Dossier : Aspesi, marque italienne confidentielle (+ test de la Minifield jacket)

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Aspesi est une marque italienne relativement discrète. Elle a grandement été popularisée par Scott Schuman, photographe américain et fondateur du fameux blog TheSartorialist (gratuitement ou non ? Je me pose la question).

C’est un peu le A.P.C. italien : des collections simples, intemporelles et bien pensées, avec très peu ou pas de logos visibles.

Le genre de marque où vous ne savez jamais si un vêtement est de la collection actuelle ou de l’an passé. Un, parce que leurs produits ont un côté intemporel et deux, parce que la plupart de leurs basiques sont toujours présents saison après saison.

Ce constat est encore plus marqué sur leur e-shop : ils disposent en quelque sorte d'une collection permanente, mais qui fait tout de même l’objet de soldes (on aurait pu penser le contraire, à l’image des jeans bruts A.P.C.).

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Scott porte ici un manteau croisé en cachemire (comptez au moins 1.000 €). Il discute avec son ami Fabrizio Rollo qui est décorateur d’intérieur au Brésil.

Scott en profite d’ailleurs pour développer l’idée (oui, je lis dans les pensées) que pour garder un aspect slim au niveau du haut du corps, il est très important de jouer non pas sur le torse mais sur l’étroitesse des manches.

Plus celles-ci sont fines, plus cela libère de l’espace visuel entre les manches et le torse, donnant ainsi une impression de minceur (et sans être à l’étroit dans un manteau qui vous compresse la poitrine).

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Sur cette photo on voit bien l'espace entre la manche et le torse. Plus les manches sont slim, plus cet espace est grand. Et plus une impression de silhouette fine se dégage. (Crédits photo : TheSartorialist)

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Même idée ici avec la fameuse Lambrettone, directement inspirée de la M51 Fishtail jacket.

Une veste parfaite pour l’hiver ou le printemps, grâce à sa doublure amovible. Des doublures amovibles qui sont d’ailleurs de plus en plus utilisées par l’ensemble des marques du prêt-à-porter masculin pour rendre leurs vêtements plus polyvalents.

Là encore, Scott en fera la promotion à travers son blog. Et c’est à cette époque (~2011) que la marque lance un site e-commerce via TheLevelGroup .

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Vous commencez à le savoir : le e-commerce est un virage important.

Dans une interview récente, je-ne-sais-plus-quel-directeur-marketing disait qu'un site e-commerce doit pouvoir refléter la même image de marque à sa clientèle que dans une boutique. Ne pas être en-dessous des attentes et proposer la meilleure expérience client possible.

N'importe quelle marque de luxe qui n'assure pas sur le plan digital en prend forcément un coup.

Aspesi, une marque centrée sur le produit

Le produit avant tout

L’histoire débute en 1969 (ou 1961, ou 1981 ? J’ai un peu trouvé de tout mais 1969 semble être la date la plus récurrente).

Alberto Aspesi en est le fondateur éponyme. La marque commence par produire des chemises puis, par la suite, l’ensemble de la garde-robe masculine et féminine.

Vous pouvez donc opter pour le total look Aspesi si vous le désirez. Chaque pièce est soigneusement étudiée. De plus, je vous conseille d’aller voir leur lookbook : les assemblages de couleurs sont toujours bien sentis.

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On retrouve ici deux blousons dans le style Harrington, portés avec un chino kaki et un marron qui tire vers l'ocre. L'ensemble est très harmonieux.

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Ici, on a un bel assemblage de bleus, du plus clair au plus foncé. Et des matières qui sentent bon le printemps.

Portrait du fondateur

Alberto Aspesi n'est pas un personnage sur-médiatisé : ses interviews se font rares. Il préfère se consacrer à son travail, et on peut le comprendre. Il met l’accent sur le produit plutôt que sur la communication.

Quelques exceptions cependant : on peut compter des collaborations dans les années 1980 avec des photographes connus tel que Peter Lindbergh. Il a notamment photographié la sublime mannequin Linda Evangelista pour Aspesi.

Ces photographies sont encore à ce jour très souvent mises en avant par la marque via son Facebook.

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Linda Evangelista pour Aspesi.

Merci tout de même au magazine Tenue de Nîmes d’avoir persévéré pour nous concocter une petite interview d'Alberto Aspesi lors d’un de leurs déplacements à Milan. Vous trouverez l’intégralité de leur interview ici.

Que peut-on en retenir ?

Première leçon : son travail est centré sur les matières, tout commence par là. Il choisit donc toujours ce qu’il y a de mieux, ou tout du moins ce qu’il pense être le mieux. Bien entendu, le style de la pièce (à travers la coupe notamment) n’est pas pour autant négligé.

A good piece stays beautiful. It stands the test of time.

Une belle pièce reste belle. Elle résiste à l’épreuve du temps.

Les créations homme sont globalement de bons basiques qui traversent le temps, mais sans cesse améliorés et mis au goût du jour. C’est d'ailleurs le leitmotiv de la marque.

Pour créer ses pièces, il n’est pas tout seul à prendre des décisions : Alberto a notamment collaboré avec de grands designers tels que Lawrence Steel (pour la collection femme) ou encore Dirk van Dooren, directeur artistique de la marque durant 17 ans.

Le succès vient en partie de là.

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Illustration de l’outerwear Aspesi.

Alberto pense que le pont entre art et mode n’est pas aussi évident qu'on veut bien le croire, ce qui ne l'empêche pas d'affectionner l’arte povera (« art pauvre », si l’on traduit littéralement).

Je ne suis pas historien de l’art mais, d’après Wikipédia, ce mouvement artistique italien est né dans les années 1960 :

Les artistes d'arte povera adoptent un comportement qui consiste à défier l'industrie culturelle et plus largement la société de consommation.

Cela rejoint l’idée que le beau du XXIème siècle se retrouve majoritairement dans les objets (allez voir le designer Dieter Rams par exemple) et non dans l’art du siècle lui-même. Pourquoi ? Parce que celui-ci est principalement un art de la contestation : la roue de bicyclette de Marcel Duchamp n’a rien qui relève du beau.

Quelques œuvres d’art sont par ailleurs disposées dans certaines boutiques Aspesi.

Le succès des field jackets Aspesi

Le vestiaire Aspesi fait une large place aux vêtements d’inspiration militaire. C’est une caractéristique propre de la marque : on y trouve pléthore de ce qu’on appelle les field jacketsde la M65 à la M43 en passant par la M51.

Et comme expliqué précédemment, les associations de couleurs sont toujours très réussies. Vous trouverez facilement votre bonheur pour chaque saison de l'année.

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Du noisette au beige sable, en passant par le vert militaire. Ça ne vous donne pas envie, vraiment ?

Les autres pièces du vestiaire Aspesi

Les surchemises

Le cœur de métier historique d’Aspesi est la fabrication de chemises. Et ça se voit. Leurs surchemises - que vous pouvez porter comme un blouson - sont très bien travaillées.

Là encore, plusieurs choix de matières sont disponibles selon la saison :

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Illustration parfaite de chemise / veste / blouson : en haut à gauche en 100% laine et doublure Thermore ; en haut à droite en 100% cotton, sans doublure ; en bas à gauche en 100% nylon taffeta et doublure Thermore ; en bas à droite en 100% tweed aux accents de cow-boy : une pure merveille.

Les pantalons

Ils produisent également des pantalons très légers qui arborent un pli, comme pour les pantalons de costume.

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Pantalon Aspesi couleur sable – M65 jacket – Fiat 500.

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Là encore, vous pouvez voir le soin apporté aux finitions intérieures (les coutures sont gansées, la norme pour cette gamme de prix). Comptez 150 € pour un pantalon.

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Fermeture YKK, un standard.

Attention, le modèle le plus slim (super secco) n’est pas si slim que ça. Ouverture de jambe à 19 cm : semi-slim donc.

Quid du future pour la marque ?

On en revient à leur leitmotiv : continuer à travailler sur les basiques, des produits simples et de très bonne qualité, tout en s’adaptant aux nouveautés (développer le e-commerce par exemple).

Test de la field jacket Minifield d'Aspesi

Ce test est non sponsorisé, je n’ai rien perçu de la part d’Aspesi. Bon, en même temps, je n’ai rien demandé non plus 😉

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M65 Minifield Winter. Test dans le métro parisien - sur la ligne 9 pour les curieux (Photo : © OUSSAMA JMILI)

Vous remarquerez d’emblée qu’elle est suffisamment longue pour protéger vos petites fesses par temps venteux et suffisamment courte pour ne pas tomber dans la catégorie manteau long. Je ne vais pas vous refaire l’historique de la M65, la toile regorge d’articles à ce sujet.

Elle est parfaite à porter de manière casual ou avec un costume : bonne alternative pour ceux qui, comme moi, détestent les trenchs – trop connotés dragueur / séducteur depuis quelques années à mon sens – ou pour ceux qui en ont marre de porter un MAC.

Elle est également multi-poches : parfaite pour emmener votre maison avec vous, et surtout pour transporter vos livres de poche préférés. Ou celui qu’on vous a offert à Noël et que vous jetez dans un coin de votre chambre ; vous n’aurez plus d’excuses.

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Minifield Winter en kaki, versions été en beige et bleu marine. J’ai tout testé ! Ou presque.

Caractéristiques de la field jacket Minifield

C'est une veste en 100 % coton japonais.

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Détail du coton japonais – un léger délavage est présent.

Elle est équipée d’une doublure non amovible en Thermore, qui est une imitation de peau de mouton retournée.

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Doublure marron-vert. Vous noterez aussi au passage les pattes de resserrage.

Celles-ci sont fortement utilisées sur toute la gamme outerwear de la marque, elles sont en fibres de polyester. Il s’agit d’une alternative au duvet.

  • Inconvénient : tient moins chaud, à poids égal.
  • Principal avantage : moins cher (et les oies et les canards nous en remercient).

Mon seul regret est que cette doublure ne soit pas amovible ici (ce qui est le cas sur certains modèles).

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La version été – sans doublure : les coutures sont gansées pour avoir un résultat propre.

On retrouve également les autres caractéristiques historiques de la M65 (à ne pas confondre avec la saharienne, d’origine militaire elle aussi).

L’épaulette est utilisée comme porte grade militaire dans sa forme la plus récente (au cours du XXème siècle). Elle a également joué d’autres rôles, je vous laisse voir sur Wikipédia ici si ça vous intéresse.

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Épaulettes déboutonnables et capuche en nylon qui s’insère derrière la nuque.

On l’appelle également « passant ».

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Un exemple ici avec ce pull militaire britannique. Les plus calés d’entre vous ont reconnu le grade de sergent.

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Soufflet d’aisance.

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De grandes poches.

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On ne présente plus la marque de fermeture à glissière YKK.

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Scratch de fermeture au niveau du col. Pratique en cas de tempête.

Comment ça taille ?

Cela dépend des modèles, mais globalement la marque taille plutôt grand pour ses field jackets. Le modèle Minifield étant à mon sens l’un de leurs modèles les plus fittés (avec la Dakar).

En résumé, les M65 de chez Aspesi, c’est :

  • De bonnes matières (techniques mais aussi naturelles – coton / laine /cachemire) ;
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De gauche à droite, de haut en bas : mélange de polyamide ; 100% nylon ; cuir d'agneau ; 100% laine. Le mieux étant toujours d’aller voir en boutique.

  • Des doublures bien pensées ;
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Ici le modèle Dakar : blouson en tissu technique avec doublure polaire en laine. Contrairement aux autres field jackets de la marque, il est très court. Un vrai blouson. J’en avais un, mais le col est un peu grand à mon goût et la matière "accroche" un peu la poussière (ce que je déteste). Mais je me laisserais bien retenter.

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Doublure orange en duvet pour les plus frileux. Bon ok, les plus observateurs auront noté qu’il ne s’agit pas d’une M65, mais peu importe.

  • Fabrication en Roumanie (la plupart du temps) ;
  • Enfin, c’est plutôt cher (les prix augmentent année après année). Je vous conseille d’acheter en soldes (même si souvent les tailles les plus communes - S/M - sont rapidement sold out).

Vers quelles autres marques se tourner pour une M65 ?

Vous pouvez toujours faire un tour dans les friperies : en revanche, il y aura peu de chance pour que vous trouviez votre taille. À moins de faire 95kg pour 1m85.

Pensez à faire des retouches, comme raccourcir les manches par exemple.

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Avec un peu de chance et beaucoup de patience, on peut faire de belles trouvailles. (Crédits photo : For The Discerning Few.)

Sinon, vous pouvez aussi jeter un oeil chez :

  • Alpha Industries : fabricant historique depuis plus de 50 ans, avec comme point de différence notable leurs M65 beaucoup moins fittées ;
  • Beams : très bonne alternative, très bien pricée mais pas distribuée en France ;
  • Mida : un avis Benoît ? 🙂

Et de temps à autre, A.P.C., Herno, voire H&M et Zara.

Les boutiques Aspesi

Commençons par la mauvaise nouvelle. Il existait un point de vente à Paris Place du Marché-Saint-Honoré, à quelques pas du concept store Colette, mais il a fermé (pas assez rentable ?).

Ils sont donc majoritairement présents en Italie, rue Montepoleone par exemple. C’est LA rue de la mode à Milan. Elle se situe dans le Quadrilatero della moda, littéralement le quadrilatère de la mode.

C’est un peu l’addition de l’avenue Montaigne, de la rue Vieille-du-Temple et de la rue Saint-Honoré. Il n’est pas rare d’y croiser des mecs en full Brioni qui pétaradent sur des Harley.

Attention, il y a souvent deux entrées dans les magasins Aspesi (ce que j’ai pu vérifier à Milan et Florence). Une entrée peut être verrouillée et pas l’autre, pensez à faire le tour 😉

Leurs boutiques sont très soignées, celle de Milan en particulier. Elle a été élue en 2007 The Best Store In The World par un jury international de designers et le magazine Wallpaper.

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Petit aperçu de la boutique Aspesi à Milan.

N’avez-vous d’ailleurs jamais remarqué que dans les boutiques où vous trouvez de beaux vêtements, l’éclairage a été (en général) très bien pensé ? On pourrait écrire un article entier sur le sujet. Pas de grands néons qui vous brûlent directement la face.

Je ne sais pas vous mais chez moi, les néons, je les mets dans la cave. Pas dans les lieux de vie, ni sur mon lieu de travail (à moins d'être chirurgien, bien sûr).

L’éclairage est toujours subtilement détourné. Toujours de la lumière indirecte ou tamisée. C’est d’ailleurs bien ça qui fait la différence entre une brasserie cosy et la pizzeria / kebab du coin. Bon ok, je caricature un peu, mais vous avez compris l’idée.

Pour ne rien gâcher, les vendeurs sont bien sapés : pas mal de combo pantalon beige + chemise bleu ciel en chambray et ceinture marron patinée.

Enfin, si vous ne pouvez pas vous déplacer, vous pouvez toujours faire un tour sur la toile. Ne serait-ce que sur leur propre site web.

Avatar Thomas Mangin

Pour paraphraser Edmond Roudnitska, je pense moi aussi que l'aspiration vers le beau et le sens de la qualité en général sont les seuls fondements solides et durables sur lesquels puissent s'édifier une civilisation digne de l'homo sapiens.

Sinon pour faire plus court, j'aime les Land Rover Defender, les fauteuils de Van Mis Rohe et les chocolats Bonnat.

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