The Who, la Suède et le workwear : l’interview de The Urban Hippie – Déclic #3

Temps de lecture : 6 minutes

homme tenue workwear blanc bleu kaki

Publié par le 7 juin 2021

Crédit photo de couverture : Streetphotomoffe

Résumé de l'épisode précédent : on découvrait le mois dernier une nouvelle histoire très personnelle, marquée cette fois par la seconde main et l'art sartorial. C'était celle de Romée de Saint Céran aka The Fattorialist et il était entre autres question de Corto Maltese, de Vulpilist et de Croquis Sartoriaux. Tout cela vous a peut-être donné envie de chiner ici et là de beaux vêtements - ou de dessiner.

Pour ce troisième épisode de Déclic : changement de style et de décor, direction Malmö, au sud de la Suède pour une interview de Svante Nybyggars. Il aime Nigel Cabourn, la salopette, la veste de travail et aussi le Perfecto. Il se définit lui-même comme vétéran et conjugue avec brio style et cheveu blanc.

Certains parmi vous le suivent peut-être même déjà sur Instagram via son compte theurbanhippieswe : c'est là que vous pourrez découvrir régulièrement ses looks aux accents workwear.

On peut dire qu'il a du flair. On peut dire aussi que cette rencontre tombe à pic. Car nous reçevons régulièrement avec David de nombreuses questions sur l'âge et le style. Benoît y a déjà consacré deux articles ici et , mais rien ne vaut la pratique.

En ce sens, Svante Nybyggars est à la fois une réponse, un exemple et une source d'inspiration : la preuve si besoin était que le style n'a ni âge ni frontière.

Si son histoire est passionnante,  sa véritable entrée sur le terrain de la mode est plutôt tardive. Comme quoi, il n'est jamais trop tard pour se pencher plus avant sur la mode et les vêtements.

Svante Nybyggars christopherakesson

Photo : @christopherakesson

Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ? Quel est ton premier souvenir lié à l'habillement ou à la mode ?

Je suis né en Finlande, mais nous avons déménagé en Suède en 1952. Je n'avais alors qu'un an. La Finlande a participé à la Seconde Guerre mondiale et les perspectives d'avenir étaient meilleures dans le pays neutre qu'était la Suède.

Mon père était ingénieur en construction navale, et nous sommes venus vivre dans différentes villes qui possédaient des chantiers navals. Les chantiers ont disparus depuis.

A l'école, je voulais la même veste que les autres élèves, mais notre famille avait peu d'argent. Il fallait donc le plus souvent dénicher une veste au style approchant et moins chère. J'y repense encore régulièrement aujourd'hui quand je fais le choix de vêtements plus abordables.

Mes premiers souvenirs de vêtements sont directement liés à cette veste et à mes années d'école.

Je vis aujourd'hui à Malmö, au sud de la Suède. Il y a là un pont qui nous relie à Copenhague, le même que celui que tu peux voir dans la série «Bron». Je crois que la série s'appelle «Tunnel» en France .

svante nybyggars maxnordanaker

Photo : @maxnordanaker

Quel était ton rapport au style à l'adolescence et quels étaient tes modèles ou sources d'influences ?

Mon adolescence, c'est les années 60 avec pour modèles des groupes anglais comme The Who, The Small Faces, The Rolling Stones et d'autres. Ma mère me confectionnait des vêtements qui ressemblaient à ceux portés par ces groupes et j'étais très fier de ressembler ainsi à Pete Townshend des Who lorsque j'allais à l'école.

Mais notre style change avec le temps. Un jour, je suis par exemple allé à l'école en costume gris après avoir vu un film noir suédois au cinéma.

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Photo : @streetphotomoffe

Quel a été finalement le déclic pour toi avec la mode ?

Je me suis intéressé à la mode masculine italienne lorsque j'avais 28 ans. J'aimais m'habiller smart. J'ai un temps été journaliste, mais j'ai surtout travaillé comme rédacteur dans la publicité. Pas vraiment dans la mode donc, plutôt dans le business - produits et services industriels.

Ma passion pour les vêtements a continué jusqu'à l'âge de 60 ans. J'ai alors traversé une crise de la soixantaine et j'ai changé mon mode de vie vers quelque chose de plus sain. À cette période, je regardais de vieilles photos de mes ancêtres. Ils étaient agriculteurs, pêcheurs ou soldats. Je voulais capturer leur style, honorer mes racines.

Mon style vestimentaire a donc évolué vers l'héritage et le workwear.

Ensuite, l'idée de poster des photos sur Instagram m'est venue à 60 ans. Je fais cela depuis dix ans maintenant. J'ai 70 ans depuis peu.

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Photo : @streetphotomoffe

D'où te vient cet amour du style worwkear ? As-tu des modèles dans ce style ?

Comme je le disais plus haut, le workwear vient de mes ancêtres. Au delà de cela, je n'ai pas particulièrement de modèles bien que j'aime les vêtements de Nigel Cabourn. Je l'ai rencontré à plusieurs salons de mode, c'est vraiment un chic type.

Au fil du temps, j'ai commencé à mélanger les vêtements de travail avec des vêtements plus contemporains. Je trouve intéressant de créer son propre style de cette manière.

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Photo : @andersroos

L'âge influence-t-il ta manière de t'habiller ?

Il y a une part de masculin dans les styles workwear et héritage. Les vêtements se bonifient avec le temps, se patinent. Cela va bien avec le fait de prendre de l'âge, quand ton propre corps ou ton visage se patinent.

De plus, ce sont des vêtements confortables. Je trouve que cela sonne faux lorsque des personnes plus âgées tentent de suivre les modes des plus jeunes générations.

svante nybyggars streetphotomoffe

Photo : @streetphotomoffe

Quelles pièces et marques peut-on trouver dans ton vestiaire ?

En règle générale, j'apprécie les marques japonaises comme The Real McCoy's ou Orslow. Mais même en Europe il y a beaucoup de choses à trouver. J'ai par exemple quelques pièces workwear françaises.

svante nybyggars streetphotomoffe

Photo : @streetphotomoffe

Où trouves-tu l'inspiration ?

On trouve beaucoup d'inspiration en ligne. J'ai par ailleurs fait beaucoup de défilés de mode avant la pandémie et visité plusieurs grandes villes où je me suis fait de nouveaux amis via Instagram.

Sans oublier la presse papier, pour d'autres sources d'inspiration. J'achète régulièrement Clutch Magazine, The Heritage Post, Men's File et quelques autres magazines.

Quels sont tes centres d'intérêt hormis la mode ?

J'aime marcher, rencontrer des amis et lire. Je préfère les biographies, de préférence historiques.

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Photo: @dennisbarlund

Suis-tu l'actualité et les tendances ?

J'essaie de suivre la mode, même si je ne souhaite pas m'habiller selon les tendances. Je vais parfois sur Tres Bien, un site basé à Malmö. Je connais les personnes qui tiennent cet e-shop. C'est là que je me tiens informé des dernières nouveautés.

Toutes les générations ont leur préférence lorsqu'il s'agit de style. Je n'ai rien de négatif à dire sur ce qui se fait aujourd'hui.

svante nybyggars streetphotomoffe

Photo : @streetphotomoffe

Que penses-tu du concept de garde-robe idéale ?

L'idéal est de pouvoir composer plein de tenues différentes avec ses vêtements. Aujourd'hui, je possède une large garde-robe et je n'achète plus grand chose de neuf. Idem pour le vintage. C'est difficile de trouver de bons vêtements vintage, du moins à Malmö. Il faudrait que je me rende à Londres ou à Paris.

Mon voyage stylistique est quelque chose de formidable, qui m'a beaucoup apporté. On me reconnait souvent dans les rues de Londres ou même à Tokyo. Depuis que je suis un peu plus vieux, les médias s'intéressent à moi. Pas seulement en Suède mais aussi à l'international.

En ce moment, nous enregistrons un documentaire pour la télévision nationale suédoise. C'est un documentaire sur moi et sur un autre monsieur de mon âge. Le film devrait s'appeler «Big Boys».

Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

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