Du skate à Informale, l’interview de Steve Calder – Déclic #1

Temps de lecture : 5 minutes

Publié par le 12 avril 2021

Crédit photo de couverture : The Rake

Il y a quelques semaines, je reprenais mon nécessaire de Tintin reporter à la rencontre de quelques musiciens issus du rock, de la chanson ou de l'électronique. L'idée était simple : recueillir leur histoire avec le vêtement, et plus particulièrement avec le Perfecto. Il faut croire que le retour à cet exercice m'a plu et que j'ai eu envie de l'étendre à celles et ceux qui font ou vivent la mode d'aujourd'hui à travers le monde : ce nouveau format écrit leur est entièrement dédié.

Vous avez envie d'en savoir plus sur ce qui fait qu'on franchit un jour les frontières de la passion vers celles de l'action ou de la création ? Bienvenue dans Déclic, notre nouveau rendez-vous : des entretiens autour du style et de la vie (passée/présente) de chaque invité(e), comme une histoire de la mode intime et chaque fois réinventée.

Notre premier invité habite à l'autre bout du monde et certains d'entre vous portent peut-être même ses vêtements : Steve Calder travaille à Melbourne, Australie et anime depuis 2018 la marque Informale. Et soyons honnêtes, ça faisait un petit moment qu'on avait envie d'en savoir un peu plus sur lui.

steve calder informale
Quel est ton premier souvenir ou le premier vêtement important pour toi ?

J'ai quitté la Nouvelle-Zélande pour l'Australie à l'âge de 12 ans et je me souviens être devenu ami avec une bande de skateurs. À l'époque, tout le monde portait des chaussures Globe (grosses, plates, plutôt laides) et je voulais vraiment une paire «pour être cool», mais mes parents n'avaient pas les moyens de me les offrir.

J'ai donc fini par acheter une paire équivalente auprès d'une marque moins reconnue. Je suppose que c'est mon premier souvenir à la fois de mode, et de non-conformité aux attentes des autres !

L'adolescence est toujours un moment particulier dans notre rapport au style. Quel était le tien à cette période et quels étaient tes modèles ou sources d'influences ?

Comme beaucoup, j'ai changé de style à quelques reprises au cours de mon adolescence (vers 2003-2007). C'était d'abord le style skateur avec des vêtements amples, puis «punk rock» et «emo», à l'opposé avec des coupes vraiment skinny, des jeans déchirés, une longue frange idiote et des cheveux hérissés.

La plupart de mes influences de l'époque venaient de groupes comme Blink-182 et Yellowcard. Si j’ai appris quelque chose de cette période, c’est que ce look n'était vraiment pas fait pour moi.

Quel a été le déclic dans ton parcours professionnel vers la mode et l'envie de créer ta propre marque ?

Quand j'ai commencé à travailler dans la mode masculine, à 15 ans, mon manager avait une grande expérience dans le commerce de détail. Il travaillait à l'ancienne. J'étais un enfant timide et maladroit et je l'admirais beaucoup. Il se liait d'amitié avec ses clients, qui revenaient toujours pour lui demander conseil.

Après avoir travaillé avec lui, j'ai compris mon amour pour la mode masculine et mon envie d'aider les autres dans leur cheminement vers le style. J'ai travaillé pour différentes marques tailleur et de luxe avant de lancer ma propre entreprise.

L'évolution s'est faite naturellement pour moi : je me suis découvert une passion pour le design, je me suis mis à mélanger mes connaissances tailleur à d'autres styles et quand j'ai découvert notre petit atelier à Melbourne, tout s'est mis en place. Informale était né !

steve calder informale

Quelles sont tes passions ou centres d'intérêt en dehors du vêtement ? 

J'aime la musique (le hip-hop old school), conduire ma nouvelle Mini, le sport et bien sûr les voyages !

I love music (old-school hip hop), driving my new MINI, exercise and of course travel!

Sur les réseaux, on te voit très souvent en tenues "estivales". Est-ce qu'habiter à Melbourne a un impact sur ta manière de t'habiller ? 

Tu as raison ! Vivre ici a réellement un impact sur les vêtements que je porte et que je conçois. Je pense que la raison pour laquelle je porte autant de vêtements «d'été», c'est parce que la température descend rarement en dessous de 10°C pendant la journée ici en hiver.

Bien sûr nos étés sont aussi très chauds, donc la plupart de nos vêtements sont adaptés à ce climat. Il faut aussi avoir en tête qu'en Australie, nous n'avons pas de réel héritage en matière de mode, ce qui nous donne beaucoup plus de liberté pour mélanger différents styles et cultures, créer quelque chose qui nous ressemble, sans pour autant se sentir trop jugé par des autres. C’est l’endroit idéal pour expérimenter avec une marque comme la nôtre.

D'où vient ton goût pour les volumes, les pantalons par exemple ?

Pendant de nombreuses années, j'ai fortement privilégié des coupes légèrement ajustées, venant de mon expérience auprès d'une grande marque tailoring italienne. Quand je suis allé au Pitti Uomo pour la première fois en 2017, j'ai vu tous ces gars du Japon et de Corée du Sud qui portaient de superbes vêtements amples, mélange de surplus militaire et d'inspirations plus tailoring et j'ai trouvé que c'était trop cool (et je le pense toujours) ! De retour à la maison, j'ai commencé à expérimenter des coupes décontractées et je suis tombé amoureux du confort, du drapé ainsi que de l'intemporalité de ce style. 

Que penses-tu des tendances actuelles (velours, polaire, chemisette, etc.) et des tendances dans la mode en général ?

Je fais très attention aux nouveaux styles que j'ajoute à ma garde-robe, mais il m'arrive de vraiment apprécier certaines des tendances qui vont et viennent.

D'une manière générale, s'il y a une petite histoire ou une discrète connotation vintage, j'adore. Il y a encore quelque temps, je n’aimais pas suivre ces tendances, mais où est le plaisir là-dedans ?

steve calder informale

Quelles marques ou pièces peut-on trouver dans ton vestiaire personnel et as-tu des pièces "fétiches" ?

Naturellement, mes vêtements viennent presque entièrement d'Informale. J'ai cependant une Flight Jacket G-1 en cuir d'agneau que mes amis de Craftsman Clothing ont confectionnée pour moi il y a quelques années et que j'adore, et une vieille chemise en denim Levi's que j'ai achetée neuve il y a 12 ans et que je porte encore.

Mes pièces préférés de tous les temps sont ma Omega Speedmaster Reduced et mes mocassins Alden. Je sais que je les porterai toujours.

Suis-tu l'actualité de la mode en général et plus particulièrement celles des marques australiennes ?

J'aime voir ce que font d'autres marques indépendantes dans le monde (cela me rend très heureux de voir d'autres personnes comme nous réussir) et parfois certaines maisons de luxe. Il est important de rester informé de ce qui se passe dans notre domaine. Tant que cela ne nous détourne pas de la chose la plus importante : notre propre marque.

As-tu des obsessions ou des envies de style particulières, des choses que tu aimerais essayer dans le futur ?

J'aimerais vraiment chiner davantage dans des magasins vintage à travers le monde et essayer de trouver des vêtements anciens vraiment uniques, à porter personnellement et/ou à utiliser comme références pour mon travail.

Pour moi, il y a quelque chose de très pur dans les vêtements fabriqués il y a longtemps. À l'époque, il y avait un état d'esprit de durabilité, de véritable savoir-faire et de fierté. Quelque chose que nous essayons de remettre au goût du jour avec Informale.

Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

Laisse-nous un commentaire

Questions de style, points de vue perso, bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures.