Vêtements mythiques des Etats-Unis (Partie 1/3) : le tailoring américain existe-t-il ?

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Avant toute chose :

 

On commence en douceur ce que j'ose appeler modestement la Saga America. Non, ceci n'est pas une blague.

Le principe, c'est de vous partager mon étude des pièces et des styles emblématiques des Etats-Unis (pour ce format-ci).

L'objectif global étant de vous inspirer et de vous émoustiller un brin l'encéphale.

Le sujet de cette première partie est le tailoring américain (s'il a jamais existé).

Ah oui, et pour la lecture de cet article, je vous conseille du Bill Evans en plein dans les tympans.

"Tailoring américain." *Faut mimer les guillemets avec les mains quand on le lit.*

Tu parles d'un oxymore. C'est presque mieux que le "soleil noir" de Nerval.

Franchement, ça vous évoque quoi, le tailoring américain ? Ouais bof, pas grand chose finalement.

Y'a pas à dire, nous pouvons leur dire merci pour leur cinéma (même si nous étions les premiers), pour Marilyn Monroe, pour le 6 juin 1944, pour l'humour de Robin Williams, la guitare électrique et la Wi-Fi.

En revanche, nous ne pouvons pas leur dire merci pour leur tailoring. Objectivement, non.

D'ailleurs, nous ne pouvons pas non plus leur dire merci pour Nicolas Cage. Quoique si. Ouais, j'ai définitivement changé d'avis, c'est un trésor international.

Le tailoring italien, c'est Rubinacci, Kiton etc. ; le tailoring anglais, c'est Savile Row, Huntsman etc., le parisien, Cifonelli, Camps de Luca, Arnys etc.

Mais l'américain ?

costume anglais italien français russe

Bon ici, on joue surtout sur les clichés mais quand il n'y a pas de cliché, c'est bien qu'il n'y a pas de représentation universelle dans l'imagination collective, non ?

Le tailoring américain, c'est quoi ?

Le début de l'histoire du tailoring américain est justement très… américain.

Puisqu'il ne s'agit pas tant de créer un style de costume dicté par un certain parti pris esthétique ou un besoin d'exprimer une identité américaine mais plutôt une sorte de réaction capitaliste au contexte économique et social.

C'est très simple, vous allez voir.

Au XIXème siècle, les Etats-Unis connaissent une croissance supersonique de leur PIB, grâce à une très forte industrialisation.

En parallèle, début 1900, les industriels trustent les marchés puisqu'aucune loi ne les en empêche.

De plus, les flux migratoires s’intensifient et c'est ainsi que des inquiétudes prennent corps dans des mouvements politiques réclamant une meilleure justice sociale. C'est durant cette période que le syndicalisme américain prend de l'ampleur.

Et que certaines voix progressistes se lèvent contre l’industrialisation frénétique, irraisonnée et la dégradation du pouvoir d'achat des ouvriers et des classes moyennes.

Voilà qui est dit.

Il n'en demeure pas moins que l'américain moyen, à cette époque, va travailler en costume et qu'il a de moins en moins d'argent pour s'en payer.

C’est dans ce contexte que Brooks Brothers a l’idée de commercialiser un costume censé convenir à toutes les morphologies (moyennant quelques retouches bien minimes), pour une somme plus modique que chez un tailleur. En fait, Brooks Brothers, industrialise la production du costume. Et c'est la naissance de ce qu'on appelle le sack suit et, avec lui, du tailoring classique américain.

Juste comme ça.

En fait, c'est du prêt-à-porter avant l’heure.

Des silhouettes typiques adoptées plus tard par l'Américain moyen. À l'exception du croisé qui se porte de moins en moins.

Les caractéristiques techniques de la veste sont les suivantes :

  • Des épaules naturelles plus souples pour le confort
  • Absence totale de cintrage pour convenir à tous les ventres
  • Sans "darts" : ce sont les coutures verticales sur chaque pans latéral de la veste, visant normalement à retenir une valeur de tissu
  • Des emmanchures basses pour convenir à toutes les tailles de bras et de pectoraux
  • Des revers moyens pour aller esthétiquement à toutes les épaules
  • Deux ou trois boutons
  • Deux boutons pour fermer la manche
  • Des poches à rabats (ni trop formelles, ni trop casual)
  • Simple boutonnage (droit)

La caractéristique principale du pantalon :

  • Pas de pinces pour éviter une utilisation superflue de matière qui ferait gonfler le coût de fabrication et complexifierait l’industrialisation.

Sinon, d'un point de vue esthétique :

  • De la flanelle...
  • ... grise...
  • ... et sans motif.

Less is more.

C’est la naissance du N°1 Sack Suit de Brooks Brothers en 1901.

On peut bien évidemment citer également J.Press qui reste encore aujourd'hui largement associé à ce style de costume.

Le N°1 Sack Suit de Brooks Brothers qui "a dominé les vêtements business américains pour les premières soixante années du XXème siècle", selon le texte de l'illustration.

Pour ce qui est de la coupe, c’est le confort qui est recherché. On est loin des power suits à l'anglaise ou à l'italienne. Le costume est censé donner une impression de décontraction distinguée, digne mais à l'aise, cool mais requin de la finance.

Il paraît même qu'on ne le sent presque pas peser sur les épaules. Et c'est G. Bruce Boyer qui le dit :

La ligne de la veste est flottante, plus naturelle et ample que les vêtements européens, qui sont généralement plus ajustés et profilés. On dit d'une veste Brooks Brothers qu'on ne la sent pas, puisqu'elle tombe gracilement des épaules et a aussi peu de rembourrage qu'une veste peut en avoir tout en gardant une allure structurée. Cette silhouette s'est consolidée dans les années 1940 et Brooks s'y est cantonné et l'a défendue durant les hauts et les bas des tendances masculines.

G. Bruce Boyer trois pièces costume gris cravate pois

G. Bruce Boyer, journaliste et véritable autorité en matière de mode masculine.

Mais au fait, pourquoi ce doux nom de “sack suit” ?

Je vous le donne en mille.

Certaines sources font subtilement remarquer les similitudes entre la coupe de ce costume et... un sac. Oui, oui, un sac.

"S'habiller comme un sac." Tout ça.

Bon.

D’autres sources évoquent le sack coat, manteau du XIXe siècle provenant de France, élaboré selon une technique appelée "sacque" - à moins que ce ne soit le nom donné au manteau bénéficiant de cette technique, ce n'est pas clair. Cette technique en question se caractériserait par la présence d’une seule couture centrale, dans le dos de la veste, et donc seulement deux pans en tout (et non quatre comme sur les vestes de votre dressing).

C’est d’ailleurs cette technique de construction aisément duplicable qui a permis une production de masse du sack suit. L'absence de padding et de pinces au pantalon aidant pas mal également. Un niveau de détail plus élevé n'aurait pas été possible et on peut donc dire que la technique a induit l'esthétique.

Le sack suit devient le costume de Monsieur-tout-le-monde

Walter Nelson du blog Mass Histeria raconte :

Le sack suit était un vêtement de loisir pour les hommes les plus riches et le costume du dimanche (ndlr le plus chic !) pour la vaste majorité des Américains. Un banquier portait un sack suit à un pique-nique, tandis qu’un cowboy ou un fermier le portait pour aller à l’église.

Mais le sack suit n'est pas encore arrivé à son âge d'or.

Les étudiants des Universités de l'Ivy League commencent également à s'y intéresser durant les années folles car ils sont abordables et de bonne qualité. De plus, ils s'en fichent un peu de porter une coupe baggy. Ils ont besoin de vêtements formels aussi et c'est une manière de se démarquer des costumes à quatre boutons et des cols amovibles que l'on voit à Wall Street à cette époque.

C'est d'ailleurs le premier pas vers l'Ivy League Look auquel je vais consacrer la deuxième partie de cette Saga America. Et je suis d'ailleurs impatient de m'y pencher ces prochains jours et ces prochaines nuits, à la lumière tremblante de ma lampe à pétrole et de ma propre énergie créative. Enfin bref !

Anecdote intéressante :

 

Marc Chevalier, qui est un historien amateur, collectionneur de vêtements vintage et contributeur sur l'excellent blog ivy-style.com, évoque cette histoire non vérifiable selon laquelle ce serait probablement les étudiants de Princeton les premiers qui, dans les années 1920, auraient commencé à rouler les revers de leurs vestes pour cacher le troisième bouton (celui du haut) afin de montrer davantage leur cravate. C'est ainsi qu'ils auraient inventé le costume 2 boutons et demi et les fabricants auraient ensuite suivi cette pratique empirique.

Le sack suit devient populaire grâce à deux éléments

Les étudiants sortent des campus

Quand les étudiants sortent de leur campus, ils ont emporté avec eux leurs sack suits jusqu'à Madison Avenue (à Manhattan). Et ils comptent incarner un certain renouveau. Et c'est ainsi que cette mode gagne du terrain, c'est le look Old Money (le sack suit de flanelle grise) symbolisant les valeurs de l'East Establishment, des vieilles familles fortunées de la côte Est (là où se trouvent les Universités de l'Ivy League).

Le jeune actif pouvait même tout à fait troquer les Richelieu noires contre des mocassins Gucci ou des tassel loafers.

Le cinéma consacre le look Old Money

Au cinéma, les références que je retiens sont "The Man with the Gray Flannel Suit" avec Gregory Peck (1956).

Gregory Peck dans son costume.

Et c'est aussi Paul Newman dans "The Young Philadelphians" en 1959.

Et plus tard, pour finir, je citerais Sidney Poitier dans "In the Heat of the Night" (1968).

Rod Steiger, Sidney Poitier

Le sack suit et la musique

Il est intéressant de voir que le sack suit (et plus largement le style Ivy) a dépassé les murs des campus pour se fixer dans des milieux plus cosmopolites comme le jazz notamment.

Pour commencer, je pense à Bill Evans (que j’ai d’ailleurs écouté pendant toute la durée de la rédaction de cet article et que je vous recommande chaudement). On aurait aussi pu prendre l’exemple de Miles Davis qui s’approprie des vêtements d’une élite blanche de l’est des Etats-Unis pour distiller son jazz à la coule.

En fait, la raison est assez simple : les jazzmen venaient jouer sur les campus.

Porosité des styles.

Rencontres.

Emoji "feu" ; emoji "wow" ; emoji "le cri d'Edvard Munch" // Epaules naturelles, seersucker et sans "darts".

J’ai pu lire un article captivant sur le blog “Die, Workwear” relatant un sondage paru dans le New York Times en 1953, pile dans l’âge d’or du sack suit, interrogeant des diplômés d’universités sur le style Ivy. Le résultat, c’est que les hommes l’aimaient bien quand les femmes ne l’aimaient pas, parce que ces dernières avaient le sentiment d’avoir des clones en face d’eux, des clones du monde de la finance, des banques.

L’article cite une femme qui dit : “Ils sont à ce point asservi au conformisme que, debout, on a l’impression qu’ils ont tous été générés par la même matrice.” Et une autre : “Si on était amenés à tous porter les mêmes motifs, on se retrouverait aussi morne et ennuyeux et décevant que l’homme au costume de flanelle grise.”

Et c’est justement ce que l’Ivy League Look veut éviter. Mais c’est toujours pareil : développer un style s’inscrivant en faux par rapport à un autre que l’on considère comme conformiste, c’est finalement s’inscrire dans ce même schéma, alors qu’on prétend justement le dénoncer.

Comme les hipsters.

C’est inévitable finalement.

Sauf que, dans l’article en question, le domaine du jazz est pris pour exemple et d’ailleurs comme contre-exemple de ce qui a été dit plus haut, à savoir que le style Ivy serait une nouvelle forme de conformisme.

L’article nous apprend que “Bill Evans s’habillait Ivy des pieds à la tête” et que sur scène, il portait les fameux sack suits de Brooks Brothers parfois, dont les boutons des manches étaient au nombre de deux (signature de la marque), associés à des cravates sombres et des chemises blanches à col cut away. Je cite l’article “Pas de pochette ou de motifs tapageurs, seulement un tie clip à l’occasion. En dépit de l’anonymat induit par cet uniforme, Evans n’en avait pas l’air.”

Bill Evans dégageait quelque chose de fort sûrement dû à son physique, ses lunettes aux larges montures, sa timidité maladive, sa consommation d’héroïne et pour finir à son immense talent.

En fait, il était tout sauf conformiste.

L’article finit par cette phrase -qui résume le tout-, empruntée à Christian Chensvold, expert du style Ivy :

Deux hommes qui portent la même tenue ne produisent pas le même effet. Un mec coincé dans des habits branchés aura toujours l’air d’un coincé, alors qu’un type branché dans des habits de coincé aura toujours l’air branché.

En fait, se pose ici la question essentielle : pourquoi portez-vous les vêtements que vous portez ?

Pour développer un style vraiment personnel, il n’est jamais satisfaisant d’essayer d’adopter un style, mais il faut plutôt se laisser adopter par lui.

Eh oui, c’est la baguette qui choisit son sorcier, Harry.

Il est très rare de correspondre en tout point à un style déjà établi. Par exemple, à titre personnel, je dirais que je suis 75% Ivy et le reste se partage entre le casual chic italien et le workwear.

Le sack suit : un symbole politique encombrant

C'est John F. Kennedy qui a commencé à porter les premiers coups au sack suit.

G. Bruce Boyer raconte :

Quand Kennedy a été élu en 1960, beaucoup d'encre a coulé sur les vêtements que portaient les membres de son cabinet. Au lieu du costume sombre que tout le monde portait, ils se ramenaient avec des vestes sport en tweed et des costumes en coton et, si je me souviens bien, il a été mentionné que ces gens venaient d'Harvard.

Et Kennedy n'a pas voulu donner cette image plus longtemps, c'est-à-dire celle de l'Amérique blanche privilégiée. En fait, le sack suit est vraiment devenu le modèle emblématique des conservateurs. Et JFK est démocrate.

Alors qu'en privé, il s'habille volontiers Ivy (pull en laine shetland, khakis (les chinos beige à revers sans pince), chemises oxford col boutonné, crewnecks, loafers etc.), son image publique doit quant à elle rester plus neutre : il ne peut pas se permettre de porter le sack suit.

En tant que président : pas le 3 boutons Ivy mais un 2 boutons et pas de col américain mais un col français ou semi cut-away.

Il faut dire que dans les années 1960, il est une sorte d’arbitre de l’élégance et proclame d’une certaine manière l'avénement d'un nouveau style. Les button downs, c’est fini. Les chapeaux aussi.

Pour lui, c’était un moyen de camoufler du mieux qu’il pouvait ses origines privilégiées en s’efforçant de ressembler le moins possible à ce qu’il était attendu d’un homme appartenant à l’élite de la côte Est. Mais lui donner, au contraire, une envergure internationale. Gommer l’appartenance, par esprit de prosélytisme.

De nos jours, certains défendent toujours le style Ivy en politique, ou plutôt traditionnel (bien qu'on ait abandonné le sack suit pour des raisons de coupe). On a, d'un côté Roger Stone (cette charmante personne) qui utilise des emblèmes Ivy pour se donner une sorte de légitimité républicaine (exemple de la veste madras) et Robert Mueller, opposant notoire de Donald Trump et à Roger Stone du coup, qui s’inscrit dans une tradition en toute discrétion.

On peut aussi noter George Bush Sr, qualifié par Castro de "faschiste dans un costume capitaliste".

G. Bruce Boyer cite également Tucker Carlson dont il doute d'ailleurs des motivations intrinsèques en exprimant un manque d'authenticité, comme s'il faisait trop d'efforts pour coller à ce style.

De nos jours, les présidents américains s'habillent chez Oxxford et font tout pour avoir l'image la plus lisse possible afin que chaque américain puisse s'identifier à lui.

Le tailoring américain de nos jours

Thom Browne

Campagne Lunettes Thom Browne 2014

Le créateur livre son interprétation du tailoring américain dès 2001. Il retravaille les silhouette, c'est un euphémisme. On dira plutôt qu'il bulldozérise sans complexe les proportions, il élague, il coupe de ses ciseaux de créateur et cabosse le conformisme, jusqu'à proposer une interprétation plus garçon qu'homme, plus écolier que Madison Avenue.

L'objectif étant justement de draguer une clientèle qui n'a jamais porté de costume. Et ça marche plutôt pas mal. Bon, il faut pouvoir se trimballer à longueur de temps avec un SMIC minimum sur les épaules. C'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler de la mode accessible. Dans tous les sens du terme.

En fait, il élève le look Old Money au rang de haute couture. Il conserve toutefois :

  • Boutons 2 et demi
  • Couleur grise
  • Revers tailleur moyen
  • Pantalon sans pince à revers

Pour le reste, la coupe n'a rien à voir (veste ultra courte et slim) et un peu plus de padding aux épaules.

Ralph Lauren

costume trois pièce marron Ralph Lauren

Collection Ralph Lauren Automne/Hiver 2011. Un costume sack en tweed. Typique.

Quand on a demandé à G. Bruce Boyer, dans une interview, si Ralph Lauren avait en quelque sorte sauvé l'Ivy League Look, celui-ci a répondu :

Si je devais parier de l'argent là-dessus, je le ferais probablement, oui. Durant les années 1970, on ne pouvait plus mettre la main sur les vêtements vendus autrefois dans les vieux magasins des campus, à moins de se rendre chez Cable Car Clothiers ou The Andover Shop. C'est une des raisons pour lesquelles, je donnerais ce crédit à Ralph Lauren. Parce ce qu'il s'y est tenu quand tout le monde changeait de cap. Ralph fut le premier des années durant à fabriquer ses vestes sport avec du véritable Harris Tweed. Il a aidé le menswear bien plus que quiconque.

Ce qu'il faut dire, c'est qu'en 1967, les révolutions étudiantes en Californie et dans le monde, sonnent la fin du sack suit et du style Ivy League.

Brooks Brothers

femme homme lin veste beige blanc pantalon

Plus italien tu meurs...

Après avoir été l'instigateur dès 1900 de ce mouvement de mode américain, Brooks Brothers a été rachetée en 2001 par Luxottica (Ray Ban, Arnette…), un groupe italien dont le secteur d'activité principal est la lunetterie. Il faut dire aussi que Thom Browne dirige la collection Black Fleece.

Sous l'impulsion du groupe italien, BB s'est structurée en plusieurs gammes, un peu comme Ralph Lauren. Il y a donc, dans ces gammes, des produits sur lesquels ils margent davantage et qui sont moins intéressants à l'achat : faites notamment attention aux lieux de fabrication. Une très petite partie des collections est fabriquée aux Etats-Unis. Mais cela reste globalement très acceptable, surtout en soldes.

La communication n'a pas tellement changé, en revanche : elle joue toujours sur le mythe de l'Ivy League, tout en essayant de ratisser le plus large possible. C'est dommage bien sûr pour les puristes et cela permet en même temps de démocratiser un peu le tailoring américain (bien que détourné légèrement des codes d'origine).

Toutefois, on trouve encore des sack suits sur l'eshop japonais, devenu plus Ivy que l'américain.

Mais, ce que nous raconte Josh Peskowitz (entrepreneur hyperactif du monde merveilleux du #menswear) dans un article du magazine Monocle, et qui explique particulièrement bien la stratégie de développement de Brooks Brothers, c'est que les nouvelles générations d’Américains veulent de l’italian made :

Bien que les grandes marques italiennes soient très largement implantées sur le marché américain, on remarque davantage d'intérêt pour les plus petits tailleurs italiens. La manière dont les hommes s'habillent en Amérique est lentement en train de dériver loin de notre idée de l'americana et tend à revenir se concentrer sur le tailoring et l'utilisation de celui-ci dans des contextes casual - ce que les Italiens font le mieux. L'idée de bien s'habiller devient de plus en plus important. Leurs pères ne s'en souciaient pas, mais leurs grands-parents si.

Petit clin d'œil à propos de l'influence italienne sur les Américains dans "The Talented Mr Ripley" (1999).

"Laisse-moi t'acheter une veste. Quand on arrivera à Rome, y'a ce superbe endroit : Battistoni !"

Le mot de la fin...

Chaque école de tailoring pense toujours être le meilleur compromis, l'entre-deux magnifique auquel personne n'avait jamais pensé.

Pourtant, ce n'était pas la vocation de Brooks Brothers en créant le N°1 Sack Suit. C'était plus un parti pris mercantile qu'esthétique en jouant sur un contexte morose qui appelait un changement en profondeur du mode de consommation d'un produit populaire : le costume.

Ce que j'aime particulièrement dans le tailoring américain, c'est qu'il véhicule l'idée que les costumes peuvent être confortables aussi. D'un point de vue général, les Etats-Unis sont la patrie du cool et de la décontraction et, d'une manière ou d'une autre, ils ont su le transmettre même dans leur tailoring.

Si je ne vous conseille pas particulièrement de tenter le sack suit, j'aurai en revanche beaucoup à vous conseiller dans la prochaine partie de cette Saga America ("attention les secousses !") qui étudiera en détail l'Ivy League Look dont le sack suit n'est qu'un élément liminaire.

Allez, je m'accorde une terrasse ce soir et demain j'y travaille !

Jordan Maurin Jordan Maurin

Adepte des romans d’Ellroy et de Vian, j’essaie de vivre ma vie le plus artistiquement possible (comme le disait Glenn O’Brien). Fervent défenseur du pantalon blanc (Squarzi président !), j’aime le vêtement quand il donne confiance et ne déguise pas. Pour moi, s’habiller différemment, ça veut dire se donner le droit de penser différemment.

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