Réconcilier style et musculation – Sapristi #7

Temps de lecture : 10 minutes

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Chers amis, après une longue absence, je suis ravi de vous revoir pour un septième épisode de Sapristi.

Aujourd’hui nous allons va traiter d’une thématique un peu spéciale : le vêtement et la musculation. Peut-être que ça ne saute pas aux yeux, mais je suis moi-même pratiquant de cette discipline depuis deux ans maintenant, à mon modeste niveau.

Et j'avoue que j’ai longtemps hésité à en parler.

D'un côté, je sais que tout le monde n'a pas une opinion très favorable de ce sport (que certains voient même comme un "non-sport"). Et que la totalité de notre audience est loin de la pratiquer. Et d'un autre côté...

Certains d'entre vous nous demandent des conseils sur le grooming. D'autres accueillent à bras ouverts nos recommandations de lecture, de films... Alors au fond, si l'on considère qu'on est là pour vous aider à vous sentir bien dans vos vêtements, pourquoi ne pas s'autoriser à parler un peu de parler d'un des moyens les plus courants de se sentir mieux dans sa peau, à savoir... Le fitness, la musculation.

Mais pour le moment, et en guise d'introduction de cette nouvelle thématique qui élargit nos perspectives au delà du vêtement, je voulais quand même que ça ait un lien avec le vêtement.

J'ai donc choisi l'angle suivant...

Comment réconcilier le style et la musculation ?

Car même si ce cliché tend heureusement à changer, je vois encore trop souvent l'image de deux camps qui s'opposent :

  • Des sportifs accro à l'exercice, pas très futés, et obsédés par les gros biceps, engoncés dans des vêtements trop serrés, mal choisis, à la fois par manque de goût et parce que rien ne leur va...
  • Et des "modeux" qui ne prennent pas soin de leur santé et de leur corps, et préfèrent miser sur des vêtements, une attitude, leur coiffeur, et de bons soins du visage pour oublier que leur corps se délite à force d'enchaîner les apéros champagne-petits fours, et les pauses clope incessantes.

Comme souvent avec les clichés, il est grossièrement exagéré, mais ne provient pas de nulle part : que ce soit dans le milieu de la mode ou à la salle, ce sont bel et bien des stéréotypes que l'on croise.

Pourtant, de plus en plus d'hommes (et particulièrement les plus jeunes) font le constat que l'on peut faire l'un comme l'autre, avoir le beurre et l'argent du beurre.

C'est si vrai que c'est Rick Owens lui-même, il a plus de 10 ans déjà, qui a dit :

"Working out is the new couture. No outfit is going to make you look or feel as good as having a fit body. Buy less clothing and go to the gym"

Venant d'un gourou de la mode avant-gardiste et dark, quand même c'est un comble, non ? Alors si ce n'était pas un signe que les temps changent, je ne sais pas ce que c'est.

rick owens pose torse nu

Et apparemment, Rick n'est pas du genre "fais ce que je dis, pas ce que je fais".

Bref, maintenant que c'est dit, il est vrai que la pratique de la musculation pour un amateur de sape s'accompagne de plusieurs questions. Vous avez sans doute déjà vu les nombreux conseils un peu partout sur internet (y compris chez nous, par exemple avec ce Parlons Vêtements de Benoît) qui traitent de "comment s'habiller comment on est musclé".

Mais de mon côté, j'ai identité TROIS problématiques que je trouve trop peu traitées, et trop sous estimées.

  1. Faut-il souligner sa musculature
  2. Comment gérer l’évolution de son dressing ?
  3. Peut-on devenir trop musclé pour être stylé ?

Des questions sérieuses, auxquelles je trouve pourtant que personne ne répond très sérieusement. Peut-être est-ce par, gène, par tabou ? Par souci des apparences ?

En tout cas, vous me connaissez : j'aime regarder un problème sous de nombreux angles et points de vue, alors il va de soi que je les ai traitées à fond dans la vidéo, et sans langue de bois ! Et vous allez voir qu'elles cachent des réponses parfois plus complexes qu'on ne pourrait le penser.

Faut-il souligner sa musculature ?

Je vais commencer par une question qui fâche un peu, qui divise, qui suscite les moqueries, les complexes, et bien plus encore :

Sous quelles circonstances il faut souligner sa musculature via le vêtement ? Faut-il au contraire faut-il l’atténuer pour créer une silhouette harmonieuse ?

Si chacun reste libre de ses choix, j'ai tenu à attirer votre attention sur de le fait que les pratiques récurrentes du genre manches de tee-shirt serrées, poitrine plus ajustée, n'étaient pas adaptées à tout le monde, et particulièrement PAS aux plus musclés.  Ce qui me permettra d'enchaîner sur un phénomène qui concerne la majorité des pratiquants de musculation, et qui peut-être un obstacle à leur style vestimentaire

1. Le problème de la dysmorphie musculaire

Pour simplifier que désignent ce troubles psychologiques, c’est un phénomène selon lequel vous avez beau devenir plus musclé, vous n'avez jamais réellement l’impression d’être plus musclé, ou alors trop peu.

homme bigorexique devant miroir

C'est en partie ce phénomène qui pousse des types extrêmement baraqués à s’habiller hyper petit sans se rendre compte de l’excès, et à ne plus arriver à jauger des coupes de leur vêtement avec une certaine objectivité.

Ce qui du coup peut mener à une certaine forme de discrimination sociale, car ils s'éloignent toujours plus des normes des apparences.

D’ailleurs cela me permettra d'aborder...

2. Le petit point sociologique sur la discrimination du muscle apparent

Dans la culture bourgeoise, on considère que le sport est un apprentissage technique, un apprentissage de valeurs, et à la limite, un moyen de préserver sa santé.

On y entendra souvent parler souvent de “physiques naturels”, de sportifs, de nageurs etc... Qu'on voit opposés aux physiques dits “artificiels” de ceux qui ont cherché volontairement le muscle.

danseur figure

Pour beaucoup de gens, un physique "gracieux", "musclé en finesse", ressemble à ça, et quiconque le dépasse de trop est une "brute".

C'est assez idéologique (et puis ça tend à changer, doucement), mais plus le milieu socio-culturel dans lequel vous évoluez est élevé, plus vous avez des chances d'y trouver de réticences vis à vis d’une musculature trop apparente. (Ou du moins, de vous retrouver réduit à ça). D'un point de vue stratégique, il peut être intéressant d'en tenir compte dans l'image que vous dégagez.

On enchaîne sur le dernier problème "psycho-social" du musclé qui aime les vêtements...

3. Le déni du changement de taille

S'il y en a bien un dont j'ai été victime, c'est celui-ci.

Celui qui aime le vêtement et la muscu est souvent face à un double problème : il peine non seulement à suivre et accepter l'évolution de son corps, comme tous les amateurs de muscu, mais EN PLUS, il doit accepter l'idée de voir ses vêtements devenir trop petits, alors qu'il y a investi du temps, de l’énergie, de la passion, de l'inventivité... Et parfois, c’est juste trop difficile à accepter. 

Du coup on peut vite se retrouver dans une forme de déni assez soutenu : le pratiquant de muscu amateur de sape s’obstine, il se raccroche au souvenir de ce fit de chemise qui lui allait si bien il y a un an, et oublie de la voir telle qu’elle est sur lui, aujourd’hui.

Ce qui m’amène d’ailleurs aux considérations plus “pratico-pratiques” de cette vidéo…

Comment gérer l’évolution de son dressing ?

1. Pendant la prise de muscle

Aujourd’hui, je me retrouve à devoir mettre en vente plus de la moitié de mon dressing.

En n'arrêtant pas ma progression, j’ai fait un choix tout simplement, et j’en ai accepté les conséquences. Cela dit, si j’avais su à l’époque tout ce que je sais aujourd’hui, j’aurais clairement acheté différemment.

Vous trouverez donc mes 8 conseils  pour allier prise de muscle et vêtements, que je me donnerais à moi-même il y’a deux ou trois ans si je pouvais remonter le temps.

daniel craig porte chemise

Parfois Daniel Craig (qui est sacrément musclé), choisit ses vêtements trop petits. Mais pas ici, même si on est plutôt sur de l'ajusté. C'est bien, Daniel !

On parlera de comment choisir des vêtements dans lesquels vous pouvez prendre un peu de masse, sans qu'ils ne soient trop grands à l'achat pour autant. Ou encore des mesures sur une chemise qui sont le plus soumises à un changement rapide lors d'une évolution physique, et, au contraire, celles qui prennent beaucoup de temps avant de devenir trop petites.

Mais malgré ces bons conseils, force est d'admettre qu'il n'est pas toujours possible de garder ses vêtements

C’est là que viennent les conseils sur la façon de mieux consommer...

2. Quand et comment acheter ?

Pour mitiger l'impact financier, pensez à la seconde main autant que possible, autant en achat qu'en revente, prenez soin de vos vêtements, et achetez des articles qui conserveront une valeur à la revente !

Lorsque vous aurez suffisamment d'années de pratique, votre prise de muscle ralentira drastiquement, et il vous sera plus facile d'acheter comme tout le monde, sans trop vous poser de questions sur l'avenir.

Cela dit, qui dit muscu dit souvent "diète", qui dit diète dit perte de graisse, et qui dit perte de poids dit parfois "rechute". Ce qui nous amène à la dernière série de conseils pratiques...

3. Comment prévoir les prises et pertes de graisse

Les fluctuations de la masse grasse sont beaucoup plus rapides que celles de la masse musculaire : il n’est pas rare pour ceux qui arrivent à atteindre un physique dit “sec”, de reprendre trois, quatre ou même cinq kilos dans les mois ou l’année qui suivent. Ce n’est ni très grave, ni irréméiable d’un point de vue physique et sportif, en revanche pour les vêtements… C'est déjà plus ennuyeux.

homme metre ruban chemise

La pièce qui en souffre le plus ? Le pantalon. C’est bien connu, après une diète nos pantalons tombent, et après Noël, on a le ventre trop serré.

On verra pourquoi l'hiver s'accompagne naturellement d'une prise de poids pour de nombreuses personnes, qu'il peut être difficile à empêcher. Ou encore, qu'il faut accepter d'avoir certains pantalons un peu plus larges pour les saisons où l'on risque d'être plus gras, pas seulement à la taille, mais aussi aux cuisses ! Et enfin nous verrons pourquoi, dans ces circonstances, les jogpants, pantalons à taille élastiquées et autres designs ceinturés sont une aubaine !

Peut-on devenir trop musclé pour être stylé ?

Après avoir vu la dimension socio-culturelle du muscle, et les conseils nécéssaires pour accompagner la garde robe d’un physique en pleine transformation, on répond à un grand poncif du schisme entre le beau vêtement et le culturisme :

il paraîtrait qu'à partir d'un certain niveau de musculature, on arrive à une "mort" du style, à une impossibilité totale de bien s'habiller.

Et, bien que ça ne soit pas tout à fait faux, cela soulève quand même la première question : jusqu’où est-il réellement possible de devenir "musclé" ?

1. Allez-vous devenir si "musclé" que ça ?

C'est une évidence pour ceux qui connaissent la muscu, mais qu’il faut encore trop souvent rappeler aux autres : on ne devient pas pas Arnold Schwarzeneger en une nuit.

En fait, l'extrême majorité d'entre nous et de quiconque lira ces ligne ne POURRA PAS de venir aussi musclé. Car les physiques que l'on qualifiera, souvent à juste titre, de “monstrueux”, comme celui d’Arnold par exemple, sont souvent voire presque toujours, acquis l’aide de stéroïdes, c’est à dire des produits dopants .

arnold schwarzneger pose conan le barbare

Vous ne risquez pas de devenir comme ça. Vraiment, même en le voulant.

Ajoutez à ça le fait que ces personnes aient une génétique favorable à l'hypertrophie musculaire, et qu'elles ont dédié leur vie entière pendant des années à l'obtention de tels physiques, en allant souvent jusqu'à sacrifier leur santé, et vous comprendrez pourquoi il est absurde de vous inquiéter de devenir "trop musclé, trop vite".

Les physiques les plus représentés dans l’iconographie de ce sport sont les plus aussi improbables à atteindre, et de très loin. Ce qui biaise complètement les attentes (et les craintes) de monsieur tout le monde qui voudrait se mettre à la muscu.

N'ayez pas peur, le fait de soulever du métal ne vous donnera pas un corps qualitativement différent, ou moins "bon" que celui d'un sportif de haut niveau d'une discipline comme la nage, la danse, la boxe...

Tout au plus, vous attendrez une apparence physique similaire, mais plus rapidement. Avec, rappelons le pour que ce soit bien clair, du temps, de l'effort, et les bonnes grâces de Dame Nature, si vous les avez.

Bref, pour en revenir à vos vêtements, il y a de bonnes chances pour qu’il te faille AU MOINS un ou deux ans de pratique sérieuse avant de peut-être gagner une taille de vêtement, à moins d'être déjà entre deux tailles. Donc n'ayez pas peur de vous lancer.

Cela dit, les arguments en la défaveur du muscle quand on parle de style se basent aussi sur l'idée suivant...

2. Pourquoi c’est plus facile quand on est mince ?

(C'est sûrement mon passage préféré de la vidéo.)

Soyons honnêtes : il est quand même plus facile de bien s’habiller quand on est mince.

Que ce soit par culture ou par nature comme le pensaient les grecs de l'antiquité, et leur fameux "nombre d'or", présent dans tout ce qui est beau, l’inconscient collectif humain a déterminé qu’il existait une "silhouette idéale" pour l’homme.

Ces idéaux physiques ne datent pas d'hier, et pour le meilleur comme pour le pire, ils nous influencent encore aujourd'hui.

Or je voudrais vous montrer que le musclé tout comme le mince ont leurs moyens de se rapprocher de ces fameuses proportions idéales : le premier, via sa musculature, lorsqu'il ne porte pas de vêtements, et le second, via l'ajout du vêtement sur la charpente de son corps !

Nécessairement, cela implique qu'avoir des proportions parfaites habillé demande un compromis lorsque l'on est dévêtu, et que d'être parfaitement musclé en maillot de bain demande de s'écarter légèrement des canons lorsqu'on est en hiver, avec quatre couches de vêtements sur le dos.

Tiens d’ailleurs, ça nous amène à la dernière question :

3. Y'a-t-il des styles destinés, ou bien "interdits" aux musclés ?

La réponse est "oui", mais c'est vraiment une affaire de nuance : dans la vraie vie, peu de gens deviennent si baraqués qu'ils commencent à ne pouvoir porter qu'un certain type de pièces.

On peut quand même faire mentions de certains styles traditionnellement plus amples (streetwear, workwear...), mais en soi, quelqu'un de musclé dans des proportions encore raisonnables n'a pas "d'interdit" stylistique, il lui faut juste des coupes adaptées.

Cependant il y a quand même une exception : les styles qui reposent sur une certaine androgynie, une certaine féminité assumée et réappropriée, deviennent de plus en plus hors de portée à mesure que vous vous transformez en "bon gars bien costaud".

Dans cette vidéo je porte...

- Un henley "Lee-Kung Man", qui est le modèle de henley fétiche de... Bruce Lee. Rien que ça ! J'en parle ici.

- Un gilet blanc-cassé Barena Venezia.

- Un pantalon ceinturé en denim de chez Claudio Mariani, très jolie marque que j'ai testée ici.

- Ma vielle paire de Common Projects "B-Ball" en cuir nubucké.

- Un peu de gras en plus, et un peu de muscle en moins que d'habitude. Le comble pour une vidéo sur le fitness ! (Merci le confinement)

Bon visionnage !

J'espère que la vidéo vous plaira, et que même si vous n'êtes pas un passionné de muscu, vous y aurez appris des choses !

N'hésitez pas à me faire vos retour, à me dire ce que vous attendriez d'éventuels contenus, dans le futur, qui font le lien entre la musculation et le vêtement.

Nicolò Minchillo Nicolò Minchillo

Moi, c'est Nicolò. Rédacteur depuis 4 ans (déjà! ça passe vite) chez BonneGueule.

J'écris des articles et je crée des vidéos sur notre chaîne YouTube, à savoir Sapristi, Sape m'en Cinq... et tous les trucs qui commencent par "Sape". Le tout avec un certain amour pour le débat.

À côté de ça, je prête main forte au pôle produit pour qu'on développe des vêtements inspirés, dans de super matières.

J'aime la funk, le bacon, les manteaux majestueux, le tailoring revisité, les blousons en suédé et les belles boots.

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