Pourquoi oser la veste croisée et comment la choisir ?

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Vous vous souvenez de vos tenues quand vous ne saviez pas vous habiller ?

Je parie que oui. Et je parie aussi que vous y repensez parfois avec un sourire un brin railleur et nostalgique.

La vérité, c'est que vous avez fait d'énormes progrès et ça fait du bien de se le dire de temps en temps.

Depuis, des illusions ont été perdues. Des peurs ont été déconstruites. Des habitudes sont nées. Et je suis sûr que vous portez aujourd’hui certains vêtements qui vous aurez parus ridicules ou trop ambitieux il n’y a pas si longtemps.

Oui, vous avez fait des progrès, mais certaines pièces résistent encore à votre insatiable soif sartoriale, je me trompe ?

La veste croisée en tête de liste.

Elle vous attire mais vous fait peur aussi. Comme un pays lointain dans lequel on n’a jamais mis les pieds.

Et je sais ce que vous vous dites.

Que vous ne voulez pas ressembler à un vieux politicard réac’ ou même à un gangster, la sulfateuse en bandoulière.

Légitime. Mais je vais vous dire une bonne chose : cela n’arrivera pas.

Parce que vous êtes entre de bonnes mains.

En fait, bien portée, la veste croisée vous mettra plus en valeur qu'aucune des pièces de votre vestiaire. Elle vous confèrera un charisme à l’épreuve des balles les plus meurtrières des haters. Et, une fois que vous l'aurez apprivoisée, rien ni personne ne pourra vous empêcher de la porter tout le temps et partout.

Ça, c'est une bonne grosse dose de confiance, non ? Bon, ici, Miles Davis la porte avec le pantalon assorti, mais c'est encore plus facile en dépareillé, vous verrez !

La veste croisée est faite pour vous si :

  1. Vous voulez porter un vêtement qui vous donne une très grande confiance en vous.
  2. Vous voulez exprimer un certain panache dans votre allure.
  3. Vous aimez les vêtements quand ils sont ludiques.
  4. Vous voulez simplement passer à la vitesse supérieure.

Précision : une seule réponse suffit 🙂

Alors, on continue ?

La veste croisée avant, c'était quoi ?

Que ceux qui ne veulent rien apprendre sur l’histoire de la veste croisée lèvent la main…

Personne ?

Alors allons-y !

Je commence en douceur avec une question inattendue : est-ce que vous savez pourquoi les cabans sont croisés ?

Non ?

Pour permettre aux marins de fermer le pan droit ou gauche de leur veste selon le sens du vent... Pas bête.

Je vous parle du caban, parce que c’est un peu le père de la veste croisée : à la fin du 19ème siècle en Angleterre, les militaires se font fabriquer des vestes plus légères inspirées des cabans, pour aller faire du sport.

Cependant, ça ne prend pas vraiment sur les populations civiles qui trouvent ça “mouais, bof, c’est pas suffisamment formel pour le boulot alors ça m’intéresse pas”. OK.

Il faudra donc compter sur une personne munie d'une force de persuasion bien plus grande, et cette personne c'est le Prince de Galles. L'homme qui a donné son nom à un motif ! Le père des tendances et des transgressions stylistiques en personne.

C'est pas parce qu'on a du sang royal qu'on est forcément ennuyeux à mourir.

Ce coup de pouce intervient dans les années folles. Mais malheureusement, il est insuffisant.

D'autant que la Seconde Guerre Mondiale provoque une pénurie de textile qui force les fabricants à se concentrer sur l’essentiel. Et c'est ainsi que le croisé est oublié car considéré comme extravagant et très gourmand en tissu.

Décidément, ça ne prend pas.

Finalement, c’est au cinéma hollywoodien d'après-guerre que l’on doit son arrivée sur le devant de la scène. C'est le premier véritable engouement populaire pour la veste croisée. On peut noter le film Casablanca, où l’on voit Humphrey Bogart qui a beaucoup d’allure dans sa veste de smoking.

Paul Henreid à gauche et Humphrey Bogart à droite, tous les deux unis par le port du croisé d'une part, et par l'amour de la même femme d'autre part. Impeccable. Rien ne dépasse. J'applaudirais s'ils pouvaient m'entendre.

Et puis, à partir des années 1970, le festival du croisé commence avec Ralph Lauren bien sûr et Nutters of Savile Row (aujourd'hui Chittleborough & Morgan) .

Et les années 80 renchérissent avec Giorgio Armani et Hugo Boss !

Richard Gere dans American Gigolo, habillé par Armani.

On se souviendra aussi (pour ceux qui étaient nés je veux dire !), de Miami Vice (Deux Flics à Miami) série télévisée américaine qui montre Ricardo Tubbs dans de sublimes croisés tout en sobriété...

C'est à ce moment-là que ça a dû déraper...

Le croisé est partout, à tel point qu'il engendre une réaction assez radicale : au début des années 2000, Hedi Slimane le ringardise avec ses coupes chirugicales slimmées et ses revers fins comme on n'en avait jamais vus.

Clap de fin pour le croisé.

Le croisé est mort ? Vive le croisé !

Maintenant que vous savez toutes ces choses sur la veste croisée, je vous demande solennellement de tout oublier.

Oui je sais, la vie est injuste.

C'est pour votre bien que je dis ça. Parce qu'il serait bien difficile de porter cette veste croisée comme autrefois sans avoir l'air déguisé ou de trop vouloir en faire. En fait, il faut réinventer la manière de la porter. Que dis-je réinventer, révolutionner !

La veste croisée est une pièce dotée d'une puissance stylistique hors norme. C'est comme le marteau de Thor, sauf que tout le monde peut la porter !

Voici une tenue moderne et bien sentie. Pour le printemps, on enlève le col roulé et le bonnet et c'est parti.

Si jamais la photographie tout bonnement exceptionnelle ci-dessus ne vous avait pas convaincus (mais j'en doute), voici 6 raisons de franchir le pas de la veste croisée :

  1. Elle vous distingue stylistiquement.
  2. Elle camoufle une chemise repassée négligemment.
  3. Elle permet d'atténuer un peu l'embonpoint.
  4. Elle rend remarquable une tenue banale.
  5. Elle permet de lier plus facilement le haut et le bas (ayant les jambes un peu plus courtes que mon tronc, la veste croisée me permet de donner l'illusion que mes jambes sont plus longues qu'en réalité).
  6. Autant qu'une veste droite, elle peut être très élégante ou très décontractée.

Oui, je sais, à présent vous brûlez d'impatience de posséder une de ces merveilles. Et je vais vous aider dans cette tâche.

Comment bien la choisir ?

Parfois dans la vie, pour bien porter un vêtement, il suffit de se demander : "Mais que ferait Lapo ?"

Va-t-elle à toutes les morphologies ?

Selon G. Bruce Boyer, seuls les hommes avec des hanches vraiment très larges devraient éviter de la porter. Et G. Bruce Boyer est un prophète du style masculin, un chantre et pape et tout ça à la fois. À votre place, je lui ferais confiance.

Il vous veut du bien.

Quand on est petit

J'entends souvent dire que la veste croisée aurait le pouvoir de rapetisser instantanément son porteur. Ce serait le Wayne Szalinski de la sape !

J'ai quatre contre-exemples à vous offrir :

  1. Humphrey Bogart faisait 1m73
  2. Le Duke of Windsor (le Prince de Galles vu plus haut) faisait 1m70
  3. Fred Astaire faisait 1m75
  4. Ralph Lauren fait 1m68

Avouez que ce ne sont pas de géants.

"Salut les filles." Je sais pas si c'est que la photo est bien prise, mais je trouve que ça fonctionne pas mal. Bon, cela dit, on n'est pas obligé d'avoir des épaules si affirmées. Mais si Ralphie fait ça, c'est parce que la forme V, si chère à Clark Gable et Cary Grant, élance la silhouette.

Quand on est petit, il faut toutefois observer quelques précautions :

  • Comme sur toutes les pièces à manches, il convient de faire attention à la longueur de la veste et des manches quand on est petit (pas trop longue).
  • Attention également à la position des boutons : il faut les placer plus haut.
  • Attention aux proportions de la veste : les revers doivent être positionnés plus haut sur le buste pour donner une impression d'élancement.

Si on veut se faire une veste croisée en demi-mesure ou sur-mesure, on peut toujours choisir la position de boutons la plus adaptées à sa morphologie.

En agrandissant légèrement le carré de boutons, on contribue à allonger un peu la silhouette. Il ne faut cependant pas exagérer : on parle de 1 à 3 cm, pas plus.

Pour les plus petits, une technique utilisée par le Duc de Windsor était de fermer simplement le bouton du bas (censé ne jamais se fermer) et non celui du haut. Cela allonge le revers et donne une impression de hauteur. C’est une technique appelée “Kent Style” que l’on doit au Duc de Kent qui aurait commencé cette tendance. Ralph Lauren, Fred Astaire et le Duc de Windsor donc se sont appropriés la technique afin de paraître plus grands.

Photo tirée de Life Magazine. Mais quel géant ! On voit que le Duke of Windsor boutonne simplement le bouton du bas (interdit normalement). Cette technique permet d'agrandir visuellement le buste et de le faire paraître plus grand qu'il n'est en réalité. Et deuxièmement, oui, ce sont bien des asperges.

Quand on a un peu d'embonpoint

Si vous avez du ventre et que la veste croisée est taillée dans une coupe adaptée, je ne vois pas pourquoi on devrait s'interdire de la porter. Je dirais même qu'on a assez l'habitude de voir des hommes avec de l'embonpoint en croisé et cela ne m'a jamais choqué. Au nom de quoi, au juste ?

Quelques conseils pour bien la porter tout de même :

  • Le mieux est de la choisir avec des crans aigus, pas trop larges, qui montent assez haut. Cela renforce la verticalité. Ça marche donc aussi quand on est petit.
  • Opter pour du demi-mesure ou du sur-mesure sera toujours préférable.
  • Et comme je l'ai dit un peu plus haut, pour allonger la silhouette, il faut espacer davantage le carré de boutons.

Quand on a peu d'épaules

Alors il faut privilégier les vestes avec un peu de rembourrage ! Juste un peu, à la française, parce que, je vous le rappelle, une structure trop anguleuse donne une impression de sévérité.

Pour ce qui est des revers, que la pointe des crans aigus arrive à la moitié de l'épaule est une bonne idée.

Quand on est grand et mince

Pour ce qui est de la minceur, le croisé peut justement vous apporter un peu de corps, si c'est ce que vous recherchez visuellement.

En ce qui concerne votre hauteur, il faut veiller à ce que la longueur de la veste soit suffisante, ainsi que celle des manches bien sûr. Mais cela, vous le savez déjà, n'est-ce pas ?

Pour vous épaissir un peu, vous pouvez opter pour des motifs à carreaux fenêtres par exemple ! Vous pouvez vous le permettre.

La coupe

Un surplus de tissu ruinerait la silhouette à coup sûr. Il faut donc veiller à la prendre assez cintrée. Pas question d'être boudiné toutefois, cintré ne veut pas dire trop petit. Mais il faut qu'elle épouse amoureusement les formes de votre corps.

Ce faisant, si vous constatez un peu de tiraillement au niveau du bouton fermé, ce n'est pas grave du tout. C'est même considéré comme très élégant par les puristes. C’est un must qui donne du naturel à une veste qui, sinon, peut faire très sévère. Je parle ici de léger tiraillement. On est d'accord.

Pour la longueur de la veste, toujours pareil, elle doit recouvrir les fesses au moins de moitié (rien de plus inélégant qu'une veste dont on a l'impression que c'est un cardigan).

Le bouton que l’on ferme devrait se trouver juste au-dessus de la taille naturelle (donc juste au-dessus du nombril).

Fabio Attanasio vous montre la coupe idéale. La longueur des manches est parfaite. Les épaules sont lisses et bien définies, le cintrage est prononcé juste ce qu'il faut ! Et la longueur de la veste rend la silhouette harmonieuse puisqu'elle la divise en deux parties assez égales. Bravo !

Détails et finitions de votre future veste

Nous vous conseillons d'opter pour :

  • Des poches plaquées ou passepoilées (les premières étant plus décontractées donc parfaites pour rendre la veste plus accessible à tous les styles)
  • Un tissu de bonne qualité en matières naturelles (coton, laine, lin, soie)
  • Des crans aigus sauf si c'est une veste de smoking (col châle à ce moment-là est très seyant)
  • Deux fentes d'aisance dans le bas du dos
  • Une épaule napolitaine (avec très peu de padding) pour faire moins guindé, c'est important Messieurs !
  • Configuration des boutons conseillée : 6x2 ou 4x2

 

Illustration empruntée au tailleur Julien Scavini (Stiff Collar). Oui, oui, il sait de quoi il parle. Les deux premiers personnages présentent les vestes les plus portables de nos jours.

La couleur

Vous diriez quoi, vous ?

C'est le moment de s'amuser, non ?

Comme c'est une pièce qui peut très vite faire stricte et austère, il faut lui donner un peu de punch, un certain twist par la couleur ou la matière.

Les possibilités qui s'offrent à vous selon nous :

  • Un bleu plus soutenu qu'un bleu marine
  • Un kaki ou un olive
  • Un marron
  • Un beige
  • Un bordeaux ou lie-de-vin

Vous pouvez toujours la prendre bleu foncé, ce n'est pas un problème. C'est plus sérieux, c'est tout. Mais si vous êtes quelqu'un d'aimable et souriant comme je l'imagine, alors rien n'est perdu.

Les motifs

Certains n'ont pas froid aux yeux. Comme ce Monsieur (dont j'ai oublié le nom) et qui est la muse officielle de la sprezzatura.

Dans la mesure où la veste croisée est déjà en soi une belle audace, peut-être vaudrait-il mieux vous interroger d'abord pour savoir si vous vous sentez suffisamment prêt. Oui, je parle de ça comme d'un saut à l'élastique. Si, ce n'est pas le cas, une simple matière texture peut faire l'affaire !

Et si, au-delà de la texture, vous souhaitez opter pour une veste à motifs, nous vous conseillons un Prince-de-Galles fondu, dans les bleus ou les gris. Si vous êtes grand, un motif à carreaux fenêtres peut donner de l'épaisseur à votre silhouette (mais je me répète).

Comment la porter ?

De la même manière que la veste droite, ne boutonnez pas le dernier bouton. Laissez-le ouvert, voler au vent. Si vous fermez tout, vous donnerez l’impression d’être étriqué, et donc un peu coincé, voire carrément lugubre. Vous voudriez pas foutre en l'air tous vos efforts pour porter la veste croisée avec élégance, si ?

Après, je vais vous faire un aveu : souvent j'aime ne pas la fermer du tout et laisser tout ouvert. Ce n'est pas très réglementaire, mais à ce que je sache, y'a pas de police pour ça et pas de loi non plus. Mais c'est surtout assez jouissif, pour une raison qui m'échappe.

Apprivoisez-la !

M. Sullivan ne se laisse pas intimider par le croisé. Au contraire, il le porte froissé (la matière contient du lin), comme s'il sortait tout juste d'une nuit de débauche en compagnie du diable en personne. Photographie de Garçon Jon (Jonathan Daniel Pryce).

Ici, elle est portée de manière négligée. La veste n'est pas considérée comme un summum de l'élégance, mais simplement un outil de sa propre expression, de sa propre destinée, son uniforme au quotidien qu'il porte avec plaisir. Il ne dit rien et pourtant on pourrait se dire que c'est sa préférée.

Décontractez-la !

Au Pitti, la veste croisée est la soutane du paon.

Marinière, jean délavé (on aurait d'ailleurs pu en trouver un meilleur soit dit en passant), sneakers à la Stan Smith et pochette. C'est facile à reproduire ça, non ?

Incroyable mais vrai : cela fonctionne aussi avec une chino beige ou de couleur.

À l'italienne

Superposition intéressante. Complètement invivable en été, mais intéressante.

Les gens du Pitti ne sont pas des gens normaux, faut pas croire. Ils sont dotés de glandes sudoripares hors normes qui se referment sous l'action de la chaleur. Si bien que : plus il fait chaud, moins ils transpirent. Cette particularité physique fait qu'ils peuvent rester des heures à poser alors que le soleil leur tabasse méthodiquement le sommet du crâne.

Blague à part, une veste en denim placée sous la veste croisée est possible au printemps, à condition que cette première soit suffisamment fine bien sûr pour ne pas faire étriqué et que la deuxième ait une coupe suffisamment large (mais pas trop malheureux !).

Remarquez l'utilisation des baskets de running tout en flamboyance !

Take Ivy

Shuhei Nishiguchi quand il est en retard pour aller faire ce qu'il a à faire. Ils font quoi dans la vie d'ailleurs tous ces gens, à part bien s'habiller ?

Imaginez ce que serait cette tenue sans la veste croisée. Une vaste fumisterie ? Non, vous exagérez un peu je trouve.

Ce ne serait pas mal, quand même. Mais est-ce que ce serait exceptionnel ? Pas vraiment.

En fait, la veste a le pouvoir de rendre toute tenue banale extraordinaire. Et c'en est la preuve.

La sélection

C'est le genre de pièce pour laquelle on économise, j'en ai bien peur. Ou alors on attend les soldes. C'est assez logique quand on y pense, il y a du travail sur cette veste. La construction se doit d'être soignée. La coupe ne souffre pas l'à-peu-près. Un mauvais tissu et c'est le drame. Pitié, il faut éviter qu'il brille !

Mais vos goûts sont à présent mieux aiguisés et vous devez vous faire confiance !

  • SuitSupply est toujours une bonne option pour du tailoring à moindre frais. Les tissus sont de bonne qualité et les finitions sont correctes. Une très bonne porte d'entrée, malgré la présence de revers souvent très larges, ce qui personnellement m'enchante sur cette gamme de prix mais qui peut faire peur de prime abord. (Il se dit, dans le milieu, qu'une boutique SuitSupply devrait bientôt voir le jour à Paris... Mais ne me demandez pas d'informations, je n'en ai pas.)

(299€) Un exemple de tenue facile à réaliser le matin. Parfaite pour une première veste croisée !

  • Cadot mérite toujours qu'on s'y intéresse. Les produits sont bien positionnés et le travail soigné.

(380€) Je serais assez curieux d'essayer cette veste couleur tabac de chez Cadot. Elle n'est pas très difficile à porter. Le marron est une couleur sous-estimée pour les vêtements. Alors qu'elle est tellement naturelle.

  • Editions M.R : la veste croisée est une constante chez eux. Dans la défense d'un style parisien, ou plutôt français, il la décline avec un certain flegme. Chez Editions M.R, la veste croisée se porte ouverte, comme s'il s'était agi d'une simple chemise ouverte sur un t-shirt, l'air de rien, sans y penser.

(490€) Typiquement le genre de pièce à calmer avec l'aide salutaire d'un t-shirt blanc et d'un jean. Pas la plus facile à assumer : il faut un style un peu avancé.

  • Wicket : Pour être passé plusieurs fois dans leurs boutiques, je trouve les produits Wicket toujours réussis. Il faut éviter, à mon humble avis, de s'y habiller de la tête aux pieds (quoique...) mais les pièces de tailoring valent franchement le détour.

Veste d'un costume. Le tout à 640€. Belles finitions, beau tissu. On ne le distingue pas vraiment mais ce n'est pas un uni, mais un carreau subtil et élégant. Vous n'auriez pas un mariage à assurer cet été par hasard ?

  • Hackett : J'aime assez bien Hackett. Il faut peut-être s'en méfier sur certaines pièces maintenant (les manteaux ?). Une chose est sûre, je n'achèterais qu'en soldes chez eux. Mais l'ADN très anglais est plaisant et je trouve leurs produits toujours justes.

(650€) Veste croisée inspirée des blazers des clubs d'aviron du 19ème siècle en Angleterre. C'est tout de même assez réussi. Difficile à porter. Mais assez réussi. Cela dit, il faut faire attention à l'effet gangster avec les rayures. Ici, la couleur empêche cette connotation, à mon sens, mais faut l'avoir en tête.

  • Lardini : Oui, vous l'avez deviné, c'est une marque italienne. D'abord une filature, et puis une histoire de famille surtout ! Beaucoup de lignes, de collections différentes. Les lookbooks sont réussies et vous donneront de nouvelles idées d'associations de vêtements. Le flair est là.

(670€) Veste en laine et lin destructurée. A l'italienne. Elle n'est pas donnée cette veste, c'est sûr. Mais, à mon sens, c'est comme ça qu'une veste croisée devrait être. On devrait la porter sans pression, dans des couleurs douces et chaleureuses à la fois. Je la porterais avec une chemise blanche, un jean et des sneakers. Et vous ?

  • L.B.M. 1911 : concurrent de Lardini. Il y a le même flair italien, des tons neutres, terres, pastels, bien trouvés. C'est beau, ça sent bon le soleil, c'est notre garde-robe de vacances dans les Pouilles en Italie. Ou ailleurs, même en France tant qu'il y a la mer, tant qu'il y a du vent et des terrasses pleines de soleil. Et si elle n'est pas là, la mer, c'est même pas grave.

Je n'ai pas trouvé le prix, mais j'imagine que c'est du même acabit que Lardini. Franchement, vous ne la voyez pas sur vous cette veste là ? Bah, ça s'essaye quand même ! Une petite chemise en chambray serait bienvenue... avec un jean brut allez ! Et pourquoi pas des espadrilles de couleur. Vous la porteriez comment, vous ?

Le mot de la fin...

“Le truc avec la veste croisée, c’est que c’est pour les hommes, pas pour les petits garçons !” Glenn O’Brien.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Glenn O'Brien - pour une fois -, je dirais plutôt que la veste croisée a le pouvoir de transformer les garçons en hommes. Elle est plus efficace qu’un rite initiatique pour passer à l’âge adulte. Ça ajoute instantanément une toison épaisse de poils sur tout le corps et vous injecte en intraveineuse une bonne dose de virilité.

Ce qui est sûr c'est qu'il faut être prêt.

Ce qui est sûr aussi, c'est que la vie est trop courte pour ne pas porter les choses qui nous font plaisir à porter. D'ailleurs, vous vous souvenez ? G. Bruce Boyer vous a donné le feu vert, qu'importe votre morphologie (sauf peut-être les hommes ayant de très larges hanches).

Il faut, pour finir, que je soulève l'importance capitale de la retouche : raccourcir, ajuster, déplacer une boutonnière ! Tant de travail peut être fait sur votre veste pour la rendre parfaite. Parfois, il suffit de l'œil avisé d'un expert pour changer radicalement la manière dont vous va un vêtement.

Alors, votre histoire d'amour avec la veste croisée, vous la commencez quand ?

Jordan Maurin Jordan Maurin

Adepte des romans d’Ellroy et de Vian, j’essaie de vivre ma vie le plus artistiquement possible (comme le disait Glenn O’Brien). Fervent défenseur du pantalon blanc (Squarzi président !), j’aime le vêtement quand il donne confiance et ne déguise pas. Pour moi, s’habiller différemment, ça veut dire se donner le droit de penser différemment.

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