[MAJ] Ce que j’ai vu au Pitti Uomo #97 – Janvier 2020

Temps de lecture : 24 minutes

Publié par le 15 janvier 2020

Cet article a pour objectif de vous faire part de mes découvertes, bonnes surprises, déceptions, et impressions, à mon retour de ces deux jours passés dans le plus grand salon de mode masculine au monde.

Préambule

Avant de lire ceci, vous devez vous faire une idée un peu plus précise de ce qu'est le Pitti Uomo.

Au delà des fantasmes projetés sur les influenceurs et les paons qui font la roue sur le fameux muret de la Fortezza da Basso , le Pitti Uomo est avant toute chose un salon professionnel : des marques viennent y exposer une partie de leurs collections, avec un an d'avance .

Et les acheteurs du monde entier y viennent pour trouver de quoi enrichir leur offre multimarque, dans des boutiques et e-shops de toute tailles et nationalités.

Une minorité des visiteurs sont, quand à eux, présents en qualité de "blogger", ce qui était notre cas cette année.

Cependant, la question des photographies reste très délicate : parce que c'est un salon pro et que les collections sont présentées à l'avance, certaines marques redoutent l'espionnage industriel, tandis que d'autres s'en soucient assez peu.

Les visuels que vous avez ici sont donc exactement ce qu'ils paraissent être, des photos prises au smartphone, à la volée, après quelques minutes de conversation et une négociation parfois simple d'autres crispée, avec les exposants, pour pouvoir faire quelques prises de vue.

homme pitti uomo costume sur mesure

Mon seul moment de "fachieunne influencer" sur le fameux muret du salon : une poignées de photos rapidement capturées par une connaissance (merci Raphaël) croisée sur le salon. Et c'est tout !

Les visiteurs sont très nombreux, leur pas est pressé, parmi les nombreux pavillons qui sont chacun de petits labyrinthes et la chaleur des spots se fait étouffante. Ils rendent d'ailleurs les photos assez difficiles, mais je dois vous dire une chose : visiter le Pitti, c'est un peu comme faire la chasse au trésor. Et c'est ce sentiment de découverte et de que je veux vous partager ici.

Dernier point important : il faut savoir qu'au Pitti, vous ne voyez pas les prix des pièces, puisque ce n'est pas un salon fait pour les clients, mais pour les acheteurs. Aussi les prix sont négociés directement avec les représentants, en prix "wholesale" et en achats sur des quantités plus ou moins grandes. Si vous voulez avoir une idée d'un prix final approximatif, eh bien... Il vous faut investiguer !

Cela donne aussi un tout autre oeil sur les pièces que vous voyez : tout à coup, il n'est plus question de "est-ce que je l'achèterai", ou "est-ce que ça vaut son prix", mais juste de si vous êtes impressionnés, intrigués, ou attirés par le vêtement en face de vous.

J'ai donc arpenté les stands par centaines, touché pléthore de pièces, et j'ai tâché de ne garder qu'une chose à l'esprit : trouver ce qui vous surprendrait. J'espère que vous apprécierez.

Gardez un oeil sur cet article, car j'ai prévu de l'enrichir mettre à jour tout au long de la semaine qui va suivre, en dévoilant, au fur et à mesure, les impressions que m'ont laissé les marques et leurs pièces.

Cini Venezia : t'es cape ou t'es pas cape ?

Une très belle histoire de capes vénitiennes, d'inspiration à la fois militaire et ancestrale.

La région de Vénétie avait un savoir faire historique sur ce vêtement qui, il y a fort longtemps, occupait une place prédominante dans nos garde-robes.

Même si je ne suis pas prêt de porter une cape de sitôt, j'ai été interpellé par la beauté de cette pièce.

cape en laine homme

Même si la cape est un peu sa figure de proue, la marque proposait également des manteaux qui n'étaient pas en reste.

Sandro, le fondateur de la marque, m'a donné quelques informations très intéressantes : les laines utilisées proviendraient des élevages de la région de Venise, et seraient récoltées directement auprès des bergers producteurs, avant d'être filées et tissées dans la région également.

La main de la plupart de ces laines était assez rêche, mais les couleurs étaient très belles, et elles respiraient la solidité !

D'ailleurs, Sandro m'a un peu ému en me montrant son propre manteau, fabriqué dans une telle laine : "On a aussi des laines un peu plus douces, et c'est vrai que ça se vend mieux auprès de nos clients, mais regarde, touche ce manteau : tu sais depuis combien de temps je le porte ? Ça va faire quinze ans, cette année."

Le manteau avait l'air de ne pas avoir plus de six mois... Increvable !

Walker Slater : du bon tweed pas (trop) cher

Bon, les cosplayers de Peaky Blinders... Je vous vois venir, ne faites pas les innocents.

Chaque année, vers le mois d'Octobre, vous venez tous avec la même question : "Hé les gars, où est-ce que je peux trouve une belle veste en tweed à des tarifs raisonnables ?"

Et à vrai dire, ça me pose souvent une colle. Parce que les beaux tweeds sont souvent anglais, et fabriqués par des marques anglaises de surcroît, c'est rarement "raisonnable". Même selon les standards d'un initié qui sait qu'un blazer correct demande un petit budget.

J'ai donc été ravi de découvrir cette marque britannique et dont l'entière collection semblait se dédier aux pièces en tweed en tout genre ainsi qu'à quelques joyeusetés dans le même registre, comme du gros pull shetland ou du pantalon en velours. Et surtout, dont les premiers prix commencent aux alentours des 300 livres sterling pour une veste.

 

Ce n'est pas "pas cher", mais vous avez un vrai style, de vrais tissus (des Harris Tweed mais pas que !), des coupes plutôt réussies et une fabrication, qui à défaut d'être la fabrication anglaise la plus traditionnelle, reste une belle façon portugaise. La veste en tweed à l'allure authentique devient donc envisageable, sans que vous aillez à aller faire de la demi-mesure, ou chiner du vintage sur e-bay.

Par contre, je me demande ce que l'entreprise peut bien vendre peut vendre pendant les saisons printemps-été.

Du tweed à foison !

Sease : du techwear à porter en ville

Vous voyez l'esprit de notre softshell BonneGueule, ou de notre raincoat ? Ce genre de pièce doté d'une forte dimension technique, mais dont l'esthétique rappelle à la fois le techwear et le vêtement urbain plus classique ?

Eh bien si vous imaginiez une marque qui pousserait cette philosophie très loin, et l'appliquait à un vestiaire très haut de gamme, ça donnerait  quelque chose comme Sease.

Pas mal ce manteau non ?

Pour moi, Sease c'est ce délicat équilibre que je ne retrouve que trop rarement chez les marques de techwear : c'est techwear, ça s'assume comme tel y compris, mais ça ne me donne pas l'impression que je porterai du vêtement de randonnée si j'en mettais en ville.

En y regardant de plus près, cette matière technique évoque un aspect des plus naturels, similaire à une vraie laine de manteau. Et en même temps, la marque ne dissimule pas ses influences quasi-futuristes, en employant des parti pris de designs aussi marqués tels que la forme de ces poches.

Et en même temps, ça ne veut pas dire qu'ils font nécessairement dans l'austérité, bien au contraire !

Je suis également fan de leurs sac à dos : particulièrement de ce modèle waterproof (jusqu'aux zips) et doté... De panneaux solaires sur l'extérieur et d'une batterie intégrée, qui pourrait recharger vos appareils électroniques lors de vos pérégrinations et aventures ! Quelqu'un a dit "geek" ?

Roberto Collina : le tableau de maille

Roberto Collina n'est pas une découverte pour moi : c'est une des références italiennes en terme de maille qui aille qualité et créativité.

Leur spécialité, c'est certainement les effets de teintures et de couleurs : tie and dye, dégradés, effets lavés, textures...

L'hiver, ils auront toujours des pulls qui vous surprendront et l'été, des tee-shirts qui sortent de l'ordinaire.

Cette année pourtant je n'ai pas vu un pull en particulier qui aurait captivé mon attention.

Vous pouvez vous attendre à retrouver ce genre d'effets sur leurs pièces aussi.

En revanche, il se trouvait sur leur stand une belle oeuvre d'art qu'ils exposaient, et illustrait très bien le savoir faire de la marque : un tableau de maille multicolore. Je me suis dit que vous apprécieriez quand même !

Tramarossa : les jeans italiens du "toujours plus"

Ca fait quelques temps que j'entends parler de cette marque de jeans, toujours dans un contexte assez particulier : les amateurs de sartorial qui disent chercher un jean "très haut de gamme"se tournent très souvent vers Tramarossa.

Pourquoi ? Eh bien selon eux, c'est la seule marque qui traite le jean avec le même niveau d'exigence sur les finitions que des chemises ou des costumes haut de gamme.

Mais en pratique, mon avis est très différent du leur. Certes, il est indéniable que Tramarossa mise à fond sur les détails de ses jeans. Elle va même jusqu'à revendiquer la production de "jeans italiens de luxe".

En revanche, je dirais que dans leur cas, c'est plus un défaut qu'un atout : la marque surcharge complètement ses produits de gimmicks inutiles et dénués de sens.

Un jean brut tout ce qu'il y a de plus normal... Si ce n'est ces petits ciseaux en argent sur la poche arrière, et ce gros patch orange et blanc. Mais pourquoi ? Quelle est la valeur ajoutée de ces détails ?

Voici ce que je déplore : là où les marques sartoriales et leurs clients, savent totalement rendre hommage aux classiques et à l'histoire des pièces, Tramarossa traite par contre le jean comme un produit déraciné, sans codes ni histoire. Ou du moins, elle estime que cette histoire et ses canons esthétiques ont une valeur suffisamment faible pour que l'expression de détails "originaux" doive primer.

La coutures en forme de découpe géométrique sur la poche ticket... Mouais, pourquoi pas, mais agrémentés d'une énième étiquette orange sur le jean, était-ce nécéssaire ?

Il est assez agaçant, à mes yeux, de voir des amateurs d'entoilage traditionnel et de vestes finies à la main "comme dans le temps" faire l'impasse totale sur ces canons du jean. J'y vois une volonté d'avoir un produit "qui se distingue" à tout prix, quitte à ce que le résultat soit sans queue ni-tête. Vous pensez que j'exagère ? Sachez que le jean montré plus haut est le plus sobre de toute la collection chez Tramarossa.

Parce que comme le denim classique n'est probablement pas assez "original" pour la marque, elle propose énormément de choses du goût de ceci :

Mes yeux saignent. Pourquoi ? Ce tissage fantaisie précieux doublé d'un lavage hyper prononcé, quel sens ça a sur un jean ?

Ou encore de cela :

Des losanges. Pourquoi ? Parce que "f*ck you", that's why". Notez le patch, qui est désormais devenu violet sur fond de noir suédé.

Le pire, c'est que ce n'est techniquement pas un mauvais produit : oui tous ces détails sont bel et bien soignés et requièrent un effort supplémentaire de réalisation.

Mais cet effort, en plus desservir l'aspect final du produit, se répercute aussi sur le prix final des jeans, réputés pour coûter plusieurs centaines d'euros, soit aussi cher que les modèles des plus grandes marques japonaises premium.

Ce détail là, à la limite pourquoi pas... Mais je ne suis pas sûr que ce qu'il coûte en temps et coût de production, et donc en surcoût de prix final, vaille ce qu'il apporte à son porteur.

S'il y a deux leçons que je retiendrais de ce face à face avec Tramarossa, c'est premièrement que tout ce qui provient de l'Italie n'est pas automatiquement de bon goût (loin de là), et deuxièmement, que parfois...

Non seulement "less is more" comme on dit, mais même "more is too much".

Zanella : de beaux pantalons italiens

Pour ramener un peu d'équilibre dans la Force, il nous faut contrebalancer l'expérience précédente avec de BONS pantalons italiens.

Arrive donc Zanella : une bonne surprise dont j'ignorais totalement l'existence.

Je n'ai pas ramené beaucoup de photos, juste une à vrai dire, mais je trouve qu'elle exprime assez bien ce que propose la marque : du pantalon llant du sartorial classique jusqu'à des pièces plus contemporaines comme un jogpant, le tout avec une originalité bien sentie, mais un goût assez sûr malgré tout. Les matières belles et bien choisies, et les finitions n'étaient pas en reste, le tout avec une fabrication entièrement italienne.

A gauche, un pantalon classique à pates de serrages, dans un beau prince de galles gris au carreau moutarde. A droite, un intrigant jogpant de flanelle de laine, doté de poches type "fatigue pant".

Une seule incompréhension demeure : je l'ai sélectionnée en partie parce que le représentant sur le stand m'avait assuré que les pantalons Zanella étaient particulièrement abordables pour du made In Italy, autour des 200€ sur le prix final. A ma grande surprise, les modèles présentés sur le site sont plutôt autour des... 400$.

Il n'y a plus qu'à espérer que les démarques lors des soldes soient assez agressives...

H3VO : des manteaux italiens sartoriaux, mais modernes

Une marque dont j'ai fait récemment la découverte sur Instagram, et dont il me tardait de voir les produits au Pitti : H3VO.

Un des représentants de la marque a tâché de m'expliquer tout un concept autour de "l'H3vocation", c'est à dire le respect des traditions sartoriales, et "l'H3volution", qui serait la modernisation technique et sylistique desdites traditions.

Hmm... C'est conceptuel tout ça. Mais bon, comme le résultat est là, ils peuvent se permettre ce genre de slogans en étant crédibles.

Bon. Ca sonne bien, mais laissez moi vous le résumer autrement : ce sont de supers manteaux, tout simplement. Laissons les photos parler.

D'abord, le look et la coupe :

Ce magnifique manteau camel ceinturé, est non seulement oversized, mais en taille 50, soit une taille au dessus de la mienne. Pourtant, il tombe malgré tout assez bien (si on oublie les manches évidemment trop longues pour moi).

Puis le tissu et une vue d'un peu plus près :

Regardez moi ce tissu, ces revers, cette nuance de camel si judicieusement choisie. (Ainsi que cette bouche déséchée par une journée entière de salon sans même s'arrêter pour boire de l'eau)

L'intérieur n'est pas en reste ! C'est d'ailleurs cette partie du manteau qui tire le plus vers la modernité.

Leurs intérieurs sont particulièrement travaillés, et très modernes : poche interne à zip "invisible", doublure en nylon technique qui glisse et respire particulièrement bien...

Et le détail simple, mais vraiment agréable : la boucle de ceinture en corne véritable.

Ahhhh, ça, ça fait plaisir ! Pas de boucle en plastique cheap, ni en métal lourd qui se balance et tape dans vos jambes (ou pire...) si vous marchez avec une cadence un peu trop soutenue. Oui ça m'est déjà arrivé, en effet.

La marque a une très forte prédilection pour les modèles ceinturés, ce qui n'est clairement pas pour me déplaire, mais elle ne fait pas que ça. Voici deux autres modèles qui ont retenu mon attention.

Un beau croisé noisette à la matière moelleuse, presque spongieuse.

Et un élégant trench en laine ! J'en ai pris plein les yeux.

Valstar : un traitement particulier sur du suédé

Valstar n'est pas une marque inconnue au bataillon, loin de là. Elle est déjà très connue de nos rédacteurs, et de nombre de nos lecteurs, pour ses blousons haut de gamme en cuir, souvent suédé, et particulièrement l'iconique Flight Jacket A-1.

Alors pourquoi en parler ? Parce que cette année, ils présentaient un modèle doté d'une patine très particulière qui a retenu mon attention.Une trucker Jacket "type III", en suédé, avec un effet vieilli fort réussi.

Franchement, chapeau. Il aurait été si facile de se retrouver avec un résultat grossier et tape à l'oeil en voulant patiner une telle pièce ! D'ailleurs on m'a fait savoir que cette patine était faite à la main, seul moyen, justement, d'obtenir quelque chose d'un peu subtil.

Et c'est suffisamment rare pour devoir être souligné : trop souvent les effets de patine sur les blousons sont des ratés absolus. Sur du suédé, c'est encore plus incongru. Et pourtant, je ne peux qu'admirer le résultat ici, qui respecte à la fois l'aspect du suédé sans créer de contraste explicite, et à la fois l'évocation d'une trucker jacket en denim patinée et lavée.

Un clin d'oeil risqué, mais mené d'une main de maître !

L'Impermeabile : du bon outerwear italien, tout simplement

stand l'impermeabile pitti uomo

Les marques de trench-coat de qualité à un prix raisonnable, c'est un genre de serpent de mer pour moi : en théorie, ça n'a aucune raison de ne pas exister.

En pratique, le trench comme le trench est devenu moins tendance que par le passé (au profit, notamment, des mackintosh et autres raincoats à boutonnage droit), il est désormais plutôt prisé par une clientèle au style plus classique et conservateur.

Un trench de qualité. Et c'est tout. Et c'est déjà bien.

Par conséquent, il est peu à peu devenu de l'apanage des marques très haut de gamme, ou même luxe, qui revendiquent un certain héritage historique, et se voit beaucoup moins proposé dans l'offre des labels qui font du rapport qualité/ prix un argument de vente.

De ce fait, il est assez difficile de donner une marque "référente", chez laquelle on pourrait trouver à coup sûr de bons et beaux trenchs valent 300 à 500€, et vendus toute l'année avec du choix de tailles et de coloris.

C'est pour cela que quand j'ai fait la découverte de l'Impermeabile sur The Rake, je me suis dit que je devais y jeter un oeil pour voir ce que ça valait en vrai.

trench laine pour femme

Une version 100% laine magnifique... Mais que pour femme ? Scandale, sortez-le en version homme s'il vous plaît ! (Je n'avais l'air d'être le premier à le demander à la représentante d'ailleurs... M'est d'avis que ça arrivera)

Comme le nom le laisse imaginer, la marque propose une offre centrée sur l'outerwear, et particulièrement le trench-coat et le macintosh.

Aux alentours de 600€ pour un bel Impermeabile, même si ce n'est pas encore la panacée du trench bon-marché, j'ai été ravi de constater que cette marque proposait des pièces d'une valeur et d'une qualité sûres. Et j'ai remarqué qu'il était assez facile d'en trouver soldés à la fin de chaque saison, hiver comme été !

Tenez-le vous pour dit !

Private White V.C. : un bel outerwear anglais... mais une petite déception

Ta-ta-ta... On avait dit quoi sur le fait d'abuser du terme "handmade", hein ? Pas bien, Private White, pas bien !

Private White V.C. est une marque sur laquelle je bave (oui, je pèse mes mots) littéralement depuis des années. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai flashé sur une pièce de chez eux sur le web... avant d'être rebuté par le prix.

Alors quand j'ai vu leur stand, je me suis précipité dessus : j'allais enfin pouvoir toucher leurs pièces !

Et ce faisant, j'ai commencé à avoir le ressenti suivant : oui c'est bien, c'est même très bien, mais au prix où c'est vendu, je dois dire que je m'attendais à quelque chose d'encore meilleur en vrai.

Je m'explique : il n'y a pas de mauvaises pièces (à ma connaissance) chez PWVC. Tout est beau, soigné, dans de belles matières.

Mais il manque, très souvent, ce que notre Benoît appelle le "X-Factor".

Le "X-Factor", ce truc inattendu dans une pièce. Ce petit ensemble d'éléments qui crée la magie du vêtement : un tissu surprenant, un détail que vous n'avez jamais vu ailleurs, une poche pensée différemment, un zip particulièrement beau, une forme de col inhabituelle mais harmonieuse, une doublure spéciale...

Et si je ne vais pas reprocher à Private White V.C. de faire de mauvais vêtements (très loin de là), je n'ai pas pu m'empêcher d'être déçu par l'absence de surprise que m'ont procuré ces pièces : le blouson Harrington est un blouson Harrington.

Le blouson en laine est un blouson en laine. La surchemise en chambray est un peu triste. La chemise en chambray n'apporte rien de spécial non plus.

Le jean brut est le jean brut le plus banal que j'aie vu depuis un bout de temps chez une marque aussi haut de gamme.

Même leur fameux "Motor Trench", collaboration réalisée avec l'influenceur Simon Crompton de Permanent style, une des pièces fortes qui trône fièrement sur le centre du stand, me déçoit un peu. Oui il y a des coutures soudées dans les manches et un design de poches assez inhabituel. Oui il y a une doublure amovible en cachemire. Mais au delà de ça, c'est un trench tout ce qu'il y a de plus classique dans sa matière et ses détails... Et il est quand même vendu 1700€ sur leur site.

Et puis, la "Twin-Track jacket", au design que je trouvais super badass il y a quelques années, et qui était initialement responsable d'avoir attiré mon attention sur la marque, ne m'a pas non plus impressionné : au final c'est juste une veste waxée de type Barbour comme on en trouve chez de nombreuses marques héritage... mais avec un double zip.

Bizarrement, ma plus agréable chez eux surprise était... Leur tee-shirt. Le jersey de coton qui le composait avait une prise de lumière et une main tout à fait exemplaires, qui le faisait vraiment sortir du lot par rapport à un tee-shirt lambda... Comme quoi j'ai été agréablement surpris par la pièce la plus simple, et déçu par les plus complexes.

Bref, je n'essaye pas de vous dire que c'est une mauvaise marque : loin de là.

Croyez moi, si je trouve une pièce à eux à ma taille et qu'elle m'est vendue bon marché (en occasion par exemple), je ne vais clairement pas cracher dessus. Ca reste du sacré bon vêtement.

Mon propos, c'est plus de vous partager une petite désillusion personnelle : parfois on attend du très bon qu'il soit exceptionnel, et puis finalement, il ne l'est pas.

Moreschi : les chausseurs italiens ne sont pas tous des puristes

moreschi logo

Les italiens ont de nombreux talents dans le monde de l'habillement et de la chaussure.

Mais le plus improbable d'entre eux est peut-être celui-ci : vous faire remettre en question ce qu'est une pièce de qualité ou non, en questionnant notamment les canons de ce que vous tenez pour "adéquat".

Une deux derbys somme toute assez classiques. Je crois bien que le cuir de la gauche était corrigé. En revanche le suédé utilisé sur la droite était clairement de qualité. Que penser, donc, de cette marque...?

Tel a été mon ressenti face aux paires de chaussures de la marque Moreschi. Je m'explique : à près de 400€ la paire, le calcéophile, même néophyte, dresse déjà une liste mentale de ce qu'il s'attend à trouver : cuir pleine fleur, semelle cousue goodyear, potentiellement sous gravure...

Eh bien sachez que Moreschi, et nombre de chausseurs italiens, n'en ont rien à faire de vos canons classiques (et des miens).

Et ma foi, si je ne recommanderai probablement pas à un ami d'en acheter, je peux comprendre que Moreschi trouve sa clientèle :

Non la marque ne propose pas de semelles en cuir avec un montage toujours en goodyear, sur des cuirs à tannage végétal qui vont se patiner dans le temps.

En revanche, elle axe toute son offre autour de la légèreté et du confort de ses souliers. Leurs semelles gomme "extralight font que leurs bottines, par exemple, sont les plus légères que je n'aie jamais soupesé. Et ma foi je comprends que pour l'homme urbain assez aisé, ce confort et cette légèreté vale toutes les promesses de ressemelages

Même chose pour l'aspect visuel : d'un côté on a parfois l'impression que c'est cheap. Sur certains modèles, la marque ne se prive pas de twists de designs qui feront saigner les yeux des amateurs de classiques.

De l'autre, on ne peut pas dire que les cuirs soient mauvais, loin de là : ils m'évoquent au contraire de bons cuirs utilisés pour de la maroquinerie haut de gamme colorée, plutôt que des cuirs de chaussures classiques : c'est à dire qu'il y a bien "correction" de l'aspect du cuir, mais que la fleur est malgré tout préservée. Dans ce cas là, et surtout sur ce type de coloris, on peut aussi penser que le choix du cuir corrigé est fait par esthétique plus que par pure contrainte de coût.

Inhabituel ? Certes. Choix esthétiques discutables ? Oui. Mais je ne peux pour autant pas me résoudre à dire que ce sont de "mauvaises chaussures" : jolis cuirs, fabrication propre... Ca ne serait pas juste.

Ce que je retiens de ma rencontre avec cette marque (et celle de nombreux chausseurs italiens) est ceci : quand vous tombez sur une paire de chaussures italiennes dont le prix vous parait absurde vis à vis de vos standards classiques, arrêtez vous un moment pour essayer d'en comprendre les raisons.

Vous pourriez être surpris d'y découvrir une démarche certes très différente de vos attentes, mais tout de même plutôt sensée.

Cohérence : l'outwerwear japonais superlatif

 

Cohérence était sur la liste des marques que je voulais absolument voir en vrai.

A vrai dire, c'est lorsque j'ai aperçu leur trenchcoat "Al", vendu sur le shop Beige-Habilleur, qu'il m'est revenu l'envie de posséder un trench, envie que j'avais perdue depuis fort longtemps, mais qui ne m'a plus quitté depuis.

fiche technique trenchcoat cohérence

La fiche explicative du fameux modèle "Al", inspiré d'Albert Camus, avec sa petite histoire, le dessin du modèle, et tous les tissus et doublures utilisées sur la pièce. Proposer ces fiches aux visiteurs est révélateur d'une démarche assez "geek" du vêtement. Et ça, j'aime bien.

Avant de parler du produit en lui-même, je vous fais un petit topo rapide sur la marque et son designer : Kentaro Nakagomi est un passionné de littérature et d'Histoire européenne, particulièrement française. Les pièces sont donc inspirées et nommées après de grands hommes d'antan tels qu'Albert Camus (pour ce fameux trench Al), ou Antoine de Saint-Exupéry. Aventuriers, peintres, écrivains... Il y a un peu de tout. Pour être plus précis, la marque se targue de faire de la "reproduction historique" en y ajoutant son propre twist.

Ce n'est pas anodin, particulièrement au Japon où l'idée de reproduction (pensez Real McCoy's, par exemple) est un des moteurs de créativité les plus forts dans le domaine du vêtement.

trenchcoat vert olive

Une déclinaison du fameux trench Al. C'est du trench de compet', croyez moi. Tout est parfait dessus : des doublures aux boutons, en passant par le choix de tissu pour le col... Et évidemment, les matières comme la confection sont totalement japonaises.

Kentaro est quand à lui assez impressionnant : au bout de quelques phrases échangées, je devinais déjà les connaissances d'un sacré niveau en terme de culture textile, notamment par sa capacité de dire du tac au tac les différences de propriétés entre les tissus utilisés sur les originaux historiques, et celles des réinterprétations modernes.

Mon entrevue avec lui fut assez rapide, mais j'espère clairement qu'on reverra ce monsieur une autre fois... Pour une interview sur BonneGueule, qui sait ?

trenchcoat cohérence

Ici, le modèle inspiré d'Antoine de Saint-Exupéry. Plus baroudeur dans le style, avec sa poche poitrine à rabat. Disons que c'est en "Cohérence" avec le personnage... Notez que le label propose, en très grande partie, ce genre de nuances de vert et de beige aux consonances militaires.

L'offre de Cohérence ne se limite pas qu'au trench, mais c'est clairement une marque spécialisée dans l'outerwear. Vous y trouverez aussi des choses d'un esprit un peu plus workwear, telles que cette veste :

cohérence veste workwear

Ce modèle Kees est une veste de peintre, inspirée par... le peintre Kees Van Dongen. Logique. Notez le petit liseré selvedge sur le bord de la poche poitrine, petite coquetterie pour faire plaisir aux amateurs de tissus japonais !

fiche technique veste workwear

En fait quand on voit les photos sur les fiches et qu'on les compare aux modèles exposés, on comprend pourquoi la marque tient à nous les montrer : elles montrent très clairement que les designs sont des reproductions historiques de vraies pièces, portées par de vrais personnages, et juste un peu réadaptées.

Quoiqu'il en soit, cette entrevue confirme mon impression initiale : si j'avais un budget illimité pour acheter un trench, j'irais chez Cohérence. En attendant, les frais d'importation et la fabrication japonaise de leurs pièces font que ça restera un doux rêve...

Quelques détails très soignés sur le trench Antoine.

Orbium : le projet italien du designer de Cohérence

(Pas encore de site internet !)

Puisque Kentaro, le designer de Cohérence, avait noté mon enthousiasme pour son projet, il en a profité pour m'amener à un autre stand, juste à côté, où son autre projet était présenté : Orbium.

Orbium est un projet assez curieux, dont je n'ai pas pu (faute de temps ou peut-être de sagacité), comprendre les inspirations exactes. Ce que je sais, c'est que contrairement à Cohérence où tout est fait au Japon, Orbium fabrique en Italie.

Là aussi, j'ai senti une grande passion pour l'Histoire, mais par contre, on était moins dans la reproduction, et plus dans l'inspiration. Deux pièces ont retenu mon attention.

D'abord, ceci :

Y'a un peu de veste de costume, un peu de diner-jacket, et un peu de Saharienne dans cette veste. Original, et plutôt réussi pour le coup ! J'aime aussi beaucoup cette petite bride bicolore sur la boutonnière milanaise...

Cette drôle de veste hybride donne l'impression d'être l'enfant illégitime de plusieurs pièces iconiques du menswear qui se seraient lancées dans une histoire poly-amoureuse endiablée. Et le résultat est somme toute assez chouette, j'imagine de nombreuses possibilités de looks avec une telle veste.

Kentaro m'a cependant surpris en me disant que cette veste était majoritairement inspirée par... Des vestes d’hôpital pour soldats. Avec la barrière de la langue, je n'étais pas sûr d'avoir bien compris, alors j'ai rétorqué

- "Des vestes d’hôpital, vous dites ?"

- "Tout à fait !"

- "Donc quand les soldats étaient blessés, ils portaient ça ?

- "Non pas exactement" me répondit-il, "c'en est juste inspiré".

- "Eh beh. Je veux bien porter ça moi aussi, quand je serais malade."

 

L'autre pièce qui m'avait surpris était un pull. Un simple pull, mais avec un très joli col travaillé, et qui avait comme particularité d'être proposé avec une petite écharpe de maille, réalisée dans le même fil.

Le pull avec son écharpe de maille assortie. Comme pour la veste, c'est surprenant, mais c'est chouette !

En voyant ce morceau de maille séparé, je n'ai pas tout de suite compris à quoi il pouvait servir, mais Kentaro portait précisément cette combinaison à ce moment là, et une fois vue sur lui, ça paraissait tout de suite plus clair.

Vu sur Kentaro, on comprend tout de suite mieux l'idée ! D'ailleurs on reconnaît sur son blazer un col en velours côtelé qui contraste avec le revers, et la petite bride bicolore rattachée à la boutonnière milanaise... Quelque chose me dit que c'est du Orbium aussi, et que ces détails sont des signatures de la marque.

En tout cas, si la marque continuera à proposer des pièces à la fois surprenantes et inspirées telles que ces deux là, je serais curieux de voir plus d'Orbium à l'avenir !

PT Torino : du pantalon haut de gamme italien, surprenant en bien comme en mal

Pantaloni Torino est une marque dont j'entends énormément de bien depuis quelques années. Elle est souvent mentionnée comme exemplaire pour la qualité de ses pantalons, et la variété de son offre.

Mais jusqu'à présent, je n'avais jamais pu voir leurs produits de près.

Alors, forcément, en voyant son stand (d'ailleurs très peuplé par la foule), je me suis arrêté pour y faire un tour.

Eh bien je dois dire que j'ai été un peu déçu... Pas par la qualité, dont la réputation ne m'a pas paru usurpée, mais par les choix de designs.

A l'instar de la critique que j'ai faite à Tramarossa, Pantaloni Torino partage cette pulsion italienne de faire du "toujours plus" : ses modèles les plus habillés étaient vraiment exubérants, et à mon sens, rarement réussis.

D'autant que l'exubérance ne s'arrêtait pas qu'à la matière, mais aussi aux détails : des boutons en corne dont le tour est teinté en rouge vif sur des pantalons dont le tissu est pourtant vert (sérieusement ?), énormes motifs à carreaux orange fluo... Je pense que cette petite vidéo vous donnera une idée plus claire :

Le pire, c'est qu'on voit le savoir-faire, la qualité palpable de certains tissus, et que c'est rempli de bonnes idées et de créativité. Chaque pantalon était une frustration qui me faisait me dire "Mais il aurait pu être génial, pourquoi vous avez juste fait cette partie là comme ça...?"

Je ne doute pas que ce soit pour une raison, et que leur clientèle soit sensible à cette démarche de design. Et après tout, il en faut pour tous les goûts.

Simplement, je pense que si vous voulez trouver un pantalon à la fois original ET portable sans passer pour un paon multicolore, il vous faudra faire un sacré tri.

Contre toute attente, c'est leur ligne activewear qui m'a le plus surpris en bien : ces pantalons qui assument un design et des matières techniques, et en font même des arguments visuels, tout en gardant une certaine influence classique dans leur forme.

Une sélection de pantalons de la gamme "Active" de PT Torino.

J'ai l'impression que c'est une offre de plus en plus forte chez les marques italiennes, particulièrement sur le pantalon, qui est une des pièces qui influe le plus sur votre confort au quotidien.

Vu de près on aperçoit déjà mieux la dimension technique : la matière le révèle aisément, mais est dotée d'une prise de lumière matte, très agréable à l'oeil. La construction est celle d'un chino classique, mais, que voilà-donc ? Un petit zip "invisible" ton-sur-ton le long de la jambe.

On y trouve aussi poches à zip waterproof.

Et aussi l'utilisation de ces mêmes zips en bas de jambe. Certainement pour faciliter le port de chaussures de protection, comme celles qu'on peut porter à moto par exemple. Ca participe aussi à donner un style "techwear" assumé à la pièce.

C'est un peu comme-si, le nouveau luxe pour certains clients était de concilier élégance, confort et technicité... Mais une technicité non pas dissimulée comme on peut l'avoir dans une approche classique du techwear urbain, mais glorifiée ! Et si autant de marques répondent à ce besoin, c'est bien qu'il y a une demande. Je m'attendrais donc à ce que ça s'amplifie dans les années à venir, et qu'on en voie de plus en plus.

Une flanelle technique qui serait aisément lavable en machine... Ca me rappelle quelque chose, tiens !

J. Press : de l'Ivy League revisité... Et une anecdote intéressante

Je voulais vous parler de J-Press car j'ai appris une anecdote amusante à son sujet.

J. Press est une marque au style Ivy League et...

J. Press est une marque au style Ivy League.

Un blazer croisé navy bien réalisé, plutôt classique dans son style (de la Navy, justement) avec les fameux boutons dorés. Les surpiqures mettent les bordures des revers et des rabats des poches en relief, et en valeur.

En lisant ces deux phrases, vous pensez peut-être que je suis devenu fou, ou que j'ai fait une erreur de copié-collé dans mon article. Mais pas du tout !

Il y a en fait deux J. Press : le J. Press Américain, et le J. Press... Japonais bien-sûr ! (Car c'est probablement le peuple le plus fan d'Ivy League au monde)

Le premier est donc une marque au style assez classique, de l'Ivy "Premier Degré" disons nous : coupes de costumes "sack suits", tweeds très classiques, gilets colorés...

Le second (dont j'ignore exactement comment il est venu à exister conjointement au premier, même si la dame qui présentait le stand m'a parlé d'une affaire de rachat de la marque à un moment donné) propose une version plus "revisitée" de l'Ivy League, et c'est plus une marque de "mode-héritage" à proprement parler. Ca se remarque notamment dans son instagram, très différent de celui de "J.Press Clothiers" (l'Américain donc), vis à vis du stylisme : plus de créativité, moins de formalisme, des influences americana vintage par petites touches...

Un beau trench en laine, bien coupé ! (Oui je sais j'ai beaucoup parlé de trenchs... C'est le Pitti hiver, que voulez-vous !)

J'ai trouvé deux ou trois pièces fort intéressantes, et la situation assez cocasse me paraissait valoir l'anecdote, alors... La voilà !

Sachez cependant que le J. Press Japonais, s'il emploie bel et bien des tissus japonais pour la majeur partie de ses pièces (du moins de mémoire), ne fabrique pas au Japon mais en Chine (là aussi, de mémoire, ne le prenez pas pour argent comptant).

Une pièce qui montre plus le côté créatif de la marque : un Harrington à carreaux marron. Le Harrington comme ce type de carreau sont tous les deux des éléments du lexique stylistique de l'Ivy, mais qu'on ne s'attend pas forcément à trouver mélangés ensemble. Pas mal !

Maintenant, si quelqu'un vous parle de J. Press un jour, vous pourrez lui répondre, en faisant le malin "Oui, mais lequel ?" 😉

Ten-C : l'outerwear technique et avant-gardiste

Vous vous rappelez de ce que j'ai dit au sujet de la ligne "active" de PT Torino, au sujet d'une tendance qui glorifiait la technicité comme un élément de style ?

Pour moi, c'est un peu ce que fait Ten-C, mais pour l'intégralité de sa marque, et en se spécialisant dans l'outerwear.

Quelques modèles de chez Ten-C. Tout devant, la "Core-Parka", qui semble être leur produit phare. Cette version est "Garment Dyed", donc la parka entière est teinte en plonge en fin de fabrication. Le représentant en semblait particulièrement fier, et soulignait l'exclusivité du tissu OJJ garment dyed.

Les pièces les plus marquantes chez eux sont des parkas d'hiver bien chaudes, ou des doudounes.

Dans mes souvenirs, les pièces étaient assez remplies de petits détails, je n'ai malheureusement pas eu pleinement d'apprécier.

D'ailleurs pour être tout à fait honnête, je réalise avec le recul que la présence des représentants sur le stand est parfois si coûteuse en discussion qu'on finit par ne plus autant regarder les pièces que si l'on était en silence face à elles.

Mais ce n'est pas grave, car ce que je voulais vous monter pour Ten-C, c'est surtout les tissus qu'ils utilisent.

D'abord ce nylon à l'aspect froissé appelé "Nylon Tactel". L'étiquette vous expliquera le produit mieux que je ne pourrais le faire moi-même, aussi me contenterais-je de vous traduire l'étiquette en Français : "Ce tissu est un 100% Nylon de la famille Tactel des Nylons" développé par ICI puis Dupont dans les années 80, il avait pour objectif d'avoir tous les avantages des fibres synthétiques mais avec l'aspect et le toucher d'une fibre naturelle."

(Pour la petite anecdote, au moment où j'écris ces lignes, j'ai eu une frayeur en pensant que c'était mes doigts sur la photo, et que mes mains avaient vieilli de 20 ans d'un coup. Mais non, tout va bien, c'est pas les miens)

Nul doute que les avantages de la fibre synthétique sont bien présents (déperlance, robustesse, légèrté etc...), mais je ne dirais pas pour autant que ce nylon paraît vraiment "naturel". Par contre, sa main froissée et douce à la fois rappelle quelque chose de similaire à une crêpe de soie, et pour le dire tout simplement... Je trouve ça très joli, et ça change de ce qu'on a sur des doudounes classiques, au nylon lisse et brillant. Voyez plutôt ce que ça donne :

Le Nylon Tactel est très beau sous la lumière. Je crois que ça rendrait particulièrement bien sur une couleur plus foncée encore, pour équilibrer cette petite fantaisie du tissu avec un peu de sobriété.

Ensuite, le tissu le plus surprenant de la marque était son "OJJ" dont le représentant disait que seuls Ten-C et Stone Island avaient l'utilisation.

La Core Parka dans le tissu OJJ, teint en pièce dans un vert olive que je trouve splendide.

Surprenant parce que son aspect est quelque part à mi chemin entre le coton ciré qui aurait bien patiné, et quelque chose comme un caoutchouc. Mais le plus étonnant est encore la méthode utilisée pour l'obtenir : c'est en fait un tricot de nylon qui a été lavé à 120° pour être rétréci jusqu'à obtenir un tel résultat.

L'étiquette de la core parka OJJ "garment dyed" (donc pas celle d'au dessus, mais celle dans le coloris plus clair). Ten-C serait vraiment la seule marque à l'utiliser, et ce serait particulièrement contraignant d'un point de vue production.

Nul doute là aussi, que cela procure une certaine imperméabilité. Ma curiosité n'est cependant pas entièrement satisfaite car, sans avoir pu lire les caractéristiques techniques de ces tissus, ni les avoir essayés en conditions réelles, j'ignore tout de leur respectabilité, de jusqu'où va leur imperméabilité, de leur résistance à l'usure...

Mais mon petit doigt me dit que Benoît saura me renseigner.

Allez, une dernière photo de ce OJJ (teint en pièce à nouveau) vert olive, parce qu'il est vraiment beau. D'ailleurs il prend des "traces" au passage de vos doigts un peu comme le ferait un cuir suédé. Vraiment étonnant, que dire de plus ?

Grenfell : outerwear anglais authentique, stylé et fonctionnel

Je vais vous confier quelque chose.

Au Pitti de l'hiver 2018-2019, je ne pouvais pas m'empêcher de comparer Grenfell et Private White VC. D'ailleurs, pour ceux qui connaissent mon franc parler, vous vous doutez bien que je n'ai pas manqué d'en parler aux représentants  de Grenfell cette année là.

Ca ne leur a pas trop plu, parce que selon eux, les deux marques n'avaient "rien à voir".

Bon, j'ai bien essayé de leur dire que, quand même, les deux faisaient de l'outerwear anglais, particulièrement du rainwear, sur la même gamme de prix, avec le même type de coloris... Mais non, décidément, ils n'acceptaient pas la comparaison. Car à leurs yeux, Grenfell, avec plus de cent ans d’existence (et donc d'archives... vous verrez pourquoi c'est important), ne pouvait pas être comparée à une autre marque fraîchement arrivée, quand bien même elle serait haut de gamme aussi.

Quelque chose que j'apprécie chez Grenfell : c'est du tissu anglais, c'est classique, mais c'est pas ennuyeux pour autant, il y a du relief dans la collection.

Sur le coup, je dois vous avouer que j'étais pas tout à fait convaincu, mais ayant l'impression d'avoir touché un point sensible, et remarquant qu'on avait l'air de leur dire trop souvent à leur goût, je me suis ravisé. Et à vrai dire, je suis bien placé pour le comprendre, il y a peu de choses qui me fassent plus perdre patience que lorsque BonneGueule est comparé à des marques "similaires" du point de vue du consommateur, et pourtant très différentes du point de vue de ceux qui pensent les vêtements.

Bref, un an plus tard je reviens, et puis je vois le stand de Private White V.C, et je ressens une petite déception (que vous pouvez lire sur la partie dédiée à PWVC si ce n'est pas déjà fait)...

En revanche, mon œil ayant mûri le temps, je vois cette fois-ci Grenfell d'un regard nouveau : c'est quand même vachement créatif ET authentique à la fois.

Une cape de chez Grenfell. Sincèrement, son aspect est si fonctionnel qu'elle me convaincrait presque de donner une chance à la cape. (Mais ensuite je me souviens que je fais 1m72)

Je m'explique : la durée de vie de la marque s'avère être un véritable argument, dans le sens où avec cent ans d'histoire, elle peut piocher dans cent ans d'itérations de designs via ses archives (eh oui !). Designs qui ont non seulement eu le temps de se confronter au monde d'un point de vue esthétique, mais aussi d'être retenus ou non sur leur technicité, et leur aspect pratique. Et c'est là que ça change un peut tout !

Ce trench et le tissu qui le compose, produits tous deux par Grenfell, ont du vécu, c'est le moins qu'on puisse dire. Ici, un exemplaire vintage de l'armée canadienne, dont ils disposaient justement dans leurs archives.

Déjà, Grenfell produit son propre tissu de trench depuis plus de cent ans.

Ce tissu est encore aujourd'hui quasiement inchangé, même si Mo, le directeur général de Grenfell, m'a confié qu'il n'avait pas tout à fait la même irrégularité, et qu'ils cherchaient à reproduire une itération "true vintage" de celui-ci.

Ensuite, vous y trouverez sur leurs pièces bon nombre de détails aux fonctionnalités inattendues. Voici les deux plus marquants.

Un des raincoats de Grenfell

D'abord, cette sangle à l'intérieur du raincoat, dont le rôle est de pouvoir s'attacher à vos jambes lorsque vous êtes à vélo ou en deux roues, pour que le raincoat continue de vous couvrir intégralement même lorsque le vent le bat !

Accrochez vos ceintures, ça va souffler ! La fameuse sangle de jambe pour porter le raincoat en deux roues.

Ensuite, ces petits anneaux qui semblent anodins (l'allitération était fortuite, mais allez, on la garde), sur ce modèle de cape ont pour fonction... de transformer la cape en tente. Oui oui, vous m'avez bien lu : si vous avez des piolets (et un support adapté sans doute), apparemment vous pouvez transformer cette cape de pluie en abri. Rien que ça !

Il pleut ? Le monde vous emmerde ? Votre patron scrute votre travail par dessus votre épaule et vous ne savez pas où vous cacher ? Pas de problème, votre cape se transforme en abri grâce à ces œillets, et vous pouvez tranquillement vous endormir dessous et oublier tous ces ennuis.

Evidemment, je n'ai pas eu le temps d'inspecter toutes les pièces, mais quand je sais que la marque a à sa disposition cent ans de petits gadgets farfelus mais diablement inventifs comme celui-ci, je ne peux pas m'empêcher de placer Grenfell un niveau au dessus d'autres marques d'outerwear. (Il me serait même difficile de départager ce qui me fait le plus envie entre un trench Grenfell et un trench Cohérence). Je n'ai qu'une hâte, c'est de pouvoir en voir à nouveau !

C'est fini !

Et voilà, c'était ma petite épopée du Pitti, narrée tout au long de la semaine. J'espère que ça vous a plu. Ca vous brancherait de relire quelque chose comme ça l'année prochaine, ou cet été ?

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