Guide d’achat de vos chaussures : pourquoi le cuir est-il cher ? (partie 1)

Temps de lecture : 20 minutes

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On ne peut pas tricher avec les chaussures en cuir. En fait, c’est surtout avec le cuir qu’on ne peut pas tricher.

Une paire de chaussures a le pouvoir de démonter tous vos efforts d’élégance par leur simple présence, aussi sûr qu’une FlicFlac au poignet d’un Président de la République.

C’est fascinant comme, quand on avance sur le chemin du style, on remarque de plus en plus les mauvaises chaussures. Alors même qu’avant, elles pouvaient faire illusion, à présent que l'on se rend compte de leur pouvoir stylistique, elles nous interpellent, nous choquent et, parfois, on pourrait tout simplement défaillir à la vue d'une chaussure trop pointue.

J’ai tellement vu d’hommes en costume qui n’avaient pas l’air trop mal du cou aux chevilles et qui, passé cette frontière fatidique, ruinaient tout ce qu’ils avaient entrepris pour être élégant avec des derbys babouchesques en skaï noir à motif.

Dans la vraie vie, vous connaissez quelqu’un qui a les pieds pointus, vous ?

homme rue cuir noir chino marron chaussures cuir bonnet aubergine

C'est quand même plus naturel non ? (Juste au passage, notez le petit rappel discret du bonnet avec les chaussettes.)

C’est que la chaussure a quelque chose de symbolique. C’est le pied qu’elle recouvre, celui qui nous permet d’arpenter les chemins. La chaussure trahit immédiatement le goût de celui qui la porte, mais également le degré de soin et d’effort qu’il emploie à se rendre présentable.

La chaussure choque parce que sa forme est inédite dans la tenue. Elle dénote par sa nature même. Les vêtements sont souvent faits des mêmes tissus, là où la chaussure est unique dans son apparence.

La singularité de la chaussure, voilà ce que j’aimerais voir avec vous. J’aimerais que vous développiez une expertise de la chaussure. Que vous ne soyiez plus coincé en face d'un vendeur qui vous raconte des choses impossibles. L’information, c’est le pouvoir. Et je veux que vous le déteniez.

Pour cela, on va commencer de A et puis on ira jusqu’à Z, avec tout ce que l’on peut vous dire d’essentiel chez BonneGueule, afin de vous rendre autonome.

Autonome et bien chaussé aussi.

Comment passe-t-on de la peau d’un animal au cuir des chaussures ?

vache veau têtant près limousine

Le veau et la mère

Ça peut paraître débile, mais l’autre jour j’ai pleinement réalisé que pour que je puisse porter mes chaussures en cuir, il avait fallu qu’un animal meure, un veau en l’occurrence. Je le savais avant bien sûr, mais je l'ai encore mieux réalisé alors que j'enfilais mes chaussures.

Mais pourquoi le veau au fait ?

Eh bien, si les meilleures chaussures sont faites avec cet animal c’est parce que le cuir qu’on en retire est plus homogène que celle d’une vache adulte. La peau est moins distendue (sur les flancs notamment) donc d’une épaisseur plus maîtrisée.

De plus le veau, du fait de son jeune âge, aura moins été soumis à des expériences traumatisantes pour la peau (fils barbelés, boulons proéminents dans les structures d’élevage, coups de cornes etc.) qui aura d'ailleurs plus de souplesse.

Dans ce dossier, je ne m’intéresserai qu’aux cuirs bovins qui servent à fabriquer des chaussures de qualité. Tous les cuirs exotiques, je n’ai pas suffisamment de connaissances pour bien vous raconter leur histoire et, d’ailleurs, ce n’est pas ce qui vous aidera à choisir vos chaussures de tous les jours.

Ce constat engendre une réflexion globale autour de la condition de vie et d’abattage des animaux.

Le reportage “Cash Investigation : Luxe, les dessous chocs” du 9 octobre 2018, sans que je souscrive à son ton délibérément provocateur et bulldozer, a permis notamment de montrer comment des lapins étaient abattus en Chine pour leur fourrure. Immobilisés dans de minuscules cages toute leur vie, ils sont ensuite égorgés sans être étourdis, puis écorchés alors que certains sont toujours conscients.

Bon. Petite claque devant le poste de télévision.

Les animaux sont des êtres sensibles et il me semble que, sans tomber dans la sensiblerie ni s’engager dans une association végane, chacun d’entre nous devrait être attentif à la provenance du cuir de ses chaussures afin d’éviter d’être associé à des pratiques qui ne sont pas dignes. La Chine étant le premier exportateur de cuir au monde, il s’agit d’être vigilant.

Et puis en fait : un cuir de qualité nécessite de bonnes conditions d’élevage et d’abattage.

veau vache limousine france élevage

Exemple de bonnes conditions d'élevage en France

Vous avez déjà remarqué la différence de teint qu’il y a entre une personne qui mange sainement, fait du sport, ne boit pas ni ne fume et une personne qui fait tout le contraire ? Bon, eh bien, voilà la preuve que les conditions de vie ont un impact sur la peau.

La qualité de l’élevage est un gage de la qualité de la peau. Sauf que, comme le montre cet article, cela coûte cher aux éleveurs et c’est la raison pour laquelle, en Dordogne, le Pôle d’Excellence Rurale Cuir a décidé de rémunérer les éleveurs qui adhèrent à une charte de qualité.

La France a le cheptel bovin le plus important d’Europe, mais, comme on le lit dans l’article, paradoxalement, “les tanneries et les grandes maisons peinent à trouver des peaux indemnes de traces de blessures, de parasites ou de souillures.”

On voit dans ce rapport sur la qualité des peaux, les pistes d’amélioration pointées par le Syndicat Général des Cuirs et Peaux (SGCP). Cette situation de rareté de peaux de qualité fait bien sûr monter les prix.

Voilà un premier facteur expliquant qu’une bonne paire de chaussure coûte si cher.

On continue ?

Le travail d'abattage

Ah oui, je ne vous ai pas dit : les peaux à l’origine de nos chaussures viennent majoritairement des troupeaux d’élevage. Et, disons-le tout de suite, la vente des peaux par les abattoirs est une forme de recyclage puisque la finalité première de l’élevage de n’est pas la filière cuir, mais le marché de l’alimentation.

1. Le dépouillement

Le dépouillement est la première étape du travail de transformation de la peau en cuir. Il consiste à retirer la peau de l’animal tout en prenant soin de conserver la qualité de la peau.

Ce travail s’effectue en trois phases :

  1. Le tracé des parfentes (c’est-à-dire les incisions permettant de définir la symétrie de la peau).
  2. Le dégagement des flancs et des épaules.
  3. L'arrachage de haut en bas ou de bas en haut.

La troisième phase est la plus délicate car c’est celle qui engendre le plus de défauts de peau. C'est ici que commence la production d'une peau de qualité ! Paradoxalement, par le soin que l'on prend dans le travail d'abattage et de dépouillement de l'animal.

On obtient donc une peau brute putrescible (susceptible de pourrir) qu’il faut stabiliser rapidement pour éviter qu’elle ne se dégrade.

2. La stabilisation de la peau

peau cuir salage

Des peaux de bovins après la dépouille. Le salage permet d'extraire l'eau et le sang.

C'est une course contre la montre après ça. Et il existe deux méthodes principales pour stabiliser la peau : le salage ou le saumurage.

Le salage est une technique ancestrale consistant à enduire la peau de sel pour la déshydrater (elle perd alors une bonne partie de son poids en eau).

Le saumurage est l’action d’immerger la peau fraîche dans une solution saline saturée, à des fins similaires.

Là aussi, il convient d’être prudent, le sel peut “piquer” le cuir et, stockées dans un environnement inadéquat (mal réfrigéré notamment), les peaux peuvent se tacher et se dégrader.

À cette étape, le rôle du collecteur est de classer les peaux brutes en fonction de leurs poids, de leurs défauts (qu’ils soient naturels ou provoqués par le travail de dépouille) et de les stocker. Ce premier tri sera d’une grande importance, afin de permettre aux tanneries d'obtenir la qualité de peau qu'elles recherchent, selon le cuir qu'elles veulent obtenir.

Et on apprend dans le journal de la marque Jacques&Déméter que 40 à 50% du prix du cuir fini est imputable à l’achat de ces peaux brutes. C’est dire si ce travail en amont révèle et influence la qualité future du cuir.

Le travail du tanneur peut commencer

Instant "Le saviez-vous ?" n°1 :

Petite information pour briller en société (ou la garder égoïstement pour soi au cas où on tomberait un jour sur une question à Question Pour Un Champion) :

On distingue la tannerie de la mégisserie grâce à l’origine des peaux qu’elles transforment respectivement. La mégisserie pour les ovins et caprins (chèvres, moutons etc. qui nécessitent un délainage) et la tannerie pour les autres.

Dites-moi, vous ne seriez pas en train de devenir un expert, vous ?

tannerie fes

Une tannerie ancestrale à Fes.(Crédits photos Blog voyage Allant Vers)

Long, fastidieux et pénible travail que celui du tanneur. Il dure en moyenne 4 à 5 semaines, mais cela peut varier très significativement d’une tannerie à une autre en fonction des méthodes employées et de la qualité recherchée.

Quatre étapes jalonnent ce processus :

  1. Le travail de rivière
  2. Le tannage
  3. Le corroyage
  4. Le finissage

L’objectif de toutes ces étapes est de donner ses caractéristiques au cuir : sa douceur, sa fermeté, sa souplesse, sa solidité, son odeur, son relief.

Encore une fois, pour remettre en perspective, je vous invite à bien comprendre que toute cette énergie déployée, cette combinaison de techniques ancestrales et modernes, de temps, ce savoir-faire, n’est pas rien et que cela influence le prix final d’une paire de chaussure.

C’est tout cela que l’on paie quand on achète de beaux souliers.

Mais voyons justement plus en détail ce que cela implique.

Le travail de rivière : du cuir vert au cuir en tripe

Instant "Le saviez-vous ?" n°2 :

Le terme “travail de rivière” est très descriptif puisqu’il tire son origine du fait que l’on effectuait ce travail dans la rivière qui bordait généralement la tannerie. Ça a le mérité d'être clair.

Bon, il faut bien voir qu’à ce stade de la transformation, voilà ce qu'on a :

peaux cuir degermann stock

Photographie issue de la Manufacture de cuir Gustave Degermann. On voit les peaux salées, triées et stockées.

C’est ce qu’on appelle le “cuir vert” ou “cuir en poil”.

Mais il faut zoomer sur la peau pour vraiment comprendre ce qui nous intéresse dans le cuir. Connaître la structure de la peau et comprendre ce qui lui donne sa résistance est primordial pour comprendre ce qui fait un cuir de qualité.

Voilà une coupe longitudinale pour nous y aider :

epiderme derme cuir collagène

Le cuir n’est fait que du derme de la peau.

Ok.

Mais il y a une chose rudement intéressante que j'aimerais vous partager aussi : ce sont les fibres de collagènes qui donnent leur résistance au cuir (ces fibres sont présentes dans le derme de la peau mais plutôt en surface et donc un cuir à fleur rectifiée (c’est-à-dire dont on aurait poncé la surface pour enlever les défauts) est moins résistant).

Ah oui, vous venez de découvrir que l'on pouvait poncer le cuir ? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

Il faut donc la débarrasser des poils, de la chair et de la graisse qui restent (tissus sous cutanés) et des produits de conservation (le sel). Ça se dit en une phrase, mais vraiment ce n’est pas si simple que cela et d'ailleurs, ce n'est pas beau à voir non plus. Je vous explique.

Après avoir rogné la peau (le retaillage), la deuxième étape de la rivière consiste à réhydrater la peau pour la rendre souple, en la plongeant dans un grand bac d’eau claire auquel on aura ajouté un antiseptique. C’est le reverdissage. Et cela représente 80 à 90 m3 d’eau par jour pour une tannerie comme Haas.

Les étapes suivantes (l’épilage et pelanage) ont deux objectifs :

  1. Se débarrasser des poils
  2. Provoquer une légère dégradation des fibres pour augmenter la réactivité du collagène avec les produits tannants

La méthode consiste à mettre les peaux dans une cuve tournante (un foulon) dans laquelle on aura versé une solution alcaline (qu’on appelle “pelain”, d'où le nom de "pelanage" pour parler de cette étape). Sous l’action de la solution et du mouvement du foulon, la peau va gonfler, l’épiderme se dégrader et les poils tomber.

C'est en dégradant l’épiderme qu’on obtient une peau plus souple

À cette étape, le derme n’est pas encore nu. Il reste les tissus sous-cutanés que l’on va supprimer grâce à une machine appelée “une écharneuse”. (Idée pour les cinéphiles : écrire un scénario de film d'horreur se déroulant dans une tannerie. Avec des noms de machine pareils, c'est presque trop facile.)

Après cela, viennent les étapes de “déchaulage, confitage et picklage qui servent à éliminer les agents basiques (la peau est très alcaline) afin d’éviter des réactions lors du tannage qui se déroule en milieu acide.” (citation tirée de l’excellent blog de la marque Jacques&Déméter).

Ce travail de rivière dure un mois environ. Oui, c’est long. Cela permet de passer d’un “cuir en poil” à un “cuir en tripe”.

Le tannage : de cuir en tripe au cuir tout court.

cuir peaux tannerie travail rivière

Le cuir après le travail de rivière.

Le rôle du tannage est de rendre la peau imputrescible (c’est-à-dire “insensible au gonflement et au séchage, et non transformable en gélatine par l'eau bouillante” Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux, 1947).

C’est véritablement ici que le “cuir en tripe” se transforme en cuir avec les propriétés qu’on lui connaît : en particulier souple et plastique (c’est-à-dire qu’il peut être mis en forme).

On obtient cette transformation en milieu aqueux, par la combinaison de la matière tannante (= les tanins) avec certains groupes d’atomes de la molécule de collagène.

Quand vous achèterez des chaussures, le vendeur pourra vous révéler la manière dont le cuir a été tanné, ou plutôt l’origine des tanins employés dans ce travail : tannage végétal ou tannage au chrome ?

Instant "Le saviez-vous ?" n°3 :

Le tanin est une substance organique contenue dans de nombreux végétaux. La fonction des tanins est de protéger contre les parasites.

Le tannage végétal

C’est la manière ancestrale de procéder. Cela demande encore plus de patience : en effet, cela peut prendre de 3 mois environ à un an et demi.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Il s’agit de mettre en contact les peaux avec des agents tannants végétaux, dans des différentes cuves avec des concentrations de solution tannique plus ou moins denses.

tannage végétal weston ouvriers

Tannerie Weston, le 13 janvier 2016.

Deux avantages au tannage végétal :

  1. Cela permet de produire un cuir qui ne génère pas d’allergies...
  2. ...ni ne sera nocif pour l’environnement (à cela près qu’il consomme, là encore, beaucoup d’eau).

Le cuir tanné végétalement est employé par certaines grandes maisons (Weston en tête) pour les semelles de leurs chaussures. C’est parce que ces cuirs absorbent mieux l’humidité. Ils sont donc également beaucoup utilisés pour les vêtements de protection : tabliers de forgeron, sellerie etc.

Le tannage au chrome

Il se passe dans ces foulons (sortes de gros tambours de machine à laver) dans lesquels on charge les peaux avec du sulfate de chrome dissout dans de l’eau.

Ensuite, les sels de chrome sont fixés sur la peau grâce à du bicarbonate de soude. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il se passe une réaction puissante entre les fibres de la peau et ces sels basiques de chrome pour donner un cuir hautement résistant.

Le tannage au chrome est le plus répandu : près de 85% des peaux tannées dans le monde le sont avec des sels de chrome.

foulons tannerie ouvrier

Fameux foulons rotatifs dans lesquels la solution alcaline est ajoutée.

Les raisons à cela sont multiples. Il est :

  • Peu coûteux ;
  • Simple à mettre en place ;
  • Rapide.

Attention aux raccourcis ! Ce n’est pas parce que c’est rapide et moins coûteux que cela génère des cuirs de mauvaise qualité. C’est très efficace. Le problème principal de ce procédé est qu’il pollue s’il n’est pas bien encadré.

Voilà ce qu’en dit un professionnel de la filière cuir sur le blog Les Cuirs Nomades :

Dans le cas du tannage au chrome, il reste des boues fortement concentrées en sels de chrome (qui est un métal lourd), qui sont nocives et dangereuses lorsqu'elles sont répandues dans l’environnement. Il faut donc les « neutraliser » chimiquement avec de l’oxyde de magnésium, de la chaux ou de la soude. Une fois séchés, les restes ne peuvent être valorisés dans la filière agricole (contrairement aux résidus de tannage végétal) et doivent être entreposés en décharges de classe I pour les déchets présentant un caractère dangereux.

Ce procédé, qui doit respecter certaines normes très strictes suite aux dernières réformes environnementales devient très coûteux en France. Comme dans bien d'autres domaines, les industries préfèrent délocaliser les opérations coûteuses et contraignantes sur le plan légal et font ainsi réaliser le tannage au chrome à l'étranger, souvent dans les pays en voie de développement, pour lesquels les normes écologiques sont moins strictes : problème déplacé mais pas résolu !

Le magazine UFC-Que Choisir a réalisé en 2012 cette vidéo qui montre ce qu’il se passe en Inde par exemple.

Toutefois, quand il est bien fait, le tannage au chrome engendre un cuir d’une grande résistance, comme je l’ai déjà dit. Et qui sera donc très utile pour la confection de chaussures.

tannage chrome wet blue cuir peau degermann

Dans la tannerie Degermann, les peaux ont pris la teinte caractéristique "wet blue" du tannage au chrome.

La solution n’est pas de bannir toutes les chaussures dont le cuir aurait été tanné au chrome, mais plutôt de demander aux marques avec quelles tanneries elles travaillent. En France, on peut faire confiance à Du Puy, Degermann, Annonay, Haas et Roux par exemple.

De manière générale, quand une marque n’indique pas la provenance de son cuir, c’est toujours délibéré. Quand elle investit financièrement dans une matière première de qualité, produite dans le respect du travailleur et ayant peu d’impact sur l’environnement, elle a tout intérêt à le communiquer au consommateur.

Si vous voulez comparer de manière plus approfondie les deux types de tannage, je vous invite à lire cet article de Maxime de Jacques&Déméter.

Mais poursuivons dans cette transformation palpitante du cuir !

Après cette étape de tannage, notre peau est à présent du cuir. Mais ce n’est pas tout à fait fini pour autant.

Vous lisez encore ? Courage, il n’y en a plus pour très longtemps.

Le corroyage

Le but est de donner encore plus de souplesse au cuir !

L’essorage

Il s'agit de passer la peau dans une machine afin d’en extraire un maximum d’eau, dont il a été gorgé depuis le travail de rivière jusqu’à maintenant.

Ça se comprend.

Le triage

Il s’agit de classer les peaux en plusieurs catégories selon leur qualité apparentes, leurs défauts visibles. Cela permet aux tanneries de proposer des gammes différentes de produits. Et, pour les chausseurs, de s’y retrouver dans toute l’offre de cuirs.

D’autres opérations interviennent à ce moment-là : le refendage, le dérayage, le battage, le cylindrage, la mise au vent, le dolage, le lissage (pour lui donner un bel aspect satiné), la teinture (pour donner au cuir la couleur du produit fini) et le nourrissage.

Le nourrissage, justement

On va lui donner un petit peu à manger à ce cuir, parce qu’après toutes ces transformations physiques, il doit être affamé. Son repas préféré ? De la graisse (de l’huile de poisson par exemple ou du suif (graisse d’animal herbivore)).

cuir gras horween tannerie

Chez l'Américain Horween Leather Company, c'est l'heure de passer à table ! Yummy

C’est pour donner encore plus de souplesse et ajuster son niveau d’imperméabilité : autour de 6% de son poids en graisse, c’est un cuir plutôt dans la norme pour une paire de chaussures. Et au-dessus de 20%, c’est un cuir considéré comme gras. Que l’on retrouve sur des chaussures et bottines d’hiver, principalement car cette saturation en graisse fait qu’ils sont plus imperméables. Avec de tels cuirs, vous pouvez sauter à pied joint dans un mètre de neige, c'est même pas grave.

Le cuir est finalement laissé à sécher.

C’est prêt !

Enfin presque.

Oui, j’ai menti éhontément.

Mais c’est là que cela devient encore plus intéressant. Car il se joue ici l’aspect final du cuir et, bien comprendre les opérations que l’on aura effectuées pour modifier l’aspect de celui-ci, c’est pouvoir mieux apprécier le rapport qualité/prix.

Le finissage

Après séchage, le cuir n’est pas réellement fini : il est encore fragile d’une part et, d’autre part, il peut encore comporter quelques défauts (rappelez-vous les conditions d’élevage notamment qui peuvent se rappeler à notre bon souvenir).

Pouvoir quasi-démiurgique du tanneur, il peut alors choisir de rectifier le cuir (ou non) en fonction de la présence (ou non) de défauts. Et donc, il peut choisir (ou non) de nous flouer un petit peu. Enfin, c'est plutôt le chausseur qui aura ce choix en fonction du prix de vente de sa paire de chaussures.

Les 5 finitions différentes possibles :

  1. Croûte de cuir pigmentée : On a poncé le cuir jusqu’à la chair. Autant dire que ça ne lui fait pas que du bien. On va ensuite lisser cette croûte, lui donner l’aspect de la fleur par empreinte, et l’enduire d’une épaisse couche opaque. C’est évidemment un point d’absolue vigilance à avoir en tant que consommateur. Bas de gamme et peu résistante cette croûte. Ce n'est d'ailleurs même pas du cuir légalement.
    croûte de cuir grainé marron

    Croûte de cuir. Aspect grossier, faible résistance. Le mauvais choix pour une paire de chaussures.

  2. Cuir fleur rectifié : On a poncé aussi, mais moins profondément. Si bien qu'on est resté dans le derme. On a également appliqué une couche protectrice capable de dissimuler les défauts qui restent.

    Trop lisse et trop brillant. Voilà un cuir bookbindé, c'est à dire enduit de plastique. c'est bien pour la pluie mais ça vieillit assez mal.

  3. Cuir pleine fleur pigmenté : Tout le derme a été conservé. On a masqué les défauts qui subsistaient avec une couche fine de coloration pigmentaire. C’est un cuir acceptable pour du moyen de gamme.
  4. Cuir pleine fleur aniline : Cuir sans défaut apparent. On a bien sûr toute l’épaisseur de cuir. Un vernis de fixation incolore a pu être appliqué à des fins d’embellissement (= aniline, enfin c'est un abus de langage puisqu'on n'emploie plus ce composé organique). Un cuir à privilégier pour vos souliers !
    chaussure cuir marron cap toe

    Edward Green. On voit le grain, on voit vraiment le cuir. C'est beau.

  5. Le nubuck/veau velours : nubuck : très léger ponçage côté fleur n’ayant pas pour but de cacher les défauts. S’il y en a, ils se verront. Cela donne un aspect velouté au cuir. Veau velours : même chose mais côté chair.
    perforation soulier nubuck marron

    Veau Nubuck Jacques&Déméter

desert boots semelle crepe marron

Veau Velours de chez Septième Largeur

Bien évidemment, les meilleurs souliers sont faits dans des cuirs pleine fleur aniline. Je me répète, mais ça vaut le coup.

À ce stade, si l'on veut, on peut donner du grain à la peau. Ce sont les fameux cuirs grainés qui sont obtenus de manière mécanique : c’est un motif qui est imprimé sur le cuir au moyen d’une presse.

Et non, ces cuirs n’existent pas dans la nature ! Avez-vous déjà vu un veau grainé dans son pré ? Moi jamais et je viens de plus profond de la campagne charentaise.

Ouah, il en fallait des étapes pour produire du cuir.

Et, à présent que vous savez toutes ces choses, vous devriez les garder en tête la prochaine fois que vous irez en magasin. D'ailleurs pourquoi ne pas y aller dès que vous aurez un moment juste pour voir, toucher, tester vos connaissances (et celle du vendeur ou de la vendeuse).

"De quelle tannerie provient ce cuir ?

Comment a-t-il été tanné ?

C'est du nubuk ou du veau velours ?"

À ce moment-là, j'aimerais beaucoup être sur votre épaule, tel Jiminy Cricket.

Et maintenant, Mesdames et Messieurs, la chaussure peut se construire !

Artisan travaillant chaussure

Yohei Fukuda (crédits photo The Armoury)

Dans le détail, fabriquer une paire de chaussure va bien sûr dépendre du type de soulier souhaité (derby, richelieu, loafers etc.), de son esthétique particulière (perforations, veau velours, cap toe etc.) et du montage (Rapide/Blake, GoodYear, Norvégien etc.).

Selon tous ces paramètres et selon que la paire de chaussure sera faite entièrement à la main ou non, les interventions sur une paire de chaussures varient entre 70 et 400 environ.

Je ne crois qu'il faille entrer dans toutes ces étapes pour vous permettre de bien acheter votre prochaine paire de chaussures. (L'article de Maxime, de Jacques&Déméter, le fait très bien cela dit. C'est une lecture intéressante pour qui veut creuser le sujet.)

Toutefois, il y a une chose qu’il faut savoir par-dessus tout : comment la peau devenue cuir est-elle découpée ?

Voici un schéma montrant, sur un derby, toutes les parties de la chaussure, pièces indépendantes qu'il faut découper dans la peau entière et assembler en les cousant.

La semelle :

schéma semelle montage goodyear

Sur un montage GoodYear

La tige :

schéma montage tige chaussure anatomie

À partir du patronage et donc de l'esthétique dont je parlais ci-dessus, le coupeur va lever (c'est-à-dire découper) les pièces de cuir nécessaires qu'il faudra ensuite assembler. Mais il ne découpe pas n'importe comment dans la peau. Comme avec le selvedge dont Nicolò nous a récemment parlé, il convient bien sûr d'optimiser au maximum l'utilisation de la peau pour ne rien gaspiller de celle-ci. Je rappelle que le cuir, par tout le soin qu'il faut apporter à sa production, est une matière première des plus chères.

Toutefois, contrairement au denim, le découpeur va devoir faire attention au prêtant du cuir. C'est sa capacité ou non à se détendre, et dans quel sens. L'enjeu est d'assembler les pièces de le bon sens, pour que le prêtant serve le porteur : c'est pour cela qu'une chaussure peut être serrée en largeur car le prêtant jouera dans la détente du cuir, mais qu'une chaussure ne se détendra pas en longueur.

Mais il y a encore autre chose. Un arbitrage que le coupeur va devoir faire selon le prix final de la chaussure.

Voyez plutôt.

schéma peau cuir animal flanc collet croupon découpe

Voilà la peau de l'animal transformée en cuir. À l'avant, il y avait la tête, les quatre pattes à chaque extrémité.

Il ne s'agit pas, à partir de cette peau, de simplement optimiser la découpe en resserrant au maximum entre elles les pièces que l'on veut lever. Il faut encore savoir dans quelle partie on veut voir découpée telle pièce.

Car toutes ces parties n'ont pas la même qualité intrinsèque.

On distingue trois parties sur cette peau :

  1. Les flancs, sur les côtés. A cet endroit la peau sera distendue car elle recouvre le ventre. Elle aura peut-être aussi pris des coups de corne, des éraflures de fils barbelés, réceptionné le saillant d'un boulon dépassant de la tôle de la structure abritant le troupeau. Ainsi, cette partie n'est pas homogène et elle peut très bien donner un mauvais cuir, ce qu'on appelle un "cuir creux", c'est-à-dire plus faible.
  2. Le collet. Il s'agit de la partie qui recouvrait le cou. C'est un peu pareil que celle des flancs, même si elle aura été mieux préservée normalement, moins distendue. Mais ce n'est pas une science exacte. C'est un endroit de la bête quand même vulnérable, exposé et cela ne donnera pas le meilleur cuir assurément.
  3. Le croupon. La partie recouvrant le dos et la croupe de l'animal. Comme on peut s'en douter, c'est la partie la plus sûre pour fabriquer la tige de la chaussure, puisqu'elle aura été épargnée par les aléas de la vie en troupeau. Elle sera épaisse et régulière. Assouplie par le tanneur, elle sera un cuir de très bonne qualité.

Ainsi, à cette étape de la fabrication de la chaussure, le prix du produit fini peut très vite grimper. Le chausseur dont l'exigence de qualité sera poussé au plus extrême n'utilisera que le croupon pour fabriquer ses chaussures. Cela lui garantira une chaussure durable et belle et réduira à rien les probabilités que ses paires comportent des défauts.

Toutefois, il lui faudra plus de peau pour fabriquer une paire de chaussures. Puisqu'il n'en utilise qu'une petite partie. Et cela, il le répercutera naturellement sur le prix final de son produit. Voilà qui peut expliquer en grande partie les écarts entre deux paires de chaussures qui, dans la structure, le montage, le soin apporté aux renforts, aux doublure sont pratiquement similaires. C'est bien le cuir qui fait la majeure partie de la différence.

Il faut y être particulièrement attentif.

Oxford bordeaux bout glacé

Une croûte de cuir tout ce qu'il y a de plus vilain... Je plaisante bien sûr. Mais vous le saviez ! (Création de Yohei Fukuda)

À ce titre, je voudrais vous parler davantage de ce qu'on appelle les cuirs creux.

Il arrive que certaines peaux ne soient pas homogènes (les flancs, le collet), qu'elles présentent des différences fondamentales d'épaisseur et de densité des fibres de collagènes qui font la résistance d'une peau. Bref, certains endroits de la peau peuvent être “pleins”, c’est-à-dire fermes et serrés, et certains autres peuvent être “creux”, c’est-à-dire à l’inverse plus mous, avec moins de tenue.

Lorsqu'un fabricant décide de découper certaines parties de la chaussure dans le collet ou les flancs (je pense par exemple aux garants de la chaussure), s'il est honnête, le fera dans le but de ne pas trop faire gonfler le prix final de la paire de chaussures qu'il aura fixé en fonction de son positionnement sur le marché, bref de sa stratégie commerciale.

Il pourra alors arriver à ce chausseur honnête de retrouver dans son offre des produits qui présenteront un cuir creux, qui sera passé malgré la vigilance du contrôle qualité. Avec un œil entraîné, un cuir creux se remarque assez bien et il y a des chances pour que, dans votre vie, vous ayez déjà acheté pareil cuir.

Voilà à quoi il ressemble.

chaussure plis creux marron

Pris sur le forum Depiedencap. Ces plis sur cette partie de la chaussure ne sont pas normaux. Le cuir est trop fin, trop faible, il se désolidarise de la doublure.

En repliant le cuir sur lui-même cela va devenir encore plus flagrant à l'œil.

Si vous le remarquez sur une paire de chaussure, peu importe son âge, je vous recommande de la rapporter à votre chausseur pour qu'il constate le défaut. Attention cependant à ne pas voir dans le moindre défaut l'œuvre malfaisante d'un cuir creux et la tentative supposée de dissimulation du chausseur. Parfois un cuir peut être un peu faible sans être vraiment creux. L'arbitrage dépendra du prix auquel vous avez payé la paire de chaussures...

Mais on verra tout cela dans la deuxième partie de ce dossier surtout.

Le mot de la fin...

Passer d'un animal bien vivant au cuir de vos chaussures est un processus long, fastidieux qui requiert beaucoup de maîtrise et de patience. Si ce parcours de transformation est bien fait, il peut conduire à la production d'un cuir de superbe qualité, obtenu dans le respect de lois fondamentales d'éthique.

À titre personnel, je préfère être sûr de la provenance d'un cuir. Il me semble que chacun a une responsabilité ici. Je veux bien sûr parler des conditions de travail des ouvriers qui tannent le cuir et de la manière dont les bêtes sont élevées et abattues. Soyons vigilants et récompensons le travail de ceux qui le méritent.

Voilà pourquoi on dit qu'on investit sur des chaussures en cuir. Mieux vaut économiser pour des chaussures bien faites.

Quand on voit toute la technique, le temps et l'art qu'il faut pour réaliser une belle paire de souliers, ce n'est pas étonnant que tant de personnes deviennent calcéophiles.

Dans le deuxième volet de ce dossier, nous regarderons de plus près à quoi ressemble un vrai beau cuir sur un produit fini et répondrons à des questions comme : est-ce que c'est normal d'avoir des plis de marche ?

Attendez, je vérifie.

costume bleu chapeau bordeaux

Je peux lire l'avenir dans les plis de mon cuir bookbindé.

La réponse, c'est par ici : Comment reconnaître qu'une paire de chaussures va vous durer ?

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  • Nicolò – BonneGueule

    Pas de cuir creux pour moi sur les premières photos, juste des imperfections 🙂

    Sur le second peut-être.

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Encheynd !

    Certes, mais si demain tout le monde arrêtait de consommer de la viande, le prix du cuir serait si élevé qu’il de viendrait probablement comparable à celui du cuir d’aligator. On parlerait de blousons à des dizaines de milliers d’euros, et de chaussures tout aussi chères.

    Ca deviendrait une toute autre industrie, beaucoup plus comparable à celle de la fourrure du coup.

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Noar !

    Bonne question. Certains sont juste de légères faiblesses, et d’autres sont de simples zones creuses.

    Dans mon expérience, tannage 100% végétal a tendance à rendre les imperfections plus visibles aussi, donc je ferais preuve d’indulgence.

    Par contre tu vois, la zone vraiment frippée près de la semelle, ça c’est creux ça passe pas.

    Mais encore faut il savoir ce qu’il y aura sur les autres paires. Là ce n’est que la paire prise en photo par l’Exception, il faut savoir que chaque paire sera un peu différente…

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Simon,

    Merci pour ton commentaire.

    Eh bien, la différence entre les deux est ténue et, sur la longueur, je ne dirais pas que l’un tient mieux que l’autre. Cela étant dit, le nubuck, résultat d’un fin ponçage côté fleur (comme tu le dis bien) nécessite une peau de qualité, avec peu de défauts visibles.

    Le veau velours, résultat d’un ponçage côté chair (d’une peau qui a d’ailleurs pu être refendue), se préoccupe moins de ces défauts de surface puisque invisibles de ce côté.

    Mais cela ne signifie pas que le veau velours soit moins qualitatif, c’est un procédé différent qui arrive à un résultat très satisfaisant avec une matière première qui peut ne pas être la plus satisfaisante. Le nubuck doit, lui, obligatoirement résulter d’une peau impeccable.

    Pas de problème d’entretien avec le cuir pleine fleur pigmentée contrairement au cuir rectifié qui ne laisse rien passer, oui.

    À bientôt !

  • Jordan – BonneGueule

    Hello Canard49 !

    Je te remercie pour tes compliments. Content que tu aies aimé ce contenu.

    Les peaux bleues que tu as vues sont appelées « wet blue ». C’est le résultat du tannage au chrome. Après cela, on va teinter et nourrir le cuir.

    À bientôt !

  • Canard49

    Comme tout le monde, je trouve l’article vraiment très bien. J’apprécie à la fois le côté technique et l’angle sur les conditions de production.
    Bravo

    Pour avoir visité une tannerie, je confirme le côté « film d’horreur » des lieux (l’écharneuse vue du dessus, ça impressionne, l’odeur ajoutant beaucoup à cet effet: les peaux brutes initiales et les produits de traitement sentent très très fort).

    J’y ai vu des peaux, après le travail en rivière, bleues. Qu’est ce?

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Tib,

    Merci pour ce partage de connaissance. Je crois que les anglais ne sont pas mal non plus 😉

  • Jordan – BonneGueule

    On est d’accord !

    Merci d’avoir partagé ton point de vue Florian. 😉

  • Jordan – BonneGueule

    Je t’en prie ! Curieux de savoir comment on danse en Caulaincourt 😉 Ça peut leur inspirer une campagne de publicité si Alexis Lafont, le fondateur, nous lit !

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Chris !

    Merci beaucoup pour ton commentaire. N’hésite pas à partager ton expérience des beaux souliers, notamment dans les articles qui vont sortir.

    Mon ambition est véritablement de construire un guide d’achat pour comprendre ce qui fait la qualité d’une chaussure et donc que, confronté à cette offre dont tu parles, un néophyte pourra pointer du doigt très rapidement ce qui ne va pas et évaluer le rapport qualité/prix.

    Merci encore 😉

  • Nicolas Duclos

    Merci pour cette réponse précise et ultra rapide.
    Étant danseur et donc en recherche de beaux souliers légers et souples, ça pourrait néanmoins m’intéresser…

  • Jordan – BonneGueule

    Le cousu Bolognais est proche du Blake. Voilà un schéma :
    http://img.xooimage.com/files43/4/1/b/bolognese_red-1a14318.jpg

    La différence, c’est qu’il n’y a pas de première de montage et que donc cela rend la chaussure plus souple ! C’est donc très confortable. Le problème, c’est que c’est moins durable.

  • Jordan – BonneGueule

    Hello Florian,

    Merci pour ton commentaire. Pour tout te dire, je ne suis pas très fan de ce mot-là non plus utilisé dans ce contexte. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit : une opération de récupération d’un déchet produit par une industrie. Si on s’arrêtait de consommer de la viande, le cuir deviendrait extrêmement rare et on développerait encore davantage les alternatives pour nous chausser. En tout cas, j’ai cette naïveté de le penser.

    Pour ce qui est des cuirs exotiques, ce n’est pas mon propos ici, je ne parle que de cuir de veau. Et pour évoquer avec toi les conditions d’abattage et d’élevage en Inde notamment, je l’ai moi-même relayé dans cet article. Je conseille de privilégier le local, le vérifiable.

    Encore merci pour ton commentaire Florian !

  • Florian Husquinet

    « Et, disons-le tout de suite, la vente des peaux par les abattoirs sont une forme de recyclage puisque la finalité première de l’élevage de n’est pas la filière cuir, mais le marché de l’alimentation. »

    Je ne suis pas très fan du mot recyclage. Le cuir est entièrement pris en compte dans le processus d’abattage pour maximiser le profit de toute l’industrie. On est loin d’une action éthique et éco-responsable comme l’est le recyclage (ou devrait l’être en tout cas).

    Ce n’est que mon avis mais cette formulation permet un peu de se dire « c’est pas grave, ces animaux seront tués de toute façon » alors que chaque demande (la viande et le cuir) fait augmenter la production et ce au détriment des animaux, des humains qui sont dans l’industrie et de la planète qui en souffre.

    Cela dépend aussi de l’animal et de la provenance de celui-ci. Certains cuirs plus exotiques peuvent avoir une valeur plus grande que le reste de l’animal, et est donc tué principalement pour son cuir. Ce sont des cas rares mais ils existent encore.
    Certaines sources citent aussi le cuir indien qui viendrait de l’industrie du lait. Dans ce cas la ce sont des animaux assez vieux qui sont tués, leur valeur vient principalement du cuir (de mauvaise qualité)…

    J’aimerai citer des chiffres et des sources précises mais malheureusement l’industrie est assez opaque (et pas super friendly comme a pu le constater les journalistes de Cash investigation…).
    Au final le choix revient à l’acheteur, personnellement je ne suis pas à l’aise avec le fait d’être responsable de la mort d’un animal, que ce soit pour sa viande ou pour son cuir. Il y a toutefois de plus en plus d’alternatives comme le cuir recyclé, le cuir d’ananas ou même le cuir disponible en seconde main (comme sur eBay, grailed ou en frippe).

    (Je tiens à préciser que mon but n’est pas de lancer un débat ni d’émettre un jugement, je tenais juste à exprimer mon avis sur cet article qui est d’ailleurs très instructif et rentre dans les détails. Je sais aussi que ce sujet sort un peu du scope de Bonne Gueule, mais bon, les commentaires sont aussi la pour ça 🙂 )

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Nicolas,

    Belle philosophie. Le consommer moins mais mieux dans toute sa splendeur !

    Caulaincourt, je ne saurais vraiment me prononcer. Je trouve dommage que le choix du Blake ait majoritairement été fait (même si j’ai constaté du stormwelt notamment). Cela affine la chaussure, certes, et la rend plus confortable plus vite, mais cela empêche d’en faire des chaussures vraiment durables. C’est fait en France, c’est un bon point, mais je ne sais pas où, je ne connais pas la provenance du cuir, ni comment il vieillit. Plutôt bien de ce que j’ai pu lire sur les forum, sans toutefois avoir pu le constater moi-même.

    L’esthétique particulière est à l’appréciation de chacun mais je trouve personnellement que beaucoup de modèles sont assez réussis, même si on tombe parfois dans du néo-dandy qui a moins ma préférence.

    Donne-nous des nouvelles si tu sautes le pas ! 😉

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Nicolas,

    Oui, surtout si cela concerne la largeur de la chaussure !

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Gouhouf,

    Merci beaucoup pour ton témoignage.

    Première réaction : p-e que le montage y est pour quelque chose. Même si c’est moins durable, p-e tenter du Blake ? C’est d’ailleurs peut-être le cas sur les Cookson, non ?

    Deuxième réaction : la rigidité de la semelle est une chose, mais la forme de la chaussure en est une autre. Sais-tu si tu as le pied large/fin, coup de pied fort ou non, longueur, voûte plantaire plate ? Un bon diagnostic te permettrait de trouver la forme idéale qui permettrait à ton pied d’être plus à l’aise. Tu peux aller chez Weston pour déterminer la largeur qu’il te faut et, si le budget est trop élevé, tu peux ensuite te rendre chez un autre chaussure en demandant la largeur du modèle qui t’intéresse.

    Troisième réaction : je comprends que tu aies du mal à franchir le pas des Heschung, c’est cher effectivement. Je comprends d’autant mieux que je n’ai jamais vraiment franchi ce cap non plus. Economise quelques mois pour que ça fasse moins mal. Pour un bon produit, on se souvient de sa qualité, pas de son prix.

    Merci encore Gouhouf !

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Caspian !

    Merci, pour ces nouveaux encouragements. La suite devrait te plaire, je pense.

    😉

  • Jordan – BonneGueule

    Bonjour Flo,

    C’est du veau français apparemment, mais pas d’indication sur la tannerie en question. Mais c’est une question que tu peux poser au service client de Meermin ! 😉

    Merci beaucoup et à bientôt

  • flo

    Bonjour j’ai acquis des meermin :
    https://www.meermin.es/en/10148716240000he-24-101487-chestnut-country-calf-e-titan.html

    J’aimerais savoir si vous connaissez plus de détail sur le cuir utilisé.
    Merci et beau boulot encore une fois !

  • Jordan – BonneGueule

    Merci d’avoir partagé ton sentiment Romain. Tant que le débat sera cordial, il aura toujours sa place chez BonneGueule !

  • Jordan – BonneGueule

    Hello Lâm,

    Si, si, bien sûr, dans l’absolu. Jusqu’à ce qu’une nouvelle révélation incrimine tel ou tel abattoir par exemple. Mais on va dans le bon sens.

    Il faut faire confiance aux acteurs du secteur que je cite dans l’article. Et surtout, poser toutes les questions possibles aux chausseurs ! 😉

  • Jordan – BonneGueule

    Salut Romain,

    Merci pour les remarques sur la qualité de l’article. Et merci de partager tes réflexions.

    En revanche, je dois dire que je suis absolument contre ce parallèle que tu fais avec le viol et le consentement. Je comprends qu’il s’agisse d’une provocation dans le but d’appuyer ton propos (dont je comprends le fil de réflexion) mais c’est pour moi une analogie bancale. Je m’explique : sans vouloir entrer dans un débat philosophique, « un être doué de sensibilité » n’est pas l’équivalent de « un être conscient ». Le premier désigne la capacité pour un être de percevoir grâce à ses sens, tandis que le deuxième correspond à l’appréhension de ce qui se passe en lui-même et dehors de lui-même. Le parallèle ne tient pas du coup.

    Et, pour finir par un argument plus terre à terre, les veaux ne sont pas tués dans le but de fabriquer des paires de chaussures. Mais pour le marché de l’alimentation. Autrement dit, est-il vraiment cynique de réclamer de bonnes conditions d’élevage et d’abattage afin d’obtenir du cuir de qualité, pour des animaux qui le seront de toute manière afin de répondre à la demande du marché de l’alimentation ?

    Merci encore pour ton intervention Romain !

  • Nico

    Oui oui, j’ai compris par la suite, je le remettais pas (plus) en question. Haha

  • David – BonneGueule

    Jordan parle bien des garants:
    « Lorsqu’un fabricant décide de découper certaines parties de la chaussure dans le collet ou les flancs (je pense par exemple aux garants de la chaussure) » –> quand un fabricant découpe les garants d’une chaussure dans le collet ou les flancs 🙂

  • David – BonneGueule

    Hello Lâm,

    Merci pour ton message !

    Evidemment, on ne peut pas condamner tout un pays sur la base d’un ou deux cas particuliers ^^
    Sinon on peut te trouver quelques scandales par pays de confection, et à partir de là tu ne t’habilles plus du tout !

  • David – BonneGueule

    Merci pour ton retour Nico !

    Pour ton NB, je ne connais pas de partie d’un soulier qui s’appelle « géant » mais des « garants » si ^^

  • David – BonneGueule

    L’important est qu’elles te plaisent à toi 🙂

  • Fabrice

    Ben moi je t’avoue que ça fait 15 ans que je cherche et que j’ai trouvé personne d’autre que moi à qui elles plaisent donc relax ah ah ah

  • David – BonneGueule

    Ce n’est pas du tout mon style je t’avouerais ^^

  • David – BonneGueule

    Merci pour ton commentaire Jeff !

    Cela demande un peu plus de temps et d’énergie pour dénicher des souliers de seconde main (c’est plus un truc de connaisseur : il faut bien connaître sa pointure, les last et pointures de chaque marque, etc), même si oui, c’est une bonne option 🙂

  • David – BonneGueule

    Hello Fabrice,

    Merci pour ton commentaire 😉

  • Jeff Gd

    A noter que si on recherche un beau cuir il est mille fois plus intéressant de chercher des paires vintage ou vieilles de dix ans : c’est écolo et le cuir sera de meilleure qualité que ce que la marque (si elle existe encore) propose aujourd’hui.
    Le second choix d’il y a vingt ans c’est le premier choix d’aujourd’hui… (quand on apprend que C&J et Carmina se servent, comme pratiquement tous leurs concurrent, de cuirs refendus pour le veau velours ça fâche un peu !)

  • Fabrice

    Encore un article de référence 🙂
    Amis lecteurs, préparez vous à mettre 430€ dans des boots dignes de C&J, avec le sentiment (justifié) de faire un excellent deal ahahah