Dossier : Blouson en cuir, quel type de cuir choisir ? #1

Temps de lecture : 8 minutes

Note de Benoît : Romain, rédacteur chez Modissimo, nous a fait l'honneur d'écrire une série d'articles invités sur le cuir de haute volée. Il a même sollicité des professionnels du cuir afin de s'assurer que chaque information était exacte. C'est complet, pédagogique, bien écrit, et croyez-moi, c'est du contenu qui va faire date dans l'histoire de BG !

L’usage du cuir remonte aux origines de l’humanité : ce fut la première matière dont se servirent les Hommes pour se vêtir. Mais dès l’Egypte antique, le cuir devient une matière noble de la confection. Et c’est encore le cas aujourd’hui : que ce soit dans les grandes marques de PAP ou chez les plus grands designers du luxe comme Hermès, le vêtement ou l’accessoire de cuir sont souvent les plus beaux, les plus prisés et… les plus chers. Cependant vous vous en doutez, comme partout, on trouve des qualités de cuirs aléatoires, dont le prix n’est pas toujours un bon indicateur.

Comment y voir plus clair ? Quels sont les cuirs que l’on peut trouver et comment les reconnaître ? Comment « mesurer » la qualité d’un cuir ? Quelle coupe choisir pour quel usage ?

Hors de question de prétendre avoir la science infuse… mais grâce aux nombreux professionnels qui m’ont éclairé, vous trouverez quelques éléments de réponses aux questions qui se posent sur le cuir. Merci à Patrick de "créa-cuir.com" et à aux anonymes de grandes Maisons de luxe qui ont tous eu la gentillesse de m’accorder de leur temps et de leur savoir.

Comment s’organise ce dossier ? Dans un premier temps, dans l’esprit BG, on part de la base : les différents types de cuirs et de tannages qui existent. Ensuite, on rentrera dans le vif du sujet : comment reconnaître un bon cuir, quelques conseils pour s’y retrouver. Enfin, on terminera par un petit guide des coupes que l’on retrouve régulièrement pour vous aider à faire votre choix.

Les types de cuir et les différentes étapes du dépeçage à la fabrication

Loin de moi l’idée d’amasser des mots techniques barbants : le but c’est, en cohérence avec l’esprit Bonne Gueule, de transmettre le minimum requis pour choisir en connaissance de cause.

Les familles de cuirs

Il existe autant de cuirs que d’espèces animales dotées d’une peau, de l’autruche à l’anguille. Sans tous les lister, en voici les principales familles :

Les animaux à poils

  • L’agneau : la superstar du cuir. Souvent très doux et souple, c’est une peau fine à l’aspect presque soyeux, très utilisée pour confectionner les vêtements et certains accessoires comme les gants pour homme.
  • Le veau : de même que l’agneau, il est souple mais plus résistant. Un peu plus rugueux que son petit camarade, le cuir de veau est beaucoup utilisé pour les accessoires (chaussures, portefeuilles, sacs, etc.).
  • Le mouton : il peut être travaillé en conservant sa laine, ce qui en fait une matière très chaude : il est alors retourné, c’est à dire que l’on confectionne le vêtement avec la laine à l’intérieur et la peau à l’extérieur (c'est ce qu'on appelle un shearling). Lorsqu’il est juste une peau, on peut en faire un usage semblable au cuir d’agneau : fin mais très résistant.
shearling Burberry Prorsum

L'incroyable blouson aviateur (shearling) de Burberry Prorsum, qui vaut une fortune maintenant (et dont le méchant Bane de Batman a une parka qui s'en inspire beaucoup).

  • La chèvre : c’est un cuir résistant très utilisé pour la fabrication de sacs robustes ou d’accessoires. On commence à le voir un peu dans le prêt à porter pour sa souplesse, car très fin.
  • La vachette : c’est le cuir du bovin adulte (vache, bœuf…). Il est par conséquent plus solide et plus rigide que le veau, mais également moins soyeux au toucher.
  • Le buffle : En parfaite cohérence avec l’image que l’on peut avoir de la bête, son cuir est rigide et très robuste. Il est souvent utilisé en ameublement ou en textile pour des vestes, mais ce n’est pas une matière qui permet de travailler une silhouette près du corps.
  • Chamois, daim et antilope : Le chamois est prisé pour les chaussures et les vestes, avec souvent un toucher extrêmement doux. En revanche, l’antilope est moins utilisée car très difficile à travailler. Petite précision : bien qu’il fasse toujours partie du vocable de nombreux vendeurs, le daim est une espèce protégée qui n’est plus utilisée.

Voici à quoi ressemble du cuir de chamois.

Les cuirs exotiques

  • Les crocos : Par ordre croissant d’utilisation, on trouve le gavial, le crocodile et l’alligator. Ils représentent sans doute les matières les plus nobles et les plus onéreuses. Ils sont solides, et chaque pièce a un caractère unique du fait de l’irrégularité des écailles. On en utilisera plutôt le ventre pour sa souplesse.

  • Les serpents : anaconda, cobra mais surtout python sont des matières rares et recherchées. Utilisées principalement en maroquinerie, on en voit de plus en plus dans le prêt-à-porter haut de gamme (Lanvin SS13, ou de façon récurrente chez Roberto Cavalli).

Je condamne fermement l'usage du python pour une telle abomination !

  • Les poissons : si, si, pour de vrai ! Les cuirs de poissons apparaissent essentiellement en petite maroquinerie : anguille, saumon, requin ou encore galuchat (très onéreux)…

Un bel exemple de cuir de requin.

Avant de clôturer ce passage en revue des principales familles de cuir, il semble pertinent d’envisager un aspect moins glamour : leur origine. Le python n’existe pas en élevage et doit être chassé, le gavial est menacé d’extinction, les conditions d’élevage ne sont pas toujours reluisantes… Ces matières rares et recherchées impliquent un commerce plus ou moins respectueux du bien-être de l’animal.

L’origine française, italienne ou espagnole vous garantit que la bête n’a pas subi de traitements (trop) violents, en revanche sachez que les cuirs moyen/bas de gamme proviennent souvent du Bengladesh ou de l’Inde et là… je vous passe les détails !

Note de Benoît : voilà aussi pourquoi je vous encourage à ne pas acheter de veste en cuir bas de gamme ! On peut taper sur l'usage de la fourrure, mais le tannage du cuir bas de gamme est un vrai fléau, bien plus important. Sans parler de la pollution des eaux...

Le travail du cuir

Plusieurs étapes viennent finaliser le travail des peaux, car simplement dépecées, elles ne sont pas encore un cuir.

Plusieurs termes reviendront sur l’étiquette. On parle de "pleine fleur" lorsque l’on conserve toutes les couches de la peau, "fleur" lorsqu’on en retire la couche supérieure, et enfin "croûte de cuir" lorsqu’on ne garde que les couches inférieures les plus solides, mais aussi les moins belles.

Une fois retirée, la peau de l’animale est salée pour éliminer l’eau, mais elle reste une peau.

Le travail de rivière va constituer en une sorte de lavage de la peau en plusieurs étapes : on lui retire tout reste de fourrure, de graisse et de résidus.

Le tannage est alors l’étape qui va permettre de « figer » la vie de la peau, et ainsi la rendre durable (imputrescible) et plus souple. L’opération consiste à la faire baigner dans diverses substances : le tanin. Il en existe 2 types :

Le tannage minéral ou chimique peut se faire à partir de divers ingrédients, tels que les sels d’aluminium, d’alun ou de chrome (chrome 6…) : efficaces et peu coûteux, ces traitements peuvent cependant être toxiques.

Le tannage végétal est plus long et plus coûteux, mais beaucoup moins nocif. Il est aussi intéressant pour des peaux d’excellente qualité (comme celles utilisées par Hermès), car il offre un rendu plus naturel. C'est un tannage qui permet au cuir de vieillir très joliment.

Le retannage permet d’apporter la dernière correction à la peau en ce qui concerne le toucher.

À partir de ce moment-là, on a un véritable cuir, presque prêt à l’emploi ! Ultime étape avant la confection du vêtement : le finissage. C’est là que l’on donne à la peau sa couleur, son aspect et sa texture, sa flexibilité… Un principe de base à retenir : moins il y a de traitements, plus la peau est belle à la base.

Les différents traitements du cuir

Le cuir plongé/aniline : réservé aux plus belles peaux sans imperfections en pleine fleur, ce traitement implique de « plonger » le cuir dans un bain, pour le teinter dans la masse. Aucune protection pour conserver les propriétés initiales de la peau … Ce cuir est sans doute le plus doux, mais aussi le plus fragile et souvent le plus cher : la moindre goutte d’eau peut devenir… dangereuse.

Un agneau aniline. Les poches montrent que le cuir commence à se patiner : même si certains plis commencent à marquer, il gagne en caractère et devient encore plus beau en vieillissant.

La fleur corrigée ou semi aniline : affichant naturellement certaines imperfections, sa couche superficielle est poncée pour les effacer. La matière est donc un peu moins belle que celle qui aura une finition aniline. Elle reçoit ensuite une teinture ainsi qu’une fine couche translucide.

Le cuir foulonné/grainé : lorsque le grain de cuir est régulier, ce traitement lui permet d’être accentué. Le grain est en fait gonflé à la vapeur, pour un effet beaucoup plus texturé, qui met en valeur des couleurs vives comme le rouge, le bleu...

Le cuir pigmenté : il reçoit une ou plusieurs couches de colorants opaques qui masquent les imperfections et le rend plus résistant. Il est plus homogène, et plus facile à imperméabiliser… mais moins authentique, avec souvent un aspect glacé ! Les peaux qui ont ce traitement sont de qualité moindre, sauf à vouloir donner au cuir un aspect brillant.

C'est un cuir de vachette pigmenté et légèrement grainé : on voit que le grain est régulier.

Il est très brillant parce que forcément il a subi de nombreux traitement, mais en attendant je lui ai fait subir des dizaines d'averses et il reste très beau.

La patine : désigne la façon dont le cuir vieilli. Généralement ce sont les cuirs anilines/plongés qui vieillissent le mieux car La peau devient moins uniforme, certains plis marquent, et la couleur également peut s'accentuer ou s'éclaircir en fonction des frottements... En gros, la patine témoigne de la vie du cuir et ajoute même de la valeur au cuir dans un esprit vintage. À noter qu'elle sera généralement plus marquée sur un cuir clair ou marron, plutot que sur un cuir noir.

Les cuirs velours : ont ce toucher… velours, si particulier ! Pour ce type de finitions, la peau doit être très belle dès le départ : les imperfections ne se corrigent pas au tannage.

Les cuirs suédés : la couche intérieure de la peau est poncée, lui donnant ce toucher peau de pêche. En revanche, c’est un cuir extrêmement salissant, dont l’entretien peut être coûteux (article au sujet de l'entretien du cuir ici)...

Opening Ceremony a beaucoup utilisé ce cuir dans ses modèles de desert boots.

Ceci est un cuir de veau suédé, et on voit à ses pores qu'il est très fin, tout en conservant l'aspect velours.

Le nubuck : il a souvent le même aspect que le suedé. La seule différence, c’est que la technique du nubuck implique un léger ponçage de la fleur, c’est à dire la partie extérieure de la peau.

Les peaux lainées: contournent la plupart de ces étapes de tannage, retannage et finitions ; car le but est de conserver la fourrure de l’animal sur l’intérieur du vêtement, sauf rares procédés d’enduisage pour lui donner un aspect ciré. Ces cuirs sont très chauds, ont aussi un toucher velours mais sont tout de même moins fragiles. De nombreux avantages pour cette peau (en plus de son aspect très esthétique) !

Cuir lainé de mouton, la trace de doigt donne une idée du soyeux...

Désormais, vous avez le vocabulaire de base pour parler du cuir ! La prochaine étape ? Quelques conseils simples pour jauger la qualité de la peau !

Suite de cet article en 3 parties : Partie 2 de l'article - Partie 3 de l'article

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