De Cantona à Mbappé, la folle évolution des looks de footballeurs

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Pendant tout ce printemps 2020 de crise sanitaire, avec l’arrêt de toutes les compétitions officielles, les fans de foot ont été condamnés à dévorer les rediffusions de matchs, plus ou moins vintage, diffusés sur les chaînes spécialisées ou sur la toile.

Une petite madeleine de Proust pour les amateurs de ballon rond qui aiment ainsi se replonger dans les exploits sportifs de leurs joueurs préférés d’antan. Si sur le terrain, la tenue de ces héros des temps modernes n’a pas foncièrement évoluée d’un point de vue stylistique avec l’incontournable triptyque “maillot, short et chaussures à crampons”, en dehors du “pré”, le dress-code de ces idoles, a pour sa part connu de multiples (ré)volutions. 

Revue de détails.

Jamais sans mon “jogging” (1976-1998)

Le footballeur Jean-Pierre Papin en avril 1992 à Aix-en-Provence, France. (Photo Pool APESTEGUY/SAMPERS/Gamma-Rapho via Getty Images)

Avant 1998 , difficile d'apercevoir un footballeur sans sa... tenue de sport et ce même en dehors des terrains. A l'instar d'un Jean-Pierre Papin qui, dans le civil, ne quitte jamais son survêt' pour poser nonchalamment sous l'oeil des photographes lors d'une balade en montagne avec son chien. 
Toujours cantonnés à leurs rôles de sportifs, les joueurs adoptent à l’unanimité un total-look “jogging”, que cela soit en sortant des vestiaires ou en faisant leurs courses au supermarché.

(Photo by Stephen Munday/Allsport/Getty Images)

Depuis 1976 et l’épopée des “Verts”, l’équipe de Saint-Etienne en Coupe d’Europe, le football passionne les Français, mais les footballeurs, eux, ne se passionnent pas encore pour la mode... 
Si quelques originaux s’autorisent parfois une coupe de cheveux un poil excentrique, rares sont ceux qui s’aventurent sur les terrains glissants des échoppes de grands-couturiers.

Exception qui confirme la règle, Eric Cantona a quitté son jogging bleu pour défiler pour Paco Rabanne en 1993.

(Photo by William STEVENS/Gamma-Rapho via Getty Images)

Dans le milieu du sport de haut-niveau, l’ostentation stylistique n’est pas encore de mise. Les survêtements aux coupes larges sont siglées d’un logo à trois bandes , d’un très cocorico Le Coq Sportif et d’une ribambelle de marques transalpines en vogue à l’époque comme Kappa ou Diadora.

Côté matières, on oscille entre le mythique “peau de pêche” et le nylon fluo. Nous étions encore loin des vêtements techniques actuels.

Des champions du monde très “casual” (1998-2006)

Zidane se fait prendre ses mesures non pour un jean sur-mesure, mais pour la confection de sa statue de cire. (Photo by Fernando Camino/Cover/Getty Images)

Le 1er Septembre 1998, léger changement de style. Le Président de la République de l’époque, Jacques Chirac, remet aux 22 joueurs composant l’équipe victorieuse, la Légion d’Honneur. 
A l’Elysée, l’ensemble de la team revêt, tel un uniforme, la même tenue : un complet gris , une chemise blanche immaculée et une cravate bleu ciel. Le football français devient pour la première fois réellement chic et dépasse le simple cadre du sport populaire pour se muer en phénomène de société.

En 1998, l'équipe de France championne du monde est reçue à l'Elysée. (Photo by Jacques Langevin/Sygma/Sygma via Getty Images)

La France se découvrent alors de nouveaux héros populaires. Intouchables icônes sur le pré, nos Bleus conservent encore une image accessible et proche des gens comme en atteste le style de Zinedine Zidane, Laurent Blanc ou Fabien Barthez, très casual. L’ordinaire de l'extraordinaire en somme.

Laurent Blanc et Fabien Barthez, avec Flavio Briatore, patron de l'équipe de F1 Renault, à Monaco en juin 2001 (Photo by Alain BENAINOUS/Gamma-Rapho via Getty Images)

Nos joueurs ne versent pas dans l'excentricité. 
Si sur le terrain, l’équipe d'Aimé Jacquet fait briller de mille feux sa casaque azur Adidas qui a payé 9 millions d’euros pour être partenaire de l’équipe, en dehors, l’heure est à la sobriété.

Jeans Levi’s 501 délavé, chemise rentrée dans le pantalon ou t-shirt uni, pull-over léger sur les épaules, Marcel Desailly, Bixente Lizarazu ou encore se la jouent classique, sobre et décontracté. A ce moment, en 2001, ce dernier commence à poser pour Dries Van Notten ou Paul Smith.

Bixente Lizarazu, ici en 2004. (Photo by Andreas Rentz/Bongarts/Getty Images)

Dans la foulée, le gardien de buts des Bleus, Fabien Barthez, commence à flirter avec le top-model Eva Evangelista sur les plages fashion de Saint-Tropez : l’ère du “bling-bling’ chez nos footeux est en marche !

L’ère du “bling-bling” (2006-2018)

(Photo by Ray Tamarra/Getty Images)

La décennie qui arrive marque un vrai tournant dans l’apparence de ces dieux du stade. Bercés depuis le centre de formation par la culture Hip-Hop, les rois du ballon rond s'emparent des codes vestimentaires de leurs idoles à micro d’argent et ne rechignent jamais à en faire un poil trop à l'instar de Djibril Cissé qui change de look à chaque entraînement. Ce dernier multiplie les tentatives capillaires, passant du blond platine au vert fluo entre deux matchs.

En janvier 2020, il défilera même pour Jean-Paul Gaultier.

Chaînes en or qui brillent, sneakers collector, baggys et casquettes de sport US vissées sur la tête, nos fleurons tricolores n’hésitent plus à incarner le style bling-bling qui ferait passer le rappeur 50 Cent pour une majorette.

Von Dutch et Ed Hardy, marques issues de la galaxie du créateur Français Christian Audigier sont en vogue chez nos joueurs. Dont vous avez un aperçu des créations juste en dessous.

Un défilé Christian Audigier en mars 2007. (Photo by Mark Mainz/Getty Images)

Manque de bol, les performances sportives sur le terrain sont à l’opposées de leurs styles vestimentaires : loin d’être brillantes ! Tant est si bien qu’après une grève menée de front par Patrice Evra, en plein premier tour de la Coupe du Monde en Afrique du Sud de 2010, son coéquipier Nicolas Anelka prend la poudre d’escampette via le premier avion pour Roissy.

Pour l’occasion, tout de noir vêtu, il s’affiche à l’aéroport avec un sweat à capuche et des lunettes de soleil fumées qui le ferait presque passer pour le cousin de Dark Vador.

Footballeurs = icônes de la mode (2018-2020)

Après cette période quelque peu agitée, ponctuée par un vilain clash entre Benzema et Valbuena concernant une sombre affaire de sex-tape, retour au calme ! En 2018, si les codes de la culture Hip-Hop règnent plus que jamais dans le monde du foot-business, nos nouveaux champions du monde sont devenus de véritables icônes de mode qui squattent fièrement les premiers rangs des fashion-weeks de la capitale.

Neymar Jr., Kevin Trapp et David Beckham assistaient au défilé parisien Louis Vuitton automne hiver 2018-2019 (Photo by Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images)

Vingt ans après leur premier sacre, c’est au tour de Nike de casser sa tirelire et de payer 43 millions d’euros pour équiper nos Bleus sur le terrain, en lieu et place d'Adidas. Véritable phénomène de société, Kylian Mbappé apporte un soin particulier à son sens de l’élégance, dont le spectre varie selon l’occasion du streetwear au costume.

(Photo by Michael Regan - FIFA/FIFA via Getty Images)

La vingtaine fringante, le natif de Bondy est la coqueluche de toute la génération Instagram qui scrute avec attention chaque détail de ses looks dans ses stories. 
Dans le “civil”, l’attaquant star des Bleus arpente l'avenue Montaigne en voisin pour y trouver ses tenues.

Sous contrat de sponsoring avec la célèbre marque à la virgule de l’Oregon, le crack affectionne tout autant les accoutrements streetwear de Balenciaga lors de ses virées chez César, le restaurant à la mode du 8ème arrondissement de Paris.

Autre marque de prêt à porter de luxe très prisée par nos footballeurs (dont Kyky) : Philipp Plein ! La marque Allemande suscite une véritable passion pour toute la sphère évoluant dans le monde du football. Conscient qu’il est bien plus qu’un footballeur, Kylian Mbappé n’hésite jamais à enfiler un très sobre costume taillé sur-mesure pour les grandes cérémonies.

"Les footballeurs deviennent à nouveau sortables"

Histoire de creuser un peu ce qui se cache derrière ces looks, nous avons sommes allés interroger Vincent Grégoire, directeur du Pôle tendances consommateurs et prospectives au sein du cabinet de tendances Nelly Rodi.

Le look des footballeurs a radicalement évolué depuis quatre décennies, comment interprétez-vous ces changements ?
Tout d’abord, il y a un avant et un après 1998 ! Avant la victoire de l’équipe de France en coupe du monde, les footballeurs se baladaient uniquement en survêtements offerts par leurs équipementiers. En 1998, nous avons assisté à la naissance d’un véritable esprit d’équipe, la fameuse France “Black-Blanc-Beur” était très homogène côté look puis une nouvelle génération est arrivée…

Quelles sont les caractéristiques vestimentaires de cette nouvelle génération ? 
Cette nouvelle génération “post-98” était plus jeune, plus immature. Nous sommes entrés de plein fouet dans un véritable culte de la personnalité. Les joueurs se sont sentis engoncés dans les tenues imposées par leurs clubs qui ne permettaient pas bien leur identification sur le terrain.

Ils ont donc opté pour des coupes de cheveux très “originales” et de multiples tatouages apparents. C’est également à cette époque qu’est apparue la vague des “femmes de footballeurs”, véritables “accessoires” de mode pour eux. Ils avaient vraiment un côté bad-ass assumé qui a déplu à l’opinion, à l’instar d’un Franck Ribéry ou d’un Karim Benzema qui postaient sur les réseaux sociaux des photos d’eux engloutissant des steaks à la feuille d’or hors de prix à Dubaï...

Quelle est la situation aujourd’hui et quelles seront leurs tendances de demain ?  
Sous l’impulsion d’un joueur comme Kylian Mbappé, les footballeurs deviennent à nouveau “sortables”. Bien Sûr, ils vénèrent toujours des marques de luxe comme Dolce&Gabbana ou des marques de streetwear onéreuses comme DSquared mais ils deviennent aussi de “nouveaux intellos”.

Ils s’investissent dans des oeuvres de charité médiatisées et développent leurs propres séries avec leurs équipementiers. Les joueurs sont devenus plus que de simples porte-manteaux, ils veulent insuffler de nouvelles valeurs, ils deviennent presque bio.

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