Test SAWA : les sneakers « Made in Africa »

Temps de lecture : 11 minutes

Pour continuer sur la lancée des articles estampillés « streetwear », j’ai décidé de parler d’une marque de sneakers. Après avoir testé une marque globale (Brooklyn We Go Hard), je tenais à m’intéresser de plus près à une marque « mono produit » développant un véritable savoir-faire. Et cela avec Sawa : une marque spécialisée dans les sneakers, pièce incontournable du vestiaire « streetwear ».

Les sneakers donnent du relief à une tenue « street » et permettent de faire la différence. J’irai même plus loin en disant qu’elles donnent de la crédibilité à un look street. Tout amateur de streetwear regardera en premier ce que vous portez aux pieds. C’est la pièce qui vous permettra clairement de vous distinguer.

Les amateurs de sneakers les collectionnent de manière plus ou moins raisonnée. Les puristes ont pour habitude d’acheter un modèle en trois exemplaires : un pour porter immédiatement, un pour porter dans 3 ans et enfin un pour leurs archives personnelles. Les rappeurs les plus « déjantés » ne portent pas plus d’une journée leurs paires, et possèdent donc des centaines d’exemplaires de leurs modèles favoris…

jarrett-jack-sneakers-2

Ce n'est pas du bluff ce qu'on vous dit :
le basketteur Jarrett Jack en compagnie de sa collection de sneakers !

Un marché parallèle s’est même développé : certains achètent une paire, ne la portent pas, et attendent que sa côte grimpe pour la revendre et ainsi réaliser une plus-value importante !

En décembre 2011, le lancement d’une paire de Jordan (Nike) a provoqué des mouvements de foule déraisonnables et tragiques, entraînant la mort d’une personne…

Je vous conseille de regarder l’excellent documentaire « Sneakers, le culte de la basket » qui résume bien l’évolution de la sneaker et l’état d’esprit qui anime les « sneaker addicts », aussi appelés « sneakerheads » :

L’ensemble du documentaire est disponible en intégralité ici.

La "Converse" n'est plus la seule sneaker "passe-partout"

Tout comme le style « streetwear », les modèles ont évolué au fil des années et la clientèle s’est diversifiée. Les sneakers se sont de plus en plus détachées de l’univers « streetwear » pour intégrer des silhouettes citadines et habillées. Des personnes avec des styles plus sobres ou classiques portent aujourd’hui des sneakers, témoignant ainsi de l’influence grandissante du « streetwear » sur d’autres styles vestimentaires.

Pendant longtemps, la Converse était la seule option viable pour des personnes non friandes de streetwear, mais qui voulaient quand même quitter leur souliers pour des modèles casual. Une nouvelle offre s’est donc développée pour compléter les classiques de Nike et Adidas. De nouvelles marques sont apparues comme National Standard, Someone, Veja, Piola ou Sawa…

33112307539-10MR-nstandard-baskets-01-0575-0465_opt

Les sneakers National Standard (disponibles sur L'Exception) permettent d'ajouter une touche décontractée à une tenue formelle.

33119106299-10CM-someone-chaussures-01-0575-0465_opt

look veste 2

Les sneakers Someone Shoes (disponibles elles aussi sur L'Exception)
ajoutent une touche brute à votre tenue.

Chemise et blazer Three Animals, jean A.P.C.

Aujourd'hui, toutes les maisons de luxe proposent une offre de sneakers (Balmain, Lanvin, Balenciaga, Pierre Hardy, Saint Laurent Paris…). Le rappeur Kanye West a même collaboré avec Louis Vuitton sur une collection capsule de sneakers où le bon goût n’était bien entendu pas au rendez-vous...

kanye x lv_opt

 Un des exemplaires de la collection capsule Kanye West x Louis Vuitton.

Enfin, on note un retour du running dans le streetwear. J’aime beaucoup intégrer dans ma tenue une paire de basket initialement destinée à la course à pieds (ou au sport en général). Ce que propose la marque New Balance est très intéressant et permet d’apporter un twist efficace en contrastant avec le reste de votre tenue. Attention tout de même aux coloris que vous choisirez. Les running ont souvent des coloris « flashy » difficiles à maitriser. Commencez en douceur avec des coloris classiques.

New-Balance-670-Made-in-England-2_opt

 Vérifiez bien qu’elles ont été fabriquées dans leur usine anglaise de Flimby (le drapeau du Royaume-Uni est brodé sur la languette) ou aux Etats-Unis. Laissez de côté les modèles fabriqués en Asie dont la durée de vie est inférieure à 3 mois.

Attention, après votre premier achat, vous pourrez facilement vous prendre au jeu et démarrer une collection de sneakers sans trop vous en rendre compte 🙂

SAWA : une autre idée de la sneaker

J’ai découvert SAWA lorsque la marque a collaboré avec le légendaire groupe de hip-hop américain Public Enemy (groupe fondé par Chuck D et Flavor Flav, deux figures emblématiques de la scène rap US). Une collaboration qui portait sur un modèle de sneakers noires basses (le modèle Dr Bess), avec un jeu intéressant sur les matières (suède, cuir, toile) et une impression « léopard » sur la languette. Les chaussures ont été dessinées par Eric Haze, designer et graphiste new-yorkais qui avait notamment dessiné l’emblématique logo du groupe de rap… Public Enemy !

Les chaussures étaient livrées avec un teeshirt Public Enemy !

public-enemy logo_opt

Le logo emblématique du groupe de rap Public Enemy dessiné par Eric Haze.

La marque entretient donc des liens étroits avec des artistes issus de la scène hip-hop puisqu’elle a aussi collaboré avec le rappeur français Oxmo Puccino, connu pour sa plume subtile. Cette collaboration accompagnait le lancement de son dernier album « Roi Sans Carosse » (2012).

oxmo_4282_north_626x_opt

La collaboration Oxmo x SAWA portait sur le modèle haut "Tsagué".

Des collaborations intéressantes, avec du sens, et qui m’ont poussé à m’intéresser de plus près à cette marque française de sneakers.

L'Afrique : un continent avec un véritable savoir-faire

Créée en 2009, SAWA (qui est le nom d’une des principales ethnies de Douala, au Cameroun) est une marque de sneakers « Made in Africa » créée par Medhi Slimani (un ancien de chez Le Coq Sportif) et deux autres associés. Ces derniers ont décidé de réunir leurs deux passions : l’Afrique et les sneakers. L’idée était de créer des chaussures en Afrique et d'en faire profiter le continent grâce aux retombées économiques du projet.

Attention, SAWA ne se veut pas pour autant marque activiste ou militante. Elle ne veut pas être considérée comme l’archétype de l’entreprise favorisant le « commerce équitable ». Elle veut rivaliser avec les grands du secteur comme Nike, Adidas et Reebok. Leur valeur ajoutée tient dans la qualité des matériaux utilisés et de la confection.

AFRICAN-SHOES-2013.-2

Sawa_AA_00_opt

Le logo SAWA - Made In Africa,
qu'on retrouve sur la languette de tous les modèles de la marque.

L’objectif du créateur de SAWA est simplement de créer la sneaker parfaite. L’Afrique, et plus particulièrement l’Ethiopie, possède un réel savoir-faire dans la confection de chaussures. Sans faire de bruit, l'Ethiopie est en passe de devenir le plus grand producteur mondial de chaussures. Le groupe Huajian, l’un des plus grands fabricants chinois de chaussures (qui travaille notamment pour Clarks) vient de s’installer dans la région de Dukem, une zone industrielle dans la banlieue d’Addis-Abeba, la capitale du pays. Il compte investir à hauteur de 2 milliards de dollars dans le pays sur les 10 prochaines années, et emploiera jusqu’à 100 000 salariés.

0fe787c29d8c70fb16edd1f684330d19_L_opt

 Une usine en Chine d'un des plus gros fabricants de chaussures au monde : le groupe Huajian.

Du Cameroun à l'Ethiopie

L’histoire a débuté au Cameroun, pays initialement choisi pour l’énergie et le dynamisme de sa population. Cependant, après deux ans d’activité, les trois associés décident de quitter ce pays, lassés d’être confrontés à un problème récurrent : la corruption, véritable fléau qui leur aurait coûté près de 500 000 euros en deux ans.

En 2011, la structure migre vers l’Ethiopie. Au-delà du savoir-faire développé dans ce pays, de nombreux avantages fiscaux sont offerts par le gouvernement éthiopien aux entreprises locales pour favoriser le développement industriel de la région. De plus, le hub aérien mis en place par Ethiopian Airlines permet d’acheminer les matières premières facilement jusqu’à l’usine et d’expédier les produits finis aux quatre coins du monde rapidement.

Evidemment, il ne faut pas se le cacher, le coût de la main d’œuvre est très intéressant : le salaire mensuel d’un éthiopien avoisine les 83 dollars contre 467 dollars pour un chinois (dans une entreprise privée).

Fabriquées à Addis-Abeba (capitale du pays), c’est l’ensemble de la sneaker qui est « Made in Africa : le cuir vient du Nigeria et d’Ethiopie, la toile du Cameroun, les lacets de Tunisie, le caoutchouc d’Egypte et le packaging d’Afrique du Sud. En pleine période de production, SAWA emploie jusqu’à 200 personnes en Ethiopie.

sawa-ethiopian-workers_opt

hanging-shoes-w

SAWA-SHOES-We-are-talking-about-a-solution-VIDEO-2

 Des travailleurs éthiopiens dans l'usine SAWA en Ethiopie.

Aujourd’hui, la marque est distribuée dans plus de 40 boutiques à travers le monde.

À quoi ressemblent les sneakers SAWA ? Comment les porter ?

Il existe deux modèles de sneakers qui respectent tous deux une politique de prix unique (excepté pour les modèles femme, à 135 euros) : la Tsagué qui est montante (115 euros) et la Dr Bess qui est basse (85 euros). Tout le design est axé sur l’utilisation de différents matériaux et de couleurs plus ou moins « flashy ».

33118505830-06BL-sawa-chaussures-01-0575-0465_opt

 Le modèle Tsagué en suede à 115 euros.

33118508620-08AN-sawa-basket-01-0575-0465_opt

 Le modèle Dr Bess en cuir à 85 euros, un excellent rapport qualité/prix.

Attention, les tailles masculines commencent à partir du 41 (désolé pour les petits pieds). On retrouve des sneakers en cuir , en cuir suede et en toile.

Un design vintage, sobre et épuré

Le design de ces chaussures est sobre et épuré. Cependant, ceux qui préfèrent les coloris plus « ambitieux » pourront aussi opter pour des couleurs pétantes. Pour ma part, j’ai choisi le bleu turquoise ! Ne reculez pas devant leur design vintage, elles ajouteront un twist intéressant à votre tenue.

Elles peuvent s’intégrer facilement à tous les types de look. Vous pourrez les associer à une tenue habillée, classique ou streetwear. Leur polyvalence vous permettra de les porter avec l’ensemble de votre garde-robe. Avec un jean brut ou un chino, un tee-shirt ou une chemise, elles se fonderont naturellement dans votre tenue.

IMG_1261

Le modèle en cuir lisse bleu turquoise que j'ai testé.
J'ai aimé cette couleur peu banale chez l'Homme.

IMG_7919

Je porte un jean gris BGFT : le contraste des couleurs est intéressant.
Le turquoise ne choque pas et s'intègre discrètement à la tenue
(et ne prenez pas exemple sur mon jean : faites des ourlets !).
Tee-shirt Bold Boys et blouson A.P.C.

Note de Florian : comme avec son tee-shirt BWGH, Alexandre assume totalement son côté streetwear. L'important n'est pas de se dire "c'est bien / c'est mal" mais ce qui l'encourage à le faire. Pourquoi aime-t-il porter ces vêtements de cette manière ? Quelles émotions est-ce que cela convoie ?

Et la qualité dans tout ça ?

Passons à présent en revue certains points essentiels pour juger de la qualité d’une sneaker. Vous ne devez en aucun cas négliger les quelques points sous prétexte qu’il s’agit d’une « paire de basket ». Soyez aussi précis et méticuleux dans votre choix que lorsque vous achetez des souliers. C’est un réflexe indispensable à avoir.

En effet, les sneakers haut de gamme peuvent facilement atteindre plusieurs centaines d’euros. Il s’agit d’un véritable investissement qui mérite toute votre attention.

Les sneakers SAWA possèdent un excellent rapport qualité/prix. Avec 85 et 115 €, il vous sera quasiment impossible de trouver meilleur marché pour ce niveau de qualité.

La résistance à l'abrasion

La semelle des sneakers SAWA est ultra résistante. Un test usine est réalisé pour mesurer cette résistance à l’abrasion : on frotte les sneakers sur une bande abrasive de 40m. Après cette manœuvre, les SAWA perdent 79mm3 de volume sur leur semelle. A titre d’exemple, une chaussure de bonne qualité en perd environ 250mm3. Les SAWA sont donc 3 fois plus résistantes en moyenne.

IMG_7924

Les semelles de toutes les sneakers SAWA arborent le continent africain.

La résistance à la flexion

Il s’agit d’un point essentiel, surtout si vous comptez porter régulièrement vos sneakers. Au-delà de la résistance à l'abrasion, c’est la résistance au point de flexion qui permet de juger de la qualité du matériau employé.

Pour tester la résistance au point de flexion, la semelle des chaussures SAWA est testée en usine. Elles sont tout d’abord inclinées à 90 degrés pour définir le point de flexion. Ensuite, ce même point est fragilisé par une entaille. La chaussure est alors pliée 30 000 fois. Sur une paire de chaussure SAWA, cette entaille ne progresse pas.

Vous pouvez donc porter ces sneakers très régulièrement sans avoir peur pour vos semelles. A titre d’exemple, la semelle de mes Nike Air Force 1 s’est clairement fissurée après seulement un an de port (certes intensif) ; comme si quelqu’un avait donné un coup de couteau dedans (ou alors j'ai des ennemis).

Avec l’arrivée de l’hiver et de la pluie, elles deviennent inutilisables. Pour un modèle à seulement 100 €, en ai-je eu pour mon argent ? Rien n'est moins sûr... Cela est décevant sur un modèle « iconique » que beaucoup considèrent comme « la définition de la sneaker ». C'est là que le rapport qualité/prix prend tout son sens !

photo_opt

 Le drame : ma semelle de Nike Air Force 1 qui se fend en deux...

La résistance à la liaison tige-semelle

Une des particularités des chaussures SAWA est qu’elles sont collées et cousues à la tige : ce qui leur assure une grande résistance au niveau de la liaison tige/semelle. C’est une finition qu’on retrouvait aussi sur les BGNS, et qui assure donc une double résistance.

IMG_1273

 Les chaussures SAWA sont cousues et collées :
on note la couture bien régulière au niveau de la semelle.

La résistance à la déchirure

De même que pour le test de la résistance du point de flexion, la tige est également testée en usine. La tige est ainsi perforée à différents endroits. On exerce ensuite une traction croissante pour élargir ces perforations. En moyenne, il faut une force de 3.5 deca Newton pour commencer à élargir le trou. Pour une chaussure SAWA, cette force doit être portée à 7.6 deca Newton… La résistance à la déchirure est donc plus de deux fois supérieure à la moyenne.

Présentation1

Le modèle alterne cuir lisse et cuir doux (suede).

En conclusion :

Comme je le disais dans l'article, avant ce test produit, je ne connaissais pas la marque SAWA. Grand amateur de sneakers, je suis plutôt consommateur de Nike, Adidas et New Balance. Cependant, je trouve que cette nouvelle vague de marques, dont fait partie SAWA, vient redynamiser le marché de la sneaker.

SAWA propose des sneakers avec un excellent rapport qualité-prix. Elles s'intègrent facilement dans une tenue, quel que soit votre style. Leur look vintage apportera un décalage (=twist) intéressant.

Pour un adepte de streetwear, je les recommande car elles vous permettront de sortir des traditionnelles marques citées, et vous permettront de vous distinguer avec un produit de qualité qui raconte une histoire. Pour les autres, c'est l'occasion de commencer à intégrer des sneakers dans vos tenues, et d'ajouter une touche "casual habillée" à votre look.

sawa-shoes-tsague-2

Les sneakers SAWA sont disponibles en boutiques et sur l'Exception.com
(qui nous a gentiment filé la paire ayant servi au test).

En complément des tests de marques, n'hésitez pas à relire également la page des conseils en mode masculine, pour bien s'habiller.

Alexandre Franza

Grand amateur de sneakers et de casquettes, je peux passer mes weekends à regarder des clips de rap sur Internet. Ce que j'aime par dessus-tout ? Revêtir une paire de chaussettes en fil d'Ecosse et enfiler mes Nike Air Force 1. Et je tiens en parallèle le blog Couvre x Chefs qui parle de musique.

Laisse-nous un commentaire

Questions de style, points de vue perso, bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures.