Une montre, un test : la Tudor Black Bay Blue 58

Temps de lecture : 6 minutes

Publié par le 3 mai 2021

Après avoir testé la Mido Multifort Patrimony, il est temps de revenir vers une montre parue en 2020. Bien entendu, je veux  parler de l’insubmersible Black Bay 58 de Tudor. Alors plongeons avec elle dans le grand bleu.

Black Bay 58 : le must have de Tudor

Ici portée sur un bracelet en cordura vert de la marque française Avel & Men, pour changer de l'éternel ton sur ton

Il y a deux ans, je vous avais fait découvrir la première Black Bay Fifty-Eight. Sortie avec un cadran de type « gilt » , la montre avait comme grande particularité d’être la première Black Bay dotée d’un calibre de nouvelle génération du groupe Rolex dont l’épaisseur a été réduite et en l’associant avec un boitier lui-même également affiné avec seulement 11,9mm d’épaisseur pour un diamètre de 39mm. Ce modèle, je m’en doutais, allait devenir la petite bombe de la marque.

En effet, ce modèle s’est retrouvé assez rapidement en rupture de stock pendant un moment car certains amateurs de montres étaient en attente d’un modèle avec ces dimensions . La nouvelle Tudor Black Bay Fifty-Eight est arrivée en 2020 avec un nouveau cadran : un bleu qui remonte aux origines des anciennes Tudor.

Une épaisseur très contenue par rapport aux normes du secteur dans les montres de plongée, du 11,9mm alors que bien des montres d’excellente qualité oscillent entre 13 et 15mm

50 nuances de bleu

La teinte de bleu utilisée par Tudor est assez spécifique à son histoire. Les anciennes Tudor Submariner ont eu pour clients certaines unités spéciales dans le passé comme les parachutistes ou les commandos marine qui recouraient à ces montres en optant pour les modèles d'un bleu un peu particulier. Il ne tend pas vers une teinte trop foncée mais plutôt une teinte intermédiaire.

Ancienne Tudor Submariner, son nom complet est plus exactement : Tudor Oyster Prince Submariner, un modèle des années 1970. Comme sa lointaine héritière, elle fait 39mm de diamètre - Source : Tudor

Par rapport au modèle 58 avec le cadran gilt, le nouveau modèle est donc doté d’un cadran bleu mais également d’une lunette avec un insert bleu, celui-ci étant en aluminium anodisé .

L’aluminium anodisé, pour durer dans le temps

L’anodisation est un processus d’oxydation par électrolyse pour former une couche d’alumine sur un matériau comme l’aluminium. L’intérêt est de renforcer la dureté de la surface de l’aluminium et donc de le rendre plus résistant par rapport à l’usure du temps ou les petites éraflures par exemple.

Traditionnellement, les inserts de lunette étaient en aluminium, aussi vous remarquerez que les plongeuses vintage ont souvent des inserts qui ont vieilli avec des manques de couleurs ou des patines, la couleur s’estompant avec le temps. Certaines marques ont opté depuis pour les inserts en céramique. D’autres marques préfèrent l’insert en aluminium, enfin d’autres peuvent recourir à un matériau beaucoup moins noble, le plastique, comme l'entrée de gamme de Seiko.

La céramique tend à se répandre mais pour ma part, j’aime voir des montres encore recourir aux inserts traditionnels en aluminium. En termes d’aspect, les inserts en céramique peuvent quelques fois être plus brillants à première vue, aussi l’aluminium peut toujours représenter une option et surtout s’il tend vers des couleurs plus mats afin de varier des modèles avec des inserts en céramique assez clinquants.

Ici, portée avec le bracelet vert d'Avel & Men, on voit bien l’insert en aluminium anodisé de la 58, d'aspect mat, en raccord avec la teinte du cadran, tout en sagesse, l'anti-flashy par excellence

Par rapport au précédent modèle de BB 58 avec son cadran gilt, outre le recours au bleu, le nouveau modèle présente quelques points de différence. Ainsi les index ne sont plus cerclés en or mais en argent, ce qui donne un aspect à mon sens un poil plus sage que sa grande sœur.

Des caractéristiques toujours au top

Comme sa grande sœur, la nouvelle BB 58 est étanche à 200m. Dotée d’un calibre MT5402 du groupe dont la marque est issue, certifié COSC, la montre présente 70 heures de réserve de marche ce qui est d’actualité et qui permet de délaisser la montre sans problème pendant plus de deux jours sans avoir à la remonter si d’aventure vous changez de montre dans la semaine.

Bien plus important que la certification COSC, si on observe l’architecture du mouvement MT5402, on voit très clairement la parenté avec les mouvements issus du groupe dont Tudor fait partie et qui a mis l’accent de manière très poussée sur la qualité et la fiabilité dans le temps de ses productions.

Le fond plein est caractéristique, tout en simplicité, caractéristique des Tudor avec une étanchéité assurée à 200m

Le COSC et les certifications de chronométrie

Le COSC est le Contrôle Officiel Suisse de Chronométrie, un organisme helvétique qui établit des certifications pour les montres (mécaniques ou à quartz). Quand on dit qu’une montre est certifiée COSC cela veut dire qu’elle a été contrôlée et qu’elle garantit la précision de la montre. Pour résumer la montre va être soumise à sept tests sur 15 jours pour contrôler sa précision en faisant varier ses positions et les températures.

Mon opinion sur l’importance du COSC est mitigé : oui, c’est toujours un plus de savoir qu’une montre a été contrôlée et qu’elle est certifiée comme rentrant dans des normes de chronométrie établies. Cependant, il faut savoir pour ne citer qu’un exemple qu’un mouvement connu comme l’ETA 2824 de finition Top et un autre de finition Chronomètre, la seule réelle différence notable c’est la certification… les deux mouvements auront la même précision c’est juste que l’un a été contrôlé et certifié et que l’autre non. De même, un 2824 de finition standard, bien réglé, pourra parfaitement rentrer dans ces normes pour peu que le réglage soit fait correctement.

Aussi, beaucoup de mouvements rentrent parfaitement dans les normes du COSC même s’ils n’ont pas été contrôlés. Le point important est, à mon sens, non pas cette certification mais le réglage des mouvements et il s’agit d’un point essentiel sur lequel les fabricants de montres doivent être vigilants - ce qui n'est pas toujours le cas, certaines marques étant moins exigeantes et fournissant une tolérance assez large concernant la précision de leurs mouvements.

Les nouveaux mouvements comme les MT utilisés par Tudor ou les Master Co-Axial utilisés par Omega – pour ne citer que ces exemples – sont d’excellente qualité et ils peuvent même honnêtement s’affranchir du COSC car leur précision est supérieure par rapport aux seuils de tolérances admises par cet organisme.

Ainsi, le COSC est à mon sens un argument de vente/estampille qui me semble quelque peu dépassé du fait de l’arrivée des mouvements de nouvelle génération sans parler des mouvements vintage de grande qualité qui, correctement révisés, mériteraient également la certification de chronomètre.

Ce certificat est aujourd’hui destiné davantage à « rassurer » le client si je puis dire. En outre, d’autres certifications existent comme la Vipère de Besançon – avec, oui, une tête de vipère comme poinçon sur la montre - qui existait déjà au XIXe et qui a été ressuscitée dans les années 2000 pour certifier la chronométrie et le respect de la norme ISO 3159.

Un nouveau bracelet textile

Vous reconnaissez peut-être le cliché de l’article sur les bracelets techniques, on voit clairement les détails du motif Jacquard du bracelet fait en matière technique

Toujours dans la droite lignée des modèles de Tudor, la montre arrive avec un bracelet textile recourant à des métiers Jacquard à navette. La matière en elle-même est technique : il s’agit de polyéthylène comme rappelé dans un article précédent.

Si on retrouve le motif Jacquard caractéristique du bracelet, il arrive dans une teinte bleu navy avec une ligne de bleu clair, tout petit rappel par rapport à certains anciens bracelets militaires mais simple rappel car ce bracelet est beaucoup plus adapté à un contexte urbain à mon sens.

Un regret : auparavant, le bracelet textile venait en accompagnement du bracelet en cuir ou du bracelet en acier riveté. Depuis lors, Tudor le propose à travers une offre dédiée avec un seul bracelet et au même prix que la version avec le bracelet en cuir, à 3160 euros, par rapport à la version avec le bracelet acier à 3460 euros. Dommage car il accompagnait utilement les deux autres options. Du coup, à vous de faire votre choix.

Un dernier petit twist avant de renvoyer le modèle de prêt à la marque Tudor : portée sur un Nato gris qui lui va comme un gant

Bonus : la Tudor Black Bay 58 en argent

A présent, avec Tudor, nous sommes en terrain connu, la marque continue sur sa lancée et approfondit sa collection Black Bay qui a représenté un véritable tournant pour elle. Difficile de ne pas recommander une Tudor Black Bay 58 surtout dotée d’un calibre de nouvelle génération et en faisant des choix sages en termes de couleur et de matières, privilégiant des couleurs plus mates que d’autres marques qui tendent vers des modèles plus clinquants.

Une nouveauté de 2021 avec une nouvelle teinte mais surtout le retour de l'argent pour le boîtier. Et cela, ce n'est pas commun du tout

La dernière nouveauté que j’ai découverte chez Tudor m’a d’ailleurs plutôt convaincu : la Tudor Black Bay Fifty Eight 925. L’argent est une matière que je souhaitais revoir à nouveau en horlogerie, disposant moi-même de montres de poche dans ce métal précieux. L’impression est différente par rapport à l’acier : l’argent est comme l’or, « chaud » au porter, une impression difficile à décrire aussi je vous conseillerais d’essayer si possible pour voir la différence.

Les possesseurs d’anciennes montres en argent le savent : l’inconvénient de ce métal précieux est qu’il a tendance à noircir avec le temps et c’est un métal malléable, comme l’or pour cette dernière caractéristique. Sauf qu’il est possible, via les alliages, de corriger les propriétés de l’argent en lui ajoutant une petite proportion de métaux qui vont lui apporter des propriétés pour le rendre plus résistant à l’oxydation et le rendre également moins malléable.

Bien que la composition exact de l’alliage utilisé par la Black Bay 58 argent soit tenu comme confidentiel par Tudor je peux raisonnablement parier sur une dose d’aluminium qui a déjà été utilisé par Tudor dans sa Black Bay Bronze pour corriger justement les tendances de ces alliages à s’oxyder quand la proportion de cuivre est trop importante comme chez la plupart des montres en bronze sur le marché.

Même avec une chemise de bureau, ces montres pourtant typées plongeuses passent très bien au poignet

Le ton taupe du cadran de cette montre en argent allié à une nouvelle déclinaison du bracelet textile de la montre lui vont comme un gant : très sobre, la marque a également privilégié le recours à un boitier en argent brossé. Excellent point, on est à mille lieux d’une montre polie. Ainsi, la teinte du boitier est à la fois différente de l’acier mais également beaucoup plus sage qu’une montre en acier poli.

Seul regret : le fond apparent pour cette Black Bay 58 en argent alors qu’il n’existe pas sur les autres modèles de cette ligne. Il révèle le mouvement Tudor dont l’architecture n’est pas sans rappeler celui des mouvements de Rolex mais qui au final ne me semble pas apporter de grande plus-value, le mouvement étant optimisé pour sa fiabilité et non pour son esthétique.

Le mot de la fin

Dans tous les cas, les deux montres, la Black Bay 58 Blue et la 925, me donnent des envies de vacances, celle en acier surtout pour passer un été qu’on espère tous déconfinés et celle en argent pour le twist et pour le retour d’un métal précieux trop longtemps éclipsé pendant des décennies. A très bientôt pour de nouvelles aventures horlogères.

Caractéristiques techniques

  • Référence : M79030B-0003
  • 39mm de diamètre
  • Épaisseur : 11,9mm
  • Boitier en acier poli brossé, insert en aluminium anodisé
  • Couronne vissée
  • Verre saphir bombé
  • Mouvement mécanique à remontage automatique MT5402
  • 70h de réserve de marche
  • Étanchéité 200m
  • Prix : 3160 euros avec le bracelet textile

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