Notre guide complet de la cravate : comment la choisir, la nouer et la porter (+ surprise à la fin)

Temps de lecture : 32 minutes

cravates camouflage cachemire fond gris

Il faut voir les choses en face : la cravate ne sert à rien.

Elle ne protège pas contre le froid, n’empêche pas la pluie de mouiller, ne tient pas chaud, ne retient pas votre pantalon de tomber.

Elle est tout juste bonne à faire un garrot, en cas de saignement abondant. Mais bon, il est peu probable que ça vous arrive dans la vraie vie. La dernière fois que j'ai dû le faire, c'était dans les steppes pontiques de Mongolie, avec une soie lourde de la maison Charvet. Vous ne voulez pas que ça vous arrive.

Ainsi, la cravate n’est pas pratique.

Et, sachant que le nouveau vestiaire de l'homme est plutôt acquis au confort, à la décontraction -désormais érigé en principe de bon sens- et à la performance, a-t-on encore besoin d'elle ? De plus en plus, les montres sont connectées, les jeans sont stretch. Et les chemises n’ont plus de col, ni de boutons pour les fermer, bref je crois bien qu'on appelle ça t-shirts.

Alors pourquoi porter la cravate ? Pourquoi vous intéressez-vous à elle au juste ?

Bien sûr, la cravate est sociale mais est-ce tout ce qu’elle est ? Pourquoi ceux qui veulent bien s’habiller veulent apprendre à bien porter la cravate ?

Pourquoi faut-il savoir bien porter la cravate ?

cravate drake's costume pochette

"Et alors petit, on veut apprendre à porter la cravate comme un boss ?" Lookbook de Drake's avec Jason Jules.

Il existe plusieurs sensibilités.

De nombreux hommes portent la cravate quand on leur dit de la porter mais n’en retirent aucun plaisir. Ils la portent quand il faut jouer un rôle : un entretien d’embauche, un mariage, quelque chose d’officiel. Hommes de terrain plutôt, ils se revendiquent comme des êtres pragmatiques, n’aiment pas le superflu et assimilent la recherche esthétique à une perte de temps.

Ainsi, quand ces moments-là viennent dans leur vie, ils n’ont qu’à tendre le bras pour décrocher d’un cintre l'unique cravate qu'ils possèdent et dont le nœud n’est pas défait et la passent autour de leur cou “comme on fait une corde” (Balzac dans le Traité de la cravate). Et je dirais comme Balzac que ces personnes-là “ne sentent, ni ne comprennent” la cravate. Ce n’est pas grave du tout et la cravate ne sera pas pour eux.

Il y a aussi ceux qui la portent au travail parce que c’est la norme et que, au quotidien, ils veulent dire à leur patron : “je fais partie du club.” Là, le port de la cravate est un acte de validation de l’ordre établi, de revendication d’appartenance à un groupe. C’est aussi, dans leur esprit, un symbole associé au pouvoir. Pour eux, c’est la représentation vestimentaire de l’ambition.

C’est ainsi plus des imitateurs qui comprennent la portée statutaire de la cravate sans pour autant saisir tout ce qu’elle a de romantique et de sublime.

Cependant ceux-là sont en mesure de porter la cravate de manière correcte. Et souvent, ils cherchent à apprendre comment la porter et nous, chez BonneGueule, nous les accueillons à bras ouverts.

cravate gris thom browne

La cravate de bureau. L'armée de Thom Browne (Crédits Photo Le 21ème - Adam Katz)

Il y a ceux qui prennent un plaisir immense à nouer leur cravate et à la montrer à la terre entière. Ils embrassent chaque occasion de la porter comme celle de prouver à tous qu’ils ont la science nécessaire pour battre tout le monde au grand jeu de l’élégance.

Sauf que, souvent, ils prennent trop de soin dans l’arrangement de leur tenue dont la cravate est la raison d’être. Comme s'ils croyaient qu’il suffisait d'appuyer sur certains boutons pour activer toute la puissance d’élégance. Mais l'élégance n'est pas une combinaison secrète de touches pour envoyer une méchante prise sur Tekken.

Ceux-là emprisonnent la cravate dans un carcan de règles qui font ternir son éclat, par trop de soin et d’affectation. Certains des plus fanatiques se livrent à des compétitions de nœuds farfelus, comme le eldredge ou le trinité (n'allez pas voir sur Google Images je vous en supplie !), qui sont d’une précision qui va mal avec l’essence même de la cravate. Vouloir voir la cravate sous l’angle de la technique d’exécution de son nœud, c’est comme juger la beauté du nuage à sa capacité à être bien symétrique.

Les derniers sont ceux qui sentent la cravate comme un objet sublime et romantique. Ils comprennent qu’elle tient plutôt du foulard, qu’elle doit jaillir du col et retomber comme une cascade de soie sur le torse. Et si, parfois, elle est mal mise, qu’elle est sur l’épaule, qu’elle vrille au vent violent, alors c’est tant mieux.

Crédit Photo : Jaiperdumaveste (le talentueux Nabile Quenum que nous regretterons)

Tout cela étant dit, je pense que chacun de ces archétypes peut porter la cravate correctement. À part le tout premier groupe peut-être.

Chacun, pourvu qu'il en ait envie, peut apprendre les bases pour porter correctement la cravate. La suite, en revanche, c’est-à-dire la porter avec grâce et naturel, n’est pas donné à tout le monde.

Toute la différence entre celui qui sait porter une cravate comme une extension de lui-même et celui qui la subit autour de son cou comme un singe sur les épaules est que le premier a compris sa nature profonde. Et c'est pour cela que je vais à présent vous parler de la naissance de la cravate.

Pas de cours d’histoire. J’en serais bien incapable d’abord. Et puis, je ne pense pas que cela vous aide véritablement à dompter cet élément de style.

En revanche, il me paraît nécessaire de comprendre l’essence esthétique de cet accessoire. Et, pour cela, il faut se pencher sur le pourquoi de sa naissance.

Ce qu’il faut savoir avant de porter une cravate

La cravate est relativement neuve dans le vestiaire de l’homme. Pour une raison assez simple en fait, c’est que, avant la Révolution Française, la hiérarchie sociale s’exprimant par des tenues très codifiées, on n’avait pas besoin d’elle.

D’un coup d’œil, il était possible d’avoir une idée précise de l’origine sociale d’une personne.

Et puis, la Révolution Française provoque le séisme social que l’on sait et les hommes sont désormais égaux. Les distinctions vestimentaires n’ont plus cours. Les hommes se ressemblent tous, portent le même costume. Alors comment se démarquer tout de même, montrer son goût, se distinguer subtilement ? C’est ainsi que la cravate se démocratise.

Ce que l'homme porte en 1836. Je cite "Cravate de soie à carreaux".

Si le luxe de l’étoffe et son motif peuvent encore trahir l’appartenance à un rang, son tombé, la richesse des couleurs employées, la texture et surtout la manière dont on l’aura intégrée dans la tenue induisent un nouveau jeu : l’expression d’un style personnel.

Pour Balzac (Traité de la cravate, 1830) : “de votre chapeau, de votre habit, de vos bottes, tout le mérite revient au chapelier, au tailleur, au bottier, qui vous les ont livrés dans tout leur éclat ; vous n'y avez rien mis du vôtre. Mais, pour la cravate, vous n'avez ni aide ni appui ; vous êtes abandonné à vous-même ; c'est en vous qu'il faut trouver toutes vos ressources.”

En 1830, la cravate n’est pas accessoire. Elle fait partie de la tenue de l'homme élégant. Mais il reste vrai que, à notre époque où les costumes sont souvent noirs ou bien bleus ou bien gris, le seul choix de la cravate et de son association est tout aussi révélateur.

Ce qui me permet d’ajouter une précision : il faut bien voir que ce n’est pas en elle-même que la cravate est élégante. Une cravate seule, suspendue à un cintre, est comme un mot d’amour qui ne serait pas parvenu aux yeux de l’être aimé. S’il est beau en lui-même, ce mot, il manque sa cible en n’étant pas lu et ne sera donc jamais tout à fait achevé.

Mais cela semble contre-intuitif à notre époque. Je m’explique : il m’est arrivé de rencontrer des personnes qui considéraient qu’un homme était élégant du simple fait qu’il portait une cravate. Mais l’élégance n’est pas une équation mathématique ! Est-ce qu’on mesure la beauté d’un tableau au nombre de couches de gouache ou de coups de pinceau ?

cravate rayures chemise rayures pochette blanche

Shuhei Nishiguchi sait comment intégrer ses cravates à ses tenues.

La cravate est plutôt, comme la note discrète qui fait basculer un accord du banal au sublime. Dans Creep de Radiohead, c’est le si bémol qui fait glisser la tonalité du sol majeur vers le mineur. Et c’est, pour finir avec Balzac, “comme un parfum exquis dans toute la toilette ; la cravate est à la toilette ce que la truffe est à un dîner.”

Le parallèle avec le parfum est intelligent. C’est cela. Il doit y avoir beaucoup de nous dans la cravate que l’on porte. On ne voudrait pas que tout le monde ait la même. Et, en même temps, on voudrait qu’elle ne sorte pas trop de l’ordinaire ; mais que ce parfum n’imprime pas trop notre sillage trop longtemps mais plutôt soit attaché à notre souvenir dans la mémoire de ceux que l’on rencontre.

Et donc, contre Balzac, je dirais que la cravate touche au sublime non pas par elle-même mais quand, prenant place dans une tenue, elle entre en vibration avec le reste et cela forme un tout charmant, juste et insaisissable.

Pour arriver à cela, il faut embrasser chaque occasion qui nous est offerte de porter la cravate comme des opportunités pour exprimer notre individualité, notre sensibilité, notre sens du style.

costume beige cravate mauve espadon

Yasuto Kamoshita en toute désinvolture, avec des espadons nageant sur un océan de soie mauve. Pourquoi pas.

Et ce sens du style s’aiguise avec le temps : chez BonneGueule, nous sommes-là pour vous conseiller, vous inspirer et vous faire repousser vos limites !

Allez, on y va ?

Comment choisir la bonne cravate ?

J’ai toujours aimé porter des cravates. Sans pour autant toujours parvenir à bien les porter.

À dix-sept ou dix-huit ans, quand je me suis décidé un matin à nouer autour de mon cou une cravate alors que rien ne m’y obligeait - ni baptême, ni entretien et je ne fréquente pas ce genre de restaurants -, je crois bien que c’était mon premier acte de foi.

La seule cravate dont je disposais était à rayures bleu ciel sur fond bleu marine. Ce n’était pas trop mal pour l'assortir à un costume bleu foncé. Sauf que, d’abord, je ne vous raconte pas la coupe du costume et, ensuite, la cravate brillait. Littéralement. Comme si elle avait été équipée d’un système ingénieux de leds invisibles. Comme si la soie (en était-ce ?) utilisée pour tisser la cravate venait en fait de vers luisants.

Aucun problème pour moi. J'étais aussi cool que Cary Grant.

1959 - Cary Grant et Eva Marie Saint sur le tournage de North by Northwest, dirigé par Alfred Hitchcock. --- Photographie de © Sunset Boulevard/Corbis

J’ai commencé à porter cette cravate dans la vie de tous les jours, ce qui signifiait dans la cour de récréation. Plutôt associée à ma veste de costume avec un jean sans forme. Personne n'a fait de photo, je ne m'en tire pas trop mal.

Toujours la même cravate. Toujours brillante. Toujours ce regard de mes amis qui ne comprenaient pas. Je crois qu’au fond moi non plus, je ne comprenais pas bien ce que je faisais.

Et puis, assez vite, sentant que quelque chose n’allait pas, principalement en voyant la moue aimable de ma mère quand je sortais de ma chambre avec la cravate autour du cou, j’ai fini par la dénouer pour l'oublier dans le double-fond d'un tiroir.

Quelques mois plus tard, l'envie de porter des cravates ne m’était pas passée. Je me suis mis à lire des choses trouvées sur internet. Et, en comparant les contenus des blogs et des forums et, surtout, en tapant dans la barre de recherche de Google Images des mots-clés comme streetstyle ou bien pitti uomo par exemple, j’ai pu affiner mon goût et voir enfin certaines évidences. La première étant que je ne savais pas bien porter la cravate.

Après avoir découvert que d’autres avant moi avaient déjà tout compris et que je ne faisais qu’effleurer un sujet qui m’était étranger, une question pragmatique me vint : à quel point était-il nécessaire d’investir dans une cravate pour qu’elle fasse illusion ? Immédiatement suivi d’une deuxième : était-ce vraiment nécessaire pour moi de me préoccuper de cravates à ce stade-là de mon avancée stylistique, qui tenait plus d'une promenade dans un parc que du GR20 en Corse.

Collection de cravates de Nick Wooster pour le magazine en ligne The Coveteur. Un homme normal en possède-t-il autant ?

À cette époque, je commençais à porter des vêtements plus habillés parce que j’avais senti qu’il y avait mieux à faire que de porter des t-shirts de mes groupes préférés, sur un cargo à motif pied-de-poule jaune et noir DDP. Sauf que, pour moi, une chemise blanche était une chemise blanche. Un pantalon habillé, un pantalon habillé. Tout se valait.

Quand j’ai commencé à voir le chemin qu’il me restait à parcourir pour améliorer mon vestiaire, j’ai immédiatement relégué la cravate au rang de dispensable. Je n’étais pas encore prêt de ressembler à Cary Grant, qui porte pourtant les cravates les plus simples du monde.

Pour bien porter la cravate, il faut une garde-robe stable, forte de basiques puissants qui vous vont vraiment. Avant de penser à elle, investissez d’abord dans un blazer marine, un bon chino beige, une chemise bleu ciel et blanche dont le col pourra recevoir une cravate (col français ou semi-cutaway par exemple) et un costume gris moyen, ou bleu marine. Au lieu de vous précipiter sur l'achat de deux cravates à 25 euros chacune, rajoutez plutôt ces 50 euros à l'achat de votre blazer. Ça peut faire la différence.

Comme on l’a vu : la cravate ne doit pas être le centre de l’attention. Vous seul méritez qu’on vous remarque, pas votre manière de vous habiller. Et si vous ne disposez pas des basiques qui vous vont, la cravate sera mal venue, comme le Parthénon coiffé d’un bonnet phrygien.

Vous voyez l’idée.

trois hommes cravates costume rayures

Les hommes sont plus importants que les cravates qu'ils portent ! Carlos Castillo et Jorge Navares de Man 1924, encadrant un gentleman de chez The Armoury (je suppose).

Si votre vestiaire est prêt à recevoir l’appui charmant d’une cravate, je vous invite à lire la suite, qui parle d'abord d’esthétique et de qualité.

8 conseils sur l'esthétique de la cravate

La cravate est hypocrite.

Tout l’enjeu de son port est faire croire qu'on ne fait pas d'effort en la portant. Il faut que cela paraisse naturel. Que vous n’ayez pas l’air bien habillé, mais que vous soyiez bien habillé. Et cela dépend de votre manière de l’associer à votre col, à vos vêtements, à leurs couleurs et aux textures, mais aussi à elle-même, pour ce qu’elle vaut toute seule posée sur une table vide. Et ne comptez pas sur les vendeurs pour vous aider.

La vie est difficile parfois. Je sais.

Ne vous en faites pas, j’ai quelques conseils à vous donner qui auront tous un impact positif et significatif sur votre style :

1. Choisissez plutôt un faux-uni qu’un uni.

Cravate de chez Shibumi Firenze

En toute chose, ce qui est charmant n’est pas lisse. Le lisse peut être beau, mais jamais charmant. Et le style se rapproche plus du charme que de la beauté. C’est la différence qu’il y a entre un visage parfaitement symétrique et un autre dans les taches de rousseurs s’épanouissent au hasard tout contre le nez.

Il y a cette raison et également que le faux uni (ou tout le moins une cravate avec de la texture) est utile surtout si votre costume est uni et si votre chemise l’est aussi, si votre pochette est blanche ou si vous n’en avez pas. Le faux uni donne du relief, il donne quelque chose à l’œil, une sorte de nourriture visuelle qui fait que l’œil peut se reposer, cela devient compréhensible immédiatement pour lui, il ne cherche pas à faire le point sur toute votre tenue comme l’objectif d’un appareil photo.

2. Évitez le rouge criard.

Le degré zéro de la subtilité.

Je parle de rouge parce que je pense à Trump. Mais cela vaut pour toutes les couleurs qui gueulent un peu trop.

De manière générale avec la cravate, il faut que cela soit subtil. Parce que la cravate se remarque déjà par la singularité de son emplacement dans une tenue. Si, en plus, vous choisissez une couleur criarde, alors vous devenez une tête flottante avec simplement cette longue bande de tissu qui part du menton et l’œil ne fait pas vraiment la différence entre votre visage et cette bande de tissu.

À la place, si vous voulez de la couleur, optez pour des couleurs cassées : du bordeaux, du lie-de-vin, du vert sapin, de l’aubergine, du camel foncé, du moutarde etc.

3. Si elle brille, vous ne brillerez pas.

Une cravate brillante n’est jamais de bon goût, comme mon expérience personnelle a pu me le montrer. Elle peut avoir de jolis reflets discrets mais ne doit pas briller. De plus, on associera cela à de la mauvaise qualité, souvent à raison.

4. Les pastels sont assez difficiles à maîtriser.

Justement parce qu’ils sont souvent réalisés dans des soies brillantes. Nous vous conseillons de rester sur des teintes plus sombres si vous manquez d’assurance dans vos associations.

5. En magasin, veillez à vérifier le volume du nœud produit par la cravate.

Les petits sont préférables. Vous ne voulez pas d’une masse, juste sous le menton qui concurrence les proportions de votre visage. J’avais un chien, que j’aimais beaucoup, qui avait développé dans la gueule une sorte de boule, une tumeur bénigne, qui déséquilibrait sa belle tête de labrador. Et, chaque fois que je croise un type avec un nœud plus gros que son nez, je pense tout de suite à ce chien.

prince charles cravate

Les nœuds plus petits sont plus raffinés que les gros. Pourquoi ? Parce qu'ils prennent moins de place visuellement. Voulez-vous que l'on remarque votre visage ou votre cravate ?

6. En ce qui concerne les motifs, la subtilité est la mère d’un choix éclairé.

Attention au gadin stylistique avec les motifs.

Avez-vous déjà vu les cravates de chez Drake’s ? Celle de Charvet ? Celle de E. Marinella ? Comme toujours, il faut voir ce qui se fait de mieux pour comprendre ce qu’un motif subtil signifie. Ainsi, ensuite, vous serez beaucoup plus expert tout d’un coup ! Vous allez acquérir une subtilité à jamais utile. Je peux vous dire que, une fois que vous avez vu ce qu’était une belle étoffe et ce qu’il est possible de créer comme cravate et autres choses d’ailleurs, vous ne l’oubliez pas. Ça change votre œil en une fraction de seconde.

Et vous saurez alors déceler les cravates dans votre budget dont la qualité perçue sera la plus forte.

7. Il faut pas chercher à vouloir trop exprimer sa personnalité avec la cravate.

Dans un sens, comme on l’a vu précédemment oui, mais ce n’est pas pour ça que vous devez la porter comme un étendard, comme une pancarte de manifestation. Si vous voulez montrer au monde que vous avez un humour irrésistible, postez plutôt une vidéo Youtube.

Dans le vêtement, l’expression personnel vaut uniquement lorsqu’il trahit un bon goût discret.

Du motif subtil pour Shuhei Nishiguchi.

8. Vous avez de beaux yeux, vous savez ?

Peut-être ne serait-ce pas une mauvaise idée de choisir une couleur de cravate qui rappelle celle de vos yeux.

La cravate Hermès est perfide !

J’émets quelques réserves sur le bon goût de celles qui comportent les motifs les plus assumés. Hermès est une institution, c’est très bien. Mais si cela venait d’une autre marque, porteriez-vous une cravate rouge écarlate sur laquelle court un troupeau d’éléphants ? Et pour finir, je trouve que les soies douces font un nœud qui manque sérieusement d’allure.

Qu'est-ce qui fait la qualité d'une cravate ?

Il y a trois questions que je me suis posées pour préparer cet article :

1. La qualité d’une cravate a-t-elle un impact sur le style ?

2. À quel point une cravate modeste peut-elle faire illusion ?

3. A partir de quel prix ne vaut-il plus le coup d’investir dans une cravate ?

“Investir”. On emploie ce terme pour l’immobilier, les meubles de designer, les costumes et les chaussures qui durent toute la vie. Et les relations amoureuses aussi. Mais les cravates ? Franchement ?

À quel point une cravate a-t-elle besoin d’être qualitative ? Je veux dire, une cravate ne se met pas comme une veste, elle n’est pas contre la peau non plus. Peut-elle s’user ? Pourquoi investir dans une cravate mieux faite ?

tissu cravate homme touchant tissu

Simon Crompton de Permanent Style chez Drake's

Dans mon évolution stylistique, j’ai toujours cherché à ne pas payer trop cher cet accessoire, à trouver le seuil au-delà duquel il n’est pas nécessaire de dépenser plus, compte tenu de la qualité perçue. Où se situe ce seuil ? 35 ou 50 euros ? 80 ou 120 euros ?

Qu’est-ce qu’une cravate de très bonne qualité a de plus qu’une cravate de basse ou de moyenne qualité ?

Pour pouvoir répondre, vous conviendrez qu’il faut d’abord déterminer comment sont faites les cravates.

La cravate au scalpel

Le plus souvent, on fabrique une cravate au moyen de :

  1. Une enveloppe
  2. Une triplure
  3. Une doublure

L’enveloppe, c'est facile. C'est la partie extérieure, ce que vous touchez quand vous touchez une cravate. Elle est en soie, en laine, en coton ou cachemire par exemple. Elle peut être en matière synthétique aussi.

La triplure est à la cravate ce que la toile tailleur est au costume entoilé. C’est la toile blanche, de laine ou de feutre (si elle n’est pas en polyester sur les cravates d’entrée de gamme), qui se trouve à l’intérieur de l’enveloppe. La triplure donne de l’épaisseur à l’enveloppe et permet ainsi de nouer plus facilement la cravate.

On voit bien le placement de la triplure écrue à l'intérieur de l'enveloppe à pois vert, dans l'atelier de chez Artling.

La doublure, pour finir, cache l’envers du décor. Placée aux extrémités des pans, elle permet une finition plus propre. La doublure peut être réalisée dans le même tissu que l’enveloppe ou bien dans un tissu plus contrasté selon l’effet recherché. Parfois en laine ou molleton de coton. Tout comme l’envers de la veste de costume, toutes les fantaisies sont possibles. Elle permet aussi au bout de la cravate d'être moins transparent.

doublure cravate howard's paris laine

Produit de chez Howard's : la cravate (sept plis) dont l'enveloppe est une flanelle doublée du même tissu, pour un travail soigné. (On observe le bouton cousu en zampa di gallina pour fermer la cravate !)

Une fois l’assemblage de ces trois éléments effectué, on replie l’enveloppe sur elle-même, le plus souvent par trois fois, trois plis donc, pour arriver à la forme de la cravate. Les bords ainsi repliés sont ensuite cousus tout le long et un travetto est ajouté, à la main ou à la machine, pour que les deux parties de l'enveloppe qui se retrouvent nez à nez soient solidaires et ne bougent pas de trop.

cravate fleurs travetto jaune

Le travetto est jaune. On ne peut pas le louper. Les fils ne sont pas trop tirés, pour éviter de figer la cravate. Et c'est justement la raison pour laquelle ce travetto a été réalisé à la main : pour fermer la cravate mais ne pas trop la contraindre. (Photographie prise sur Styleforum)

Félicitations, vous savez désormais comment on fait une cravate. En étant un peu débrouillard, vous pourriez presque développer votre marque, non ?

Seulement voilà : vous ne savez pas encore tout ! Quand on y pense, il n'existe pas qu'une seule et unique manière de fabriquer une veste. Eh bien c'est exactement la même chose pour la cravate.

Anatomies alternatives d'une cravate

L'enveloppe est absolument nécessaire. On voit mal comment s'en passer...

Et il faut qu'elle soit en tissu ! Non, je précise parce que sur Instagram, des types ennemis du beau vendent des espèces de cravates étincelantes en plaques de polymère. Vous avez déjà vu ça ? Je ne voudrais pas dramatiser, mais il existe une place spéciale en Enfer pour ceux qui portent ça autour du cou. Allez, je vous laisse vous régaler. Je vois, pour ne rien gâter, qu'en ce moment vous pouvez acheter l'une de ces créations au raffinement extrême pour 79,90 dollars au lieu de 350 dollars, ce qui est tout de même une pure affaire. De mon côté, je n'ai pas hésité et je leur ai intenté un procès pour atteinte à la dignité de la personne humaine.

Bref. L'enveloppe est absolument nécessaire, je disais. Toutefois, on peut se passer de doublure et même de triplure. C’est encore une fois le même principe que pour une veste.

On a vu que la triplure apportait de l'épaisseur et donc, si elle est absente, on doit faire autrement. Ainsi, on utilisera une enveloppe plus généreuse qu'on pliera plus de fois sur elle-même. C’est ainsi que naissent les cravates sept plis et plus (jusqu’à douze même !).

Cela n’est pas un gage de qualité, néanmoins cela permet à la cravate d’être épaisse, sans corps étranger dans l’enveloppe, et cela donne un mouvement très particulier à l'étoffe.

cravate anatomie sept plis soie

Nous voici dans l'intimité d'une cravate présente sur l'e-shop bien connu de BonneGueule Zampa Di Gallina, de la marque E.G.Cappelli. Elle est sans doublure, sans triplure. C'est en fait, une vaste étoffe de soie repliée sur elle-même sept fois. C'est beau. C'est 160 euros.

La doublure étant ce qui sépare les coulisses de la salle de spectacle, si on la supprime, il convient alors de donner un coup de propre sur le sol et de ranger ce qui traîne. On vide les cendriers. On passe un coup d'aspirateur.

Dans le monde de la cravate, cela signifie surtout de roulotter la matière aux extrémités. C'est un acte minutieux consistant à replier le bord sur lui-même afin qu'il forme un petit rebond. Comme sur une pochette Boivin par exemple. Ou un carré Hermès.

Encore une fois, ce n’est pas un gage de qualité, mais cela donne une certaine nonchalance à la cravate dont l’extrémité est moins définitive, plus floue, plus naturelle. Certains yeux peu entraînés y verront un défaut, d’autres un must absolu.

L'absence de doublure oblige à soigner les finitions. C'est donc plutôt un signe positif de l'implication de la marque envers son produit.

cravate rouge rayures bleues sans doublure

Vous le voyez le roulottage ? Cravate de chez Berg&Berg.

Tout ce que nous venons de voir ensemble est bien sûr à pondérer, selon que le travail est effectué à la machine ou à la main.

C’est sur l’envers de la cravate que cela se joue : si vous voyez une grande couture centrale bien nette sur toute la longueur de la cravate, c’est une machine. Si les deux parties constitutives de la cravate vous semblent au contraire presque mal solidarisées entre elles (fermées au moyen d’une maille coulée), alors il doit s’agir d’une finition à la main, ce qui est un signe de qualité car cela traduit une volonté de donner à sa cravate un tombé naturel, plus élégant. Cela prend également plus de temps.

Un travetto réalisé à la main est également un bon signe.

Voilà. Dorénavant, sur la cravate, vous en savez davantage que la plupart des gens que vous rencontrerez. C'est une bonne chose. Vous pouvez vous en féliciter. C'est le moment de vous offrir un café, un thé ou un sourire dans le miroir. Ou allez en terrasse vous détendre. Remarquez, je ne sais pas quel temps il fait au moment où vous lisez.

Marcello Mastroianni et Anouk Aimée dans 8 1/2

Je pense qu'à présent nous avons de plus amples éléments de réponse concernant les questions de début. Je vais y répondre :

1. La qualité d’une cravate a-t-elle un impact sur le style ?

La réponse est oui.

On a vu dans la toute première partie que le style d'un homme encravaté se mesurait surtout à sa capacité à porter cet accessoire artificiel de manière naturelle.

La question qui découle donc de la première, c'est : quels éléments qualitatifs donnent plus de naturel ?

  1. Il faut que la triplure soit souple ou absente.
  2. Il faut que la main du tissu employé soit résistant mais souple.
  3. Il faut que la cravate soit finie à la main.
  4. Il faut que la matière rendent bien les couleurs et motifs qui doivent être subtils.

Ainsi, il faut faire attention à la qualité de la matière et aux finitions.

2. À quel point une cravate modeste peut-elle faire illusion ?

Il faut qu'elle soit en matière naturelle, qu'elle ne soit pas trop rigide et que vous choisissiez un faux-uni mais évitiez les motifs qui peuvent moins bien rendre.

La matière de l’enveloppe est primordiale. Le fait qu’on vous la conseille d’origine naturelle, ce n’est pas faire la fine bouche et bouder les fibres synthétiques moins chères qui pourraient faire baisser le prix d’un accessoire qui, a priori, n’a pas besoin d’être respirant ou de se patiner dans le temps.

La raison principale est que les matières synthétiques luisent. Ensuite, c’est moins agréable sous les doigts. Et, pour finir, le comportement d’une cravate en fibres synthétiques est assurément moins… naturel.

La soie est la matière à privilégier, car elle est résistante, permet de varier les textures, de bien rendre les couleurs et motifs et d’être plus flexible. D’où sa noblesse.

Fabio Attanasio spezzatura cravate sept plis pitti

Fabio Attanasio de The Bespoke Dudes porte très probablement une cravate sans triplure, ni doublure, en soie assurément. Et on voit bien que le comportement de cette cravate n'est pas figé, elle l'accompagne dans ses mouvements sprezzaturés. (vu sur Art and Hustle Magazine)

3. À partir de quel prix ne vaut-il plus le coup d'investir dans une cravate ?

À mon sens, il est inutile de dépasser le 80 euros ou 100 euros maximum. C'est déjà énorme ! Au-delà, ce n’est pas forcément nécessaire, sauf bien sûr si vous êtes un collectionneur ou si l'argent n'est pas un problème. Autour de 150 euros, on peut surtout avoir des soies exceptionnelles et un travail magnifique de couleur, de design qui justifie ce prix. Cela ne vous apportera en revanche pas de surcroît de style.

Enfin, sauf si le motif est vraiment des plus réussis.

Les meilleures marques de cravates

Entrée de gamme

Bruce Field, Atelier Particulier, The Tie Bar, The Nines, Le Colonel Moutarde, Charles TyrwhittSuitsupplyBoggi, Hast

Milieu de gamme

Berg&Berg, Poszetka, Jicqy les Mirettes, L'Atelier à Nouer, Monsieur London, Swann&Oscar

Haut de gamme

Howard's, Drake's, Sam Hober, Charvet, CinabreCalabrese 1924, E.G. Capelli, E.Marinella, Shibumi Firenze, Augustus Hare, Viola Milano, Brioni

Les cravates essentielles qu’il faut avoir :

La première d’entre elles est une cravate polyvalente : unie mais avec de la texture.

Pour celle-ci, je vous recommande le tricot ou la grenadine de soie. Cravate avec de la texture, qui vous donne un petit quelque chose. Un écrivain, un journaliste, un intellectuel.

Vous pouvez la choisir bleu marine si vous possédez un costume gris ou une veste sport. Si votre costume est bleu (ou votre veste), alors peut-être plutôt opter pour du bordeaux, de l’aubergine, du vert ou du gris par exemple. Le bleu marine pourra aller, mais il faudra s’en assurer en comparant les deux bleus.

Cravate marine tricot shibumi veste carreaux tweed

Ça va avec tout. Tout simplement.

Et voilà trois alternatives : la première chez The Tie Barla seconde, chez Howard's et la troisième de chez Boivin.

La deuxième est une cravate d’hiver en laine

Même si vous porterez le tricot ou la grenadine de soie toute l'année, posséder une cravate en laine pour l'hiver permet de se sentir parfaitement en cohérence avec votre environnement.

cravate rouge slub rouge laine

80% laine, 20% soie = 100% parfaite. Elle se mariera bien avec une veste sport en tweed marron, ou du bleu, ou du gris. Ça vient de chez Drake's pour changer.

Deux solutions pour tous les budgets : la première de chez Poszetka avec son joli motif et sa couleur qui ira bien sur un costume bleu marine et la seconde de chez Atelier Particulier qui, sans déployer des trésors de création, fait le taff comme on dit.

À partir de là commence le plaisir.

Quelques exemples très personnels :

Et encore, j'y suis allé petit bras pour ne pas vous faire trop peur. Mais, j'ai tendance avec le temps à être de plus en plus excentrique et, par exemple, les grosses cravates à gros pois de Tom Wolfe ne me font plus peur.

tom wolfe chapeau cravate à pois rouge chemise bleue

Hum........ JE RETIRE CE QUE JE VIENS DE DIRE !

Une idée comme ça...

Commencer une collection n’est pas une mauvaise idée. Vous pouvez travailler votre personnage sartorial en lui donnant un côté obsessionnel. Ce ne serait pas génial de léguer à vos enfants (ou qui voudra !) une tonne de cravates toutes achetées pour des raisons complètement obscures ? Moi, je trouve ça admirable.

Presqu'à chaque fois que je vais en friperie, j’en rapporte une que j’accroche avec les autres. J’ai fait beaucoup d’erreurs stylistiques par le passé, comme je vous l’ai dit, du coup, je n’en ai pas encore une tonne mais je suis désormais sur la bonne voie. Oui, quand je dis “une tonne”, c’est littéralement une tonne que je veux dire.

Allez voir du côté du Vestiaire du Renard, de Savvy Row et, bien sûr, dans les friperies que vous croiserez sur votre chemin, dans la vie réelle.

Porter la cravate comme si vous étiez né avec

Homme costume blanc moustache cravate verte

Nonchalance transalpine pour Luciano Barbera. Un maître.

Quand on y pense, la cravate est une bande de tissu que l’on enroule autour du cou, auquel on fait un nœud très spécifique et qu’on laisse pendre toute la journée sur son ventre.

Ça n’a pas de sens.

Tout l’enjeu, comme je l’ai déjà dit, repose sur votre capacité à faire de cet exercice quelque chose de naturel. De parfaitement normal. Banal presque ! Que la cravate, si détonnante dans sa forme, disparaisse à nos yeux, soit dilué dans votre aisance à vous approprier vos vêtements.

Cela s’apprend. Jusqu’à un certain point.

Avant toute chose : habillez-vous selon le contexte

Selon le temps qu’il fait

Ne portez pas de cravate en flanelle de laine en été, visuellement cela ne fonctionne pas. Et réciproquement, le seersucker ou, plus simplement, le coton en hiver.

Le tricot de soie est à sa place en toutes saisons.

Il convient de faire également attention aux motifs. Un paisley, par exemple, se portera davantage l’hiver, ainsi qu’un prince-de-galles. Mais cela est très discutable.

Selon le niveau de formalisme qu'on attend de vous

cravate pois costume marine chemise bleu ciel lunettes noires

Bill Nighy pour Mr Porter. Simplissime et élégant. Une tenue formelle parfaite.

Vous vous féliciterez toujours d’être celui dont la tenue s’accorde le mieux le moment. Se sentir moins élégant que toutes les autres personnes d’un événement est un petit calvaire pour l’esprit.

Quand le port de la cravate est induit par le type même de l’événement auquel vous participez, faites le choix de la dignité : une cravate au motif discret ou avec simplement de la texture et une couleur qui ne saute pas à la gorge.

Selon votre humeur

Non je blague.

Je ne pense pas que vous devriez porter une cravate avec des cœurs quand vous êtes amoureux, ni une avec des têtes de morts quand vous avez envie de tuer tout le monde, ni une avec des petites côtes de bœuf quand c'est votre tour de faire les courses.

Sachez déceler les tenues qui ne sauraient se passer d’une cravate

La chemise formelle blanche est faite pour recevoir une cravate.

C’est comme cela que le col tient. Il est ainsi mieux mis en valeur, au lieu de se glisser comme il peut sous la veste.

Et la cravate permet aussi de cacher la longue rangée de boutons. Je ne suis pas sûr qu’il soit tout à fait élégant de laisser visible les boutons (nombreux) d’une chemise, comme si, finalement, on révélait une partie de notre intimité. Comme il n’est jamais heureux de voir les cordes et les poulies qui font bouger les décors d’une pièce de théâtre. Mais sur ce point, j'ai peur d'être un peu trop strict.

Il me semble aussi que la cravate remplit un vide qui a besoin d’être rempli : cela équilibre la tenue entre le plein du costume et le vide de la chemise.

costume bleu chemise bleu lunette rues sac marron cuir

Tout est très apprêté. Il ne lui manque pas quelque chose tout de même ? (Adam Gallagher du blog IAMGALLA)

En revanche, si vous portez un costume épais, dans une matière plus rugueuse plus brute et que votre chemise est un oxford, un chambray, un denim, alors là, la cravate est optionnelle.

Allez, maintenant on déroule !

12 conseils pour votre nouvelle vie encravatée

1. Evitez le color block.

Si vous voulez porter une cravate de couleur, il convient de faire des ponts, des complémentarités, des résonances. Et il faut alors que le costume et la chemise soient selon moi d’une couleur similaire : par exemple, une cravate vert forêt sera plus subtilement mise en valeur par un costume bleu nuit et une chemise bleu ciel que par un costume bleu nuit et une chemise blanche. Contraste trop saisissant, en apparence trop calculé.

2. La cravate n'est pas une pièce forte.

Quand on porte une cravate à motifs, il vaut mieux que la chemise ou la pochette le soit aussi (à motifs). Sans ça, la cravate devient comme un manifeste de style (un fashion statement en anglais). Je sais bien que cela va un peu à l’encontre de ce que l’on dit souvent sur BonneGueule mais, quand vous portez une cravate dans le motif est assez prononcé (un pièce forte donc), cette fois, n’essayez pas de la calmer avec des basiques, mais faites appel à des pièces qui viennent la soutenir esthétiquement.

Vous pouvez aussi pondérer l'audace de votre cravate avec des tonalités de couleurs bien orchestrées. Voyez plutôt :

Photo prise par Jamie Ferguson. Je ne pouvais pas ne pas la mettre celle-ci.

La cravate comprend du vert, rappelé par la veste. La chemise n’est pas blanche, mais d’un bleu un peu soutenu pour ne pas trop faire ressortir la cravate. Le cardigan, en cachant une partie de la cravate et par sa couleur brune, vient compléter l’ensemble harmonieusement. Il y a du lien. Malgré la cravate audacieuse, ça se tient, on ne trouve pas que le bonhomme fait bien habillé, il l’est.

3. Evitez de porter une chemise sombre avec une cravate claire.

Parce qu’elle ressortira bien trop. Je n’ai jamais vu une tenue où c’était vraiment réussi. Et je cherche encore. L’œil n’y est pas habitué tout d’abord et ensuite c’est bancal, parce que la cravate devient vraiment le centre de l’attention et cela forme une continuité étrange avec votre visage, comme le prolongement de votre nez et ce jusqu’à, eh bien… votre sexe.

costume gris chemise denim

Voilà comment il faut plutôt faire ! Une chemise qui ne soit pas trop sombre non plus et surtout dans une matière plus brute. Toutefois, si vous n'êtes pas sûr de vous, le mieux est de rester dans l'équation suivante : costume/veste sombre, chemise claire et cravate sombre. (Photographie Blue Loafers)

4. Avec une cravate, une pochette est toujours la bienvenue.

Une fois que vous commencerez à en porter, vous trouverez l’association costume-cravate bancale sans elle. C’est un signe assez parlant qui montre qu’elle est nécessaire. En cassant la symétrie de la silhouette, cela renforce le charme.

La puissance d'une pochette blanche réside dans sa capacité à répartir l'attention entre la cravate et elle-même. Si bien que cela dilue l'impact de la cravate. Et, du coup, permet une meilleure intégration de celle-ci dans la tenue.

5. La cravate ne s’accorde pas avec la pochette.

Non et jamais. Pourquoi ?

Pour faire simple, l’esthétique donnée par cet accord entre la cravate et la pochette est de la même nature que celui qu’on voit dans les catalogues de décoration de grandes enseignes. On a des intérieurs où tout est trop calculé et trop neuf. Où des coussins jaunes sont assortis aux taxis jaunes d’une photographie de Manhattan. Le reste est gris. Tout est prémédité. C’est attendu, rien ne surprend. C’est comme si on avait directement acheté toute une panoplie de décoration. C’est pratique, c’est facile, mais est-ce que c’est ça le style ?

Est-ce que c'est ça ?

Je vous ai épargné la photographie où le Monsieur a les chaussettes assorties.

Ne pas accorder sa pochette à sa cravate, c’est privilégier une esthétique dominée par le charme et la poésie, par la richesse des histoires qu’on a à raconter. Pour reprendre l’analogie, c’est un intérieur dont le parquet grince souvent, la table à manger est neuve mais les chaises autour sont des vieilleries qu’on a trouvées dans un grenier quelque part, et les lumières éclairent comme elles peuvent les photos de famille encadrées d'or vieilli. L’un des murs est défraîchi et l’autre est bien peint. Ce sont des fleurs fraîches bien disposées dans un vase ébréché.

Une pochette et une cravate du même motif, c’est de la triche.

costume anthracite cravate bordeaux chemise bleu ciel pochette

Voilà le B.A.-BA de l'association d'une cravate et d'une pochette. Il faut retenir que le bordeaux de la pochette reste discret et rappelle subtilement la cravate. Mais l'important est qu'elle comporte aussi d'autres teintes. (Photo : The Nordicfit)

Pour autant, je comprends cette tentation : les choses similaires vont forcément bien ensemble. Et puis, quand on débute, on a souvent tellement peur de la faute de goût qu’on n’hésite jamais à s’inscrire dans un schéma qui rassure.

Mais ce n'est pas ça, la véritable élégance. Voilà ce à quoi devrait ressembler une belle tenue :

intérieur décoration canapé bleu table basse tapis orange

Oui, c'est un salon, je me rends bien compte. Mais c'est une analogie. C'est un intérieur imaginé par Dimore Studio. Un petit Google Images pour les personnes que ça intéresse. Vous ne serez pas déçus !

Vous les voyez, les ponts subtils de couleurs ? Les matières chaudes et froides, le lisse et le texturé ? Cela semble assez spontané et naturel. C’est cela qu’il faut atteindre dans une tenue.

L’essence de la cravate est d’être parfaitement inutile. Elle n’est pas pratique. Elle doit donc être considérée comme un accessoire frivole, de panache. Ainsi je ne vous conseille pas le port de la pince à cravate, accessoire qui la restreint à un usage professionnel et qui dénote une rigueur trop importante de la part de son porteur et une certaine étroitesse d’esprit (pourra-t-on en conclure hâtivement, juste pour le plaisir de juger sans connaître). Ce qu’il ne faut pas faire.

Laissez vivre votre cravate, elle doit être un peu bancale. Elle doit rebondir sur le buste. Ou bien pendre négligemment du cou comme un fier drapeau sur un étendard.

6. Porter une cravate avec un jean peut se faire si :

  1. Votre jean n’est pas taille basse ;
  2. Le tissu de votre chemise est plus casual que formelle ;
  3. Votre cravate est plus casual que formelle.

Workwear.

7. La bonne longueur pour la cravate.

Le critère de bonne longueur d’une cravate n’est pas, comme on l’entend, qu’elle effleure la boucle de votre ceinture ou, disons plutôt, le bouton de votre pantalon.

En fait, cela dépend avant tout de la manière dont vous portez le pantalon. Taille haute ? Taille naturelle ? Taille basse ? Bon, disons-le tout de suite, porter un pantalon taille basse avec une cravate n'est vraiment pas l'idée du siècle. Cela fausse les proportions, cela vous donne une silhouette dont les jambes sont courtes et le buste long. Sauf à avoir les jambes vraiment longues et le buste court, vous ne devriez pas porter de pantalon taille basse avec une cravate.

cravate longueur taille basse bar

Excellente illustration par Rosace, des Croquis Sartoriaux.

Le personnage de gauche porte un pantalon taille haute. Intelligemment, il fait dépasser sa cravate de sa ceinture pour que sa silhouette en bénéficie. C'est que la longueur de la cravate dépend plus de la longueur de votre buste que de là où arrive votre pantalon. On remarque très facilement que la silhouette du personnage de droite est bien plus élancée que celle de celui de gauche.

8. La bonne largeur pour la cravate.

Vous voulez que je vous donne le chiffre magique au millimètre près ? Ok. Approchez-vous parce que je m’apprête à passer aux aveux. C’est 7,85 cm très exactement. Vous ne me croyez pas ? Eh bien, vous avez tout à fait raison.

Il n’existe aucun nombre magique.

Pour la simple raison que, encore une fois, tout est une question de proportions. La largeur de votre cravate (au plus large de celle-ci) ne doit pas être trop éloignée de celle des revers qui composent votre veste. Et ces revers ne doivent pas non plus être trop discordants quant à votre col de chemise.

Le piège serait de choisir des revers à la mode, c’est-à-dire trop fins car alors il faudrait une cravate fine également et un petit col et que ce combo géométrique n’est pas fait pour tout le monde. Une largeur de cravate entre 7 et 8 cm me paraît un bon compromis pour qui veut ne pas trop choquer l’œil de ses contemporains qui croient la mode.

Maximilian Mogg porte des cravates assez larges mais qui disparaissent la plupart du temps, sous ses vestes croisées. Attention à l'effet clownesque, il faut savoir ce que l'on fait. Les proportions sont harmonieuses, même si on peut juger que les revers, le col de la chemise et la largeur de la cravate sont trop vastes.

Mais, pour qui aime la chose sartoriale, c’est très vite un minimum et, mes revers s'épaississent d'année en année et mes cravates également.

9. Le nœud simple est le meilleur qui soit.

Il convient à tout le monde et c’est le plus naturel. Un nœud que l’on a trop travaillé perd complètement le charme. Ce n’est pas une performance, c’est un nœud de cravate ! Cela revient à ce que j’écrivais au début de cet article.

Voilà comment nouer votre cravate. Pas besoin de parler anglais pour comprendre.

Vous pouvez pencher pour le demi-windsor si votre visage s'y prête. Un visage massif par exemple et/ou carré. On appréciera également un nœud double dans ce cas-là. Mais en dehors de cela, vraiment, ne vous attardez pas sur d'autres nœuds. Ils ne valent pas le temps que vous allez leur accorder.

10. Les cols de chemise avec lesquels la cravate est de trop.

Les cols trop petit faisant apparaître le nœud de cravate comme disproportionné, les cols trop mous (même si, quand on sait ce qu’on fait, dans un look workwear ou casual par exemple, ce n’est pas un frein), les cols cubain mais ça, c’est du bon sens.

11. Défaites toujours votre cravate après une journée de port...

...sinon, à force, la matière ne s’en remettrait pas. Suspendez-la à un cintre et laissez la magie de la gravité terrestre opérer.

12. La goutte ou rien.

La goutte, vous savez, c'est le petit creux formé juste sous le nœud. Il n'apparaît pas tout le temps. Et pour cause, cela va dépendre d'abord de l'épaisseur suffisante ou non de la cravate (une soie très lisse glissera et votre goutte avec elle) et de votre habileté à la nouer.

Mais c'est une joyeuse satisfaction que de voir se former et tenir cette goutte que les initiés vous remarqueront tout de suite et que les novices vous envieront.

Des tenues pour vous inspirer

Avec une veste militaire

Une tenue pour la mi-saison ou l'été quand il n'est pas trop violent. Je ne vais pas m'y étendre, on voit bien que cela fonctionne. Le bon choix de chaussures, ce sont des marrons style brogue, ou bien, encore mieux !, des cordovan avec leur couleur prune caractéristique.

Vos sneakers blanches préférées doivent fonctionner aussi.

Le naturel italien

costume bleu cravate maille italie casquette orange scooter

Photo The Sartorialist

La simplicité. Miser sur des matières nobles. Ne pas trop en faire. Le blanc de la pochette donne de la valeur à tout l'ensemble.

Suivez son exemple : un costume bleu marine qui épouse votre silhouette sans mouler vos formes, associé à des mocassins en cuir pour la décontraction, qui vont bien d'ailleurs avec cette cravate en tricot de soie sans prétention mais d'un bleu presque canard qui ne se confond pas avec celui du costume et la chemise à rayures discrètes supporte bien le tout.

Dernière chose : vous croyez vraiment que l'orange pétant du casque est dû au hasard ?

Cravate et chambray

flanelle gris cardigan camel chambray cravate street pavés

Photo : Men In This Town

Je voulais vous montrer que l'on peut associer une cravate et une chemise en chambray. Je vous y encourage même parce que cela rend la cravate tout de suite moins précieuse, plus à la portée de tout le monde, elle est aussi moins prétentieuse du coup.

Le charme de la tenue vient surtout de la légère différence de couleur entre la flanelle du pantalon et celle de la veste. Comme s'il n'avait pas vraiment fait attention le matin, qu'il avait enfilé ce qu'il avait trouvé.

Cela me aussi penser : l'association du pantalon anthracite en flanelle et des souliers en veau velours marron chocolat pour l'hiver est absolument exquis ! Vous pouvez d'ailleurs varier les nuances de ces deux couleurs.

Notez pour finir que le cardigan est bien utile pour donner de la cohérence à tout cela. Sans lui, ce serait un peu trop sombre, pas très lisible en fait.

Une pochette blanche discrète n'aurait pas été de trop.

La bonne manière de porter une cravate à motifs

Moustache chemise rayée cravate pois costume rayures

Nick Wooster

Nick Wooster est surtout connu pour son excentricité. Il est d'ailleurs la bête noire des épileptiques qui n'ont qu'une peur en se promenant dans Manhattan : tomber nez à nez avec Wooster dans un de ses jours de WFT stylistique. C'est foudroyant.

Bref. Ici, il est plutôt normal et charismatique.

Je veux attirer votre attention sur sa gestion des motifs car il le fait comme chacun devrait le voir durant toute sa vie : il varie les échelles. La structure de sa tenue, c'est le costume à rayures tennis avec un espacement moyen-grand entre les rayures sous lequel il porte une chemise à rayures elle aussi mais beaucoup plus rapprochées. Visuellement cela fonctionne.

Là, il faut choisir une cravate qui n'entre pas en conflit visuel avec ni le costume ni la chemise et c'est ainsi qu'il opte pour un motif différent, le pois (bien joué Nick !), dans une échelle différente. Un peu plus resserré que les rayures du costume mais pas tant que celles de la chemise.

Comme tout est bleu, il ajoute une pochette blanche pour donner plus de vérité à sa tenue et il est prêt pour aller passer son entretien d'embauche. Même si Nick Wooster ne passe pas d'entretien d'embauche. Il a déjà le job.

La deuxième bonne manière de porter une cravate à motifs

blouson suède cardigan cravate rayures

Photo de Jamie Ferguson (JKF Man)

Une chemise bleue oxford avec de longues pointes, c'est quand même rudement utile pour porter une cravate sans en avoir l'air. Bon là, il porte une cravate presque l'air de rien et ça lui va sans que l'on se pose la moindre question. C'est naturel. Encore une fois. Vous en avez marre ? C'est que ça commence à rentrer.

Le bleu marine de la cravate est lié au bleu ciel de la chemise. Le marron de la cravate répond au magnifique blouson Valstar en veau velours, ainsi qu'au cardigan. Et le rouge apporte une touche légèrement décalée et authentique. Ouah, j'adore.

Avec cela, je mettrais des combat boots marron foncé ou des brogues de la même couleur. Avec des chaussettes bleu marine, pour ne pas trop en faire.

PS : voyez-vous la goutte ?

Vous êtes encore là ? Alors j'ai une surprise pour vous : SHOOTING BONNEGUEULE

David

Tenue 1 : la cravate portée sans prise de tête

Veste et cravate SuitSupply, chemise denim Cadot, pochette vintage, chino Marchand Drapier x BonneGueule, mocassins Sandro

Nicolò

Tenue 1 : du soft tailoring pour l'été

Gilet Barena Venezia, chemise Hartford x BG, cravate Shibumi Firenze, pantalon A.B.C.L Garments x BonneGueule, Sneakers BonneGueule

cravate chemise camouflage gilet blanc

 

gilet blanc chemise camouflage pantalon bleu sneakers blanches

 

Jordan

Tenue 1 : influences workwear et rock'n roll

denim veste saut veau velours caramel

Veste denim SuitSupply, chemise Uniqlo, cravate Howard's, gilet SuitSupply, pantalon Bellerose, boots Septième Largeur, bracelets et bagues Harpo et Gudule

cravate rayures chemise blanche veste denim

veste denim veau velours caramel pantalon flanelle rayures

 

David

Tenue 2 : inspecteur pyromane (éloignez les enfants, ça peut surprendre...)

imperméable extincteur boots

Trench Sandro, chemise et Gilet SuitSupply, cravate 100% Harris Tweed, jogpant BonneGueule, boots Red Wing, gants vintage

Tenue 3 en bonus : le gendre idéal

veste beige jean sneakers blanches shooting

Veste lin BonneGueule, chemise SuitSupply, cravate Howard's, cneakers BonneGueule, jean Uniqlo

Nicolò

Tenue 2 : Télékinésie champêtre

cardigan col châle gris boots marron jean

Cardigan Melinda Gloss , cravate Drake's, chemise SuitSupply, jean Oni, combat boots Prototype BonneGueule, ceinture Sellerie L'Hôte

Jordan

Tenue 2 : golf à la Barbade

veste seersucker golf mocassins cravate

Veste croisée Vicomte A, Chemise pin collar The Nines, cravate et pochette Monsieur London, pantalon smoking Officine Générale, mocassins Septième Largeur

Je remercie David et Nicolò d'avoir joué le jeu. Et merci également à Antoine qui a pris les photos.

Le mot de la fin...

Il est facile de porter correctement la cravate. Cela se fait en respectant quelques règles simples rappelées dans cet article.

Ce qui est vraiment difficile en revanche, c'est de faire honneur au caractère romantique de la cravate. Cela ne s'apprend pas vraiment et peut-être même qu'il faudra toute une vie pour y parvenir. Au moins, si je n'y parviens pas, je mourrai en essayant. J'espère simplement que ma tenue sur mon lit de mort sera composée par quelqu'un qui aura lu cet article.

Allez, à bientôt pour de nouvelles réjouissances !

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