Test : la vérité sur les chaussures Louboutin

Marque de fabrique d'une paire de Louboutin, il est contraignant de voir le rouge de la semelle s'abîmer rapidement.
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Je vois d’ici vos yeux s’écarquiller : « Quoi ? Louboutin sur BonneGueule ? ». Pour beaucoup, les chaussures Louboutin se résument effectivement à deux possibilités :

  • Des escarpins aux courbes vertigineuses pour femme,
  • Des sneakers excentriques pour homme.

Disclaimer de Benoit : je ne vous cache pas que je fus perplexe quand Rafik est venu vers moi avec la ferme intention de faire un article sur Louboutin, car c'est évidemment le genre de marque qu'on ne traite jamais chez BonneGueule. La faute à des prix très élevés qui frôlent l'entrée de gamme de chez Berlutti, Corthay ou Aubercy... mais qui s'adressent à des clientèles bien différentes. Trop chère, trop clinquante, trop médiatisée, c'est une marque où il est facile de pointer ses défauts. 

Sauf que je n'ai jamais trouvé de contenus/d'articles qui décryptaient le produit, et uniquement le produit. Personne ne semble s'être penché sur la qualité intrinsèque des chaussures Louboutin pour hommes. Elles ne sont nulle part analysées et observées. J'en fis part à Rafik :

" Rafik, je n'ai aucune affinité avec la marque, mais tu as piqué ma curiosité. Tout le monde en parle, mais finalement, personne ne dissèque le produit. Je veux comprendre son offre, ses chaussures et leur montage. Montre-moi ce qu'il y a sous le capot !"

Mais je me suis également aperçu d'autre chose... Il voulait aller plus loin qu'un simple "test" produit.

Rafik a vite montré un lien particulier avec cette marque, qui allait bien au-delà du prisme "rapport qualité/prix". Et ça m'a intrigué, j'ai donc voulu qu'il développe sa réflexion sur cette marque aussi décriée qu'adulée, qui divise les foules, mêmes chez les femmes (témoignage pris au hasard).

Un grand merci à Louboutin qui a totalement joué le jeu, en nous prêtant des paires neuves, et en nous laissant une totale liberté de ton. Pour une marque de calibre, c'est suffisamment rare pour qu'on le souligne.

Je laisse donc la parole à Rafik, et vous allez voir qu'il a donné de sa personne 😉

Pour ma part, j’ai découvert la marque au début de l’adolescence grâce à la série Sex & The City (K-2000 n’était pas vraiment mon truc), où j’avais été particulièrement frappé par la créativité que l’on retrouvait dans chaque paire portée par l’héroïne. Il existe aujourd’hui une gamme complète pour l’homme, et l’on voit de plus en plus de personnes chausser des semelles rouges.

Louboutin fait également partie de ses marques dont la renommée s’est beaucoup construite à travers quelques clients bénéficiant d’une forte exposition, en faisant de facto profiter la griffe (Jennifer Lopez, si tu nous lis). C'est vraiment un cas d'école en matière de marketing à base de celebrity wear (j'y reviendrai plus bas).

Le rappeur 2 Chainz expose fièrement ses Louboutin.

Le rappeur 2 Chainz expose fièrement ses Louboutin.

Son côté hype, la multiplicité des styles proposés (parfois largement critiqués) et ses prix élevés peuvent rendre l'offre difficile à décrypter. L'univers Louboutin peut parfois sembler opaque, composé de tellement d'éléments qu'on ne sait plus par où commencer.

Pourtant, les arguments des détracteurs sont nombreux. D'après eux, les modèles portés par des célébrités en tout genre ternissent le côté "luxe" de la marque, qui donnerait dans le vulgaire à grands renforts de talons de 16 cm. Sa semelle rouge ne serait qu'un signe d'appartenance, un gage extérieur de richesse. Probablement le revers de la médaille pour avoir une image aussi médiatisée. 

Nicki minaj louboutin

Mini-robe lamée, décolleté pigeonnant, coiffure de pharaon peroxydé... et escarpins strass à plateau. Le genre d'image qui contribue à l'étiquette "vulgaire" que Louboutin peut parfois avoir. (Crédits : Shoerazzi.com)

À côté de cela, je connaissais de Christian Louboutin son travail d'exception sur certaines productions. Un exemple : en 2002, Yves Saint Laurent prend sa retraite et organise le plus grand défilé Haute-Couture de l'histoire de sa Maison. C'est à Christian Louboutin qu'il fera appel pour créer les chaussures qui compléteront ses robes.

Eva Herzigova en smoking pour le dernier défilé d'Yves Saint Laurent. Si vous regardez de plus près, vous verrez que les semelles sont rouges. La marque "Christian Louboutin pour YSL Haute-Couture |1962-2002 " avait été créée pour l'occasion. Les designs sont ici bien plus sobres et très justement dosés. (Crédits : Puretrend - Pixelformula)

Eva Herzigova en smoking pour le dernier défilé d'Yves Saint Laurent. Si vous regardez de plus près, vous verrez que les semelles sont rouges. La marque "Christian Louboutin pour YSL Haute-Couture |1962-2002 " avait été créée pour l'occasion. Les designs sont ici bien plus sobres et très justement dosés. (Crédits : Puretrend - Pixelformula)

Autant d'éléments qui rendent la compréhension de l'univers Louboutin encore plus difficile ! Je me suis alors mis en tête de le décrypter : d'où vient l'homme derrière la marque ? Que propose Louboutin ? L'offre se limite-t-elle aux sneakers bling surexposées ? La confection des chaussures est-elle à la hauteur du prix ? Et d'ailleurs, comment expliquer ce prix ?

Vous verrez aussi que les porteurs de Louboutin ont un rapport très particulier à leurs chaussures, assez différent de ce qu'on peut voir habituellement. Je suis allé à leur rencontre pour comprendre ce qui les séduisait tant. Est-ce uniquement une affaire de qualité ou de style ? Ou y a-t-il une explication plus psychologique à cet attachement ?

J’ai mené mon enquête, on est partis pour le test vérité.

Histoire de Christian Louboutin, l’homme derrière l’or rouge

Ses premières armes : les souliers pour femme

Tout commence quand un Christian Louboutin encore adolescent visite le Musée National des Arts d’Afrique et d’Océanie, où un panneau indiquait aux touristes de faire attention à ne pas rayer le parquet avec leurs talons aiguilles. Celui-ci l’a véritablement intrigué – « comment peut-on priver une femme de talons ? » – si bien qu’à partir de ce moment, il s’est mis à dessiner des souliers.

panneau talons interdits

C'est un panneau de ce genre qui a poussé Christian Louboutin à dessiner ses premiers croquis.

Il intègre ensuite un lycée professionnel spécialisé dans la couture, mais il décrochera rapidement : Louboutin fréquente les nuits décadentes du Paris des 80’s, ce qui l’empêche d’être assidu. Viendra en 1982 un stage chez Charles Jourdan, un des pères de l’escarpin d’aujourd’hui, suivi de plusieurs missions en free-lance pour différentes Maisons.

Une rencontre décisive

La rencontre charnière du créateur sera celle de Roger Vivier en 1988, l’un des plus grands chausseurs de notre époque. Ce dernier a pris Louboutin sous son aile, lui enseignant ainsi son savoir, notamment le sens de la forme.

chaussures Roger Vivier reine d'angleterre

Pour vous donner un ordre d’idée, c’est dans cette paire Roger Vivier qu’Elizabeth II a été couronnée Reine d’Angleterre. Connu pour retravailler jusqu’à 500 fois un même croquis, on lui doit également le talon aiguille moderne.

N’ayant pas encore l’ambition de créer sa propre marque, Louboutin traverse ensuite l’Atlantique pour devenir… paysagiste. « Rien à voir avec la mode », me direz-vous, sauf qu’il en tire une vision particulière de la couleur qu’il réutilisera plus tard dans son travail.

C’est en 1991 que l’aventure Louboutin prend un nouveau tournant, lorsqu’il crée sa société éponyme et ouvre sa première boutique à Paris.

À l'origine de la marque de fabrique, Christian Louboutin vient de recevoir l'un de ses premiers modèles. Il trouve que la semelle noire fait l'effet d'une masse, qu'il casse en s'emparant du vernis rouge Chanel de son assistante. On est en 1992.

Note de Benoit : les plus curieux d'entre vous sauront que le rouge Louboutin est la couleur Pantone 18-1663 TPX... Et certaines collections privées de fans de Louboutin sont impressionnantes !

boutique-louboutin

Première boutique Louboutin, toujours existante, dans la galerie Véro Dodat à Paris.

Louboutin et les souliers pour homme

Les premiers souliers pour homme de la Maison sont créés à la demande du chanteur Mika, souhaitant des chaussures pour sa tournée. Trouvant l’exercice amusant, Louboutin décide de créer une première ligne en 2012. À ce sujet, il dira d’ailleurs :

J’aime les détails, j’ai toujours aimé les objets. Donc je considère les souliers pour homme comme quelque chose où il doit y avoir du détail. Et c’est rigolo, car ça vient aussi du fait que je voyais les hommes, qui accompagnaient leur femme, acheter des souliers… Et ils regardaient, ils étaient attentifs aux détails.

L’homme est donc une page encore récente pour Louboutin, mais l’offre proposée n’en est pas moins large pour autant.

En plus des chaussures, la marque s’est diversifiée sur la maroquinerie.

En plus des chaussures, la marque s’est diversifiée sur la maroquinerie.

Qu’importe le type de chaussures, des sneakers aux mocassins, vous trouverez à la fois des modèles sobres et d’autres plus forts, dont les emblématiques "pics cloutés" ("spikes" en anglais) qu'il va abondamment utiliser pour les modèles masculins... et qui déclencheront les premières critiques.

mocassins louboutin homme

Des modèles cloutés ou chaînés côtoient des paires patinées ou mates, plus facilement portables.

Note de Benoit : entendons-nous bien, considérez ces souliers comme des chaussures de soirées, au même titre que des escarpins pour femmes. Elle s'adresse à une clientèle qui a besoin de se démarquer en soirée, face à une débauche de paillettes et de célébrités. Cette nuance est importante.

Même constat côté sneakers. On note cependant une vraie pluralité des matières et un certain effort sur les couleurs. Cela dit, elles déchaînent les passions. Si bon nombre de célébrités US les portent (note de Benoit : David Guetta pose d'ailleurs avec des sneakers Louboutin pour l'image de son mythique album Nothing But The Beat), elles sont souvent mises au pilori pour leur côté bling-bling.

sneakers Louboutin homme

Slip-on, low, mid, high-top ; on retrouve les catégories habituelles.

sneakers Louboutin homme modèle Louis

Ce modèle a particulièrement retenu mon attention en raison du travail effectué sur le cuir de python, justement imprimé de motifs reptiliens. #MiseEnAbîme

Note Benoit : pour vous situer un peu dans cette gamme de prix, sachez vous avez du Lanvin, du Balenciaga ou, si vous aimez ce qui brille, du Buscemi.

Par ailleurs, a été créée au sein de la gamme la Ligne Classique. Celle-ci ne regroupe que les modèles sans excentricité, au design simple et intemporel.

Note de Benoit : on est sur des prix entre 875 € et 1 200 €. À ce prix-là, la concurrence est 1) très qualitative et 2) très rude. Il faudrait que Louboutin explique plus longuement quelles sont les spécificités de ses modèles.

Ligne classique louboutin homme

La « Ligne Classique » de Louboutin, vous n’y trouverez ni clous, ni strass.

Enfin, comme bon nombre de marques de luxe, la marque a développé une gamme de maroquinerie. Je ne peux vous en dire davantage, ne l’ayant pas testée, si ce n’est qu’elle oscille entre formel et casual, de 900 à 1.700 €.

maroquinerie-Louboutin

Note : Je précise que les photos utilisées ci-dessus sont des aperçus de chaque catégorie et n’en représentent pas la totalité.

Test des souliers pour homme Louboutin

Afin de réaliser ce test, la marque m’a prêté deux paires. La première demeure classique, tandis que la seconde a un design plus marqué : je souhaitais pouvoir examiner les deux aspects de la marque

Avant d’entrer plus amplement dans le détail, sachez que chaque modèle est fabriqué dans un atelier napolitain.

fabrication chaussure louboutin homme

Patine appliquée en usine sur un soulier en alligator.

Test des chaussures Louboutin homme – modèle City Bro (875 €)

La première chose m’ayant séduit sur cette paire de Richelieu est leur forme,  qui n’est pas sans rappeler celles de nos amis d’outre-Manche.

street style louboutin homme

On retrouve des inspirations anglaises dans cette paire de Richelieu.

Note de Benoit : et voilà l'étonnant paradoxe d'une paire de souliers Louboutin homme. Alors que pour les femmes, il créé des paires sexy, féminines, audacieuses, comment se fait-il qu'on ait une forme aussi banale et consensuelle pour l'homme ? Qui aurait pu penser que c'était du Louboutin en voyant la photo ? Qu'on ne me dise pas que c'est parce qu'il s'agit d'une paire classique qui se doit d'être sobre !

Car dans ces prix-là, on trouve des chaussures classiques avec une vraie signature dans la forme (Corthay, Aubercy, pour ne citer qu'eux). Même Saint Laurent, qui n'est pas chausseur, mais qui est très mode, propose du footwear classique beaucoup plus racé. La seule explication possible est qu'il a voulu réinterpréter les formes des chaussures de marques anglaises comme Grenson ou Joseph Cheaney. Mais là aussi, de la part de Louboutin, pourquoi rester aussi sage dans la création ? Honnêtement, c'est le genre de forme qu'on voit partout (dans le jargon, on appelle ça une "forme haricot" en raison de ce côté très rond).

Vous le savez, le premier élément à inspecter sur une paire de chaussures est évidemment le cuir utilisé. Il s’agit ici d’une belle peau de veau, couleur « Havane ».

richelieu louboutin homme

Le cuir se pare de très beaux reflets, on est loin d’une couleur uniforme.

Note de Benoit : je reconnais que la couleur est très jolie et peu commune.

En revanche, le cuir est creux sur un endroit, au niveau du flanc arrière de la chaussure droite. Certes, cela peut arriver, mais sur une telle gamme de prix, le contrôle qualité en sortie d'usine doit être absolument intransigeant.

Le cuir est creux en cet endroit (une fois le soulier chaussé, l’effet est un peu amoindri). Hormis cela, la peau reste globalement très jolie. Notez également le coin biseauté du talon, de sorte de ne pas abîmer vos pantalons en croisant les jambes.

Le cuir est creux en cet endroit (une fois le soulier chaussé, l’effet est un peu amoindri). Hormis cela, la peau reste globalement très jolie. Notez également le coin biseauté du talon, de sorte de ne pas abîmer vos pantalons en croisant les jambes.

On poursuit avec l’inspection des coutures, à commencer par la semelle. Le point est épais et bien régulier, on est à ce propos sur un cousu Goodyear.

Les points sont rapprochés et très réguliers.

Les points sont rapprochés et très réguliers.

Comme vous pouvez le voir, une bande blanche à la texture souple a été ajoutée entre les deux parties de la semelle : elle amortit le pas et augmente sensiblement la sensation de confort.

Difficile de dire avec exactitude à quel point l’intercalaire de mousse contribue au confort de la chaussure, mais je n’ai en tout cas jamais eu mal aux pieds en les portant, si ce n’est durant la toute première heure.

Difficile de dire avec exactitude à quel point l’intercalaire de mousse contribue au confort de la chaussure, mais je n’ai en tout cas jamais eu mal aux pieds en les portant, si ce n’est durant la toute première heure.

Note de Benoit : J'ai vu mieux, même si la paire est globalement bien faite.

Sur le reste des coutures, on retrouve la même régularité. On note également la présence d’un point d’arrêt entre les deux volets des lacets.

Même constat pour les coutures du corps de la chaussure, qui restent nettes et régulières. Vous pouvez aussi voir le point d’arrêt entre les deux volets de lacets pour retarder l’usure, les lacets étant d’ailleurs waxés.

Même constat pour les coutures du corps de la chaussure, qui restent nettes et régulières. Vous pouvez aussi voir le point d’arrêt entre les deux volets de lacets pour retarder l’usure, les lacets étant d’ailleurs waxés.

À l’intérieur, vous trouverez une première de propreté, cousue dans un fil et entourée d’un liseré rappelant la couleur emblématique de la marque. J’aime ces petits détails que seul le porteur peut connaître, et qui renforcent la cohérence de la paire.

La première de propreté est bordée et cousue au fil rouge, clin d’œil à la semelle de la même couleur. Notez de plus que le cuir a été gratté au niveau du talon : l’adhérence du pied est meilleure, et les frottements réduits.

La première de propreté est bordée et cousue au fil rouge, clin d’œil à la semelle de la même couleur. Notez de plus que le cuir a été gratté au niveau du talon : l’adhérence du pied est meilleure, et les frottements réduits.

Note de Benoit : une paire "mignonne", mais dont le prix me laisse vraiment perplexe. Si on m'avait montré la paire sans la semelle rouge, je dirais qu'elle aurait été vendue entre 300 € et 400 €, avec 500 € en grand maximum.

Pour une paire qui approche ici les 900 €, je n'arrive pas à comprendre la paire d'un point de vue produit, et j'ai l'impression que le prix fait partie intégrante du positionnement de la chaussure ("vu le prix, elles doivent être haut de gamme" vs "vu le produit, elles doivent être haut de gamme"). Difficile de parler d'un bon rapport qualité / prix, quand on voit ce à quoi on peut accéder chez d'autres marques. Pour 100 € de plus, vous avez une paire d'Aubercy personnalisée !

Avec quoi les porter ?

La couleur Havane des City Bro s’intègre facilement à bon nombre de looks, aucune difficulté particulière à ce niveau.

Macintosh Paul & Joe (test à venir) avec un très joli motif à carreaux qui se voit peu à la photo, chemise BonneGueule, chino Les Chats Perchés.

Macintosh Paul & Joe (test à venir) avec un très joli motif à carreaux qui se voit peu à la photo, chemise BonneGueule, chino Les Chats Perchés.

Une fois encore, c’est le côté british de la forme des chaussures qui m’a séduit avant tout. Voulant poursuivre sur cette lignée, je me suis orienté vers un macintosh (veste imperméable non croisée, avec un col chemise, avec uniquement le premier bouton apparent en règle générale).

J’aime particulièrement le rendu du Havane couplé au bordeaux du chino, et m’impose une chemise blanche pour tempérer le tout.

Le combo bordeaux / Havane offre un rendu intéressant.

Le combo bordeaux / Havane offre un rendu intéressant. Note de Benoit : très joli assemblage chaussures/pantalon.

La paire reste somme toute polyvalente, elle serait tout aussi intéressante avec un jean brut et un tee-shirt travaillé, par exemple. N’étant pas aussi fine qu’une Richelieu classique, elle se prête facilement à des looks casual.

Test des bottines Louboutin homme - modèle Orion (1245 €)

Comme je vous le disais, j’ai choisi de partir sur un modèle plus audacieux pour la deuxième paire, puisqu’il s’agit de chelsea boots cloutées.

Tout le pourtour de la semelle est orné de clous. Un parti-pris stylistique fort, auquel on est plus ou moins sensible. Note de Benoit : franchement, pour le prix, on est en droit d'attendre une forme plus travaillée, et plus marquée, surtout de la marque d'un créateur qui a proposé des choses hallucinantes chez les femmes. Là, ça reste extrêmement simple.

Tout le pourtour de la semelle est orné de clous. Un parti-pris stylistique fort, auquel on est plus ou moins sensible. Note de Benoit : franchement, pour le prix, on est en droit d'attendre une forme plus travaillée, et plus marquée, surtout de la marque d'un créateur qui a proposé des choses hallucinantes chez les femmes. Là, ça reste extrêmement simple, mais je reconnais le travail de créativité sur la semelle, avec une influence "punk" inattendue et bien utilisée.

De nouveau, on commence par regarder la peau utilisée, toujours du cuir de veau. Là où certains cuirs noirs ont tendance à avoir un rendu trop opaque, celui-ci est brossé et prend donc bien la lumière. Par ailleurs, la forme a de la tenue, et les contreforts sont bien rigides.

La peau reflète bien la lumière.

La peau reflète bien la lumière.

Intéressons-nous à présent à l’élément central de la paire, les ornements autour de la semelle. Ils se divisent en trois éléments, chacun d’entre eux apposé à la main et nécessitant un travail conséquent :

  • Un liseré métallique en « maille serpent »  entoure toute la trépointe de la chaussure,
  • De petits clous qui complètent le liseré,
  • De grands clous sur tout le tour de la semelle.
Le liseré métallique, les petits et les grands clous. Ces derniers sont d’ailleurs doublés au niveau du talon.

Le liseré métallique, les petits et les grands clous. Ces derniers sont d’ailleurs doublés au niveau du talon.

Sur le corps de la bottine, chaque rangée de coutures est double et régulière. Les points rapprochés confèrent un certain raffinement à la paire. Normalement, à ce prix-là, les chelsea boots sont façonnées à partir d'une seule pièce de cuir (on les nomme "one-cut"). Ce n'est pas le cas ici, mais c'est une finition de plus en plus rare (je ne l'ai vue que chez JM Weston et Aubercy).

Les coutures sont régulières et resserrées. Chaque rangée de couture est double. Note de Benoit : et on voit la couture entre l'élastique et la semelle qui montre que la chaussure n'est pas un "one cut". À ce prix-là, c'est vraiment dommage.

Les coutures sont régulières et resserrées. Chaque rangée de couture est double. Note de Benoit : et on voit la couture entre l'élastique et la semelle qui montre que la chaussure n'est pas un "one cut". À ce prix-là, c'est vraiment dommage.

On retrouve également une première de propreté, dotée d’un coussinet pour plus de confort.

Désolé pour la qualité de la photo : l’intérieur étant difficile à prendre avec l’objectif de l’appareil, je me suis rabattu sur mon téléphone… Vous pouvez tout de même deviner la première de propreté et le coussinet. Note de Benoit : toujours à ce prix-là, les découpes de cuir autour de l'élastique auraient pu être bien plus propres.

Désolé pour la qualité de la photo : l’intérieur étant difficile à prendre avec l’objectif de l’appareil, je me suis rabattu sur mon téléphone… Vous pouvez tout de même deviner la première de propreté et le coussinet. Note de Benoit : toujours à ce prix-là, les découpes de cuir autour de l'élastique auraient pu être plus propres.

Enfin, dernier petit détail au niveau de la semelle que j’apprécie beaucoup : la forme du talon, très incurvée vers l’intérieur. En revanche, les ornements sont très proches de la bordure du talon, ce qui peut prématurer leur usure.

Louboutin Homme Semelle Picot

Note de Benoit : pour moi, c'est LE problème de cette chaussure. Les picots sont très bas sur le talon, et dès que celui-ci va s'user un peu (et ça va vite), ce sont les picots qui vont s'user. À mon sens, ce ne sont clairement pas des chaussures pour la vie de tous les jours, mais bel et bien des chaussures de soirées, pour ceux qui se font amener en taxi et qui ne marchent pas tellement en soirée, ou sur des sols sans risques, car il est impossible de faire des kilomètres sur le goudron sans user les picots du talon.

Aparté : Comment construire un look en noir ?

Je suis resté sur la dimension très rock des bottines pour construire mon look. Grand classique du style : la chemise blanche et le perfecto noir, que je complète d’un chino noir.

Perfecto Asos Premium, chemise BonneGueule, chino Zara, lunettes Christian Dior « So Real ». Note de Benoit : d'un point purement esthétique, si je déplorais au début une forme un peu trop simple, force est de constater qu'elles fonctionnent plutôt bien dans ce look.

Perfecto Asos Premium, chemise BonneGueule, chino Zara, lunettes Christian Dior « So Real ». Note de Benoit : d'un point purement esthétique, si je déplorais au début une forme un peu trop simple, force est de constater qu'elles fonctionnent plutôt bien dans ce look. Note de Benoit : je suis ravi de voir qu'on a un Rafik bien épanoui et à l'aise sur ce genre de looks !

Je souhaiterais m’attarder un peu sur cet assemblage riche en pièces noires. Très clairement, les Orion ne sont pas un modèle polyvalent (et n’ont d’ailleurs pas vocation à l’être). De manière générale, lorsqu’un item présente un design foncièrement ancré dans un style, il sera difficile de le transposer dans un autre univers.

Si le style rock avait un drapeau officiel, il serait probablement sur fond noir ; le choix de cette couleur pour définir ma tenue est logique. Je m’assure cependant de respecter quelques règles de bases, d’autant plus vraies sur du noir :

  • Varier les textures / matières : de toutes les pièces noires, aucune n’a le même aspect. Mon perfecto est patiné par l’usure ;  la toile de mon chino un peu rugueuse ; le cuir des bottines est rehaussé par le cloutage.
  • Jouer sur les coupes / volumes : pour éviter de ressembler à un bâton de fusain uniforme, je casse la verticalité de ma tenue. Une première fois avec le perfecto qui tombe pile sur les hanches, et une seconde avec l’ourlet de mon chino, évitant que ma jambe et la bottine ne fusionnent. La chemise blanche contribue à cet effet de cassure et illumine l’ensemble.

Un peu dogmatique par moment, j’ai tendance à dire que le noir aime toujours le noir, souvent le gris, et parfois le blanc. Comprenez-moi bien, l’harmonie du blanc est du noir n’est pas la vérité générale qu’on entend fréquemment : ici, l’ensemble fonctionne aussi parce qu’il renvoie à un fort imaginaire culturel.

Note : Si vous souhaitez aller plus loin à ce sujet, je vous invite à (re)lire notre article sur comment porter du noir.

Quelques conseils d'entretien

Je ne peux que vous conseiller de protéger vos semelles, autant pour augmenter leur adhérence que leur durée de vie. Les semelles en cuir sont peu résistantes, et les Louboutin n’échappent pas à la règle.

La cordonnerie Minuit moins 7, basée à Paris mais proposant un service à distance, est partenaire de la marque. Elle dispose de patins du même rouge (35 €), ou à pouvoir ressemeler vos chaussures avec la semelle en cuir rouge griffée (env. 200 €).

L’usage d’embauchoirs est indispensable, de même que les classiques règles d’entretien du cuir.

minuit moins 7 louboutin

La cordonnerie Minuit moins 7 procède au ressemelage complet des souliers Louboutin.

Mon avis sur les chaussures Louboutin homme

Quel est le rapport qualité / prix des chaussures Louboutin homme ?

Je suis satisfait des deux paires en termes de design. On retrouve une cohérence qui se distille via de petits détails qui ne sautent pas forcément aux yeux, mais qui se révèlent à mesure que le porteur les chausse. J'aime la forme des paires testées, inspirée du style anglais. Si elles sont bien exécutées, elles ne sont en revanche pas inédites, comme le souligne Benoît.

La confection est satisfaisante. Les couleurs des peaux utilisées sont profondes, le montage durable, les finitions bien amenées. Les chaussures sont aussi très confortables. Je n'ai ressenti aucune douleur, soulignons-le. On retient en revanche les picots sur la semelle des Orion : aucun doute quant à la minutie de leur pose (et de l'ensemble de l'ornement, plus globalement), mais ils demeurent trop proches de la semelle.

Mais avec ces chaussures, la vérité est ailleurs...

La semelle, partie intégrante de la chaussure, est d'une beauté assez unique. Cette nuance a un côté incandescent, passionné. C'est le rouge des femmes fatales hollywoodiennes, de la colère, de l'ardeur... C'est une couleur pénétrante, qui ajoute du caractère à la chaussure. Si seulement on ne l'abîmait pas si vite en marchant ! Toutes les semelles en cuir s'érodent rapidement, mais c'est d'autant plus visible lorsque le revêtement rouge s'escarpe. Et pour le coup, c'est assez frustrant.

Marque de fabrique d'une paire de Louboutin, il est contraignant de voir le rouge de la semelle s'abîmer rapidement.

Marque de fabrique d'une paire de Louboutin, il est contraignant de voir le rouge de la semelle s'abîmer rapidement.

Une belle forme et une bonne confection, certes, mais ce serait faire abstraction du prix. Pour le dire sans encombre, oui, elles sont trop chères niveau rapport qualité / prix. À l'approche du millier d'euros pour une paire, elle doit être impeccable en tout point, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le contrôle qualité en sortie d'usine doit être intransigeant, la paire ne doit présenter aucun défaut.

Vous conseillerais-je d’aller chez Louboutin pour une paire « neutre », sans spécificité dans le design, que vous porteriez au quotidien ? À moins que vous ne soyez séduit par l’imaginaire autour de la marque, probablement pas.

Mais lorsque l'on va chez Louboutin et qu'on est prêt à débourser autant, vient-on uniquement pour la qualité intrinsèque et les belles finitions ? Et si celles-ci ne sont pas pleinement en phase avec le prix, pourquoi autant de clients récidivent-ils ? La logique est-elle aussi terre-à-terre ?

christian louboutin modèle dandy pik

Si vous aimez ce style, à part chez Louboutin, je ne saurais trop vous dire où aller. C'est sur ce type de paire que la dimension créateur prend toute son ampleur.

Je prends volontairement ce modèle très tranché comme exemple. L'une des raisons motivant l'achat d'une paire de Louboutin - ou d'une pièce de créateur plus globalement - est l'existence d'une patte, d'un style qu'on ne retrouverait pas ailleurs. On peut tout à fait ne pas aimer ce type de conception, qui n'a d'ailleurs pas vocation à faire l'unanimité ! On est ici dans une démarche artistique, qui ne cherche ni le consensus, ni à s'inscrire dans un style donné.

Le soulier provient d'une recherche propre à l'artiste. Il a eu l'idée d'utiliser des cristaux de tailles irrégulières, de les placer ainsi sur des slippers, de jouer sur la brillance et le mat ; comme pour conjuguer rébellion et élégance, douceur et violence.

Ou peut-être ne voulait-il pas du tout dire ça ! Et c'est là la beauté du travail des créateurs, produire et évoquer différentes choses chez différentes personnes, alimenter différents univers, nourrir notre imagination ou notre réflexion. C'est ce qui peut nous motiver à nous procurer une de leurs pièces, parce qu'à travers leur design et leur aura, ils parlent à notre sensibilité personnelle et contribuent à une expérience unique.

Note de Benoit : on est ici sur un modèle de souliers totalement (et littéralement) provocant, au design très agressif, qui interpelle, et qui presque là pour effrayer. Même si ce n'est évidemment pas mon genre, je reconnais quand même un travail de créativité plutôt unique, polarisant et largement identifiable. Le coup des cristaux irréguliers donne un aspect presque animal à ces chaussures.

Comment expliquer le prix des chaussures Louboutin ?

Si l'on décortique le prix, il ne s'appuie pas uniquement sur la fabrication et le confort. Comme pour toutes les marques du genre, une partie correspond évidemment au nom en lui-même et joue sur le niveau psychologique, impliquant une confection sans faille. On ne refera pas le système, c'est une chose dont il faut être conscient quand on s'oriente vers du luxe "mainstream".

En outre, le prix s'explique également par le travail de recherche du créateur, les partis-pris stylistiques qu'il choisit. Cela se vérifie très bien sur les sneakers par exemple ; qu'on aime ou non, elles ont un design très particulier, propre à la marque. Dans ce cas, l'aspect esthétique prend le dessus sur l'aspect utilitaire, la démarche est moins rationnelle.

Cela suffit-il pour autant à en expliquer le prix ? Je suis parti interroger plusieurs possesseurs de Louboutin dans mon entourage, et il en est très clairement ressorti que la dernière fraction du prix correspond à la part de rêve que l'on s'offre, et au sentiment que l'on a en les portant. Vous allez comprendre...

Les Louboutinizers, quand portent-ils leurs Louboutin ?

Pour comprendre davantage la Loubies mania, je me suis adressé aux premiers concernés. Je connais cinq possesseurs de Louboutin, trois femmes et deux hommes :

  • Julie et ses Feticha noires - reçues il y a 3 ans pour ses 18 ans,
  • Besma et ses Pigalle - son propre cadeau pour ses 25 ans,

Tous ont pour projet d'en acheter d'autres et appellent leurs paires de leur nom. Je les ai questionnés sur plusieurs points.

  • L'entretien : Tous chérissent leurs petites chaussures. Côté hommes, les embauchoirs et le cirage sont de rigueur (pour les parties non cloutées des sneakers). Ce sont leurs "paires préférées", ils connaissent toutes les règles d'entretien. Les femmes sont moins précautionneuses, mais ont de la bonne volonté : les trois les rangent systématiquement dans leur dustbag, une les bourre en plus de papier. De tout leur dressing, ce sont quoi qu'il en soit les Louboutin qui reçoivent le plus d'attention.
  • Le vieillissement de la paire : Le résultat est unanime, la semelle est fragile et le rouge commence déjà à s'effacer au bout de 5 à 6 ports, résultat que mon expérience confirme. "Toujours faire attention à là où tu les portes", m'a-t-on dit, ou même "le parquet d'un appartement en soirée, c'est l'idéal." Certains poussent même jusqu'à ne les enfiler qu'une fois arrivés à destination. Autrement, elles tiennent bien le coup, même si tous affirment ne les porter qu'occasionnellement.
semelles louboutin homme usée

"La semelle des sneakers est en gomme rouge, tu n'as pas le problème que tu as sur la semelle cuir".

Les cinq copains qui me donnent un coup de main en répondant à mes questions sont finalement très lucides, aucun ne considère ses Louboutin comme des chaussures de tous les jours. Et lorsqu'on leur demande quand ils les portent, le mot qui revient systématiquement est évidemment "en soirée".

Tu te démarques un peu des autres, elles te donnent un côté "mode". Ça devient la pièce principale de ton look, et tu es à l'aise dans tes pompes parce que tu sais qu'elles feront forcément leur effet. - Jimmy, 23 ans, commercial.

Deuxième place du podium : les rendez-vous galants, chez les garçons comme les filles. Eux veulent paraître soignés, leur prouver qu'ils ont fait un effort ; elles jouent du potentiel érotique du talon-aiguille et se sentent séduisantes.

Dernier lieu : le bureau. À ce propos, l'un des témoignages les plus parlants est celui de ma copine Besma, qui occupe un poste à responsabilités dans une grande banque.

Je les porte si je sors entre copines ou avec mon chéri, mais surtout au bureau. Quand tu dois défendre un projet devant une assemblée, tu ne peux pas t'empêcher d'être stressée. Avant d'entrer dans la salle, je mets mes Pigalle (modèle emblématique d'escarpin, ndlr) et, je ne sais pas, c'est comme si j'avais une cape rouge de Superman. Elles me donnent confiance en moi, c'est bizarre mais elles me donnent de l'assurance. - Besma, 27 ans, chef de projet.

J'exagère peut-être un peu, mais ces témoignages traduisent presque d'un lien qui se crée entre une personne et ses Louboutin. Elle en connaît le manque de robustesse, ne pourra pas la porter souvent, mais fait son achat en connaissance de cause : ce qu'elle recherche, c'est le style et l'émotion que la paire lui procurera. 

Note de Benoit : et mine de rien, quoique je pense de Louboutin pour homme, force est de constater que bien peu de marques de mode arrivent à créer autant de désir chez des clients, tout à fait lucides et conscients des faiblesses bien présentes de ce type de souliers.

Christian Louboutin modèle Pigalle

Le modèle Pigalle, "la cape de Superman" de Besma.

Louboutin, des power shoes ?

À mon avis, on peut entièrement qualifier les Louboutin de power shoes. Je dirais même plus qu'il s'agit du premier critère quand on achète des Louboutin : l'émotion qu'elles font naître en nous.

Note de Benoit : Arnaud, du blog Very Good Lord, utilisera aussi l'expression "power shoes" dans son article sur sa paire de mocassins Louboutin modèle "Fes".

Pour les adeptes, porter des Louboutin, c'est se sentir bien habillé, séduisant et confiant. Et c'est déjà bien ancré culturellement, la marque a su se créer un univers très riche !

Côté femme, Christian Louboutin a été très fort pour assimiler ses chaussures à la sensualité, au pouvoir de séduction et à une féminité exacerbée. Grâce à de multiples apparitions dans des séries TV ou productions hollywoodiennes (je ne peux m'empêcher de penser à l'image de Carrie Bradshaw alors que j'écris ces lignes), les expositions dans le monde entier, la dimension presque onirique de certains designs, les collaborations avec l'envoûtante Dita von Teese... et la machine est lancée.

Dita-Von-Teese-Christian-Louboutin-Heels-1

Petites plumes, pompoms... Le créateur s'inspire beaucoup du monde du cabaret et des pin-ups. Avec de telles influences, il ancre forcément son travail dans une féminité qui peut parfois flirter avec le kitsch, mais qui reste toujours pleinement assumée. (Crédits :  Shoerazzi.com)

marie-antoinette louboutin

De tous les modèles créés par la marque, c'est probablement celui que je préfère. Le rose poudré se mêle aux perles et à la dentelle, on croirait presque la broderie du corset de Marie-Antoinette. Cela en devient plus un objet qu'une chaussure.

Pour aller plus loin encore, l'un des grands tours de force du créateur est d'avoir redonné à la chaussure son aspect sexuel. Elle est redevenue cet objet de fantasme, l'accessoire qui sublime une femme. Il joue beaucoup de cette connotation fétichiste qui, forcément, renvoie encore à la séduction et au sentiment de désirabilité chez celles qui les portent. Il a d'ailleurs monté une exposition avec David Lynch sur ce sujet, FETISH. Note de Benoit : attention, ce site est no safe at work, mais les chaussures sont complètement déjantées (et accessoirement, impossibles à utiliser pour marcher).

Comble du fétichisme féminin : le vieux fantasme du champagne dans l'escarpin, version Louboutin. (Collaboration Piper Heidsieck x Christian Louboutin).

Comble du fétichisme féminin : le vieux fantasme du champagne dans l'escarpin, version Louboutin. (Collaboration Piper Heidsieck x Christian Louboutin).

Cette image très forte s'est étendue aux hommes qui, s'ils ne se sentent pas plus sexy en Louboutin, se sentiront esthètes. Ils sont ceux qui sont sensibles à cette féminité extrême et à ce raffinement, et partagent cet esprit en chaussant eux-mêmes des Louboutin. C'est là qu'on retrouvera les preneurs de leur Ligne Classique.

Le celebrity wear aussi est indissociable de la griffe : dès l'ouverture de la première boutique, c'était un passage de Caroline de Monaco qui avait aidé à doper les ventes. Il n'y a pas un seul tapis rouge sans qu'une actrice ou une chanteuse ne porte des Louboutin, et de plus en plus de people sont repérés des semelles rouges aux pieds, hommes comme femmes. Sans compter les nombreux titres où on entend les artistes scander "Louboutin".

Cette assimilation au show-business, ainsi qu'à l'univers érotique de la marque, font que l'on projette de façon plus ou moins inconsciente ces caractéristiques sur nous (réussite, confiance, séduction...), d'où la notion de "pouvoir". Dans l'esprit, on ne porte pas de simples chaussures, on porte des Louboutin.

La symbolique de la couleur rouge y est enfin pour beaucoup. Outre la notion de désir, que nous avons largement abordée, c'est une couleur forte, qui traduit le courage et la puissance. Quand je repense au témoignage de mon amie Besma, je me dis que l'effet ne serait sans doute pas le même si la semelle était bleue ou même dorée : le rouge devient une source de pouvoir située juste sous nos pieds.

En ce qui me concerne, ai-je ressenti une certaine puissance en les testant ? En un sens, oui. Je ne me sentais pas plus beau, ni plus important, mais elles m'ont rappelé cette période où je découvrais la mode avec de grands yeux. Disons qu'elles ont joué sur la corde nostalgique.

 

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  • Simon

    Article que je trouve au contraire plutôt dans la ligne de Bonne Gueule, décrypter le véritable coût d’une pièce. En achetant Louboutin on sait maintenant que leur paire de souliers homme a 800€ peut se trouver à 400€ (à qualité égale) chez d’autres marques et que le surplus de prix est à attribué au marketing, à la part de rêve, le luxe et son image de prestige.

    D’ailleurs le passage sur les Loubitinizers le confirme, une majorité de personnes ne peut investir de telles sommes sur une ou plusieurs paires de Louboutin entre 18 et 25ans, cest un peu un autre monde, ou l’ostentatoire prend tout son sens et sa valeur.

    PS : Sur les deux modèles hommes (Jimmy-Sylvain) ca reste tout de même des modèles vraiment excentriques (les cristaux en pointes) qui ne plairont pas forcément à tous et.. à toutes (cf Louboutin pour les rendez vous galants) à moins de tomber sur des personnes qui s’inscrivent dans cette même démarche stylistique. De plus une fois les piques mis de côté, ça reste des sneakers blanches ou noires relativement simples… Je trouve qu’il y a bien plus de travail et de recherche sur le modele de sneakers BGNS ou on retrouve des textures, des couleurs et des matières différentes.
    C’est là où je rejoins d’autres lecteurs sur votre formidable travail d’eco consommation.

  • Salut Olivier,

    Je te réponds car à la base j’ai réagi comme toi quand Benoît et Rafik m’ont dit qu’ils voulaient écrire cet article (en fait non, pas comme toi, j’étais bien moins poli, j’ai juré comme un pirate !!! 🙂 ).

    Et finalement ils m’ont expliqué qu’il s’agissait de traiter le sujet sur un angle « est-ce que ça vaut vraiment son prix », ou « pourquoi une paire de luxe vaut-elle aussi cher ? ».

    C’est finalement ce qu’ils ont fait (en concluant que ici, c’est effectivement trop cher d’un strict point de vue rapport qualité/prix), et en allant même étayer leur avis chez des bottiers sur-mesure traditionnels (je peux pas forcément le citer aussi) pour décortiquer le produit.

    Si le choix du sujet est étonnant, finalement la manière de le traiter reste dans notre démarche de curiosité et d’explication du prix des choses.

    Ta question est tout à fait légitime en tout cas. Avec plaisir pour en discuter plus en avant !

    Geoffrey

  • Nicolò – BonneGueule

    Ca fait un sacré cadeau, effectivement !

  • Jonathan

    Bonsoir,

    Une petite info pour ceux qui se serait dit que la paire rose poudré style Marie Antoinette pourrait un ( très ) beau cadeau pour sa dulcinée, sachez qu’il n’y en a eu que 36 paires vendue 6295€.

    Voilà, donc il n’y en a plus mais pas de remords c’est largement hors budget pour le commun des mortels.

    Le bisous.

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Karl,

    Je comprends qu’on ne puisse pas adhérer à cet idéal de féminité, mais il en constitue tout de même un (parmi d’autres). Louboutin sera plus inscrit dans un côté sexy, tandis que Chanel renverra davantage à un imaginaire très élégant, quoi qu’un brin irrévérencieux parfois. Je souhaitais aussi, de façon plus globale, comprendre ce qui faisait le phénomène Louboutin (qu’il nous plaise ou non). 🙂

    En tout cas, merci pour ton retour, et cet avis nuancé !

  • Rafik – BonneGueule

    Salut Arnaud,

    Merci pour ton retour. Comme je l’expliquais à Guillaume, la présence des notes de Benoît vient aussi baliser le sujet, plutôt vaste.

    Nous n’avons pas non plus l’habitude d’un format d’article aussi long, donc il y a probablement des choses à améliorer niveau forme. D’où l’importance de vos commentaires, dont on tiendra compte pour la prochaine fois ! 😉

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Arnaud,

    Merci pour ton retour ! Tu as tout à fait raison, la qualité est secondaire sur ce type d’achat, puisqu’il est avant tout motivé par un tas d’autre raisons, comme celles que tu évoques 😉

  • Rafik – BonneGueule

    C’est un angle auquel je n’avais pas pensé, mais qui reste tout aussi envisageable. Merci Alcandre !

  • Benoit – BonneGueule

    Merci Florian pour ce retour qui va faire très plaisir à Rafik !

  • Romain R

    C’est super intéressant d’envisager cette dimension complètement irrationnelle de la marque. Il parait que c’est d’ailleurs un élément inhérent à toute forme de Luxe… L’article montre bien comment un univers de marque et une désirabilité peut être construite non à travers des années d’excellence, mais par un marketing extrêmement efficace. Car rares sont les marques de souliers contemporaines à jouir de l’aura de Louboutin, malgré une qualité souvent nettement supérieure (Jimmy Choo pour ne citer que cette griffe).

  • Rafik – BonneGueule

    Salut Adrien,

    Tu « chipotes » peut-être, mais ce sont d’excellentes remarques et j’en tiendrai compte pour de prochains articles ;).

    En tout cas merci pour ton retour, je suis vraiment content que l’article t’ait plu !

  • Rafik – BonneGueule

    Salut Thal,

    Merci beaucoup pour ton retour et ces compliments, ça me fait plaisir 🙂

    Pour ce qui est des notes de Benoît, elles me semblaient importantes ici, de sorte de bien mettre l’emphase vu l’ampleur du sujet. Mais merci pour ta remarque, on en prend bonne note et allons réfléchir sur la forme !

    A très vite l’ami

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Armand,

    A mon avis, l’une des raisons de l’effet « semelle rouge » sur les hommes est qu’il est tellement puissant chez les femmes, que les mecs ont fini par se l’attribuer aussi. Je suis d’accord, c’est d’autant plus compréhensible sur des modèles originaux !

    En tout cas, merci à toi pour ce retour et ton avis nuancé. Et +1 sur l’utilisation du foulard comme accessoire de soirée 😉

  • Rafik – BonneGueule

    Salut Enzo,

    Merci pour ton retour, c’est une vision très intéressante. Et ma culture te remercie aussi, voilà de nouvelles références à aller découvrir 🙂

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Phil,

    Un énorme merci, ton message me touche beaucoup :). Et je suis ravi si le look te plaît !

    Pour Marty & Gus, je lorgne sur leurs perfectos en tissu, mais je ne sais pas vraiment ce que les cuirs valent. Dans la même gamme, le perfecto d’April 77 est une super option ou, si tu as un budget plus serré, celui proposé par Little Bastard n’est pas mal 😉

  • Phil

    Hello,
    J’ai été bluffé par l’article !
    Pour être honnête, j’ai failli ne pas le lire car plutôt insensible à ce type de produit pour toutes les raisons déjà évoquées..
    Mais comme la curiosité l’a emporté, je me suis lancé et au final je l’ai dévoré !
    Franchement un grand bravo à Rafik, déjà pour le travail de fond ! C’est un super article, on sent bcp de passion derrière !
    Et un grand bravo, ensuite, pour avoir osé le look en noir chez BG 🙂
    Je suis assez fan de ce genre de look quand il est exploité de cette manière!
    D’ailleurs, cherchant un perfecto à tarif raisonnable, je suis tombé par hasard sur la marque marty & gus.. vous avez un avis sur leurs blousons ?
    Merci les BG !

  • Benoit – BonneGueule

    Oui, c’est ce que Rafik conclue, on ne va pas chez Louboutin pour du rapport qualité/prix.

  • Nicolas Duclos

    Le style Louboutin, on aime ou pas. Question de goût…
    Mais franchement, le prix me fait tiquer.
    Combien de temps dure une paire?
    Le montage justifie-t-il de tels tarifs?
    La qualité des peaux et leur tannerie sont-elles exceptionnelles?
    La patronnage est-il génial?

    Ma bonne ville de Limoges abrite l’usine JM Weston qui propose des souliers
    d’une autre qualité, 100% made in France (dans le bon sens du terme) et qui
    peuvent tenir des dizaines d’années voire une vie entière si bien entretenus.
    Alors bien sûr vous allez trouver ces chaussures ultra classiques ce qui est
    vrai. Mais les tarifs – certes élevés – sont dans ce cas 100% justifiés.

    Chacun fera son choix…

    Merci Rafik pour ce bel article. 😉

  • Robin A.

    Effectivement, la semelle rouge n’est pas protégée. À vrai dire, ils ont tenté un dépôt de marque figurative sur leur semelle, mais ledit dépôt a été très mal élaboré (étonnant pour une maison si prestigieuse, pouvant s’offrir les services d’avocats très performants). Le principe même de protection d’une couleur n’est pas en soi impossible, mais c’est une démarche demandant une certaine minutie.

  • Rafik – BonneGueule

    Merci pour ton retour Loric !

    Le rouge n’est pas protégé, je parlais simplement en terme d’offre. Mais ça prête à confusion, merci pour la précision 🙂

    Et surtout, merci pour le tuyau du glaçage de semelle. Je ne connaissais pas du tout, je vais regarder ça de plus près 😉

  • Rafik – BonneGueule

    Ça me fait plaisir, merci Damien !

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Abdel,

    Effectivement, les clientèles sont très différentes, parce que leurs aspirations sont différentes. C’est un aspect de la mode que je trouvais intéressant d’explorer, parce que c’est une toute autre logique qui s’applique. Alors merci pour ton commentaire my friend, ça me touche beaucoup 🙂

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Robin,

    Je comprends tout à fait ta vision, autant que je comprends celles des adeptes de Louboutin.

    Tu as entièrement raison sur un plan très rationnel, mais comme tu le dis, c’est aussi une histoire de sensibilité, certes très développée. Pour avoir discuté avec eux, ce n’est pas tant qu’elles occultent leur personnalité ; ils voient plus leurs chaussures comme une forme de totem (le mot est fort, mais c’est l’idée), en phase avec leurs envies. 🙂

    En tout cas merci pour ton retour !

  • merci pour ton retour Loric !

  • Loric

    Hé bien, il y a de quoi lire 🙂

    Si jamais pour les propriétaires de Loubies sur Genève, la Cordonnerie Seror pose des patins rouges sur les Louboutins de leurs clients. D’ailleurs, il n’est pas rare d’en voir quelques unes de ces paires attendant patiemment le retour de leurs propriétaires quand on se rend là-bas.

    Et sauf erreur, Christian Louboutin n’a pas réussi à protéger la semelle rouge de ces chaussures comme il le souhaitait. Donc, n’importe quel fabricant de chaussures peut vendre des semelles rouges façon Louboutin.

    Puis, les semelles, cela se glacent (de la couleur que l’on veut) pour les protéger de la pluie par exemple. Astuce de cordonnier. 😉

  • Benoit – BonneGueule

    Tout à fait, mais tu noteras que ce sont des personnes assez jeunes qui témoignent, je pense qu’elles sont encore au début de leur voyage du style. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, je ne pense pas que l’élégance soit quelque chose qu’elles recherchent en priorité. On n’est pas sur le même registre…

  • Robin A.

    Loin de moi la volonté de tirer sur une quelconque ambulance, mais je reste un peu perplexe concernant les témoignages des amateurs de Louboutin présentés dans cet article. L’élégance et le style ne doivent-ils pas d’abord émaner de l’individu, pour être ensuite mis en valeur par la tenue ? Ici, on a l’impression que le processus est inverse : utiliser la tenue (ou du moins une partie de la tenue) pour se donner de la contenance et une sorte de légitimité sociale. C’est ce qui m’agace beaucoup avec certaines marques de luxes à « gimmicks », très reconnaissables, avec de gros logos ou de gros signes distinctifs.

    Enfin, me concernant, la question ne se pose de toute façon pas, je n’ai malheureusement pas la possibilité d’investir un smic dans une paire de pompes (et encore moins pour des pompes de milieu de gamme).