Origines, histoire, style : tout savoir sur le streetwear

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Style "fourre-tout" aux origines variées, le streetwear a dépassé le stade de tendance pour s'installer comme courant à part entière.

Des sous-cultures alternatives de banlieues, jusqu'au petit entre-soi de la mode, c'est un style qui séduit autant qu'il interroge. Evolutif, il s'imprègne de son environnement, rendant ses interprétations presque infinies.

Nous avions déjà eu l'occasion d'en parler dans un premier article, qui s'intéressait surtout aux basiques de ce style. Aujourd'hui, on va se pencher sur son évolution... et faire le plein d'inspiration !

La petite histoire du streetwear...

Des origines héritées de la rue

À présent adoubé par l'ensemble de la sphère mode, le streetwear n'a pas toujours fait l'unanimité. Comme souvent, la mode s'adapte à la société et à l'époque dans laquelle elle évolue. Regardons comment...

Un style né dans les 80's...

Le groupe de hip-hop Public Enemy, représentatif du style hip-hop des années 80 et 90.

Le streetwear tire ses origines de la convergence de plusieurs styles distincts. On retrouve des réminiscences de l'époque jazz, des références aux surfeurs californiens, à la culture skate et, surtout, à celle du hip-hop.

En effet, les années 80 sont marquées par l'apparition de ce nouveau genre musical, porté par la jeunesse des ghettos et des "suburbs" de New-York. Cette décennie voit fleurir un nouveau genre de boys-band, loin des Beatles et leur style de gendre idéal. Parmi eux : Public Enemy, NWA ou Run-DMC, qui deviennent les porte-étendards d'une culture alternative.

Clichés du photographe de mode Jamel Shabazz, qui immortalise le style des groupes de hip-hop à New-York, dans les années 80.

Afin d'affirmer leur identité, ils inventent un nouveau style vestimentaire brisant les codes d'une société encore puritaine, finalement très BCBG. Il s'agit également d'adapter le vêtement au mouvement et à la pratique du breakdance. Ils adoptent les pantalons larges et les ensembles sportswear, portent des baskets et des tee-shirt XXL, se parent de casquettes, de bijoux clinquants et banalisent le port du sweatshirt et du hoodie.

... Légitimé dans les années 2000

À la base, le streetwear est donc une forme d'expression de sous-cultures plutôt populaires. Si la mouvance est née dans les années 80, elle s'institutionnalise vraiment à partir du milieu des années 90. La musique joue un rôle capital : le rap et le RnB inspirent les jeunes générations, s'imposant durablement dans le paysage artistique.

Des personnalités émergent de minorités défavorisées, intégrant leur héritage culturel dans leurs codes stylistiques. Devenues des références au-delà du simple univers musical, elles contribuent à la création d'un modèle. Plus encore, elles ont ouvert la voie à une nouvelle conception de la mode, mêlant influence de la rue et luxe...

À gauche, Snoop Dogg jeune, lors du tournage de son premier clip "Who I am?" en 1993. À droite, Rihanna qui s'approprie le style Gucci lors du festival de musique Coachella en 2017.

Le streetwear et la mode : Je t'aime, moi non plus

Des débuts difficiles

Hormis quelques exemples ponctuels, comme Marithé + François Girbaud et leur baggy, la "mode" est longtemps restée imperméable au streetwear...

Elle est désormais loin, l'époque où Lacoste essayait d'endiguer un phénomène inédit : l'appropriation de ses vêtements par les jeunes de banlieues françaises. Bien décidée à "riposter", la marque s'engluera dans une lutte pour s'extraire de l'image dépréciative des rappeurs de cité.

Les membres du groupe de hip-hop Arsenik en Lacoste.

Pourtant, pour sa collection automne/hiver 2018-2019, les mannequins défilaient sur une musique du groupe de hip-hop Wu-Tang Clan, bobs vissés sur la tête, habillés de vestes ornées du crocodile et de joggings molletonnés.

Comment expliquer ce revirement de situation ?

Naissance du "streetwear couture"

On voit émerger une nouvelle génération de créateurs, élevée dans les années 80 — avec toutes les références que cela implique. Des noms comme Ricardo Tisci (Givenchy), Kim Jones (Louis Vuitton), Virgil Abloh (Off-White), Stéphane Ashpool (Pigalle) ou Demna Gvasalia (Balenciaga puis VÊTEMENTS) proposent ainsi une idée inédite du style.

Les Maisons sont bousculées, la couture flirte avec la rue.

Présentation de la marque Pigalle, printemps/été 2017-2018.

Cette démarche répond également à un besoin grandissant des marques — de luxe, notamment — de séduire une jeunesse qui ne se reconnaît plus dans un vestiaire trop classique, se renouvelant peu. Cette approche est donc un nouveau moyen de courtiser une clientèle connectée et friande de nouveauté.

C'est cette même stratégie qui a amené de grands labels à collaborer avec des personnalités influentes, devenues des références en matière de streetwear. Aujourd'hui, Pharell Williams défile pour Chanel, Rihanna est devenue égérie Dior, Nekfeu signe une collab' chez Agnès B. et les enfants Smith squattent le premier rang des défilés Vuitton.

De gauche à droite : Jaden Smith au défilé Louis Vuitton automne/hiver 2017-2018 ; Pharell Williams défilant pour Chanel en 2016.

Une surenchère frénétique, à laquelle se livrent toutes ces Maisons en s'offrant un lifting au passage. Une identité plus "cool", sans laquelle elles sembleraient dépassées.

Certaines célébrités, à l'ADN street, se sont d'ailleurs lancées à leur compte dans le vêtement. On peut par exemple citer le label Yeezy, lancé par Kanye West, Unküt par Booba ou, plus récemment, la marque Avnier créée par Orelsan.

Kanye West présentant la collaboration entre Adidas et sa marque Yeezy.

Quid de la mode des collaborations ?

Depuis quelques années, un nouveau phénomène s'est emparé du monde de la mode : les collaborations. Le concept est simple : réunir deux entités aux identités bien distinctes de prime abord, pour susciter l'intérêt de populations plus larges, grâce à des pièces en édition limitée.

La rareté est créatrice de désir et ça, les marques l'ont bien compris. L'acheteur est motivé par l'exclusivité, se transformant parfois en véritable collectionneur. Cette pratique est d'autant plus courante dans le streetwear, où des marques urbaines s'associent à des griffes luxueuses. L'effet est immédiat, ces collections limitées s'arrachent à des prix prohibitifs. Sans parler des prix de revente entre particuliers !

Supreme x Louis Vuitton.

Si certaines pièces peuvent valoir la peine — d'un point de vue strictement stylistique, du moins — il faut garder à l'esprit que le marketing reste souvent l'élément principal de ces collabs. Certaines sont d'ailleurs assez improbables, comme la prochaine IKEA x Off-White.

Le streetwear : marqueur d'une génération ?

Plus qu'aucun autre style, le streetwear transcende les classes sociales.

Il fait écho à des changements de société plus profonds. Pour commencer, le monde du travail a changé : il est moins question de conformité, l'individualité et le droit à chacun de s'exprimer sont de plus en plus mis en avant.

Le costume cravate n'est plus toujours de rigueur. Cette norme, associée à la conception de pouvoir au masculin, se fait plus rare et ce, même dans la sphère politique.

Ces changements se traduisent dans la manière qu'ont les hommes de se vêtir. On privilégie le confort et la praticité, on revendique davantage ses références et on se laisse aller à l'originalité.

Comment adopter le style streetwear ?

Il est parfois difficile de s'y retrouver, tant les possibilités sont nombreuses avec ce style. Pas d'inquiétudes, on vous donne tous nos tuyaux pour devenir un "O.G." du streetwear !

Les dix commandements du streetwear

  • Attention à ne pas trop en faire. Si le streetwear permet plus de liberté que d'autres styles — le tailoring, pour n'en citer qu'un —, veillez à bien maintenir une certaine cohérence.
  • Éviter le trop-plein de créateurs. C'est une objection que l'on entend souvent chez les puristes : "les créateurs de mode dévalorisent, travestissent le vestiaire streetwear originel, pour déguiser des personnes qui n'ont aucune affinité avec son histoire".
  • Se tourner vers le vintage. Pour ceux qui chercheraient davantage d'authenticité, le vintage, que l'on chine en friperie par exemple, peut être une véritable mine d'or. Attention, "ce n'est pas parce que c'est vintage que c'est beau".
  • Oser le DIY. Au départ, le streetwear était un style "de débrouille". On récupérait, on recyclait, on détournait. Le "Do It Yourself" peut être une façon de vous l'approprier en laissant libre court à votre créativité.
  • Commencer par de petites touches. On commence en remplaçant une paire de derby par des sneakers, on accessoirise... Ne troquez pas le costume contre un ensemble Lacoste, du jour au lendemain.

La casquette suffit à donner un côté plus street à ce look de biker.

  • Adopter de belles sneakers, véritable socle du streetwear. La pluralité des marques et modèles existants vous laissent un choix varié. Si je vous conseille d'acquérir des basiques (les éternelles sneakers blanches) dans un premier temps, vous pourrez ensuite passer sur des pièces plus originales.
  • Mixer les styles. Toujours dans l'idée de composer une silhouette qui reste cohérente et esthétique, n'hésitez pas à mixer les influences street avec d'autres plus classiques : les associations jogpant/pardessus, mackintosh/hoodie, blazer/sneakers, même si elles ne semblent pas forcément évidentes, fonctionnent très bien.
  • Penser au layering. Le streetwear est un style que l'on compose au feeling, en associant des pièces de différentes couleurs, textures et volumes. Maîtriser le layering dans vos tenues permet cette alchimie particulière.

Le layering est une solution intéressante pour apporter de la profondeur au look.

  • Maîtriser les volumes. L'oversized fait parti de l'ADN du streetwear. Loin des tee-shirts extra larges des chanteurs de hip-hop, on porte désormais des manteaux/blousons oversized, qui apportent de l'épaisseur à la silhouette. Les pantalons larges font également leur retour.
  • Avoir quelques références. Pas besoin d'être fan du champion Tony Alva, ou amateur des chansons de Lil Uzi Vert, pour adopter un style streetwear. Cela dit, gardez à l'esprit que c'est un style chargé d'histoire et de revendications que, d'une certaine façon, l'on revêt en même temps que les vêtements qui y sont associés.

Idées de looks streetwear

Afin d'illustrer mon propos, j'ai décidé de poser sous l'objectif d'Alex, notre community manager.

S'il s'agit essentiellement de propositions intégrant des basiques du streetwear, il est toujours possible d'aller plus loin dans le parti-pris stylistique.

Je tiens également à remercier les boutiques et marques m'ayant prêté les pièces que je porte sur les photos : la boutique Centre Commercial, l'e-shop Beige Habilleur, la marque Wrung Division, la marque Edition M.R, la marque Homecore, la marque Marithé François Girbaud, la marque Agnès B.

Je porte une base composée de pièces typiquement streetwear : un hoodie gris, un jean bleached qui apporte un côté vintage et une paire de Vans. En y ajoutant un trench droit camel, on tempère l'ensemble, ce qui évite l'impression d'être en tenue du dimanche. Pour un style plus appuyé, choisissez des mitaines en laine, moins classiques qu'une paire de gants en cuir.

Ici, l'idée est de rappeler la proximité entre sportswear et streetwear : je porte un pantalon en élasthanne proche du jogging, des sneakers blanches à scratch et un simple tee-shirt. Côté accessoires, je choisis un 24h de sport pour rester dans le même esprit, et un bonnet qui rehausse l'ensemble par une touche de couleur. On termine avec un pardessus gris oversized : il apporte de la texture et une certaine "noblesse" au look.

L'influence streetwear est moins évidente ici. Je pars d'une base casual, à laquelle j'ajoute un tee-shirt à motif et une paire de sneakers un brin usées pour la nonchalance. Mixés à un bomber suédé et un denim brut, le contraste offre un rendu intéressant. Les accessoires finissent d'habiller la silhouette.

J'associe un pantalon à grosses rayures avec une veste en denim oversized, rappelant les coupes des années 80. Le tee-shirt graphique est un basique du streetwear — attention à ne pas en abuser, au risque de passer pour un éternel adolescent. En misant sur des nuances simples, vous n'aurez pas de mal à dompter les motifs !

Quoi de plus streetwear que de se la jouer skateur ? Adoptez un hoodie (plutôt original ici, avec son zip), porté sur un jean brut. Les très larges revers apportent un côté désinvolte à la tenue. Les sneakers, bien que colorées, s'insèrent sans difficulté. La casquette à l'envers est un petit clin d'oeil, presque cliché... Quant à savoir si vous devez garder la visière à l'avant ou à l'arrière, c'est une affaire de goûts !

Pour aller plus loin...

Pour ceux qui souhaiteraient davantage explorer ce style, voici d'autres looks desquels vous inspirer.

Parfait exemple de layering, l'empilement d'un hoodie, d'une chemise à carreaux et d'une doudoune aux couleurs flashantes soulignent la carrure. Les teintes se répondent. On complète avec un bleached, dont la nuance pâle apaise les autres. Le jean est découpé sur le bas de la jambe pour le côté "rebelle" (possible de le faire soi-même sur de vieux jeans...). Les baskets reprennent les tons du haut de la tenue. Tous les ingrédients sont réunis.

L'ensemble de la tenue est composé de pièces plutôt habillées à l'origine, mais en version oversized pour en accentuer la décontraction. C'est un bon moyen de jouer avec les styles. Ajoutez une paire de sneakers colorées pour réveiller l'ensemble et apporter une caution plus street.

Plus audacieux, on peut également miser sur une pièce forte : le sweatshirt fait tout le travail. Cela implique clairement de l'assumer. Autrement, pourquoi pas !

Sur ce look, on retrouve le fameux jean délavé et découpé au niveau du mollet. Il est porté avec des baskets classiques, laissant apparaitre des chaussettes blanches pour bien marquer l'influence sportswear. La silhouette est construite en contraste, avec un haut composé de pièces casual à l'allure vintage. La casquette et la ceinture au design vintage parachèvent l'ensemble.

Sélection des marques

Il est aujourd'hui possible de trouver des pièces typiquement streetwear dans les collections de la plupart des marques, qu'il s'agisse de leur style de prédilection ou non.

Pour ceux qui chercheraient des labels spécialisés, à l'ADN historiquement street, j'ai sélectionné quelques références vers lesquelles vous tourner.

Marques créateurs

Bastien Laurent et Laura Do, les deux créateurs de la marque Avoc.

Marques historiques

Collection Stüssy célébrant le 35ème anniversaire de la marque.

Marques généralistes

Lancement de la collection 2016 de la marque Palace Skateboards, Londres, 2016.

Marques sneakers

Photo du catalogue Adidas modèle 1971.

Le mot de la fin...

Style emblématique de sous-cultures des années 80 à 90, le streetwear a aujourd'hui perdu l'aspect subversif de ses débuts. Popularisé, il s'impose désormais comme une référence en matière de vêtements, tant sur l'esthétisme et le design que dans les valeurs qu'il véhicule.

Conséquence de son histoire, il existe mille-et-unes façon d'approcher ce style. Plus qu'une tendance, il s'apparente aujourd'hui à un courant de fond, dans lequel chacun peut piocher pour se l'approprier.

Axel Yvon Axel Yvon

Grand enfant rêveur, un peu bohème, je considère le vêtement comme un mode d’expression du quotidien, qui amuse, qui rassure, qui passionne. Oiseau de nuit, mondain du dimanche, j’adore les chemises de pyjama, les blockbusters Marvel, les nuits d’orage et les pâtes à la carbonara (seulement celles de ma mère). Liste non exhaustive.

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