L’upcycling : offrez une seconde vie à vos vêtements

Temps de lecture : 6 minutes

12

Disclaimer : On accueille une nouvelle plume dans nos colonnes, aujourd'hui. Bienvenue à Séga, grand amateur de vintage. Sensible aux problématiques environnementales et aux dérives de la mode, il nous fait découvrir "l'upcycling" pour une consommation plus responsable. La parole est à lui ! 

---

On s’est tous déjà retrouvé devant son dressing débordant de vêtements plus que de raison. La scène, vous la connaissez par coeur. Elle se finit souvent par la fameuse phrase “c’est le bazar, je ne sais pas quoi me mettre”. Cette occasion vous a permis de réaliser que vous aviez peut-être acheté beaucoup trop de pièces…

Pour éviter ce genre de débordement, mieux vaut vous concentrer sur les basiques de votre armoire. Néanmoins, si le mal — ou le trop bien, plutôt — est déjà fait, une alternative s’offre à vous : l’upcycling.

On pourrait le traduire par l'expression "recyclage par le haut". L'idée ? Récupérer de vieux vêtements dans votre dressing, ou en friperie, et leur offrir une seconde vie...

Peut-on se lancer seul dans l'upcycling ?

Votre dressing est une mine d'or, d'autant plus s'il est plein à craquer. L’upcycling peut alors servir à le rafraîchir. Seul impératif : avoir suffisamment d’imagination pour réinventer les pièces de votre armoire.

Plusieurs retouches sont possibles sur un vêtement. Brièvement, vous pourriez changer :

  • La forme d'un col : par exemple, éliminer un col mao si ce style de chemise ne vous plaît plus.
  • La longueur et les coutures des manches : pourquoi ne pas envisager une veste avec des manches 7/8, pour casser la longueur de vos bras ?
  • Ajuster le buste, en cintrant une veste que vous ne souhaitez plus droite, par exemple.
  • La coupe d’un pantalon, pouvant être réajustée sans trop de difficulté.

Marre d'un vieux bomber ? Pourquoi ne pas s"inspirer des modèles Alpha Industries et le décorer de quelques écussons ?

Lorsque vous avez une idée précise de ce que vous souhaitez, passez par l’un des retoucheurs présents dans votre région pour que la pièce “upcyclée" puisse voir le jour. Concrètement, elle ne vous coûtera que le prix de la retouche.

Si vous n’avez aucun a priori sur la question, les friperies, les vides-greniers et les dépôts-vente sont un terrain de jeu non négligeable. Vous pouvez vous y rendre pour y acquérir des vêtements de seconde main puis les (faire) customiser.

Le bon compromis : acheter des vêtements déjà upcyclés

Vous ne vous sentez pas l’âme d’un créateur ? Vous aimez les beaux vêtements et vous souhaitez limiter votre impact écologique en participant à une économie circulaire ? Vous êtes donc un consommateur raisonnable.

En France, Internet a permis l’éclosion de nouveaux acteurs avec une forte conscience écologique.

La marque française super marché s’est lancé dans l’upcycling. Ce pantalon coûte 85 euros. 

Vous avez remarqué ? Les prix sont souvent plus élevés que pour des vêtements vintage classiques, à cause du coût de main d'oeuvre supplémentaire.

La Draft Paris est un autre label empruntant la voie de l’upcycling. Chaque semaine, les créateurs de cette marque urbaine se rendent dans des friperies parisiennes et sélectionnent des pièces selon leur qualité. Elles sont ensuite travaillées en collaboration avec un atelier parisien pour leur offrir une seconde vie.

Résultat, la collection La Draft Paris évolue en fonction de leurs trouvailles. Comptez au minimum 199 euros pour un imperméable.

Présente uniquement sur Internet, la marque propose un service de retouche. Vous pouvez modifier vos vêtements afin qu’ils correspondent à leur univers.

Pour upcycler, une marque peut également récupérer d'anciens tissus, voire des chutes. C’est le pari de Saudade de Paris. L’ensemble des tissus utilisés provient de fournisseurs spécialisés, détenant des rouleaux récupérés auprès de Maisons de couture.

La marque propose un vestiaire tailleur au style minimal. La collection est hyper exclusive. Par exemple, cette veste à 450 euros n’existe qu’en quatre exemplaires.

Quand les géants de la mode flairent le filon...

Fast-fashion et upcycling : l'émergence d'un paradoxe

Aujourd'hui, on retrouve l’upcycling partout. Côté fast-fashion, l’enseigne Uniqlo organise régulièrement des collectes de vêtements depuis 2012. Les plus usagés sont désassemblés pour créer de la matière isolante.

Pêle-mêle, on peut mentionner Urban Outfitters et H&M, entre autres… L’upcycling reste une manière pour ces marques de continuer de produire (et donc de vendre) des vêtements à moindre coûts. Restez donc attentif à la qualité de ces vêtements.

L’e-shop ASOS a crée la gamme de vêtements upcyclés "Reclaimed Vintage".

Certaines marques, plus haut de gamme, se lancent également dans le recyclage par le haut. Depuis 2011, A.P.C (pour Atelier de Production et de Création) n’a jamais aussi bien porté son nom. Son programme "A.P.C Butler" est destiné aux propriétaires d’un de leurs jeans. Le principe est le suivant : A.P.C récupère votre ancien modèle, le traite à nouveau (voire le remet en état) et le revend à moitié prix.

Avec ce look, Boris de BORASIFICATION adopte un style workwear... dans un jean APC Butler.

En 2015, le groupe de luxe Kering a annoncé un partenariat avec la société Worn Again. La start-up, spécialisée en recherche et développement, a mis au point une technologie de recyclage capable de séparer et extraire le polyester, et la cellulose de coton, des vêtements anciens ou usagés. Les matériaux servent ainsi à fabriquer de nouveaux textiles et vêtements. En somme, l’upcycling quasi-parfait, sauf qu’on attend toujours d'en voir l’application concrète dans nos armoires…

À nos amis parisiens, la boutique "Episode" propose une ligne de vêtements retravaillés : c’est la gamme "Reworked". Plus loin dans la même rue, "Kiliwatch" propose le même concept avec sa gamme "Culture Vintage". Néanmoins, vous devrez vous délester de 60 euros minimum pour des pièces intéressantes…

La difficulté de mieux consommer

Un effort de la part des marques

Upcycler passe par un changement de comportement des marques.

Par exemple, Patagonia a été la première marque de vêtements de plein air à fabriquer des toiles en polyester à partir de bouteilles en plastique. En 2017, elle a décidé de rationaliser ses gammes de tee-shirts, si bien qu'à partir du printemps 2018, elle offrira seulement deux options : un 100% coton biologique, et un mélange coton / polyester recyclé. L’enseigne reconnaît explicitement que le coton biologique a un impact négatif sur l’environnement et agit à son niveau pour limiter son empreinte.

Pour vous donner un ordres d’idées : un tee-shirt de 250 grammes requiert environ 2 500 litres d’eau ; un jean de 800 grammes nécessite 8 000 litres rien que pour l’irrigation. Il s’agit d’une moyenne calculée par le réseau de partenaires corporatifs et universitaires Water Footprint Network.

Revoir nos habitudes

Upcycler passe également par un changement de comportement des consommateurs. Soyons clair : pas de fast-fashion sans fashion victims. Pour vous aider à décrocher, Love Your Clothes, une initiative de l'association Wrap, offre des informations aux consommateurs à chaque étape du processus, allant de l'achat plus intelligent, la réparation, la personnalisation du vêtement, jusqu'à son upcycling.

Le site Wrap propose également un guide d’achat en fonction des pièces que vous recherchez.

En fin de compte, la meilleure chose à faire est de garder vos vêtements plus longtemps en investissant dans des pièces de qualité — et d'acheter moins de vêtements neufs...

"Oui, mais l'upcycling n’est pas si nouveau que cela !"

L’upcycling n’est pas une idée nouvelle. Vous l’avez compris, le principe est simple : le déchet (le vêtement ou le tissu usagé) est un matériau comme un autre, destiné à intégrer un process de production.

En 2002, le chimiste allemand Michael Braungart et l’industriel américain William McDonough publient le livre référence sur le sujet : Cradle to Cradle : remaking the way we make things.

Seize ans plus tard, l’upcycling n’en reste qu’à ses balbutiements en France. Le défi reste de convaincre la majorité des fabricants et des consommateurs qu’un vêtement récupéré et upcyclé peut être stylé et, surtout, durer.

Malheureusement, force est de constater que les marques sont peu nombreuses sur le segment. Quant à celles que l'on trouve :

  • Elles offrent peu de choix au consommateur.
  • Les prix restent relativement élevés, y compris pour un e-shop comme ASOS. L’upcycling reste un phénomène de niche. Les marques passent souvent par un atelier de création tierce, ce qui limite leur marge de manoeuvre dans la fixation des prix. Les prix oscillent entre 50 et 150 euros, pour les plus abordables, et peuvent rapidement grimper.
  • Enfin, certaines enseignes jouent clairement la carte “fast-fashion faussement éco-responsable”. Il nous appartient alors d'être vigilants.

Le mot de la fin…

Selon l’Institut Danois de la Mode, il s'agit de la deuxième industrie la plus polluante au monde, après celle du pétrole. Upcycler ne fait certes pas tout, mais cela permet de créer, produire et consommer de manière un peu plus éco-responsable.

Si vous avez des suggestions ou des marques à partager, n’hésitez pas à les mentionner en commentaire !

Rafik

Je suis fasciné par l'expression des contre-cultures et les mouvements underground. Tombé amoureux de la mode à 5 ans, je pense qu'elle doit rester un moyen d'expression, et non une course aux tendances. Et que ça reste entre nous, mais je suis un brin bling sur les bords.

Laisser un commentaire

Questions de style, points de vue perso, bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures.

  • Nicolò – BonneGueule

    Par exemple 🙂

    Ce sera un synthétique qui imite le cuir.

  • Nicolò – BonneGueule

    Ah ça c’est sûr qu’on fait difficilement mieux que le cuir.

    Essaye les marques type Will’s Vegan Shoes ou Good Guys don’t Wear Leather, ça sera plus durable que de la toile je pense 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Les Vans basses, c’est déjà mieux, même si c’est pas une qualité de folie ^^

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Léo !

    Je me dois d’être honnête : je les trouve pas terribles… Trop « plates », forme pas super harmonieuse, ça fait un peu péniche, la semelle collée n’est pas très jolie, le logo de la marque et la bande contrastante arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe…

    En soi la paire n’est pas « difficile à porter » car ça reste une paire de sneakers bleues, donc portes les avec à peu près n’importe quoi sauf du bleu foncé. Mais le design n’est pas fou et la paire n’apportera pas grand chose à tes tenues, à mon avis…

  • Alex – BonneGueule

    Hello Léo,

    De quelle couleur sont tes sneakers ? =)

  • Alex – BonneGueule

    Hello Romain,

    Pour de l’inspiration, regarde du côté des lookbooks des marques que tu aimes déjà ou des défilés. Tu peux aussi regarder les marques citées dans l’article. Du reste, il n’y a pas de source d’inspiration propre à l’upcycling. Malheureusement, niveau tuto, on ne peut pas te renseigner davantage que Google. =/

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello ArmanN !
    Hmm… Je t’avoue que non, pour ma part.

    Peut-être qu’un lecteur aura une suggestion ?

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci Tada 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Khno !

    Oui on connaît Hopaal ! 🙂

    Merci pour tous tes excellents retours !

  • Nicolò – BonneGueule

    C’est toujours une excellente démarche, j’ai commencé uniquement comme ça aussi ! C’est effectivement un peu la « chasse » mais c’est très intéressant et ça te permet aussi de goûter à des marques un peu hors de portée d’habitude !

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci Arnaud !

    Ces thèmes écologiques seront effectivement plus présents au fur et à mesure 🙂

  • Arnaud

    Pas lié à l’upcycling, mais dans le thème écologie, le groupe « Matière Française » (que vous connaissez bien, c’est votre fournisseur de tissus de chemises et pantalons 😉 ), va produire à partir de cette année des vêtements en ortie et si cela fonctionne d’autres fibres comme le chanvre, filé en France, et quand les champs seront prêts, cultivé en France. 0 litres d’eau, pas de pesticides, pas de cargo depuis des pays lointain… Idée intéressante je trouve !

    C’est bien que vous parliez aussi de ce type de sujet, cela va devenir de plus en plus important.