Marithé + François Girbaud : les techniciens de la mode

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Vous est-il déjà arrivé de porter des jeans délavés ? Des vêtements d'inspiration techwear, sportswear, ou contenant des matières telles que l'élasthanne et le polyamide ? Si oui, sachez que les stylistes Marithé Bachellerie et François Girbaud y sont — très probablement — pour quelque chose.

Le couple de designers aujourd'hui.

Moins connue des plus jeunes générations, la marque Marithé + François Girbaud a pourtant été, durant plusieurs années, une référence en matière de mode inventive et décalée, incarnant l'idée d'un produit différenciant et durable.

Après une période difficile et floue, la marque revient progressivement sur le devant de la scène, en s'imposant comme un label plutôt dédié au techwear et militant pour une mode respectueuse de l'environnement.

Leur credo : se réinventer, se re-raconter en mêlant technique et esthétique dans chacune de leurs créations.

Pourquoi ai-je eu envie d'écrire cet article?

Il y a maintenant quatre ans, j'ai eu la chance de rencontrer Marithé. À son contact, j'ai un peu plus appris à apprécier le vêtement et la création.

En arrivant chez BonneGueule, je savais que certains membres de l'équipe — notamment Benoit — étaient de grands amateurs de techwear. J'ai alors eu envie de faire (re)découvrir, au plus grand nombre, l'histoire de ce duo si particulier.

L'une de mes rencontres avec François Girbaud, rentré de Los Angeles pour présenter la ligne collaborative Marithé + François Girbaud feat. Closed (qui est une de leurs anciennes marques).

À cet effet, j'ai demandé à Marithé qu'elle m'ouvre sa porte une fois de plus, et qu'elle sorte les albums souvenirs. C'était aussi l'occasion parfaite pour qu'elle me présente la nouvelle ligne Girbaud...

Il était une fois... Marithé + François Girbaud

François Girbaud : Le designer révolutionnaire

François Girbaud est né en 1945 à Mazamet, capitale du délainage.

Jeune, il travaille dans une fabrique de valises le jour et se consacre à son groupe de rock'n roll le reste du temps. Il rêve d'aventures, d'Amérique et s'évade en écrivant à ses idoles, puis commence à fréquenter le milieu de la musique.

Il fait finalement la connaissance du fondateur de la première boutique Western House à Paris, où il finira par travailler. Il prendra, peu de temps après, la gérance de la seconde Western House, à Saint-Tropez.

Nous sommes dans les années 60, l'époque des hippies chics et du Saint-Trop' de Brigitte Bardot. C'est à ce moment que son chemin croise celui de Marithé.

François Girbaud jeune.

Marithé Bachellerie : La couturière rêveuse

Marithé Bachellerie est née en 1942 à Lyon où elle passe les vingt premières années de sa vie.

Déjà, petite, elle est passionnée de couture et confectionne des vêtements pour la poupée de sa soeur. Sa mère la sensibilise très jeune à la mode en l'amenant aux défilés amateurs qu'organisaient quelques maisons de couture à Lyon. Son père lui, est cycliste de haut niveau. Il participe plusieurs fois au Tour de France. Elle en garde le souvenir des matières techniques et des coupes des habits de sportifs, dont elle s'inspirera lors de la création des premières lignes sportswear de la marque.

Véritable artiste dans l'âme et quelque peu hippie, elle se rêve actrice et "monte" à Paris pour s'y installer en 1965. D'abord coiffeuse, elle s'oriente rapidement vers la conception de vêtements et commence à tricoter des ponchos. Experte de la maille, elle traîne avec une bande d'artistes et se retrouve en 1967 à la Western House de Saint-Tropez.

Si le succès commercial de la boutique n'est pas au rendez-vous, elle devient un lieu de ralliement pour originaux du moment. Cette année-là, elle rencontre François Girbaud pour la première fois, alors gérant de la boutique.

Marithé Bachellerie Girbaud jeune.

Un jour, deux destins...

Après leur première rencontre dans la boutique Western House de Saint-Tropez, Marithé et François se retrouvent dans la boutique originale à Paris.

Johnny Hallyday, grand ami des deux stylistes, venu faire ses achats à la Western House de Saint-Tropez dans les années 60.

À l'époque, elle est située dans le quartier Saint-Ferdinand, au milieu des boutiques de motos et de deux-roues. Petite légende urbaine, cette enseigne est la seule à vendre des produits qui évoquent le Far-West et, plus généralement, l'Amérique de l'époque : panoplie de cow-boys, surplus d'uniformes, jeans neufs, vestes frangées en daim, boots en tout genre et même selles de poney.

François décide de distribuer quelques-uns des ponchos que Marithé tricote. Le succès est immédiat et signe le début de leur longue aventure commune.

La ruée vers l'or (bleu) : le jean Girbaud

À la fin des années 60, Marithé et François s'amusent déjà à délaver leurs propres jeans, des modèles Wrangler neufs. En outre, ils cherchent aussi à transformer le jean pour l'européaniser, pièce encore exclusivement américaine.

Marithé et François revoient alors la coupe et le fit : ils le cintrent davantage, l'ajustent au niveau du fessier et des hanches, et l'adaptent aussi bien pour les hommes que pour les femmes.. Dès lors, les innovations sont nombreuses. La silhouette du jean Girbaud est une telle révolution que les Américains parleront de French jeans.

La ville de Greensboro en Caroline du Nord, où Marithé et François produisent longtemps leurs jeans. Deux rues sont baptisées en leur honneur : Francois Court et Marithe Court.

Pour l'anecdote, il n'existe alors que "trois grandes familles de jeans. Levi's pour les cow-boys et les gold diggers. Wrangler pour le rodéo. Et Lee pour les champs de coton des États du Sud". Pourtant, aujourd'hui, pour les industriels américains, "il y a quatre façons de construire un jean : celle de Levi's, celle de Wrangler, celle de Lee et celle des Girbaud's".

Le succès de la marque sera d'ailleurs plus important outre-Atlantique que dans l'Hexagone.

Multi-marques et multi-casquettes

Pour bien comprendre le succès du duo, il faut comprendre la logique et la réflexion qui les animent. Loin de chercher la renommée, Marithé et François se considèrent comme des artistes, mais également des techniciens ou des inventeurs (un peu fous). Ils cherchent toujours à faire évoluer le produit, améliorer la qualité de la matière, ses fonctionnalités et à inventer une esthétique inédite.

Comme tous scientifiques, ils cherchent et expérimentent jusqu'à aboutissement du projet. Une fois celui-ci achevé, il passent à un autre. C'est pour cela que, tout au long de leur carrière, ils créent de nombreuses marques (la liste n'est pas exhaustive) :

  • Maillaparty, marque dédiée à la maille et au tricot.
  • Momento Due, pour explorer le prêt-à-porter masculin.
  • Closed puis Métamorphojean, deux marques pionnière dans la production de jeans.

Un visuel de campagne publicitaire pour la marque de jeans des designers : Closed.

  • S.P.Q.R.C.I.T.Y, label dédié aux premières lignes d'inspiration sportswear.
  • Compagnie des Montagnes et des Forêts, pour leurs créations autour du cuir.

Un exemple de réalisation sur cuir des stylistes : la "Tatooed Leather".

Finalement, le duo considère qu'un nom véhicule trop souvent une seule et même image, imposant alors un carcan réducteur. Proposer ses créations sous plusieurs labels lui permet d'explorer de nombreuses possibilités.

Ils n'utilisent la dénomination Marithé + François Girbaud que plus tard dans leur carrière, tandis que le succès est déjà global. La marque rentre alors dans une logique plus "traditionnelle" et s'impose comme un véritable acteur de la mode haut de gamme des années 80... sans jamais se prendre au sérieux pour autant.

"Parler le Girbaud"...

Afin de promouvoir la marque, Marithé et François prennent l'habitude de communiquer de façon tout à fait atypique.

N'ayant aucune stratégie pré-établie, leur succès est renforcé grâce à l'image qu'ils acquièrent en habillant de nombreuses célébrités et amis, comme Johnny Halliday, Daniel Balavoine, Marlène Jobert, Coluche, Florent Pagny, Jennifer Beals...

À gauche, François et Daniel Balavoine, à droite, Marithé et Isabelle Adjani.

Au gré du hasard et des rencontres, ils s'entourent de personnages influents du milieu de la mode, des arts et des médias, notamment Jean-Luc Godard... Ce réalisateur de génie se chargera de leur produire trois séries de courts spots TV à la fin des années 80.

En plus de ces collaborations, le duo de créateurs excentriques axent leur communication quelque part à mi-chemin entre la provocation, la surprise et la réflexion.

On était de vulgaires marchands de jeans, sortis des arrière-cours du Sentier, et tout à coup nous sommes devenus les intellectuels de la mode ! — Marithé

On retiendra notamment :

  • La campagne A Higher State of Evolution, représentant des mannequins cellophanés, jugée comme incitant au suicide et interdite dans certains magazines américains.
  • Les modèles de la collection Escape with Rocco Siffredi, présentant des jeans à la taille très basse...

À gauche, le style de jeans taille "ultra-basse", à droite un mannequin cellophané.

  • Plus que toute autre, la campagne présentant l'affiche publicitaire désormais très connue de La Cène...

La fameux visuel polémique : représentation de la Cène, version Girbaud. Comble du blasphème, Jésus est représenté en femme.

Leur rapport aux médias est également très particulier — ils envoient d'ailleurs des communiqués de presse complètement loufoques, voire incompréhensibles —, si bien qu'à l'époque, les quolibets vont bon train dans l'entre-soi de la mode : "Parlez-vous le Girbaud ?" ; "Écrivez-vous le Girbaud ?", entendait-on dans les dîners. Un goût pour l'agacerie qu'aimaient entretenir les deux trublions de la mode.

L'héritage créatif de Marithé et François Girbaud...

L'épopée Girbaud est un millefeuilles de dates, d'idées, d'innovations et d'anecdotes toutes plus intéressantes les unes que les autres...

Le genre de campagne créative et excentrique, profondément esthétique, dont seuls les Girbaud ont le secret.

L'épopée du jean Girbaud

Dans ma garde-robe, j'ai un jean Marithé + François Girbaud de près de 10 ans. Son toucher particulier évoque en moi le contact de ma compagne. Quand je le porte, il m'aide à éliminer la fatigue et me donne envie de rentrer chez moi. — Yohji Yamamoto

Les jeans Girbaud peuvent aujourd'hui être considérés comme des créations tout à fait particulières, véhiculant une histoire, un imaginaire à mi-chemin entre durabilité, audace et folie.

Le délavage

Comme expliqué plus haut dans l'article, Marithé et François s'intéressent au délavage dès la fin des années 60. Il commencent par délaver leurs pièces dans une laverie de Saint-Germain-des-Prés, puis dans une laverie plus industrielle de Belleville.

Cette industrialisation du procédé de délavage lance véritablement leur carrière. Très vite, ils concentrent leurs efforts et cherchent de nouveaux procédés pour aboutir à un résultat différent du délavage naturel. Ils passeront par l'utilisation de produits chimiques comme la chlorine, qui use artificiellement le jean et nécessite l'ajout de grandes quantités d'eau dans le process.

Pourtant, lors de la chute du Mur de Berlin en 1989, les stylistes sont marqués par l'arrivage de milliers de jeans de mauvaise qualité, portés par la jeunesse du bloc Est de l'Europe. Ces modèles, blanchis et délavés à l'acide, sont à l'origine d'une dégradation colossale de l'environnement et d'un gaspillage énorme des ressources naturelles (notamment l'eau). C'est le déclic qui poussera le duo à s'orienter vers des procédés plus respectueux de l'écosystème naturel.

Le Stonewash

Entre temps, Marithé et François inventent une technique qui fait date dans l'histoire du textile. Au milieu des années 70, leurs recherches les mènent jusqu'en Italie.

Le schéma explicatif du Stonewash de Marithé François Girbaud et un jean oversized traité selon cette méthode.

Ils y mettent au point, un procédé que l'on appelle aujourd'hui le Stonewash. Ils délavent des jeans à grande échelle, en les lavant dans d'énormes laveries et ajoutent, dans le procédé, des pierres volcaniques de Lipari. Le rendu est tout à fait nouveau, les stries du délavage étant plus marquées et moins étendues. Le tissu est, en quelques sorte, poncé lors du traitement : l'ajout d'agents détergents devient désormais inutile.

Je t'avoue qu'au début, on a envoyé à la casse pas mal de machines. Mais au fur et à mesure, avec les techniciens, on a trouvé des moyens pour éviter d'abîmer le matériel en gardant le rendu que l'on voulait. - Marithé

Le Stonewash est aussi un premier pas vers un jean plus souple, encore très rigide à l'époque, qui est "attendri" par les pierres.

Le WattWash

À partir de 2003, le duo est à l'origine d'une nouvelle technique de délavage du jean.

En fait, il s'agit plutôt de graver le jean en utilisant une technologie qui va "mordre" le denim au rayon laser. À cette époque, Marithé et François appellent ce procédé Imajean, qui deviendra en 2008 le WattWash pour souligner l'idée d'utilisation de la lumière afin d'aboutir à des résultats surprenants.

Ce procédé technique est surtout né d'une réflexion visant à expérimenter une nouvelle manière de traiter le jean sans polluer et en économisant les ressources naturelles comme l'eau. Une économie de plus de 97% d'eau...

Commandé depuis un ordinateur, il est alors possible de tracer n'importe quel motifs sur une toile de denim. Combinant la lumière et l'ozone, on grave le jean dans son ensemble selon un modèle numérique prédéfini ou bien simplement sur une petite partie de la pièce.

Tout comme le Stonewash, cette technologie permet d'assurer une plus grande souplesse à la toile, qui devient plus agréable à porter.

Enfin, le WattWash peut être adaptée et appliquée à d'autres matières comme le cuir. J'ai moi-même, lors d'une soirée organisée à l'occasion de la sortie de leur nouvelle ligne, fait graver l'un de mes cuirs sur la manche : le rendu est précis et n'a pas bougé depuis. Une occasion d'acheter des pièces personnalisées et uniques.

Coupe et innovation

En plus d'avoir été à l'origine de modèles faisant encore date aujourd'hui — le baggy, par exemple —, ils ont surtout (ré)inventé les silhouettes en concevant des pièces inédites et uniques.

Un schéma représentatif de ce que les designers ont dénommé la "Jeanealogie" Girbaud.

Rares sont les maisons ayant autant varié les coupes et proposé au public une palette aussi large de pièces.

"L'écrasante majorité des stylistes construisaient, et construisent encore aujourd'hui d'ailleurs, les silhouettes en commençant par le haut. Nous, c'était plutôt par le bas : les pantalons, les jeans... Finalement, c'est tout aussi important !" - Marithé

Ils travailleront beaucoup sur le mouvement, en adaptant le pantalon aux nouvelles postures, aux nouvelles attitudes : jeans "taille ultra-basse" ; pantalon ultra oversized ; modèles modulables (à scratch, par exemple) ; jeans avec des lignes de construction apparentes ; nouvelles compositions de matières intégrant le stretch...

Les racines du streetwear, les précurseurs du sportswear

L'héritage des créations Girbaud dans les différents courants "stylistiques" est souvent méconnu, bien qu'absolument fondateur.

En fait, un jour je portais le jean de François, on s'amusait. Je l'ai enfilé et noué à la taille avec un cordage... et voilà, on avait inventé le baggy. - Marithé

Aujourd'hui, la grande tendance du streetwear est en plein essor. Nombreux sont ces stylistes qui expliquent "s'inspirer" de la rue pour leurs créations. Marithé et François, eux, faisaient déjà monter la mode de rue sur les podiums. Mieux, ils inventaient des alternatives... toujours un peu par hasard.

Un visuel du clip Jump du groupe Kris Kross, avec l'exemple des jeans baggy Girbaud.

L'exemple du baggy est frappant. Une fois que l'idée germée dans la tête des créateurs, le modèle est vite adopté par les sappeurs africains et les rappeurs américains. Ce pantalon permet une liberté de mouvement, précieuse pour des danseurs ou des artistes "mobiles". En 1992, le groupe Kris Kross porte un "baggy" Girbaud dans son clip Jump. Marithé + François Girbaud devient alors une marque de référence de la mode de rue, que l'on définira, un peu plus tard, comme le streetwear.

À la même période, ils sont parmi les premiers à imaginer des vêtements aux inspirations sportswear pour le vestiaire du quotidien. Des matières techniques, stretch, voire même réfléchissantes sont incorporées à toutes leurs pièces (même les plus habillées).

Dans le même temps, leur communication s'adapte. Ils mettent en avant des visuels et des campagnes symbolisant le mouvement et le sport, collaborant avec de grands danseurs comme l'Étoile Sylvie Guillem.

L'engagement en faveur de la planète

L'industrie du textile est aujourd'hui l'une des plus polluantes au monde (la deuxième selon certaines études).

Traditionnellement, il faut en moyenne 70 litres d'eau pour "laver" un jean. On y ajoute alors 150 grammes de permanganate, soit 600 000 tonnes par an. Plus environ un kw/H d'énergie dépensée par jean. Quatre milliards de jeans environ sont produits chaque année, vous voyez l'immensité des économies qu'on peut réaliser ! Le gaspillage d'eau qu'on peut éviter ! — François Girbaud

La prise de conscience de Marithé et François date de la fin des années 80. Ainsi, ils ouvrent la voie à une mode éthique et propre. Le procédé du Wattwash en est l'exemple parfait : une consommation d'eau réduite de plus de 97% dans le délavage des jeans et l'absence d'utilisation d'agents chimiques.

À gauche, le mur végétalisé d'une boutique Girbaud, à droite une photo du labyrinthe végétal d'un de leurs défilés.

Outre leurs expérimentations "industrielles", le duo Girbaud pousse son engagement jusque dans sa démarche créative : installations vidéo prônant l'interactivité du végétal et du textile dans leurs défilés, podiums en forme de labyrinthe "végétal", intégration de murs végétalisés dans leurs différentes boutiques... Marithé et François Girbaud deviennent et demeurent encore aujourd'hui des stylistes militants.

La marque aujourd'hui...

Quand on interroge les "consommateurs" de vêtements Girbaud, on constate qu'ils sont souvent de véritables fans, membres d'une communauté extrêmement fidèle. Le duo a toujours misé sur la fidélisation de ses clients, délaissant parfois les nouveaux outils de communication de masse.

Malheureusement, cumulé à quelques déboires juridiques complexes, le virage digital raté amène la marque à cesser sa production en 2013.

Depuis 2015, entourés d'une équipe solide d'anciens collaborateurs, les designers ont remonté la pente en lançant une nouvelle ligne et un nouveau concept : Mad Lane.

Mad Lane (de Proust)

Après leur liquidation judicaire, le duo Girbaud décide de profiter de l'occasion pour se ré-inventer.

François, depuis Los Angeles, travaille sur la ligne. Marithé, restée en France avec le reste de l'équipe, apporte sa touche créative et organise le business en rencontrant techniciens et industriels. Entre 2015 et 2016, la collection Mad Lane est fin prête.

Pourquoi ce nom ? Eh bien, pour rappeler la "madeleine de Proust", évocatrice de souvenir. Côté traduction anglaise, on obtient "la folie" ("mad") et une consonance "lane"-"laine". Une forme d'auto-dérision qui leur est propre.

Du techwear de créateur

Aujourd'hui, l'équipe Girbaud propose une ligne aux inspirations techwear et sportswear. Les créations sont empreintes d'une touche de futurisme, s'inspirant de designs d'uniformes presque militaires.

Des vêtements pensés pour favoriser le mouvement et le confort.

Fidèles à l'esprit "Girbaud", les vêtements sont pensés pour s'adapter au mouvement, tant dans leur coupe que les matières utilisées. Ils sont également prévus pour s'adapter à des conditions climatiques changeantes.

Le duo explique vouloir habiller les "nouveaux nomades", ceux qui voyagent ou se déplacent beaucoup, et qui sont à la recherche de produits mixant esthétisme et praticité.

Deux silhouettes de la ligne homme.

Au niveau des matières, on retrouve des compositions à base de sergé japonais, de coton, mais aussi des matières synthétiques comme l'élasthanne ou le lycra. Il s'agit là d'un parti-pris technique : trouver des compositions pertinentes pour un confort maximisé, une meilleure tenue et une plus grande durabilité.

Enfin, Marithé et François décident de s'extraire des logiques habituelles de défilés six mois à l'avance :

On est sûrement pas assez mainstream pour être copiés actuellement par les géants de la fast-fashion, même si je vois ici et là, parfois, de l'ancien Girbaud. Tu sais, nous, la copie ne nous a jamais embêtés. Au contraire, à l'époque, plutôt que de se lancer dans des batailles juridiques longues et couteuses, on est allé voir nos copieurs et leur avons proposé de travailler avec nous. Certains sont devenus nos meilleurs producteurs et des amis. C'était amusant et plutôt flatteur d'être copiés. Mais maintenant... tu penses pouvoir négocier avec les Zara et H&M...? — Marithé

La petite sélection...

Le modèle Motorist

Blouson "doudoune" rembourré, parfait pour passer l'hiver. Le duvet d'oie vous garde au chaud tandis que la doublure en nylon vous garantit une bonne isolation. Le détail des empiècements en cuir ajoute du caractère à la pièce.

Le modèle Kaban Bomber

Parfait mixe entre un caban long (80% laine, 20% polyamide) et le bomber : une pièce très urbaine, qui mélange des influences streetwear et plus classiques.

Le modèle Capuvest

Un blouson original, à capuche technique (élasthanne et polyamide) assez respirante, pensé pour le voyage. Isolant, il comporte des détails esthétiques contrastants et des coutures thermosoudées (notamment au niveau des poches).

Le modèle Primojack

Une veste dérivée du blazer, en matière technique, respirante avec sa doublure perforée. Les bordures du col sont coupées au laser. C'est une pièce simple, parfaite pour créer un look casual un peu décalé.

Le jean demeure le coeur de métier du label. Les designs et jeux de coupes sont assez innovants, on retrouve toujours des compositions qui permettent d'assurer élasticité et robustesse à la pièce. L'intégration de fils stretch, tissés à la verticale, permet de rester mobile.

Le modèle Pedal Gear

Un jean cousu avec du stretch à la verticale pour plus de confort. La coupe est assez loose avec, comme détails, des ouvertures latérales montrant l'envers du jean.

Le modèle Miner

Coupe skinny et taille basse pour ce modèle de jean en 98% coton. X-pockets latérales et surpiqures (des signatures Girbaud). Un basique revisité du vestiaire de la marque.

Le modèle Pocket Slits

Bien qu'il ne s'agisse pas d'un jean, ce pantalon peut être porté dans un look un peu plus habillé. Design sobre, matière technique, agréable et confortable, assez fitté et resserré vers le bas pour galber la jambe et le fessier.

 

 

Et au niveau du prix?

Les prix affichés, comme sur toute marque que l'on peut qualifier de '"créateur", peuvent sembler assez élevés.

Aujourd'hui, Girbaud est une petite équipe. Notre système de production et de distribution nous permet de faire attention aux stocks, mais il faut quand même que l'on réussisse à vendre sans publicité et avec des moyens réduits. C'est dur et on ne marge pas énormément. - Marithé

Ces tarifs sont liés aux matières utilisées, les procédés techniques (qui impliquent de la R&D) et l'histoire derrière chaque produit.

Je me rappelle que, quand il était jeune, François voulait une guitare, alors il a bossé pendant un mois et a mis presque toute sa paye là-dedans. C'était ça à l'époque, on travaillait pour s'acheter quelque chose dont on rêvait. Aujourd'hui, on est en permanence sollicité, exposé à des centaines de produits. Les plus jeunes, vous, vous connaissez tout. Si bien que vous ne voulez plus rien, vous êtes lassés avant même de posséder. Regarde, toi, tu veux quoi pour Noël ? 

- Je ne sais pas...

- Tu vois ? Avec Girbaud, j'ai dans l'idée que les personnes qui aiment les beaux vêtements, pour qui c'est un plaisir, pourront s'acheter quelque chose de durable, d'utile et dont il ne se lasseront pas. Beaucoup de nos anciens clients possèdent encore certaines pièces d'il y a dix ou vingt ans. Ça fait chaud au coeur ! — Marithé

Éternels nomades...

Durant leur "absence", François et Marithé ont réfléchi à un nouveau mode de distribution.

Le retour de la marque notamment online.

Friands de contact humain, passionnés et désireux de pouvoir directement expliquer l'histoire de leurs produits à leurs clients, ils décident de proposer leur nouvelle ligne lors de ventes itinérantes à travers toute la France.

Ils organisent dans de nombreuses villes des ventes "événementielles", sur rendez-vous. C'est une certaine idée de l'expérience client qu'ils souhaitent développer.

Comment ça marche ?

Il suffit de prendre rendez-vous sur le site en s'inscrivant à la vente de son choix. On se rend alors dans l'espace aménagé pour l'occasion, où on découvre l'ensemble de la collection et profite des conseils et explications personnalisés de Marithé ou des membres de l'équipe Girbaud.

Si une pièce vous plaît, vous pouvez repartir avec, ou la commander en ligne ensuite. Ils s'associent également à plusieurs petites marques pour proposer des pièces uniques et originales sous formes de collaborations ponctuelles.

À gauche, l'équipe Girbaud lors d'une vente à Paris,à droite, Marithé, François et leur petite-fille.

Ce système permet à la marque de gérer intelligemment ses stocks, en évitant tout surplus éventuel. C'est également un excellent moyen de tester en direct les produits auprès des clients et de les cibler avec plus de justesse.

Vous pourrez, par exemple, assister à la prochaine vente du "Madlane Tour" à Paris du 1er au 3 février.

Une stratégie résolument digitale

Marithé et François ont constaté que leur retour avait suscité le sursaut d'une "communauté de fidèles", véritables aficionados du label.

Voyant qu'ils étaient à ce point capables de fédérer, ils souhaitent à présent retranscrire cet esprit online et se positionner sur un segment plus digital.

La marque a beaucoup investi pour se lancer sur le commerce en ligne et la communication digitale. Désormais ils ont un e-shop que vous pouvez retrouver ici.

Leur défi principal consiste à toucher un public plus jeune, à la recherche de produits de qualité, durables et différenciants. En effet, les designers souhaitent conserver leur image de marque originale : s'habiller en Girbaud, c'est déjà un parti-pris très fort. C'est assumer un certain style..

Le mot de la fin...

Toujours aussi innovants et inspirants, cette marque est une excellente adresse pour tous les amateurs de techwear ou de sportswear. Les pièces, uniques, presque à la limite du prototype, vous permettront de rehausser n'importe lequel de vos looks en y intégrant une touche originale.

Si le prix peut en freiner certains, il s'explique par tout le travail mis dans la création et reste tout à fait honnête. Ayant moi-même des pièces Girbaud en parfait état — certaines vieilles de six ou sept ans — je peux vous assurer que la promesse est tenue. J'ai hâte de découvrir les prochains résultats de cette belle addition qu'est Marithé + François = Girbaud.

Je tiens enfin à remercier Marithé de m'avoir reçu et répondu à toutes mes questions. Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous recommande le livre Marithé + François Girbaud : De la pierre à la lumière, dont je conseille la lecture à ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus après la lecture de cet article. Outre l'écrit, les visuels offrent une immersion totale dans l'univers du duo.

Axel Yvon A propos Axel Yvon

Grand enfant rêveur, un peu bohème, je considère le vêtement comme un mode d’expression du quotidien, qui amuse, qui rassure, qui passionne. Oiseau de nuit, mondain du dimanche, j’adore les chemises de pyjama, les blockbusters Marvel, les nuits d’orage et les pâtes à la carbonara (seulement celles de ma mère). Liste non exhaustive.

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  • Alex – BonneGueule

    Hello Jean-Gabriel,

    Merci beaucoup pour ton partage ! =)

  • Jean-Gabriel Musa

    Aficionado de la marque, j’ai eu le plaisir de reprendre deux jeans de leur dernière collection: toujours le même travail de perfectionnistes qui a fait leur renommée. Cette audace emblématique dans les coutures, les coupes, les finitions. Seul petit bémol, certaines toiles de leur collection actuelle de jeans est vraiment très fines (8-9 oz) ce qui laisse perplexe quant à la durée sur le long terme. C’est aussi le prix de leur elasticité, amplitude. Autre petite information (ou bonne nouvelle selon l’ endroit ou vous habitez): le concept store « Verrière sur Cour », 12 boulevard gambetta à Grenoble, propose une très grande partie de la collection en permanence. La boutique a en effet réussi à négocier ce privilège, là ou les autres villes ne proposent que les ventes « tournée mad lane » éphémères.

  • Alex – BonneGueule

    Hello Tada,

    Merci pour ton partage !

  • Tada

    Finalement, une réponse m’est enfin parvenue, la voici pour que tout le monde puisse en profiter :
    « Nous sommes désolés mais n’avons actuellement pas de grille de
    taille de disponible pour le moment, mais sommes en train d’y remédier
    au plus vite afin de vous conseiller au mieux dans vos choix.
    En ce qui concerne les tailles italiennes vous devez retirer 6 afin d’obtenir l’équivalent en taille française.
    Un 46 it correspond donc à un 40 français. »

  • Alex – BonneGueule

    Hello à tous,

    Je laisse passer cet éclaircissement, oui j’ose le petit clin d’oeil, mais, et bien que ne désirant frustrer personne, je vais clore ce petit débat =)

    Passez un bon week !

  • Thomas

    Bonjour messieurs !

    Je rajoute une couche de de physics nazi (il faut bien inventer le terme).

    « Plus environ un kw/H d’énergie dépensée par jean. »

    j’espère que la citation est une erreur de recopiage : le kw/h n’existe pas et n’a aucun sens. le watt est une unité de puissance (un débit si vous voulez), une quantité d’énergie PAR unité de temps. il est donc bien question ici de kwh (kw x h, kilowatt fois heure pour être explicite), c’est à dire d’une énergie. Cela vaut la quantité d’énergie fournie à une puissance d’un kilowatt pendant une heure. c »est une multiplication, pas une division !

  • Alex – BonneGueule

    Hello Benjamin,

    J’ai demandé à Axel de te répondre directement sur ce sujet, voici sa réponse =)

    Bonjour Benjamin,
    Avant tout, un grand merci pour ton retour.
    Après avoir lu ton message, je suis allé revoir les compositions de leurs produits. Pour commencer, je n’ai pas trouvé de sweats en polyester, la marque utilisant, au choix, du coton ou de la laine vierge dans la composition de ses pulls/sweats. Plus généralement, il y a effectivement une utilisation fréquente de matières synthétiques, faisant écho au positionnement techwear. C’est là tout l’intérêt des pièces proposées, tant au niveau des caractéristiques techniques recherchées que de l’esthétique.
    Enfin, la marque Marithé + François Girbaud est effectivement tombée en liquidation judiciaire en 2013 mais à aucun moment les designers n’ont perdu la propriété juridique de leur entreprise, celle-ci ayant simplement cessé d’exister un temps. Si l’entreprise n’est plus tout à fait la même « juridiquement » aujourd’hui, les idées, les envies et les équipes sont finalement les mêmes. Et il en va de même pour les exigences en termes de qualité du produit. D’ailleurs, bien que je ne puisse complètement t’informer la-dessus, je crois savoir que les équipes travaillent avec nombre d’anciens prestataires (usines, fournisseurs etc).
    J’espère avoir répondu à tes interrogations.
    À bientôt,
    Axel

  • Nicolò – BonneGueule

    Ah… Très intéressant… Nous aurait-on donc fait un procès pour rien ? 😉

    Merci pour ton commentaire en tout cas!

  • Enrique

    Je me suis fait la même réflexion sur le guide des tailles, ça manque réellement d’autant que, comme tu le signales, les frais de retour sont à notre charge.

  • Alex – BonneGueule

    Hello Tada,

    Effectivement, tu as pourtant tout fait parfaitement…
    Je ne sais pas trop quoi te dire du coup, peut être d’être patient, peut être que le mail est parti dans tes spam ?
    Mais si tu n’as pas de réponse c’est en effet un peu dommage, pour toi, mais aussi pour eux.
    Je reste quand même étonné en général ils sont réactif. =/

  • Tada

    Bonjour,

    Ayant repéré un vêtement qui me plaît beaucoup chez cette marque, je comptais l’acheter mais je ne sais pas quelle taille choisir. Sauf erreur de ma part, je n’ai trouvé aucun guide des tailles. J’ai donc envoyé un mail à la marque il y a plus de 10 jours pour qu’elle me communique un guide des tailles (alors que c’est la base, normalement c’est le genre de choses qui existe sur un site de vente de vêtements en ligne). Eh bien je n’ai toujours pas eu de réponse. Résultat, impossible d’acheter quoi que ce soit vu que je ne sais pas quelle taille prendre.
    Alors évidemment, je pourrais commander plusieurs tailles puis renvoyer la mauvaise taille. Sauf que la livraison a l’air tout sauf facile et que les frais de retours sont intégralement à notre charge. Dissuasif.

  • Gouhouf

    Y-a-t-il un équivalent scientifique du « Grammar Nazi » ? Cette question me taraude.

    Sinon, je ne sais pas quelle était l’expression initiale employée, car j’ai l’impression que ça a été corrigé. Si il était écrit que l' »éclairement » est en Watt, alors je ne peux rien faire, Wikipedia est formel. Par contre, si il était écrit que l’unité de mesure de la lumière est le Watt, alors je défends Axel ! Car l' »éclairement » n’est pas l’unité de mesure de la lumière, ou du moins une parmi d’autres. On peut aussi bien mesurer la lumière, en fonction de ce qu’on recherche, en éclairement, qu’en intensité lumineuse (en Candela), en flux lumineux (en lumen), en puissance lumineuse (en Watt), en nombre de photons (pourquoi pas ?), en fréquence (THz), en longueur d’onde (nm), ou même en énergie (totale ou par photon), en dose de rayonnement (Sv, mais à part pour les X et gamma, ça n’a aucun intérêt pratique), etc. Donc, je plaide dans ce cas pour la simple ellipse.

    Et sinon, une pesée se fait bien en kg. Car, pour rappel, le verbe « masser » ne signifie absolument pas « mesurer une masse ». La mesure de poids, pour information, se fait avec un dynanomètre et non une balance. D’ailleurs une vraie balance indique la même masse sur Terre et sur la Lune (même si la première option est préférable en terme de coûts).

    Sinon très bon article 😉

    Gouhouf

  • Ben5494

    Bonjour à toute l’équipe,

    Encore un super article !!

    Une petite question : dans leurs lignes l’on voit une très forte proportion de matières synthétiques, pas élasthanne ou lycra, mais bien polyamide et polyester. J’ai même vu des sweats 100% polyester. Je comprends l’intérêt de mettre une partie en synthétique, surtout dans leur travail de création, mais faire des proportions qui dépassent les 40-50% je trouve cela énorme. Il me semble que cela est plus prégnant sur les lignes « le jean de » et « le casual de ».

    D’où ma question : l’apparition de ces lignes correspond-elle au moment où le couple a perdu la propriété juridique de leur entreprise ? Ces lignes là sont-elles moins qualitatives ?

    Merci

    Benjamin

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci professeur, on va corriger 😉

  • Arnaud

    He bien, he bien ! Le Watt est l’unité de la lumière pour vous ? Première nouvelle, en science, le Watt a toujours défini la puissance. L’abus de langage de définir l’éclairement d’éclairement en Watt (alors qu’il s’agit de lux) est une hérésie et un non-sens. Cela rappelle dans le même esprit le non-sens de se peser en kilogramme en fait (bien que celui-ci d’abus est encore plus courant, malheureusement).

    Par pitié pour les esprits scientifiques qui lisent ce très bon blog, pouvez-vous corriger cette annotation ? La simplification a outrager détruit la compréhension et le langage.
    L’on peut supposer que le Watt est ici utilisé pour rappeler la puissance des laser utilisé dans ce procédé.

    (Cela peut sembler dur comme message, le ton ne se voulait pas aussi virulent, j’aime beaucoup votre travail, mais ce genre de simplification peut inculquer des erreurs à ceux qui ne connaissent pas)

  • Alex – BonneGueule

    Hello Enrique,

    Désolé pour toi, le jogpant est vraiment parti vite =/
    Axel te remercie !

  • Enrique

    J’ai découvert la marque lors du séminaire BG il y a quelques jours. J’avais trouvé le jogpant vraiment atypique et j’ai hésité à me le prendre. Maintenant il n’y a plus ma taille, bien fait pour moi ! Article très intéressant, merci Axel.