Dossier : l’art de la SAPE, des ambianceurs congolais à la conquête du monde

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Tout commence lors d’un point éditorial, où Benoît m’a dit : « Onur, un dossier sur la sapologie, ça te dirait ? ». Je lui réponds "oui" dans la seconde, et lui demande alors ce qu’il attend de moi : « que tu retraces un peu les origines et le mouvement de la sapologie, l’art de vivre des sapeurs, que tu sois captivant sur le sujet. ». Être captivant sur un sujet dont on ne sait rien ? Challenge accepted !

À première vue, les sapeurs sont des hommes - principalement congolais - élégamment vêtus de couleurs vives, et qui savent capter l'attention. Mais la SAPE n'est pas seulement une manière de s'habiller propre à une communauté, elle est aussi un art de vivre complexe.

Quelles sont les origines de la SAPE ? Qui sont les sapeurs ? Quels sont leurs codes ? Comment les Congolais se sont-ils appropriés des codes européens pour livrer leur conception de l’élégance à travers un art de vivre ? Telles sont les questions auxquelles ce dossier tâchera modestement de répondre. Vous êtes prêts ?

sapeur congolais

Suivez le guide...

La SAPE, une définition appliquée comme un art de vivre

Des origines de la SAPE difficiles à déterminer

Il est compliqué de définir précisément ce qu’est la SAPE. Est-ce une science de l’habit ? Un art de vivre ? Une religion du tissu ? Un patrimoine congolais ? Ou un peu de tout cela à la fois ? Chaque sapeur détient en fait sa propre conception, et c’est justement cette interprétation personnelle qui contribue à l'expansion du mouvement.

Toutefois, s’il fallait choisir une définition générale, il faudrait retenir celle d’Elvis Guérité Makouezi, auteur du Dictionnaire de la SAPE :

« La SAPE est connue sous l’appellation de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. Il s’agit d'une société initiatique qui a ses us et ses coutumes, mais qui est aussi un art [...], une manière d'être, de se vêtir, de se comporter, tout en intégrant la non-violence ».

La SAPE est un art au sens strict,  car c’est un vrai mode d’expression, tantôt promu ou décrié. Ses origines sont toutes aussi incertaines.

La SAPE est pratiquée des deux côtés du fleuve Congo. Et même si les Congolais de Brazzaville s'en attribuent la paternité, cet intérêt pour l'élégance proviendrait en partie de la colonisation. Le sapeur se serait ainsi approprié les vêtements des colons en les réinterprétant selon ses influences et ses couleurs.

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De belles couleurs, que tout le monde ne peut pas porter avec autant d'harmonie.

D'autres prêtent l'origine de la SAPE aux années 50, à l'époque où des étudiants congolais de Paris étaient revenus au Congo-Brazzaville. Ces derniers y tenaient des clubs existentialistes, et étaient habillés avec des griffes haut de gamme ramenées de Paris.

On dit aussi que la SAPE, telle qu'on la connaît aujourd'hui, serait apparue dans les années 70 dans le quartier Bacongo de Brazzaville. Mais dans tous les cas, ses origines restent floues...

La SAPE comme symbole de liberté

Après l'indépendance du Congo belge, Mobutu annonce en 1971 une politique dite « d'authenticité » ; des mesures fortes sont prises pour s'affranchir de la culture coloniale. Entre autres, Mobutu prône l'interdiction des costumes occidentaux, forcément assimilés aux colons.

C'est alors qu'il fait la promotion de l'abacost - contraction de « à bas le costume » - un costume masculin au tissu congolais, avec des manches longues ou courtes, sans col, porté sans chemise ni cravate (cette dernière étant aussi considérée comme une marque de soumission à la culture coloniale).

Cette prohibition vestimentaire ne sera levée qu'en 1990, laissant ainsi aux Kinois le soin de s'habiller comme ils le veulent, en imitant leurs voisins de Brazzaville. La SAPE est à la fois une réappropriation des codes occidentaux et un rejet des structures autoritaires de la société congolaise.

Mobutu-Abacost

Mobutu : « Si j'ai bien lu BonneGueule, tu dois déboutonner le deuxième bouton de ta veste Caspar ».

Née dans la brutalité de la colonisation, la SAPE a su concilier les différentes ethnies congolaises divisées par des années de guerre civiles meurtrières. Le beau vêtement s'est imposé comme un vecteur de cohabitation dans une société clanique : la SAPE rassemble et regroupe des Congolais autour de valeurs communes, travaillant à améliorer leur style et leur gestuelle, dans le but d'atteindre originalité et distinction.

Cela expliquerait pourquoi le sapeur est souvent animé d'une forme de contestation, qu'il ne peut parfois exprimer qu'à travers son corps et le vêtement, comme l'évoque l'écrivain congolais Alain Mabanckou :

"Puisqu’on nous a refusé le pouvoir économique et le pouvoir politique, nous allons le reprendre par le pouvoir de l’exhibition du corps. Le corps devient l’élément fondamental pour opposer une résistance face au pouvoir politique, qui ne peut pas prendre le destin des jeunes en main."

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Essayez de garder une paire de Weston propres dans un terrain pareil.

La SAPE s'érige alors comme un manifeste de vie marginale. Selon la sociologue africaine Axelle Arnaut-Kabout :

« Cet outil de distinction et de domination sociale est devenu, aujourd’hui, un outil de subversion sociale. Des gens dont on ne sait pas comment ils gagnent leur argent, soignent leur apparence pour être vus, et sortir de la misère, or la société attend d’eux qu’ils prennent par exemple en charge leur famille ».

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Rester maître de soi-même malgré les difficultés.

On pourrait totalement soutenir cette vision subversive lorsqu'on apprend que le Congo est touché par l'analphabétisme, le chômage, ou que la pauvreté frappe près de 46 % des ménages. À cette assertion, les sapeurs disent qu'ils ont le droit de rêver et d'offrir du rêve à leur public !

Étrangement, à ce moment précis, je pense à une phrase que Benoît dit souvent : « on a tous droit à sa part de rêve » et il faut savoir respecter cela.

En choisissant ce mode de vie, les sapeurs s'affranchissent de la morosité en affichant des couleurs vives. Ils proposent une émancipation fantaisiste par le vêtement, pour masquer la réalité difficile du pays.

Les sapeurs ou les gladiateurs du vêtement

Tout sapeur qui se respecte ne doit pas seulement se contenter d’être beau, il doit être le plus beau. Voilà pourquoi la SAPE est un sport de combat, car pour tenir le haut de l’affiche, ses adeptes se livrent des duels sans merci dont les seules armes sont le bon goût et l'audace.

Outre le choix des vêtements avec de belles matières, et le respect de la trilogie des couleurs, le sapeur doit savoir impressionner. Vêtements colorés, pas de danse, excentricité, courbettes... tous les moyens sont bons pour s'assurer que l'audience capte l'intention, l'allure et l'expression du goût souhaitées.

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Il n'est pas rare de voir des sapeurs se provoquer en duel.

Il existe aussi tout un vocable propre aux sapeurs pour désigner certaines techniques ou attitudes à adopter pour impressionner les autres. Par exemple, la « diatance » désigne l'action de marcher avec fierté ; la « déka », celle de marcher avec élégance ; un « démarrage » consiste pour le sapeur à improviser un début de défilé de mode.

Ou encore « l’œil de l’aigle en suspension », qui définit l'observation du sapeur envers quelqu'un qu'il estime élégant : capter toute l’expression du goût présentée par la personne observée, pour ainsi réinterpréter cette influence. Ces joutes flamboyantes sont un matériau fertile pour les humoristes :

L’émergence internationale de la SAPE

Je reconnais que le titre de mon article est un peu racoleur (simple déformation professionnelle de journaliste), mais il a probablement capté votre attention, tout comme la culture de la SAPE est en train de se faire (re)connaître petit à petit à l’international.

Le film Black Mic Mac, de Thomas Gilou en 1986, a profondément contribué à cette expansion. Il suscite la surprise, la révolte ou l’admiration, mais il est aussi source d’inspiration.

Ainsi, Paul Smith, lui-même icône de la SAPE, s’est inspiré de celle-ci pour sa collection Printemps-Été 2010.

Le mouvement inspire aussi des artistes, comme Solange Knowles - petite soeur de Beyoncé - qui l'a découvert grâce à la lecture du beau livre Gentleman of Bacongo de Daniele Tamagni. Elle en ressort totalement fascinée, au point de déclarer lors d'une interview que la SAPE figure parmi « l'une des choses les plus intéressantes, complexes et originales que j'ai eu à voir ces derniers temps ».

Ne s'arrêtant pas à cette déclaration, Solange Knowles use de sa notoriété pour y rendre hommage. C'est ainsi qu'elle fait intervenir des sapeurs pour le clip de son tube « Losing You ». Visionné près de 15 millions de fois !

Un peu plus particulier dans l'exposition mondiale, évoquons Guinness (oui, on parle bien de la marque de bière irlandaise !) qui a laissé carte blanche à Héctor Mediavilla - auteur du très beau livre de photos S.A.P.E. - pour réaliser un court-métrage sur les sapeurs.

On y découvre qu'il n'est pas seulement question d'élégance, c'est aussi une manière de se montrer confiant. À travers cette vidéo, Mediavilla déclare que la vie des sapeurs est « une certaine forme de combat contre les circonstances difficiles de la vie ».

Il définit aussi leur philosophie comme une source positive d'inspiration, à travers leurs attitudes et leurs comportements. Ils doivent être respectueux, prôner la non-violence, et être bien élevé. L'apparence quotidienne est un enjeu qui dépasse largement la frivolité : celui qui en impose par son style est seul maître de lui-même.

La phrase d'introduction du court-métrage reprend d'ailleurs ces notions de dépassement de soi : « Parfois dans la vie, vous ne pouvez pas toujours choisir ce que vous faites, mais vous pouvez toujours choisir qui vous êtes ».

La vidéo a été visionnée plus de 3,5 millions de fois !

En France, Canal+ a consacré un documentaire au sujet de l'élégance africaine, "Black Dandy", et le Palais de Tokyo a présenté un espace dédié à la SAPE à l'occasion d'une grande exposition : Bord des Mondes.

Quelques personnalités publiques ont affiché leur soutien envers la SAPE, comme Stromae en compagnie de sapeurs au Congo-Brazzaville, ou encore Gael Monfils, qui célèbre un point marqué en reprenant une posture typique. Et cela n'est pas prêt de s'arrêter...

Gael Monfils Sapologie

Gaël Monfils : "C’est un clin d’œil à la sapologie de Dycosh. Allez voir sur Youtube… On a beaucoup parlé de ma tenue. Eh bien, sa vidéo, c’est l’équilibre des couleurs". Essayez de reproduire cette posture chez vous, ce n'est pas aussi simple qu'on pourrait croire.

Interview avec Norbat de Paris, un des sapeurs les plus connus

La SAPE n’est pas seulement un art de vivre, « elle revêt plusieurs dimensions d’ordre historique, philosophique, spirituelle et même artistique ». C’est ce que pense en tout cas Norbat de Paris, l'un des sapeurs les plus connus de sa génération.

Accueilli comme un prince au Congo-Brazzaville, il a récemment remporté en France le titre de Roi du shopping dans l’émission éponyme sur M6, un épisode devenu culte !

Récemment, il est passé sur Skyrock lors de l’avant-première du morceau « Sapés comme jamais » d’un certain Maître Gims, accompagné de Niska. Puis sur Mouv' avec Dycosh, pour parler de la SAPE, annoncer la suite du "sketch le plus attendu de France", et parler d'autres projets en cours.

Au regard de son émergence récente en France - il est suivi par plus de 17 000 personnes sur Facebook - j'ai estimé que Norbat était parmi l'un des ambassadeurs les plus pertinents pour parler de la SAPE. Je le joins par téléphone et découvre une personne très sympathique.

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Norbat de Paris, c'est lui. Comme d'habitude chez les sapeurs, ils usent et abusent des couleurs et des motifs.

Qu'est-ce que la SAPE pour toi ?

La SAPE est la racine principale qui a donné naissance à plusieurs branches (le dandysme, la sapologie, etc.). Dans cela, il y a aussi trois dimensions à intégrer : le spirituel, le matériel et l'artistique. Ces trois éléments constituent, selon moi, la vraie idéologie de la SAPE. Et ça, peu de sapeurs l'ont compris.

Beaucoup vont venir dire qu'ils sont habillés en costume Kenzo et exhiber les griffes de grandes marques, sans vraiment réfléchir à ce qu'il y a derrière. Et pourtant, toutes ces entreprises se sont organisées pour rendre les gens insatiables. Cette insatiabilité conduit à la dépendance à outrance, jusqu'à ce que les gens gâchent leurs vies et leurs projets à cause de cela.

À présent, la jeunesse émergente, celle que je représente en partie, est entrée dans l’entrepreneuriat. La SAPE, c'est nous qui la créons ; la rhétorique, c'est nous aussi. Du coup, nous sommes obligés de créer et de lancer des marques, quitte à s'habiller à 100 € pour présenter quelque chose de bien représentatif.

D'une certaine manière, on fait de la politique. On n'est pas obligé d'avoir une carte électorale ou d'adhérer à un parti pour signifier qu'on fait de la politique. Par le biais de la SAPE, on diffuse un message.

Quel est ce message ?

J'ai crée un concept, celui d'être "norbatisé".

Qu'est-ce que cela signifie ?

Il s'agit du fait que toute personne est sapeur à sa manière, et ce, quel que soit son niveau. Il faut décomplexer : mon but est de casser cette insatiabilité que j'ai évoquée tout à l'heure. Je veux faire comprendre que ce n'est pas parce qu'on est habillé avec des vêtements d'une valeur équivalente à 10 000 € que l'on peut prétendre à être le plus grand des sapeurs.

Qu'est-ce qu'un grand sapeur alors ?

À mon sens, les plus grands sapeurs sont ceux qui savent mener une bonne réflexion pour bien montrer leurs couleurs. Ils parviennent sans effort à créer la trilogie des couleurs avec une certaine harmonie.

Quelqu’un peut très bien aller dans un magasin, une friperie, mais à partir du moment où cette personne a du goût, elle essayera de ressortir une tenue qui lui paraît agréable à l’égard des gens. C’est ça, la SAPE en général.

Tel que cela a été défini par mes anciens, c’était plutôt le bling-bling à outrance. Cela veut dire que la SAPE était représentée par quelqu’un qui avait les moyens de s'offrir des vêtements chers, des riches. Mais quand tu regardes dans le fond, ce n’est pas le cas, tout le monde s’habille et le fait selon ses moyens !

On dit tout et son contraire au sujet de l'origine de la SAPE. Selon toi, comment est partie cette histoire ?

La SAPE est partie de l'époque coloniale, lorsque des français ont débarqué pour coloniser le Congo. À cette époque, ils étaient habillés en casque colonial, des bermudas, des vestes militaires et des cravates, etc.

Au départ, cela a choqué parce que mes ancêtres, eux, étaient recouverts de bouts de pagnes, et parfois même de feuilles naturelles. La SAPE est partie de cette confrontation et de cette découverte.

Il y a eu André Grenard Matswa, un grand homme qui a valorisé cette SAPE par le matswanisme (mouvement de défense pour l'émancipation de l'homme noir à l'époque coloniale, ndlr) et ensuite, les Kinois se sont accaparés la SAPE à leur façon.

Il y avait aussi "La Mecque", c'était le nom que l'on donnait pour définir la Maison des Étudiants Congolais en France, rue Béranger. C'était un endroit où se réunissaient beaucoup de sapeurs pour échanger, s'amuser et se défier dans l'expression de leur SAPE. Pendant un temps, Papa Wemba a grandement contribué à faire exporter la SAPE, en France notamment.

D'où vient cette dualité entre les sapeurs congolais de Brazzaville et les sapeurs Congolais de Kinshasa ?

Les Kinois se sont accaparés la SAPE sans véritablement apprendre ni comprendre la réelle idéologie ; ils se sont rués dans les magasins pour acheter les vêtements les plus chers. Voilà pourquoi ils ont cette non-maîtrise des couleurs, ils mettent tout et n’importe quoi.

Quand Steeve Niarcos (ndlr : un artiste kinois) est arrivé, il parvenait à s'acheter des vêtements extrêmement coûteux, très souvent chez Versace, sans pour autant avoir le lifestyle et le charisme qui va avec. Il était dans cette insatiabilité des grandes marques.

Les Congolais de Brazzaville, eux, ont appris ce charisme-là parce qu'on a l’œil pour savoir choisir les couleurs et en faire respecter la trilogie. Et une fois que tu a acquis cet œil, tu mets à contribution ta richesse autrement. Le Congolais de Brazzaville, c’est quelqu’un avec peu de moyens, mais qui est constamment dans la recherche.

À la recherche de quoi ?

La recherche d’être différent des autres, la recherche de l’aristocratie. Être classe, c'est tendre vers cela. Quelqu’un qui se voit en responsable.

Responsable de quoi ? De lui-même ?

Un sapeur s’identifie a quelqu’un qui a beaucoup de moyens, et il veut faire mieux que cette personne-là. Aujourd'hui, quand tu vois un Karl Lagarfeld s’habiller, il le fait par rapport à ses moyens. Le mec, il met des bons matériaux, des vraies matières. Quelqu’un qui n’a pas les moyens, lorsqu'il va aller dans une boutique Karl Lagarfeld, ne pourra même pas s’acheter une chemise.

Pourtant, cette personne, contrainte par son peu de moyens, peut être en mesure de parvenir à trouver une chemise, un pantalon, une veste, une cravate à son niveau. Et quand un sapeur s’habille, il sonne, il bluffe, tandis qu’une personne qui a beaucoup de moyens est incapable de faire cette recherche parce qu'il n'a pas eu à la faire.

Tu cherches à surpasser qui en ayant cette recherche ?

Je ne suis pas dans la recherche parce que je suis en connivence avec l’esprit ancestral de la SAPE. C’est très difficile à expliquer. Chacun détient sa propre philosophie. En m'interrogeant, on parle bien de la SAPE d'après Norbat, il faut bien veiller à le préciser. D'autres ont pensé la SAPE avant moi et fait ce travail de recherche. Il est propre à chacun et c'est ce qui fait une bonne personne.

Est-ce que tu penses être une bonne personne ?

Oui, parce que j’ai un casier judiciaire vierge (rires).

La Sape, un soft power congolais ?

Le témoignage de Norbat est enrichissant parce qu'il confirme que la SAPE est bien plus qu'un phénomène de mode isolé, elle est l'expression d'un état d'esprit, d'un style de vie, d'une esthétique vers laquelle le sapeur veut tendre dans sa recherche de perfection et de sophistication.

Ce qui est bien avec la SAPE, c’est que chacun peut inventer son histoire - voire celle du pays - comme on s’invente un style ou se crée une allure. C’est aussi une façon de s’inventer une nouvelle vie, loin des tracas du quotidien. De fait, elle ne peut se résumer vulgairement en la manifestation d'une exubérance vestimentaire sans portée ni réflexion. Elle est plus complexe à appréhender.

Pour beaucoup de Congolais, cette culture est perçue comme de l’art, une religion, une science, dont l'ensemble crée un patrimoine commun qui unifie les différentes ethnies du pays, et même au-delà.

Quoiqu'on en dise, la SAPE interroge la réappropriation de la culture dominante et manifeste la complexité des identités post-coloniales.

Il faut reconnaître que la créativité congolaise est parvenue, d'une certaine manière, à réinterpretter les principes canoniques de l'élégance européenne, comme pour délivrer une vision différente du vêtement par la définition d'un art de vivre.

Comme le disent certains papes de la SAPE : « si l'habit faisait le moine, dans ce cas, laissons parler les habits ». Et il vaut mieux cela que de laisser parler les armes dans l'indifférence la plus totale. Le vêtement comme moyen de compétition et d'expression pacifiste, quoi de plus beau, vous ne trouvez pas ?

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à voir ce court documentaire (5 minutes) qui prête un beau regard sur les sapeurs.

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  • Onur – BonneGueule

    Merci David !
    Je suis ravi de savoir qu’un Congolais valide mon travail sur la SAPE ! :))

  • Benoit – BonneGueule

    Merci David !

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Philippe !

    Ah bah oui. C’est effectivement un hasard. On est tous soumis à la dure loi de la recherche sur le web pour les illustrations qu’on ne produit pas nous mêmes, tu sais 😉

  • Onur – BonneGueule

    Merci Eric.

    C’est le même problème de compréhension que les média français emploient pour le terme « start-up ». Une start-up n’est pas un esprit entrepreneurial ou une entreprise à fort potentiel qui est en quête de croissance, non. C’est une organisation temporaire qui est à la recherche d’un business modèle, scalable, répétable et profitable. Cette définition est de Steve Blank, un professeur à Stanford très calé en entrepreneuriat.

    En gros, si je te prête 100 000 €, mais que tu ne sais pas du tout comment me les rembourser, tu es une start-up. Si tu sais comment me rembourser, tu es une entreprise.

    Tu dois te demander pourquoi j’emploie un exemple qui, à première vue, n’a rien à voir avec tes interrogations, et bien, c’est pourtant là que se trouve la réponse : dans l’interprétation que chacun veut en faire.

    La SAPE, c’est un peu tout à la fois (principalement, un art de vivre) tandis que la sapologie est une branche de la SAPE qui peut aborder un angle précis (théories, science vestimentaire, etc.) selon la personne qui se l’approprie. C’est très relatif.

  • Onur – BonneGueule

    Merci Ludovic !

    Je suis touché par tes retours positifs ! Rendre hommage à un pan de la culture congolaise, c’est exactement l’intention que j’ai voulu avoir en écrivant ce dossier ; durant mes recherches, j’ai été surpris de voir qu’il n’existait pas de véritable articles qui présentaient la SAPE avec une approche plurielle.

    Je me suis efforcé de faire de mon mieux ;))

  • Onur – BonneGueule

    Merci beaucoup Abdelhamid !

    Lire tes retours est toujours enrichissant.

    Si tu savais tous les kilomètres d’écran que j’ai fait défiler pour cet article, je n’aimerai pas les faire à pied…

    Tu me fais penser que je dois t’envoyer un mail au sujet d’un commentaire que tu avais posté au sujet de l’article sur Jean-François Noubel ! Je t’envoie ça ce soir sans faute !

  • Onur – BonneGueule

    Merci Léonard !

    N’hésite pas à partager cela à ton ami sapeur ;))

  • Onur – BonneGueule

    Merci beaucoup Bruce pour tes retours, ça me touche !

    Concernant Norbat, c’est quelqu’un de sympathique qui s’exprime avec beaucoup de sincérité et d’authenticité ; il n’est pas du genre à cacher ses opinions et se ranger dans le troupeau, c’est une personne qui veut accéder à une certaine idée de la grandeur et son personnage l’assume pleinement.

    Il y avait encore beaucoup à dire lors de l’entretien – on avait abordé pas mal de sujets – mais j’ai dû me résoudre à couper certains passages pour rendre l’interview fluide.

    Ce qui faut retenir de l’interview avec Norbat, c’est que cela confirme mon hypothèse sur l’appropriation de cette culture de la Sape : elle a un socle commun (le vêtement, etc.) qui est interprété selon l’ambition du sapeur. Norbat, par son charisme, son exubérance et sa persévérance l’ont permis de devenir l’un des sapeurs les plus connus de sa génération.

  • Onur – BonneGueule

    Merci Benoît !

    Je suis ravi d’avoir pu contribuer modestement à ta culture au sujet de la Sape.

  • Onur – BonneGueule

    Merci beaucoup Michel !

    Gandhi disait : « Mon exigence pour la vérité m’a permis de découvrir la beauté du compromis ».

    Et au cours de mon travail de recherche, j’ai été surpris de savoir que la Sape regorgeait d’un univers extrêmement enrichissant. Si j’ai tenu à rendre compte de cette complexité par ce travail fouillé, c’est parce que je ne pouvais plus résumer la Sape par le simple fait que cela désigne des hommes qui dépensent des fortunes uniquement pour manifester son bon goût.

    Avec le temps, j’ai revu mes premières impressions pour tâcher de livrer un spectre suffisamment représentatif de la Sape et de sa portée ;))

  • Onur – BonneGueule

    Merci Pascal pour tes retours positifs !

    Je comprends totalement les interrogations que tu soulèves parce que je les ai moi-même appréhendées au cours de mon enquête.

    Au départ, je reconnais avoir eu des avis assez tranchés au sujet des Sapeurs ; je ne comprenais pas pourquoi autant de Congolais déboursaient des fortunes – parfois l’équivalent d’un an de vie au Congo pour un seul costume !! – juste pour « bien s’habiller » alors qu’une majeure partie de la population congolaise est frappée par de nombreux problèmes (chômage, pauvreté, analphabétisme, etc.).

    Avec le temps, j’ai compris que je ne pouvais pas me limiter à ce constat binaire, du pour ou du contre. J’ai poursuivi mes recherches et j’ai retracé l’histoire de la Sape en comprenant alors que le problème était beaucoup plus profond que cela. Et mon dossier relate l’acheminement de cette quête de compréhension.

    Comme je l’ai écrit en guise de conclusion, la Sape peut s’apparenter en un Soft Power congolais, car cette culture, qui s’est constituée sur les vestiges d’une identité post-coloniale, a su forger un patrimoine commun pour réconcilier les nombreuses ethnies du Congo divisés par les guerres, et cela en érigeant des vêtements comme langage de paix, etc.

    Quant à tes questions sur l’élévation sociale, je trouve qu’un sapeur s »empare de cette question avec beaucoup d’abnégation et de concessions en vue d’être le meilleur pour être reconnu et exister autre que par le prisme de la misère qui est souvent prêtée, de façon maladroite, aux pays africains.

    Comme pour dire, « regardez, je suis un congolais élégant et je manifeste autre chose que ce que vous dites de moi. Regardez-moi bien ! Car je suis maître de mon destin et rien ni personne ne dictera ma façon de faire ! ».

  • Onur – BonneGueule

    Ah le beau livre de Médiavilla ! Tu devrais jeter un œil au court-métrage de Guinness qui a été réalisé par l’auteur du livre que tu viens de recevoir. Je l’évoque dans la partie internationale ;))

  • Onur – BonneGueule

    Merci beaucoup Benjamin ! C’était un travail lourd, mais nécessaire pour cerner toute la subtilité de la Sape et des sapeurs.

  • Nicolò – BonneGueule

    Ah oui quand même, en effet ! 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Benoît !

    Merci pour ton commentaire ! 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Michel !

    Merci beaucoup pour ce retour élogieux 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Pascal !

    Merci pour ce retour intéressant.

    Sapeur ou pas, la question que tu soulèves concerne d’ailleurs tous les passionnés de vêtements. 🙂

    De notre côté, on aime voir les choses simplement : si ça peut aider à se sentir mieux, à se faire plaisir, à découvrir de nouvelles choses, et qu’on apprend à dépenser intelligemment en parallèle, alors pourquoi s’en priver ? 😉

  • Nicolò – BonneGueule

    Haha, coïncidence sympa !

    (Ou alors on a installé une caméra dans ta boîte aux lettres et tu ne le sais pas haha 😉 )

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Bruce !

    Merci pour ton commentaire sympa 🙂

    Ne t’en fais pas, il y en aura d’autres ! 😉

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci pour ton commentaire Hugo 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci beaucoup pour ce commentaire 🙂

  • Benjamin Locher

    Du culturel, du passionnant, très bien documenté et très bien écrit…Du grand Bonnegueule ! Merci !

  • merci !

  • merci Abdel, j’ai plus qu’à émigrer à Kinshasa !

  • Abdelhamid Niati

    Hello la team ! Encore un article de grande qualité. Vous ne trouverez jamais d’articles comme celui-ci ailleurs que sur BG. Les premiers sapeurs que j’ai vu étaient justement les kinois pour qui seul la griffe importait. Ils ont même écrit des chansons à la gloire de certaines maisons de luxe; Les sapeurs de Brazza sont différents car ils ont fait exploser les codes. La sape, le vêtement n’est plus dictée mais s’affirme comme étant l’affirmation de l’identité de la personne. Il y a tout un mode de vie autour de la sape et une libération de l’être. On parle souvent de nos voisins transalpins mais je peux vous assurer que les sapeurs osent les couleurs et ne se privent pas pour créer leur propre ligne. En quelque sorte, ce qui n’existe pas doit être créé pour ne pas subir. C’est un peu ce que Benoit dit en présentant les vêtements Bonne Gueule : : « je ne trouve pas ce que je veux. Je vais donc le créer ». J’ai eu une discussion sur les sapeurs avec Florent de Confident Paris. Nous étions d’accord sur la liberté des sapeurs. Bonne Gueule seraient ils des sapeurs d’un autre niveau ? Peut être bien. Onur je salue ton travail car cela a du prendre un temps fou et un bel investissement. Écrire un article c’est comme concevoir un vêtement : »il y a un énorme travail derrière ». Encore merci les amis

  • Léonard

    J’ai découvert ce qu’était un sapeur uniquement l’année dernière avec un ami justement sapeur.
    Et avec ce brillant article, je comprends désormais beaucoup mieux ce qu’est la SAPE et son influence.
    Merci beaucoup !