Un test, une montre : la Mido Multifort Patrimony

Temps de lecture : 6 minutes

montre au poignet mido cadran vert

Publié par le 15 mars 2021

Avant tout, je tiens à remercier du fond du cœur les lecteurs de BonneGueule pour leur intérêt sur les sujets horlogers. J’ai toujours été convaincu qu’un pont allait progressivement se réaliser entre le monde du style, du vêtement et celui des montres.

Ces mondes se côtoyaient mais sans jamais vraiment se mêler à l’exception des publicités (trop) présentes dans les médias traditionnels. Cela peut sembler étonnant surtout que certains groupes de luxe possèdent des marques de vêtements et des marques horlogères et que quelques-unes de ces marques proposent les deux produits dans leurs boutiques .

Les mondes du textile et de l’horlogerie sont tous les deux des secteurs qui requièrent des compétences qui peuvent sembler spécifiques mais qui possèdent deux traits communs : une logique industrielle et une demande qui change structurellement du fait de la curiosité d'une clientèle toujours mieux informée qui ne se contente plus de quelques détails répétés sous formes de leitmotiv publicitaires mais en vérité souvent vides de contenu.

Le besoin de connaître les détails d’un produit n’a fait que de croître, que cela soit dans les détails d’un tissu particulier ou d’une confection ou que cela soit dans les détails des rouages d’une montre et de son habillage et de ses finitions… la logique est la même : vous êtes curieux et vous demandez du contenu qui vous permettent de découvrir davantage ces produits et les mondes dont ils sont issus. Aussi, de nouveaux formats vont paraître afin de continuer sur notre lancée toujours dans le but d’ouvrir encore davantage les perspectives pour le lectorat.

Aussi, cet article est le premier d’une nouvelle série de tests. Dans la lignée des grandes sélections faites précédemment, nous resterons sur le format d’un test sincère avec essai sur une période de 10 jours minimum et photos réalistes au porter.

Le but n’est pas de magnifier de manière surréaliste une montre pour en faire un objet incarnant une sorte de perfection irréaliste mais de faire découvrir une montre pour ce qu’elle est : à travers ses qualités et ses défauts, sans jamais recourir aux photos des kits de presse ni aux communiqués officiels. Les grandes sélections ont permis de poser les bases dans ce domaine, il est temps d’offrir davantage de tests de montres.

Et une montre à la fois.

Pour le premier article de ce type, nous allons nous pencher vers une montre qui a du charme et proposée à un prix très abordable, inférieur à 800 euros, pour les normes du secteur : la Mido Multifort Patrimony.

 

Un petit rappel utile

Nous avions fait une présentation synthétique de la marque lors de la précédente sélection des montres de plongée, aussi je vais me permettre de rappeler un élément important. Comme dans tout secteur, quand les marques veulent pénétrer un marché, elles vont chercher d’abord à se faire une place au milieu de la concurrence et elles seront confrontées à des choix : elles peuvent choisir de mettre le paquet sur les événements, payer des pages de publicité dans les médias ou les réseaux sociaux via des « influenceurs », s’adjoindre des ambassadeurs, ou essayer de surfer sur un buzz médiatique lié à une originalité particulière notamment dans le domaine du design ou une innovation technique, ou bien en se focalisant sur la qualité du produit.

Pour prendre une comparaison dans le domaine du vêtement, vous pouvez bien vous offrir un lancement à la The Kooples en misant sur un big bang publicitaire ou bien en misant sur le twist et la qualité à l'exemple de Melinda Gloss devenue Editions MR.

Évidemment, tout n’est pas noir ou blanc, un mélange des différents facteurs est souvent la solution adoptée par la grande majorité des marques dans des proportions qui varient.

S'agissant de la marque Mido, elle s’était faite discrète pendant de nombreuses années.

Pour revenir sur le devant de la scène, en 2019, Mido mise en particulier sur une modèle : la Multifort Patrimony. J’ai demandé à la marque de me fournir deux déclinaisons de la Patrimony : l’une avec un cadran bleu, l’autre avec un cadran gris.

1. Des cadrans qui ont du punch !

montre homme mido cadran bleu bracelet cuir marron

A la réception des modèles, la première impression est excellente et on remarque déjà ce cadran bleu soleillé du meilleur effet

Dans cette gamme de prix, il est difficile de proposer un twist aussi marquant dès le départ et pourtant ce modèle y arrive en misant sur plusieurs éléments et notamment les cadrans.

montre homme mido cadran gris bracelet cuir noir

Ici portée avec un pull bleu du meilleur effet, je prends simplement soin d’éviter l’excès de ton sur ton, ce qui serait dommage et évidemment un peu trop paresseux.

Les deux modèles choisis disposent de cadrans intéressants et différents : l’un est un bleu soleillé, l’autre un gris fumé.

Le cadran bleu se démarque par la profondeur du bleu utilisé, et je remarque pour ma part à la loupe le travail effectué par Mido dans ce domaine. Il y a un petit effet discret  : le bleu du cadran est en fait plus foncé sur les bords et très légèrement plus clair au centre, ce qui lui donne cette impression de profondeur : un excellent choix car en l’absence de lumière du jour, le cadran paraît beaucoup plus sombre alors qu’à la lumière, il révèle ses nuances. Le résultat final est du meilleur effet avec en prime un guichet pour la date ton sur ton.

Le cadran gris fumé propose un autre twist, le recours au gris est intelligent car comme le rappellent souvent les articles de BonneGueule, il s’agit d’une teinte très facile à marier avec un grand nombre de pièces vestimentaires.

Contrairement à la version bleue, Mido a choisi d’adopter pour le cadran gris d’un guichet blanc pour la date, placée au-dessus des 6h , le guichet blanc est toutefois en raccord avec le blanc des chiffres et des index.

Les aiguilles sont de type seringue et elles allient finesse et visibilité du fait de la présence du superluminova. Enfin, sur le cadran, on note la présence de l’échelle pulsométrique qui est une particularité que nous n’avions pas encore abordé dans les précédents articles.

Le pulsomètre, esthétique et historique

Pour prendre le pouls des patients, les médecins du XIXe et même du XVIIIe pouvaient recourir évidemment à leur montre afin de mesurer la fréquence cardiaque. Cela se traduit par la présence sur le cadran d’une montre d’une échelle pulsométrique qui permet de connaître la fréquence du patient : elle est graduée généralement sur 15 ou 30 pulsations. Après 15 ou 30 pulsations, on arrête le chronographe et l’échelle pulsométrique indique alors le nombre de pulsations cardiaques du patient sur une minute.

Si une montre chronographe est généralement privilégiée pour recevoir une échelle pulsométrique, ce n’est pas nécessairement une condition exclusive. Une montre trois aiguilles peut recevoir une échelle pulsométrique, il faut simplement alors recourir à l’aiguille des secondes et voir sur l’échelle après 15 ou 30 pulsations la fréquence cardiaque du patient mais sans la possibilité d’arrêter l’aiguille en appuyant sur un poussoir comme sur un chronographe.

L’utilité du pulsomètre sur une montre est très relative aujourd'hui – de même que la fonction chronographe – car les médecins disposent d’autres outils pour mesurer la fréquence cardiaque. Il n’en demeure pas moins qu’un pulsomètre peut remplir sa fonction en cas de besoin et dorénavant dans les montres elle permet de donner une touche historique et, il faut le reconnaître aussi, surtout esthétique.

2. Un boîtier travaillé

Malgré la présence d’un verre saphir bombé, la montre reste fine en elle-même avec un bon choix au niveau du poli brossage : acier poli notamment sur la lunette et acier brossé pour la carrure

Le travail effectué sur le boîtier est en lui-même intéressant dans ce segment de prix et encore davantage les cornes qui sont étonnamment très bien finies toujours par rapport à ce que propose la concurrence dans cette gamme. Les cornes adoptent une forme se rapprochant des cornes de bœuf , et de plus elles sont élégamment facettées : il faut convenir que le travail est remarquable par rapport au prix affiché de la montre.

Le travail sur les cornes est à noter, fines, plutôt relativement courtes et surtout très bien travaillées

3. Le mouvement de 80 heures

La grande chance des marques du Swatch Group comme Mido est de pouvoir bénéficier du modèle industriel avec ETA qui fournit les mouvements aux autres marques et permettant ainsi de proposer des tarifs intéressants du fait de l'importance des volumes produits. Ainsi, alors que le prix de la montre reste très contenu, la Mido Multifort Patrimony est équipée d’un calibre qui est en fait l’ETA C07.621, la version mise à jour du 2824 avec cette fois 80h de réserve de marche .

Choix d'un fond apparent donnant vue sur le Powermatic 80 qui est en fait une évolution du 2824 d'ETA

4. Des bracelets en cuir suédé

Côté bracelets, je les trouve plutôt honorables, le cuir est souple et doux au porter. J’émettrais néanmoins deux légers bémols à ce niveau : il existe une mode avec des bracelets avec des points d’arrêts très marqués. Cela donne une apparence qui paraît vintage dans les médias mais il faut savoir que les bracelets vintage n’étaient en aucun cas de ce genre .

C’est un style qui n’est pas désagréable mais qui peut limiter les possibilités pour marier la montre avec les looks formels : à ce moment-là je vous conseillerais de changer le bracelet pour un plus classique et adapté au port du costume par exemple.

Autre bémol : l’entrecorne de la Mido Multifort Patrimony est de 19mm. Si le 19mm est certes un bon compromis et semble adapté par rapport au diamètre de 40mm de la montre, les bracelets en 19mm sont également bien moins courants dans les boutiques physiques ou en ligne. Aussi, le choix d’un bracelet sur-mesure sera probablement le meilleur choix à faire pour varier les looks de la montre.

Changement de look, ici portée sur une chemise grise d’Officine Générale, on voit nettement la facilité avec laquelle on peut jouer avec les différentes teintes à sa disposition

Et d’ailleurs, en termes de looks, beaucoup de possibilités sont offertes : je vois très bien ces deux montres dans un univers formel en changeant les bracelets pour des modèles en cuir sans surpiqûres ou points d’arrêts trop visibles ou contrastants.

Pour ma part, que cela soit avec un col roulé en mérinos fin ou une chemise d’aspect plus workwear grise, la montre me semble se marier aisément à la plupart des looks.

Seule l’étanchéité limitée de la montre à 50 mètres me semble être un frein pour en faire une montre d’été par exemple : une étanchéité affichée à 50 mètres ne permettant pas de plonger avec ce type de montre .

On aime

  • Un excellent design pour une montre qui n’est pas une réédition ni une réinterprétation d’un modèle vintage.
  • Un boîtier travaillé, fin, en acier poli-brossé, des cornes élégantes.
  • Les cadrans très réussis qui tendent soit vers un bleu profond soit vers un gris fumé du meilleur goût.
  • Honnêtement un des meilleurs rapports qualité prix style du secteur dans cette gamme, au regard des finitions, le prix est – une fois n’est pas coutume dans le secteur – très bien étudié.

On aime moins

  • Une étanchéité de 50 mètres seulement, ce qui est le cas pour quasiment toutes les montres habillées cela dit en passant

Caractéristiques techniques

  • Référence : M040.407.16.040.00
  • 40mm de diamètre
  • Épaisseur : 11,95mm
  • Boîtier en acier poli brossé
  • Couronne non vissée
  • Verre saphir bombé
  • Mouvement mécanique à remontage automatique Mido Calibre 80 (ETA C07.621)
  • 80 heures de réserve de marche
  • Étanchéité 50 mètres
  • Prix : 780 euros avec le bracelet cuir
  • Disponible auprès de nombreux détaillants, à Paris vous pouvez par exemple faire un tour chez Bucherer

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