De Roger Moore à Julie Christie, l’énigme du manteau en tweed au cinéma – Bobine

Temps de lecture : 15 minutes

tenue homme manteau balmacaan marron

Publié par le 29 novembre 2021

Crédit photo de couverture : Roger Moore et Anne Archer dans « La Machination » de Bryan Forbes, 1984. (IMAGO / Allstar)

Eh oui, nous avons revisité le tweed il y a peu à travers notre manteau Monta. Mais figurez-vous qu'on n'en a pas tout à fait terminé avec cette matière chez BonneGueule : d'autres surprises vous attendent !

À commencer par cette nouvelle Bobine : c'est un jeu d'énigmes, pour celles et ceux d'entre vous qui aiment à jouer les détectives ! Partir à la recherche des manteaux en tweed au cinéma serait-il donc mission impossible ? Oui et non, mais il faut avouer que ce n'est pas si simple que ça.

Petit rappel, si vous avez besoin de conseils sur les manteaux d'hiver, vous pouvez jeter un œil ici :

Conseils : comment choisir un manteau d’hiver pour homme ?

Au cinéma, vous trouverez du tweed sur le dos d'un très grand nombre d'acteurs et d'actrices, en particulier sous forme de blazer et parfois même dans des tenues complètes. Regardez par exemple Sean Connery, ici dans « Indiana Jones et la Dernière croisade » :

sean connery tweed

Harrison Ford et Sean Connery dans «Indiana Jones et la Dernière croisade» de Steven Spielberg en 1989. (Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

Notez cependant que le sujet des compositions matière du vêtement au cinéma est assez compliqué : peu ou pas de ressources disponibles, des informations parfois contradictoires, etc. Restent donc l'œil de l'expert, le flair, la déduction...

Est-ce un hasard si le légendaire Sherlock Holmes a souvent été vu portant du tweed à l'écran ? La question est ouverte. En attendant, tentons de percer l'énigme du tweed au cinéma à travers cette sélection d'une dizaine de films. Du style et de possibles manteaux en tweed : on décrypte tout cela ensemble, avec l'aide de David, notre responsable de communauté, et de Julien, notre chef de collection.

Mais au fait, qu'est-ce que le tweed ? Eh bien, c'est plutôt compliqué à définir. Regardez par exemple ce qu'en dit Julien Scavini sur son blog :

Si on me demande souvent ce qu’est du tweed, la définition n’est pas aisée. Je dirais qu’il s’agit d’un tissu plutôt rustique, au toucher vaguement rugueux, qui sent bon les sous-bois. Techniquement, le tweed serait donc plutôt une laine cardée, c’est-à-dire peu travaillée. Mais, la plupart des drapiers utilisent des laines peignées, plus raffinées, pour obtenir des étoffes moelleuses et douces. Le tweed renvoie aussi à la notion de solidité…

bonnegueule manteau monta tweed donegal bleu

Donegal tweed chez BonneGueule

blazer drake's tweed gris

Houndstooth Check tweed chez Drake's

gilet harris tweed marron

Harris tweed à chevrons Beams+ chez Jinji

On peut en reconnaître certains à l'œil, comme ici plus haut. On peut aussi en deviner d'autres, faire quelques suppositions suivant le contexte historique mais ce n'est pas toujours fiable, surtout à l'image ou à l'écran. David, notre responsable de communauté passionné de technique et de matières, vous dira de son côté que le tweed est pour lui une matière :

  • En laine cardée donc avec des fibres courtes qui ressortent un peu
  • Avec un certain aspect, un peu rêche/brut
  • Avec souvent de la couleur (plusieurs fils de couleurs) et certains tweeds sont caractéristiques, Donegal ou chevron

Bref, le tweed est véritablement un monde à part, qui fait à la fois vieux tout en étant parfaitement actuel.
Ce qui est passionnant, c'est qu'il y a plus de huit types de tweed différents et que chacun est relié à un savoir-faire et à un petit bout d'Histoire.

1. « Le Chien des Baskerville » de Terence Fisher, 1959

C'est un de mes films préférés de la maison Hammer, déjà évoquée dans Bobine à travers l'exemple du style sartorial chez les vampires. « Le Chien des Baskerville », c'est une enquête policière matinée de fantastique qui se déroule dans la lande du Dartmoor anglais.

Au casting : Christopher Lee et Peter Cushing, tandem magique des films d'horreur des années 50-60-70. L'atmosphère est aussi magnifique que brumeuse. Le charme du film vient de la manière très british dont les personnages s'habillent . On retrouve par exemple du tweed chez le personnage de Christopher Lee :

 

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Et bien sûr, comme ici avec cet ensemble de costume en tweed vert, chez Peter Cushing :

 

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Si vous connaissez un peu les aventures de Sherlock Holmes, rien de tout cela ne vous étonnera vraiment : on y est le plus souvent (très) bien habillé, on y porte le costume, la cravate ou le nœud papillon. Les chapeaux sont partout et le tweed aussi !

Dans le cas précis du personnage interprété par Peter Cushing, il s'agit même d'un chapeau emblématique : le deerstalker. Vous pouvez le retrouver sur la photo ci-dessous, en même temps qu'un étonnant manteau que les Anglais appellent " Inverness cape " :

tenue homme inverness cape

De gauche à droite : John Le Mesurier, Andre Morell et Peter Cushing dans «Le Chien des Baskerville » de Terence Fisher, 1959. (Collection IMAGO/Everett Collection)

C'est à mi-chemin entre la cape et le manteau, et c'est un autre trait de style propre au personnage de Sherlock Holmes. Pour autant, ne perdons pas le fil de notre enquête : s'agit-il bien d'un manteau en tweed ?

Pour Julien comme pour David, c'est possible, mais la définition étant large, on peut aussi se tromper sans avoir la pièce entre les mains. Ce que l'on sait en revanche, c'est que Peter Cushing est un amoureux du tweed et qu'on en trouve très régulièrement dans ses tenues au cinéma.

C'est aussi une matière qu'affectionnent à la fois le cinéma anglais et le personnage de Sir Arthur Conan Doyle. Dernier point historique à considérer : l'inverness cape est connue pour être souvent fabriquée en tweed. Alors, qu'en dites-vous : tweed or not tweed ?

2. « La Victime » de Basil Dearden, 1961

Un autre film anglais. Attention, c'est une pépite, en particulier si vous vous intéressez au style ! C'est aussi une œuvre importante d'un point de vue sociologique : le film aurait en effet contribué à faire bouger les lignes sur l'homosexualité en Grande Bretagne .

De quoi parle « La Victime » ? De personnes victimes de chantage, dont un brillant avocat interprété par Dirk Bogarde. Si jamais vous cherchiez un dandy et de l'inspiration, c'est définitivement votre homme : le costume cravate est ici impeccable.

 

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Si la coupe de cheveux vous rappelle éventuellement quelqu'un, ne cherchez pas plus longtemps : l'ancien leader des Smiths, Morrissey est un fan de la première heure !

Le film est quant à lui passionnant, avec un sujet rare pour l'époque et un acteur tout ce qu'il y a de charismatique. S'il est lui aussi très bien habillé, difficile de dire en revanche si le manteau qu'il porte ci-dessous est effectivement en tweed :

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Sylvia Syms et Dirk Bogarde dans « La Victime » de Basil Dearden, 1961. (IMAGO / Ronald Grant)

C'est un manteau de type pardessus, trois boutons, plutôt long, avec des poches semblables à notre manteau Salvis, et comme vous le voyez avec du motif. Très chic, très bien porté. Mais qu'en disent David et Julien ? Que ça pourrait pourquoi pas être un manteau en tweed mais que c'est difficile à juger en l'état. Alors, tweed ou pas ?

On ne sait pas. Ce qui est certain en revanche, c'est qu'il s'agit d'un film très anglais, avec un sens du tailoring assez typique du début des années 60, et que le tweed n'est pas non plus complètement étranger à l'univers de Dirk Bogarde.

Il a en effet déjà été vu portant vestes, pantalons et manteaux en tweed. Si vous ne le connaissez pas encore, jetez par exemple un œil sur le cinéma de Joseph Losey ou de Luchino Visconti.

Dans un tout autre genre, vous pouvez aussi regarder « Ipcress, danger immédiat » de Sidney J. Furie en 1965 : vous y trouverez un autre amateur de vêtements en la personne de Michael Caine. C'est une histoire d'espionnage et le personnage principal s'appelle Harry Palmer. C'est un cousin plutôt sarcastique du célèbre James Bond .

Au-delà de l'histoire, vous y découvrirez de jolis costumes dont certains en tweed. Et puis aussi ce manteau, dont on est à peu près sûr qu'il n'est pas en tweed mais qui ne manque pas de charme pour autant :

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Michael Caine dans « Ipcress, danger immédiat » de Sidney J. Furie, 1965. (IMAGO / Everett Collection)

3. « Aimez-vous Brahms… » de Anatole Litvak, 1961

Une rareté, avec trois grandes stars du cinéma : Ingrid Bergman, Yves Montand, Anthony Perkins. Le film est adapté d'un roman de Françoise Sagan et raconte les aventures d'une femme de 40 ans avec un jeune homme de 25 ans transi d'amour et un homme d'âge mûr, infidèle et gouailleur.

Évidemment, cette histoire s'annonce compliquée et vous verrez que les mœurs ont bien changé depuis. En revanche, la magie du cinéma est bien là, comme ici sur le tournage du film :

 

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Le style n'est pas en reste, que ce soit chez Ingrid Bergman habillée par Dior ou chez Yves Montand, toujours très à l'aise dans ses costumes et autres smokings. À noter qu'il y porte aussi un genre de pull qui revient tranquillement sur le devant de la scène ces derniers temps : le pull sans manches. Et que dire de ce manteau :

tenue homme costume manteau

Ingrid Bergman et Yves Montand dans « Aimez-vous Brahms… » d'Anatole Litvak, 1961. (IMAGO/Everett Collection)

On peut distinguer du chevron. Selon David et Julien, ce pourrait être du tweed d'après l'image.

C'est un manteau plutôt ample et long qui va on ne peut mieux avec un costume : c'est la quatrième star d'un film déjà bien fourni en la matière. Ça se confirme en tout cas : pas toujours simple de discerner les matières à l'écran.

4. « Un Couple pas ordinaire » de Francesco Maselli, 1968

Autre piste, autre rareté, pour celles et ceux qui ne se lassent pas des apparitions de Claudia Cardinale à l'écran. C'est souvent magnifique et plein d'inspiration, notamment pour le style.

C'est encore le cas dans ce petit film italien de Francesco Maselli, qui raconte le destin d'une jeune femme de bonne famille devenue voleuse des grands chemins. Le personnage incarné par Rock Hudson est là pour mener l'enquête. Il fait aussi office de protecteur, et c'est une utilisation possible quoique plus étonnante du manteau d'hiver :

 

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Mais ce n'est pas ce manteau-ci qui nous intéresse. Regardez plutôt la photographie ci-dessous : Claudia Cardinale, un chapeau, un chemisier et un joli manteau à chevrons gris. Vous ne le voyez pas à l'image : elle porte aussi une jupe et des bottes. En arrière-plan : Rock Hudson, avec lunettes à grosses montures et robe de chambre. Tranquille :

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Claudia Cardinale et Rock Hudson dans « Un Couple pas ordinaire » de Francesco Maselli, 1968. (IMAGO / Everett Collection)

Qu'en pensent David et Julien ? Il peut s'agir d'un manteau en tweed. Le grain particulier de la matière est une bonne indication. Ce n'est pas lisse, ça semble costaud. On devine de l'aisance dans la coupe et il se porte au passage très bien avec un chapeau :

On ne peut pas vraiment le confirmer, mais on s'approche tout de même enfin de ce que nous recherchons depuis le début de cette Bobine : du tweed !

Au passage, juste pour le plaisir et sans avoir plus de certitude que cela, jetez aussi un œil sur ce joli manteau de caractère marron et à chevron, ici porté par Anna Mouglalis dans « Romanzo Criminale » de Michele Placido en 2005 :

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Stefano Accosi et Anna Mouglalis dans «Romanzo Criminale» de Michele Placido, 2005. (IMAGO/Everett Collection)

Le film se penche sur l'histoire de la bande de Magliana, une organisation criminelle romaine très active dans les années 80. Anna Mouglalis y joue un personnage de prostituée. Des robes rouges, des manteaux de fourrures, des bottines, pas mal de Chanel…

Mais aussi, ici et là chez les personnages du film, du Belstaff, du Church's et un joli blouson de type Valstarino. C'est intéressant et le manteau présenté plus haut pourrait pourquoi pas être fait en tweed.

Il y a en tout cas quelque chose dans l'aspect qui interpelle : plusieurs couleurs de fil, du marron et peut-être aussi du rouge, de la texture. Cette pièce est immédiatement vintage et fait un peu rêver aussi. Mais n'est-ce pas l'un des atouts du beau vêtement ?

5. « Ne vous retournez pas » de Nicolas Roeg, 1973

Pour celles et ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas bien Julie Christie : c'est une grande actrice anglaise et une icône de mode du Swinging London. Vous pouvez la retrouver dans « Docteur Jivago » de David Lean en 1965, « Farenheit 451» de François Truffaut en 1966 ou bien encore dans le magnifique « Le Messager » de Joseph Losey en 1970.

« Ne vous retournez pas » est un classique du cinéma de Nicolas Roeg. On a déjà évoqué ce cinéaste dans une précédente Bobine sur les chemisettes, à travers « L'Homme qui venait d'ailleurs ». Il n'est pas question d'extraterrestre ici mais d'un couple hanté par la mort de leur fille.

Donald Sutherland et Julie Christie tiennent les premiers rôles d'un film aussi angoissé qu'angoissant. Le réconfort est à chercher du côté des matières et du vêtement. Regardez par exemple ce très joli ensemble :

C'est élégant, intemporel et pourtant vaguement suranné. Il y a des jupes et des cols roulés, des blazers, des cardigans et des manteaux. Et parmi toutes les pièces portées par Julie Christie dans ce film, il y a aussi beaucoup de choses en tweed. Regardez ce manteau ceinturé par exemple :

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Donald Sutherland, Massimo Serato et Julie Christie dans « Ne Vous retournez pas » de Nicolas Roeg, 1973. (IMAGO/Prod.DB)

Est-ce que ce ne serait pas du tweed ? C'est très années 70 dans les coupes et les matières mais le film n'a rien perdu de sa force originelle. Au passage, on peut sentir son influence jusque dans le fameux « Casino Royale » avec vous savez qui. Si cette histoire vous est encore inconnue, jetez-y œil : il y a là de belles inspirations si vous vous intéressez plus particulièrement à la mode femme.

6. « Hard Country » de David Greene, 1981

C'est une histoire de couple mais surtout une histoire de femme. C'est aussi le premier film au cinéma de l'actrice Kim Basinger, qui rêve ici d'une autre vie, loin de la routine et de sa petite ville paumée du Texas. Elle partage l'affiche avec le futur pilote de la série « Supercopter » Jan-Michael Vincent.

Si vous aimez la musique country, le style western et l'univers Levi Strauss, ce film est pour vous. Chemises à franges, chapeau de cow-boy, belles boucles de ceintures et chemises western sont au programme, comme ici :

Parmi les très grands moments du film, une séquence entre un producteur de musique branché et le personnage de Jan-Michael Vincent. Le premier porte des mocassins mais pas de chaussettes. Voyant cela, le second s'étonne et s'empresse de lui en proposer, juste au cas où. Sur ce sujet, vous pouvez jeter un œil ici si les chaussettes et les mocassins vous intriguent.

Ceci étant, Kim Basinger aussi apprécie ici la chemise western ou les inspirations cow-boy/cow-girl. Vous trouverez dans son vestiaire des jupes, des blouses, des gilets, des sandales ou des vestes en daim à franges. Mais la pièce la plus notable, c'est ce très joli manteau marron en probable tweed :

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Kim Basinger dans « Hard Country » de David Greene, 1981. (IMAGO / Everett Collection)

Probable seulement ? On distingue plusieurs couleurs de fil sur ce manteau, une matière particulière, qui fait mine d'afficher son grand âge. Si on s'en tient à ces deux informations, il y a de grandes chances pour ce que ce soit un manteau en tweed.

Le style est intéressant, plein de caractère et on distingue un chemisier à carreaux roses, une couleur qu'investissent aussi un peu plus les marques de mode homme ces derniers temps.

7. « La Machination » de Bryan Forbes, 1984

Roger Moore est l'incarnation type du gentleman anglais sur grand et petit écran. Regardez ses prestations dans les séries « Le Saint », « Amicalement Votre » ou bien encore sa période James Bond au cinéma : vous y trouverez un très grand nombre d'inspirations pour vos propres tenues.

« La Machination » est un film américain peu connu des années 80. Peu d'entre nous imagine Roger Moore capable de lâcher un "bastards !" à l'assemblée. Et pourtant, c'est une des nombreuses surprises de ce film tendu, dans lequel l'acteur incarne un psychiatre que quelqu'un en ville cherche définitivement à éliminer.

Il porte également ici tout ce que certains trouvaient encore vieillot ou ringard il n'y a pas si longtemps : des blazers en velours côtelé marron ou en tweed gris, des parkas bien jaunes, de grosses lunettes et des pulls à col roulé ou V de couleurs plus osées que la moyenne actuelle. Un aperçu partiel ici :

En 1984, Roger Moore serait-il en train de passer du côté "papy" de la force ? Oui et non. Encore une fois, il faut s'essayer à regarder les choses autrement.

À commencer par le clou du spectacle, que vous ne découvrirez qu'à la toute fin de l'histoire : un manteau de type balmacaan en tweed marron.

Si vous ne savez pas de quoi il s'agit, Jordan vous donne quelques explications ici. Roger Moore le porte lui avec un pull à col roulé vert et une écharpe rouge que vous pouvez apercevoir un petit peu ici :

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Roger Moore et Anne Archer dans « La Machination » de Bryan Forbes, 1984.(IMAGO/Allstar)

On visualise ici très bien la matière du manteau et nous sommes tous d'accord sur le fait que c'est bien du tweed que vous voyez là. Comme nous l'indiquait David en introduction, on distingue effectivement plusieurs couleurs de fil, un des points caractéristiques du tweed, de même que cet aspect patiné, vieilli, comme si cette pièce avait eu plusieurs vies.

Le manteau de Roger Moore dispose ici de manches raglan et d'une belle longueur, en dessous des genoux. Mais vous l'avez sans doute noté : c'est quelque chose qu'on ne trouve plus beaucoup de nos jours.

8. « Hannah et ses sœurs » de Woody Allen, 1986

Il y a souvent plein de choses intéressantes à piocher en termes de style dans les films de Woody Allen. « Hannah et ses sœurs » fait partie des bons crus. Au casting : Michael Caine, Mia Farrow, Carrie Fisher, Max Von Sydow, etc.

Woody Allen est également de la partie et vous retrouverez ici le même genre de personnage que celui de « Annie Hall » : drôle, un tantinet hypocondriaque et sujet à de multiples angoisses existentielles. Il est aussi, surtout, question de trois sœurs, de leur parcours et de leurs relations amoureuses. Mais ce qui nous intéressera tout particulièrement ici, c'est plutôt ce manteau long d'hiver et les looks qui vont avec :

« Hannah et ses sœurs » est truffé de pièces avec lesquelles on aime construire nos looks : des chemises en chambray, des gros cardigans en maille, des pulls de type shaggy dog, des blazers avec du caractère, des pantalons en velours côtelé, des chemises à carreaux, etc.

C'est précisément ce qu'on retrouve chez Woody Allen ici, le tout rehaussé par ce très beau manteau. Revers généreux et tombé un peu en dessous des genoux, ci-dessous porté avec un probable pull à col V et une chemise à carreaux comme on en trouve chez des marques comme Brooks Brothers ou Gitman Vintage :

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Mickey Sachs et Woody Allen dans « Hannah et ses sœurs » de Woody Allen, 1986. (IMAGO / Allstar)

S'agit-il d'un manteau en tweed ? David et Julien parieraient volontiers un billet là-dessus. Ce qu'on sait, c'est que Woody Allen et le tweed, c'est une affaire qui roule en général, en particulier dès qu'il s'agit des blazers. Ici, la matière du manteau affiche une couleur un peu indéfinissable à dominante marron. Et visuellement, il faut bien avouer que ça ressemble tout de même beaucoup à ce qu'on recherche.

Notez que si vous êtes curieux de tweed, et de tweed donegal en particulier, vous pouvez jeter un œil sur le long manteau marron de Colin Firth dans la comédie romantique « Love Actually » de Richard Curtis en 2003 :

 

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Vous visualisez cette matière mouchetée ? Il n'est pas impossible qu'on tienne ici un autre manteau en tweed, porté dans ce film de manière plutôt casual.

9. « Withnail & moi » de Bruce Robinson, 1987

Une autre pépite, plutôt méconnue en France mais objet de culte chez certains de l'autre côté de la Manche. À vrai dire, c'est un film typiquement anglais, qui mélange la comédie noire et le drame social, le style punk et l'imaginaire du gentleman farmer.

On y découvre les aventures de deux colocataires fauchés et franchement en galère. L'histoire se déroule à Londres à la fin des années 60 et se poursuit dans un petit coin de campagne bien vert et très humide. Pas de parkas en Ventile ici. Mais de longs manteaux en cuir ou en tweed :

 

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Stylés ? On sait dès les premières images qu'on tient un film intéressant pour le vêtement : le personnage qui ouvre le film porte un pull de type shaggy dog.

Mais celui qui nous intéresse plus particulièrement n'apparaît que quelques minutes plus tard, de mauvais poil et complètement destroy : le personnage de Richard E. Grant (à droite ci-dessous) est le plus déglingué des deux et on peut voir en lui une sorte de dandy punk, à la fois très habillé et complètement négligé :

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Paul McGann et Richard E. Grant dans « Withnail & moi » de Bruce Robinson, 1987. (IMAGO/Everett Collection)

Il porte ici et là des costumes taillés à Saville Row, des cravates ou des foulards, des chaussures défoncées et un long manteau Harris tweed à motifs, à la couleur changeante selon la lumière. C'est une pièce assez magnifique dont il ne prend absolument pas soin.

Son manteau prend ainsi la flotte, les cendres de cigarettes ou la crème pour le corps. Il fait office de pièce d'extérieur ET de robe de chambre.

C'est simple : il y a ici tout ce qu'on déconseille pour l'entretien des vêtements. Pour autant, c'est un film vivant, caustique, qui permet de prendre entre autres du recul sur la manière de vivre le vêtement. Et ça, ça fait du bien !

10. « Les Incorruptibles » de Brian DePalma, 1987

C'est un des plus élégants porteurs de tweed au cinéma. Si vous ne connaissez pas bien la carrière de Sean Connery et que vous souhaitez voir plus loin que ses interprétations de James Bond, vous pouvez jeter un œil sur cette Bobine dédiée.

Ensemble de costume, blazers et/ou pantalons, casquette gavroche, bucket hat, manteaux : on peut dire que Sean Connery aura été un bel ambassadeur du tweed au cinéma. Pour vous en convaincre, vous pouvez vous replonger dans le classique du réalisateur américain Brian de Palma : « Les Incorruptibles » en 1987.

Eliot Ness, Al Capone, le Chicago des années 30 et ses belles tenues formelles : tout y est. Le casting est porté par Kevin Costner, Robert de Niro, Sean Connery et le film ne manque pas de pièces intéressantes, même si je vous l'accorde cette tenue en particulier pique un peu :

Est-ce à mettre sur le compte de Giorgio Armani, en partie en charge des costumes ici ? Question subsidiaire : Jordan parviendrait-il à faire quelque chose de cette veste et de ce cardigan ? En attendant un hypothétique Panache dédié aux tenues de papy, on peut volontiers se plonger dans cet ensemble ci-dessous.

Une écharpe verte et bleue, une casquette gavroche comme on en trouve chez Thomas Farthing, A Piece Of Chic ou Tonton & Fils, et un manteau marron, définitivement en tweed et plutôt court :

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Sean Connery dans « Les Incorruptibles » de Brian DePalma, 1987. (IMAGO / Prod.DB)

David et Julien ne s'y sont pas trompés. En dessous : chemise, cardigan col châle, pantalon en laine et combat boots. Rustique, mais efficace. À noter qu'on porte ici le pantalon taille haute et que là aussi, la mode opère ici et là un léger retour à ce type de porté. On ne va pas s'en plaindre. Et on peut même imaginer du tweed pour encore plus de caractère.

Que retenir de ce petit jeu de pistes ? Qu'il faut bien souvent être prudent avec le vêtement au cinéma, que ce soit sur les compositions matière ou sur les appellations. On a déjà pu évoquer certaines confusions existantes dans notre précédente Bobine sur le Harrington.

Les manteaux présentés ici ne sont probablement pas tous en tweed. Mais à travers ce petit jeu de pistes, vous voilà peut-être un peu plus familiarisés avec cette matière et son univers, avec en prime quelques inspirations de looks pour l'hiver.

Notez qu'on trouve du tweed chez de nombreuses marques, en particulier chez Walker Slater, Thomas Farthing ou SJC London  et aussi bien sûr en seconde main. Habillé ou casual, c'est vous qui choisissez. À vous de jouer !

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