout ce qui peut l'éloigner de la parole et de la vie sociale. Si le Rambo de 2008 est plus solitaire et nihiliste que jamais, il a également fait une croix sur les vêtements : son vestiaire est au mieux fonctionnel, souvent ample, et toujours dans les mêmes teintes de bleu, de kaki et surtout de noir.

Pour les amateurs de style, John Rambo le film sera donc terne, un peu triste et on peut pourquoi pas prendre quelque minutes pour coloriser un peu notre personnage. Par exemple avec une belle paire de workboots Viberg, un fatigue pant kaki Orslow, un henley manches courtes et une noragi BonneGueule.

Quant aux amateurs de cinéma, ils devront composer avec un mal récurrent des films d'action modernes : une certaine propension à vouloir tout montrer, surtout le moins utile et de préférence en quatrième vitesse.

Ici vous verrez donc de la chair, du rouge sang et de l'insoutenable un peu partout. Tout comme le film suivant, John Rambo fait mal aux yeux et entre deux séquences, je vous invite surtout à rêver de ce qu'aurait par exemple pu en faire un grand maitre comme John Carpenter.

Pour Rambo, cette quatrième aventure sera aussi le temps du retour au bercail, avec la même tenue ou presque que celle avec lequel nous le découvrions en 1982. On peut dire que c'est la tenue emblématique du personnage et l'histoire, bien sûr, aurait pu s'arrêter là. Mais vous l'avez sans doute déjà remarqué : il existe peu de suites au cinéma qui ont su s'arrêter au bon moment.

En 2019, John Rambo rempile donc pour une ultime aventure et si le film n'est pas un chef d'oeuvre, il reste intéressant à plus d'un titre, ne serait-ce que pour les vêtements : c'est en effet le premier Rambo presque entièrement habillé de la saga et il y a bien plus à y voir que des débardeurs et des cargos militaires.

Ne vous attendez cependant pas à retrouver notre personnage en costume : ici, c'est le coeur de l'Amérique qui parle et on peut pourquoi pas penser qu'il s'est inspiré du Clint Eastwood d'Impitoyable ou du Kevin Costner de Yellowstone.

Son nouveau style est en effet résolument western : boots marron, blue jeans, t-shirt blanc sur une chemise à carreaux et veste en denim bleu clair.

Il ne manque rien, pas même le chapeau de cow-boy, le cheval et le porche avec rocking chair pour les réflexions au clair de lune. John Rambo coule des jours tranquilles dans un ranch de l'Arizona et il s'est constitué une grotte, avec de multiples souterrains. C'est là qu'il revit son passé et s'adonne à sa passion jamais démentie pour forger des trucs. On apprend également qu'il n'a rien contre les musiques actuelles mais qu'il préfère définitivement les Doors.

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Passons sur le film (poussif), ce qui nous intéresse plus précisément ici c'est le nouveau vestiaire de notre homme : inspiration 100% US, avec beaucoup de jeans, de carreaux et de henleys, comme si John Rambo n'était jamais vraiment parti en guerre. Le vêtement chez lui est désormais partout et à l'échelle du personnage c'est une presque révolution.

Pour les boots, regardez chez les classiques Red Wing ou Wolverine. Pour le jean et la veste en denim : Levi's en friperies et Panache pour l'inspiration. Pour la chemise à carreaux : Gitman ou BD Baggies. Pour le henley : Pike Brothers, Merz B Schwanen ou Splice. Et pour tout le reste, un petit rappel utile sur le style et le charisme. Car bien sûr, tout cela n'est que du cinéma.

Que retenir de tout cela ? Qu'il y a des pièces définitivement intemporelles, qu'on peut prendre son temps, trouver et réinventer du style partout, à l'écart des modes. D'une certaine façon, les aventures de John Rambo ne racontent peut-être même rien d'autre que ça :  40 ans de style et de cinéma, pour se réconcilier un peu avec le vêtement et sa propre histoire.

Assis sur son rocking chair, son couteau posé sur les genoux et le regard porté sur le soleil couchant, qui sait si John Rambo ne songe pas maintenant à s'essayer à d'autres styles ?

Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

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