Les aventures (et petits secrets de style) de Marty McFLy – Bobine #3

Temps de lecture : 6 minutes

Publié par le 22 juin 2020

Dans Bobine, on parle de vêtements, de style et de cinéma. Alors, après le top de nos pyjamas et chemisettes préférés du cinéma, Bobine fait son retour. Jérôme se penche cette fois sur le style de Marty McFly et le décortique dans la trilogie de Retour vers le futur. Et d'autres épisodes de Bobine sont à venir. Bonne lecture. Christophe.

Qui n’a jamais rêvé de voyager dans le temps ? A l’origine, rien ne prédisposait le jeune Marty McFly aux extraordinaires aventures de Retour Vers le Futur : c’est un adolescent parmi d’autres, avec des passions de son âge (les jeux vidéo, le skateboard, la guitare électrique) et un quotidien lycéen somme toute banal.

A 17 ans, il vit avec sa famille dans un lotissement sans histoires de la petite ville fictive de Hill Valley en Californie. Rien n’indique qu’il a découvert les secrets du temps en lisant la Recherche de Marcel Proust, et pourtant il va devenir le maître des horloges le plus populaire de son époque et même un sujet de discussion toujours d’actualité pour la presse mode.

Notre première rencontre avec le personnage interprété par Michael J. Fox se joue dès les premières minutes, à travers une séquence d’anthologie qui effleure toute l’histoire de la saga avec la force tranquille du regard. Ce que l’on découvre en premier de Marty McFly, ce sont ses chaussures et ça tombe bien parce qu’il les aime vraiment par-dessus tout : il s’agit d’une paire de Nike Bruin blanches avec la virgule rouge et elles sont tellement cools qu’on serait prêts à oublier toutes nos bonnes résolutions sur la mode et son éthique.

Si vous ne voyez que ces baskets dans la trilogie de Robert Zemeckis, je vous rassure : vous ne rêvez pas, c’est presque normal car Marty McFly est un autre fétichiste du style et nous verrons qu’il a bien du mal à s’en séparer, quelles que soient les époques auxquelles il est confronté. Ce que l’on apprend également lors de cette formidable séquence d’introduction, c’est que Marty a un ami porté sur la science et les inventions de toutes sortes.

C’est ici que la science-fiction entre en scène, avec dans son sillage un nouveau voyage à travers la mode, le cinéma et cette nouvelle série de trois films que l’on peut envisager comme un seul et même de presque six heures.



1985, le pouvoir de l’amour et du layering

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)

En cette année 1985, la jeunesse et l’aventure ont plutôt la cote au cinéma américain, des Goonies de Richard Donner aux Explorers de Joe Dante. Rien ne laisse cependant présager du carton puis de l’aura jamais démentie de la franchise Retour vers le futur. C’est un projet qui traine dans les tiroirs depuis bientôt cinq ans.

Produit par Steven Spielberg et réalisé par un Robert Zemeckis qui vient de décrocher son premier grand succès , Retour vers le futur figure plus que jamais parmi les films les plus emblématiques des années 80.

« If you're gonna build a time machine into a car, why not do it with some style ? » lance le Doc Emmett Brown à son jeune ami Marty McFly. La voiture en question, c’est une DeLorean DMC-12 customisée et elle est presque aussi culte que la saga elle-même.

Quant au style, Retour vers le futur ne s’arrête heureusement pas au choix de l’automobile. C’est un portrait de l’Amérique reaganienne de l’époque : libéralisme économique, patriotisme et morale conservatrice, omniprésence de la pop culture, tendances aux couleurs flashy et à l’aérobic, percée de la technologie japonaise à la maison sans oublier la musique et la mode presque insouciantes de ces années-là.

Prenons par exemple la tenue quotidienne de notre héros. Nous savons déjà qu’il ne quitte presque jamais sa paire de Nike. Pour le reste : chaussettes grises, jean bleu clair et veste en denim bicolore de marque Guess, chemisette à carreaux gris et blanc, bretelles, tee-shirt bordeaux et montre avec affichage digital Casio. A cette succession de couches s’ajoute enfin une doudoune sans manches à mi-chemin entre le rouge et l’orange, ce qu’en 1955 certains décriront comme un gilet de sauvetage.

Cheap, vous avez dit cheap ? Évidemment, pour les aventuriers du style qui nous lisent régulièrement, cette tenue peut aisément être revisitée avec davantage de caractère et de plus belles matières (par exemple Blue Blue Japan ou Momotaro pour le denim et Gitman pour la chemisette ou encore Rocky Moutain pour la doudoune). Mais l’essentiel ici est dans la construction : c’est un parfait exemple de layering, et 35 ans plus tard, avouez quand même qu’il vous arrive de trouver l’esprit de tout ceci très cool et d’avoir dans le même temps une petite pincée au cœur à l’écoute de la chanson du film, The Power of Love.

1955, la ballade de Jim, Pierre et Calvin

Parmi les différents allers-retours de Marty McFly dans le temps, il en est un régulier qui témoigne de ce que l’Amérique adore par-dessus tout sa propre légende : 1955, c’est justement l’année de sortie de la Fureur de Vivre de Nicholas Ray et des premiers pas de Chuck Berry dans les studios de Chess Records.

Rien d’étonnant à ce que vous croisiez dans les deux premiers volets de la trilogie les fantômes de James Dean et de Natalie Wood, l’Ivy League et le rockabilly : d’American Graffiti à Outsiders, de Happy Days à Heathers, ce sont des références qui hantent régulièrement les écrans américains, et c’est aussi l’occasion pour notre jeune McFly de s’essayer à un autre style vestimentaire.

« Get yourself some 50’s clothes ... something inconspicuous! » : ce sera par exemple un chapeau en feutre noir, un perfecto et des lunettes noires associés à ses baskets, son jean et son tee-shirt bordeaux de 1985. Vous l’aurez compris : Marty McFly n’est pas un expert du déguisement, et s’il peine à endosser pleinement le style d’une autre époque que la sienne, admettons que sa manière de croiser les styles dans ses tenues est parfois bien vue.

(Photo by Universal/Getty Images)

Plus classique : un costume à carreaux en laine, une chemise blanche et une fine cravate rouge pour aller au bal du lycée. Plus surprenant encore : le Marty McFly des années 50 qui délaisse à quelques reprises ses baskets. Ainsi le verrez-vous brièvement porter des mocassins marrons, avec un chino à pinces beige, une chemisette camp collar blanche à motifs bleus et une veste type Harrington beige et rouge.

Ou bien encore des Converse bleues, avec un blue jeans, un tee-shirt blanc et une autre chemisette camp collar à motifs psychédéliques. Il est amusant de constater une nouvelle fois à quel point le style du cinéma US des années 50 a nourri et traversé les époques. Regardez par exemple ici les revers des jeans, le volume et les pinces des pantalons, etc.

On n’en dira cependant pas autant du slip eighties et mauve Calvin Klein de notre héros, ultime preuve de ce que le sous-vêtement avec logo ou nom de marque apparents peut avoir… d’embarrassant.

1885, le poncho de Clint et autres légendes de l’Ouest

Récapitulons. Tout au long de la saga, Marty McFly visite plusieurs époques : 1985 est le théâtre de sa vie présente, 1955 l’origine de son monde et la rencontre de ses parents, 2015 son futur cauchemardesque. Ajoutons également quelques réalités alternatives que l’on découvre dans le second volet de la trilogie et vous aurez une idée de ce qu’une histoire avec beaucoup de points à relier peut parfois avoir d’alambiqué.

Passons sur la fantaisie futuriste de 2015 pour nous concentrer sur la dernière aventure de Marty McFly à ce jour : elle se déroule en 1885, comme si Retour vers le futur cherchait à remonter le temps jusqu’à la naissance d’une nation et revenir ainsi aux sources du cinéma américain : le western, les cowboys et les indiens, les grands espaces et les plus grands ambassadeurs du genre .

(Photo by Universal Pictures/Getty Images)

Étrangement pourtant, c’est par une autre porte que Robert Zemeckis fait entrer son personnage dans le Far West : après des débuts laborieux , Marty prend rapidement le nom de Clint Eastwood et s’essaie au style spaghetti de Pour une poignée de dollars.

Pour lui, ce sera donc un cheval, des boots beige, un pantalon marron, une chemise de travail à rayures grise, un bandana bleu gris, un beau chapeau et surtout un poncho quasi identique à celui qui faisait merveille sur le Clint Eastwood ténébreux de Sergio Leone.

Vous avez déjà eu envie d’avoir le même ? C’est un style, à réserver pour la maison, la campagne et les grands espaces. Dans le monde des pionniers en tout cas, un seul mot d’ordre : « some respectable clothes and a fine hat », comme pour rappeler que le vêtement c’est important et que le chapeau a longtemps été l’apanage des gentlemen avant de tomber en désuétude dans les années 70.

Après de telles aventures, le retour de Marty McFly dans son époque lui fait cependant oublier l’essentiel : où diable sont passées les Nike Bruin ? Aujourd’hui encore, la question reste entière.

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