Dossier : Faut-il suivre la mode et les tendances ?

Temps de lecture : 8 minutes

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Lorsque l'on construit son style ou que l'on souhaite évoluer, il peut être tentant de s'inscrire dans une tendance : il n'y a pas trop à réfléchir - les codes sont déjà établis - et il y a de fortes chances pour que cela plaise à une partie de votre entourage.

Pour autant, toute tendance est-elle bonne à prendre ?

Comment distinguer la tendance pérenne de celle connaissant deux mois de gloire avant de chuter ? Et puis d'ailleurs, comment expliquer une tendance ?

Tendance et tendances

Les tendances sont partout et on ne peut pas les éviter. Même le hipster le plus anti-système incarne une tendance à base de jeans slims, de vêtements achetés en frip' et de cinéma indépendant...

Cela revient à tomber dans d’autres segments culturels, qui sont autant de marchés adressés par des acteurs économiques.

hipster-evolution-brendan-mccartan

Partant de ce constat, inutile de juger de l’intérêt ou non de suivre les tendances, parce que vous en suivrez quoi qu’il arrive, et moi le premier : on ne peut simplement pas faire autrement.

La question devient alors « quelles tendances suivre ? ». Et c’est là qu’on va se creuser la tête.

Si on schématise de manière simple, on arrive à trois types de tendances :

  • Les tendances de fond,
  • Les tendances culturelles,
  • Les tendances de marché.

Les tendances de fond

Les tendances de fond sont liées à la société dans son ensemble. Elles bougent lentement mais on ne peut pas les arrêter. Ce sont elles qui renversent les gouvernements, impulsent les mouvements sociaux ou entraînent les innovations dans nos sociétés et nos modes de vie.

Ces tendances peuvent avoir différentes origines : les innovations économiques (mécanisation), les nouveaux modes de communication (Internet, puis l'ère du mobile et des réseaux sociaux), mais aussi les guerres, les luttes civiles ou alors les périodes de difficultés économiques.

hippies

Le style hippie est peut-être le meilleur exemple de comment une lutte sociale se ressent dans la façon de s'habiller... ou de se coiffer.

Elles ont un impact direct et profond sur nos façons de nous habiller. Mais cette influence est peu perceptible, car ces évolutions sont lentes.

Par exemple, l’effort de guerre et les rationnements suivant la Seconde Guerre Mondiale (tendance de fond) ont engendré le minimalisme dans la mode aux États-Unis, car il fallait limiter la consommation de fil, de toile, de main d’œuvre... Porter un vêtement chargé de détails et riche en fioritures était perçu comme peu patriotique.

Autre tendance responsable du courant minimaliste aux USA : la mécanisation de tous les secteurs de l’industrie et le taylorisme, qui ont conduit les vêtements à être les plus simples possibles pour que l’on puisse les (re)produire en grande série avec un travail humain minimal.

ford workwear industrie

Le taylorisme en une photo : tous en blouse, tous à l'usine. C'est ce qui a donné le workwear d'aujourd'hui.

Autre spécificité : les tendances de fond ne sont pas cycliques. Elles ne reviennent pas à l’ordre du jour selon des périodes données, mais forment une succession d’ères et d’époques.

Leur fréquence d’apparition accélère : il a fallu des siècles pour voir apparaître la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité ; alors qu’en l’espace de 50 ans, nous avons vu naître l’informatique, Internet et le mobile, et en l’espace de 10 ans, le haut-débit, le e-commerce et les réseaux sociaux.

Les nouvelles tendances qui se bousculent (nanotechnologies, impression 3D, réalité augmentée, intelligences artificielles avancées, big data, consommation collaborative) sont tout autant d’innovations qui vont influencer notre manière de consommer le vêtement.

aloha from deer lookbook

La marque Aloha From Deer joue sur l’impression laser de photos.

Par exemple, l’impression 3D nous donnera accès à des personnalisations très peu coûteuses et produites localement : une nouvelle ère du sur-mesure.

veste liverano & liverano

J'ai déjà quelques idées d'impressions 3D...

Les nanotechnologies feront apparaître de nouvelles fonctionnalités comme des vêtements jamais mouillés, toujours propres ou antiseptiques. Et la réalité augmentée nous permettra d’essayer virtuellement le vêtement sans même avoir à sortir de chez nous...

Les tendances culturelles

Les tendances culturelles sont plus liées aux aspirations et envies des sociétés qu’aux innovations technologiques.

Elles trouvent naissance chez des groupes sociaux aux identités très marquées (sous-cultures, milieux branchés ou marques de niches, tous les trois étant souvent une seule et même entité) avant de connaître une diffusion plus large.

Et à l’inverse des tendances de fond, les tendances culturelles sont cycliques. Selon les décennies, les vêtements sont tour à tour appréciés amples ou plus ajustées.

Les années 2000 étaient par exemple l’apogée des coupes très près du corps, alors que, depuis quelques années, on progresse à nouveau vers une silhouette plus ample ou présentant des contrastes de coupe (exemple : jean slim porté avec un pull ou une parka ample).

editions mr hiver 2016

La dernière collection Éditions MR renoue avec les pantalons amples, le "tout fitté" semble appartenir au passé.

Les tendances s’appliquent aux couleurs, aux matières, voire à leur provenance ou au degré de soin apporté à la confection, selon des cycles plus ou moins rapides.

Aujourd’hui, les consommateurs occidentaux sont sensibles aux vêtements épurés mais coupés dans de très belles matières. Ils sont plus attentifs aux finitions et aux données sociales du produit (provenance, conditions de fabrication dans les ateliers, engagement environnemental ou social des entreprises).

Par exemple, cette saison met à l’honneur les matières brutes (flanelle de laine, uniformes recyclés, tweed), ou encore les motifs comme le camouflage pixelisé ou les micromotifs.

pinterest menswear mode homme

Pinterest n'y échappe pas non plus !

Les tendances de marché

C’est ce qu’on appelle aussi parfois de fausses tendances, lubies ou effets de mode. Elles sont devenues monnaie courante dans toutes les classes sociales avec l’essor de la société de consommation. Et ce n’est pas un hasard si c’est chez les Anglo-Saxons qu’on trouve un terme spécifique pour ce phénomène : fads.

Elles n’émergent pas spontanément chez les gens pour être par la suite distribuées par les marques. Au contraire, elles sont créées par les marques et les cabinets de tendances qui les conseillent, pour ensuite inonder les marchés.

Les marques de prêt-à-porter se doivent d’être à la pointe du style, pour être identifiées sur une tendance avant qu’elle ne se propage. Elles comptent ainsi vendre de grandes quantités de produits une fois que la tendance atteint le grand public.

Retro-running Coq Sportif

La mode des runnings portées dans une tenue casual. Ce sont les grandes marques qui se frottent les mains.

Une autre raison est leur objectif de sortir de la logique de compétition et de standardisation du produit : en faisant un produit différent, on crée son propre marché encore vierge.

Le problème avec les grands groupes et Maisons de luxe, c’est qu’ils lancent leurs propres tendances, souvent absurdes, en sachant qu’elles marcheront forcément. En effet, une grande marque avec des budgets presse aura forcément l’approbation des magazines et des célébrités qu’elle entretient financièrement.

De plus, la presse (et pas forcément sa clientèle) leur demande de produire constamment de la nouveauté pour être alimentée en contenu.

C’est ainsi qu’on arrive à une situation où des tendances complètement improbables apparaissent, comme le pull à imprimé Doberman de Givenchy, ou encore le colorblock qui manque totalement de subtilité.

C’est littéralement l’illustration de l’expression « faire passer des vessies pour des lanternes »...

kanye west givenchy tee shirt doberman

Magnifique tenue d’apparat fashion week de Kanye West. Hyper hype pendant... 3 mois. Mais qui porte encore le sien aujourd'hui?

Vie et mort d'une tendance

Comme on l’a vu, les tendances ont des origines différentes (mouvements culturels et technologiques, sous-cultures, marques), mais toujours les mêmes étapes de vie.

À chaque étape de la courbe d’adoption, on trouve différents groupes sociaux : les innovateurs ; les influenceurs ; les suiveurs ; les sceptiques ; les passifs, qui ne sont pas du tout attentifs aux tendances et prennent ce qui vient à eux.

Lino Ieluzzi Veste bleue

Lino Ieluzzi, par exemple, a relancé la mode des doubles monks, ainsi que du blazer croisé dépareillé. Ce n'est pas rien.

Nous nous situons tous quelque part sur la courbe. Mais selon les domaines, on se situera à différents endroits.

Par exemple, j’estime faire mécaniquement partie des influenceurs (et non des innovateurs) pour la mode. Mais je me considère comme un innovateur en matière d’entrepreneuriat, comme un suiveur pour les smartphones et l’informatique, comme un sceptique pour les voitures (je me fie totalement au choix des autres) et comme un consommateur passif pour les compagnies d’aviation.

Je prends la moins chère, indépendamment du service à bord ou de la réputation : je veux juste aller d’un point A à un point B, un peu comme un consommateur passif de vêtements voudrait simplement se couvrir le corps.

Que faire des tendances ?

Chercher à se positionner comme innovateur ou influenceur n’est pas forcément une bonne idée. L’essentiel est de vous demander :

  • Si le domaine en question compte vraiment pour vous,
  • Si vous positionner plus en amont de la courbe a un réel intérêt pour vous.

Je m’explique !

Vous vous en doutez, j’aime beaucoup la mode masculine. Donc effectivement, j’aime expérimenter (quoique modérément) et partager mes découvertes avec vous.

En revanche, je ne cherche pas à être innovant en matière de mode, car les choses trop extravagantes ne m’intéressent pas. D’autant que suivre les dernières tendances bizarres me rendrait moins pertinent pour vous parler d’une mode portable au quotidien : ce serait donc un désavantage pour moi.

blazer luisa via roma

Ce qui n'empêche pas d'essayer des choses farfelues de temps à autre parce que ça me fait marrer 😉

De la même manière, je recherche l’efficacité en matière d’équipement informatique. Suivre les dernières tendances (dernier iPhone, derniers logiciels de Cloud) me coûterait plus cher, et me ferait perdre du temps à abandonner certaines technologies au profit de celles qui se sont généralisées entre-temps, et dont le coût d’accès a baissé pour une utilité en hausse.

Par contre, je me tiens très au courant de l’entrepreneuriat, car nous voulons rester innovants sur la distribution de vêtements et également sur la relation client (car cela nous passionne au quotidien).

geoffrey bruyere benoit wojtenka salon trafic

Benoît et moi intervenant au salon Traffic.

Je vous invite à vous poser vous aussi ces questions, concernant la mode cette fois-ci :

  • Ai-je besoin d’un style plus fonctionnel ? Plus pointu ? Plus habillé ? Plus excentrique ?
  • Quelles sont les tendances qui me parlent vraiment ?
  • Celles qui trouvent un écho en moi ?
  • Lesquelles puis-je / dois-je adopter ? À quel degré ?

Et comme d’habitude, ne succombez pas à la hype : soyez honnêtes avec vous-mêmes.

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  • Quentin C

    Je viens de tomber sur cet article et ton commentaire. Je dois dire que je partage un peu ton avis, mais je pense qu’au fond on est seulement à une période ou la tendance est de porter du « luxe » ou des anciennes marques classiques (Suprême, Champion). Ça passera, d’ici quelques mois la mode ne sera plus à claquer 450€ pour une paire de chaussure, ils seront sur autres choses. C’est agaçant parce que des gens dépenses des centaines d’euros seulement pour suivre les autres et poster une photo sur instagram et oui ça pousse loin la tendance, mais ça s’arrêtera aussi vite que c’est arrivé.

    Je pense que quand on est dans le cas comme nous qui sommes ici à lire et apprendre sur le vêtement, l’une des choses importantes de respecter ce que porte les autres sans juger.

    Nous savons ce que l’on porte, ce que l’on ne veut pas et on doit aussi laisser choisir les autres sans se sentir « supérieur » (je dis pas que c’est ton cas attention) parce qu’on a des connaissances sur le vêtement.

  • Nicolò – BonneGueule

    Tu sais, je serais pas aussi fataliste que toi à ta place !

    Même s’il existe toujours des tendances de marché un peu étranges complètement fabriquées, on a la chance de vivre dans une ère surconnectée. Je dis la chance, car même si c’est aussi un fardeau et que ça peut aussi augmenter l’hystérie des tendances, paradoxalement ça permet aussi de développer un esprit critique plus fort.

    Sans internet et les réseaux sociaux, on serait toujours dans le bon vieux schéma où on te « sert » un contenu (dans un journal, à la télé, à la radio), et tu te retrouves
    1) Privé de choix
    2) Privé de la possibilité de voir que, d’autres, comme toi, sont perplexes face à ce contenu, si bien que tu finis par l’accepter comme normal

    https://www.businessoffashion.com/articles/intelligence/fashion-trends-still-exist

    Moi je pense qu’on va vers des tendances de marchés plus nombreuses mais temporaires, et qui touchent des niches de plus en plus en plus restreintes.

    A côté de ça, je pense que ce sera compensé par la réinterprétation cyclique de classiques.

  • Gluons

    Je mets la barre très haute oui mais quand on y regarde c’est la même chose : on s’habille de manière totalement ridicule, mais vu qu’on est plusieurs à le faire ça fait moins déguisement !
    Mais quand on voit la puissance du marché, qui arrive quand même à rendre hype et à faire acheter des « daddy shoes » aux fasheunistas 2.0, ça fait peur ! Vous allez avoir du boulot quand il va falloir expliquer aux jeunes le concept de « consommer raisonner » et acheter des objets « durables » ! Vous vous battez contre des géants, comme don Quichotte se bat contre ses moulins à vent, et c’est tout à votre honneur !

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Gluons !

    Merci pour ton commentaire !

    Bon pour être tout à faits réglo je doute fortement que les « fuccbois » soient les « nouveaux tektonik killers ». Je suis pas du tout fan du style moi non plus, mais là tu mets la barre très haute haha.:p

  • Gluons

    Bonjour,
    Un petit message sur cet article ancien mais qui reste très pertinent.
    Mais les tendances ont quand même bien évoluées depuis quelques temps, et feraient passer le tee shirt Givenchy doberman pour un vêtement de très bon goût.
    Et ces tendances vraiment abominables trouvent leur origine chez les maisons de prétendu luxe (je pense surtout à Balenciaga) : « daddy shoes », la mode chez les lycéens des « fuccboi » (on entre dans les méandres du mauvais goût, dans 1 an on se rendra compte qu’il s’agit des équivalents des « tektonik killers »), ou encore la tendance a abuser des friperies pour se conférer un petit côté prolo (très répandu à Paris avec les fameux cuirs dégueulasses avec les épaules qui tombent et les bras bouffants bien bien dégueulasses).
    J’ai quand même l’impression que la société de consommation a poussé les tendances de marché vraiment très loin, et je suis impatient de voir ce que l’avenir nous réserve.
    Parce qu’on est quand même passer des paires de runnings (comme mentionné dans l’article, une tendance qui reste et qui finalement fonctionne plutôt bien d’un point de vue esthétique) aux « chaussettes » Balenciaga a 450€, on est passé aussi des tee shirt « life is a joke » ou autres imprimés décalés aux sweats Umbro ou autres Fila, champion etc.
    Le plus dramatique c’est que ces tendances touchent des cibles toujours plus jeunes (lycéens voire parfois collégiens qui utilisent l’argent des parents et grands parents pour s’acheter les chaussures fila par exemple).
    Merci Bonnegueule et Geoffrey pour contribuer à raisonner un peu l’industrie du vêtement ! Un article salutaire.

  • C’est peut-être vrai, c’est meme probablement une vérité qui se combine pas mal avec mon point de vue. La mode est avant tout quelque chose qui se porte, et comme le langage qui s’adapte à l’usage et évolue. Donc j’aime bien que la réflexion placée par les créatifs dans les vêtements se libère des délires perchés d’une élite qui vit en autarcie, et se dirige vers une réflexion qui s’adresse aux vraies personnes qui portent les vêtements.

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Julien !

    Il doit y avoir du vrai dans ce que tu dis, mais j’ajouterais l’argument suivant, personnellement : c’est probablement aussi un effet mécanique du fait que la mode (chez les hommes notamment) se démocratise.

    Du coup il a forcément un regain d’intérêt pour la partie « portable » de la mode et un peu moins « perchée » 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Chris !

    Merci pour cette contribution détaillée ! Super intéressant !

  • Chris

    J’ai une amie qui a travaillé en usine chez LV, et qui est maintenant maroquinière. Globalement, dans les sacs et autres produits , il faut distinguer 3 catégories (mon amie ne pouvant me parler que des 2 premières) :
    – les sacs monogrammés qu’on voit tous les jours, en coton enduit, fabriqués à la va-vite suivant des process très moyens, impossibles à réparer, avec des finitions de très mauvaise qualité. Ce sont grâce à ces sacs que LV se fait évidemment la plus grosse marge, étant donné qu’ils sont abordables par tout le monde, et qu’ils permettent au vulgum pecus de s’acheter une part « du rêve ».
    – des sacs dans des beaux cuirs, avec des finitions irréprochables, fabriqués en France, mais à des prix luxe. on reste en qualité bien en-dessous d’Hermès, mais ce sont quand même de beaux produits. Ces sacs coûtent cependant 1500€ ou plus, et sortent donc de la sphère abordable par la plupart. Au final, on peut trouver aussi bien voire mieux ailleurs.
    – la branche sur-mesure de « Louis Vuitton Malletier », le Graal de la maison, et probablement la seule partie qui mérite qu’on s’y attarde. Des produits faits-main dans les règles de l’art, des vrais objets d’artisanat, mais à un prix probablement exorbitant. Un chapitre leur est consacré dans le livre « The Parisian Gentleman » de Hugo Jacomet.

  • Soraya Zreik

    Il faut juger le produit pour ce qu’il est, pas pour l’image qu’en donnent certains consommateurs (je vise ici à répondre à l’argument « wesh cousin »). Quelques produits LV sont en effet de mauvais goût, mais assez peu finalement. Je ne porte pas de monogram mais voir les rues de Château Rouge inondées de répliques ne serait pas un argument pour m’en dissuader. Quant à leur caractère ordinaire, je suppose qu’une part de subjectivité entre en compte.

    « Epi » et « Taïga » sont en effet, entre autres, des marques (il faut bien songer à préserver sa propriété intellectuelle !). Donner un nom au cuir que l’on vend n’ôte rien à ses propriétés. Concernant les questions de fabrication, je ne m’y connais que très peu, donc je préfère ne pas avancer d’arguments qui seraient faux. Je ne me rappelle plus de leurs techniques dans le détail mais je sais que cette maison a un grand souci des finitions. Et les sacs que j’ai tiennent beaucoup mieux que ceux d’autres marques de luxe (Céline, Mansur Gavriel – qui sont des marques pour femmes, donc peu à propos ici).

    Pour les prix, évidemment, mieux vaut rôder autour des VAP que dans la boutique des Champs-Elysées (« pas loué, pas loué »…).

    En tout cas, mon seul but était de dire que ce que fait Louis Vuitton n’est pas vulgaire ou de mauvaise qualité. C’est également une maison avec une histoire. Sans parler de la superbe Fondation !

    PS: j’aime bien les Stan Smith.

  • Je ne sais pas si c’est depuis que je suis votre blog que j’ai cette impression mais je ressens un changement dans la mode, qui vise à la détacher des tendances pensées en vase clos sur les podiums, et à lui donner une ampleur culturelle. Ca me fait penser à Pierre Berger qui après avoir vu un reportage sur la marque Pigalle, affirme que c’est dépassé cette mode de podium et que l’avenir est là. Ce que j’entends c’est que selon lui, plutôt pas mal placé quand même pour se prononcer sur l’évolution du vêtement, c’est que l’avenir est dans l’éducation par tous les moyens de création. On atteint donc un état où les arts se mêlent et sont un vecteur de découverte et d’intelligence comme ça l’a toujours été, mais sous une nouvelle forme pluriculturelle.
    Ca s’accorde avec l’œuvre de Kanye West que j’adore qui a dépassé son rôle de MC pour être le metteur en scène de sa vision de l’art. Ou comment créer de la mode et de la musique et d’en faire un spectacle où les deux entités peuvent être vues indépendamment mais ont plus de puissances si elles sont dévoilées ensemble.
    Tout se résume quand il dit que selon lui si Léonard De Vinci avait vécu aujourd’hui il aurait dessiné des sneakers. Pour moi ça veut dire qu’il n’aurait pas abandonné son art et ses inventions, mais ça se serait rajouté à son oeuvre pour la rendre plus complète grâce aux moyens d’aujourd’hui.
    Alors je vois bien la tendance bourrin et type fast food des enseignes telles que H&M et Zarra perdurer encore de nombreuses années, grâce aux nouvelles générations forcément attirées par le hype, mais je sens que le changement est en cours et que le combat se soldera par un échec des ogres cheaps.

  • Brice

    Sur la page produit d’un (des) portefeuille(s) Louis Vuitton, on peut y lire « finition veau grainé » sous la rubrique des détails du produit.
    Ce n’est pas vraiment une question en fait, c’est la démonstration qu’il y a un genre de « supercherie » derrière cette description, parce qu’on parle de l’aspect sans parler de la matière, en espérant qu’on retienne « veau grainé » et que le raccourci « portefeuille en veau grainé » se fasse, alors que vraisemblablement la peau en tant que telle n’a rien d’un argument de vente (ce pourquoi cette information capitale n’est pas communiquée, d’ailleurs).

    A mon sens c’est une manipulation des informations en vue de faire passer l’essentiel, peu flatteur, en stoumeling (comme on dit chez nous :D).

  • Je pense que pour toutes les tendances (ou styles), il y a effectivement un fond intéressant, bien pensé, souvent qualitatif, qui ne change pas selon les années, et puis des moments ou subitement cela est davantage à la mode, avec tout un tas de trucs inutiles qui se développent par dessus. Pour le dark, on en est sans doute là en ce moment. Comme pour le rock il y a 10 ans.

  • merci 🙂

  • oui tout à fait, l’expression de son style ne se substitue pas au bon sens 🙂 il faut faire cohabiter les deux !

  • Sur le fond je suis d’accord avec toi, même si on peut encore y trouver de tout.

    PS. pas sûr de comprendre ta question sur le veau grainé, mais cela décrit une peau sur laquelle on imprime à chaud un relief (ici un grain) à l’aide d’une presse

  • zanadoo

    pour ma part, la mode c’est moi qui la fait. Maintenant pour ma part je déteste cette tendance à mettre des costumes sans cravate (signe soit d’une certaine paresse ou d’ignorance à faire un noeud de cravate) L’élégance est important, cela passe par un travail de recherche, par des doutes. La cravate par exemple n’est-elle pas un signe de la recherche du beau, du coté artistique et du savoir-faire. Pour les jours sans le costume, il convient de rester élégant en toute circonstance (A bas le jogging ou les baskets basique ! non la médiocrité de ne pas savoir s’habiller.) S’habiller est une ode à la beauté des choses, un respect des personnes que l’on côtoie. C’est aussi la recherche d’un vêtement bien fait, du respect de l’artisan qui a mis tant d’effort dans son oeuvre. j’ai plaisir à entendre l’artisan raconter sa passion des objects qu’il fabrique. Que cela soit d’une paire de chaussette (une fois que vous avez testé des chaussettes Bresciani, ou Mazarin, dur de revenir en arrière) ou d’une paire de chaussures en cuir autre que Bexley ou Eram, comme C&J (il suffit de cirer ses chaussures pour comprendre ce qu’est un beau cuir) c’est le plaisir avant tout de porter des beaux produits (pas nécessairement d’exception). Je vais prendre une mauvaise comparaison: s’habiller c’est comme la cuisine. Soit on s’habille comme on mange chez Mc Do (sans saveur, en vrac et de la bouffe) soit on s’habille comme on mange chez un bon restaurateur qui cuisine avec des bons produits (pas besoin de manger dans un 3 étoiles pour cela). A chacun sa cuisine, à chacun sa mode.

  • Brice

    « Cuir épi » et « Cuir Taïga », deux appellations aux allures de marques déposées qui n’ont aucune significations apparemment, sans vouloir me faire mauvaise langue ça a juste l’air d’un vernis qui couvre un « 100% simili-pétrocuir fourré au carton » :p.
    Ce qui éveille mon scepticisme :
    – Aucune information sur la matière (joli pop-up sur des conseils d’entretien quand on clique sur « matière et entretien », pour en savoir il faut demander, ben tiens).
    – « Finition en cuir de veau grainé » sur les détails. Ca veut dire ? C’est une lichette cachée quelque part ? C’est une procédure de finition en vue d’obtenir la texture en partant d’un autre matériaux ? Je pense que si c’était vraiment du cuir de veau ils iraient plus explicitement dans cette énonciation non ?
    Alors « pauvre Louis Vuitton » je ne pense pas non :p, surtout étant donné leur pratique innommables pour des prix presque mathématiquement impossibles pour des produits au mieux ordinaires, au pire vulgaire à la wesh couzin.
    Je laisse la remarque du savoir-faire à des autorités plus compétentes (help BG ! :D) mais je me permets toutefois d’émettre également quelques réserves assez solides, sans offense bien sur =)

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci (pour lui) pour ton retour, Joff 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Abdel !

    Merci pour ton commentaire !
    C’est exactement ça.
    Je trouve que Geoffrey nous fait aussi revenir à son article sur la progression du style, notamment lorsqu’il parlait de la déception qui suit le fait d’adopter sans réfléchir et intégralement le « style d’un autre ».

  • avec plaisir 🙂

  • merci cher Conte

  • Raphaël

    Bon petit article bien pertinent. Il faut aussi ajouter qu’il faut essayer les pièces ou le style pour voir si ça correspond ou non. Suivant le contexte, ça définit aussi comment on s’habille. Comme on ne peut pas venir en dark dans un bureau d’études d’ingénierie 🙂
    Ou par exemple, j’avais essayé une veste workwear en coton waxé, j’ai su à cet instant que le workwear n’était pas fait pour moi.

    Je pense que la tendance à très long terme sera d’utiliser l’imprimante 3D pour les vêtements, même si on n’y est pas encore.

  • Soraya Zreik

    Oh, pauvre Louis Vuitton ! Il faut connaître la Maison. Il y a de très belles pièces, notamment les sacs en cuir épi (j’en ai deux, donc je prêche peut-être pour ma paroisse) ou encore le cuir taiga pour les hommes. En revanche, je comprends que le monogram couleur et le crâne de Swagg Man puissent donner des envies de misanthropie. Mais globalement, ça reste une Maison avec un grand savoir-faire et même quelques accointances avec le monde littéraire.

  • Rafik – BonneGueule

    Merci Brice !

  • Rafik – BonneGueule

    Hello Soraya,

    Merci beaucoup pour ton message, cela fait très plaisir à lire. Nous n’écrivons pas véritablement sur la mode féminine : c’est finalement très différent et nous ne sommes pas experts en la matière. Cela étant, je te recommande le blog ModePersonnel(le) et le Journal Sézane, tu devrais y trouver quelques pépites 😉

  • Hervé

    Très bonne analyse, merci Geoffrey !

  • Luca – BonneGueule.fr

    Exactement Bastien, bien dit ! Merci pour ton retour.

  • Joff

    Bo goss Geoff, du très bon ! Article pertinent et jdr la fin 🙂

  • Abdelhamid Niati

    Un excellent article de fond et introspectif qui plus est. On en revient à la fameuse formule : le style reste et les modes passent. Cette dernière ne tient pas car certaines modes peuvent s’inscrire dans le temps en rupture avec un usage pour participer pleinement à la construction du style par exemple. Posons le style en axe de vie évolutif et les tendances en bordures : le premier pourra se nourrir des ces dernières au fil du temps mais en aucun cas influer sur la personnalité. de plus il faut s’inscrire dans une démarche durable de recherche du vêtement correspondant à sa personne. Durable le mot est lâché et c’est bien ce qu’il faut garder à l’esprit et prendre comme base ce qui a fait ses preuves. Cela concerne aussi bien les matières que les coupes. Je suis tout à fait d’accord avec toi Geoffrey, rien ne vaut l’honnetété avec soi même.

  • Brice

    Une lecture qui devrait être obligatoire à tout le monde vraiment :p, on éviterait l’inondation des Stan Smith, Ice Watch ou encore les gens qui se pensent classes en Louis Vuitton (*haut le coeur*).
    Super article !

  • robert le mangeur de limaces

    Une réflexion intéressante !

    J’aurais un petit exercice pratique à te soumette (et ça tombe bien, je me posais la question depuis quelques mois) : dans quelle catégorie placerais-tu le style « dark » ?

    Parce qu’il y a une chose que je trouve assez fascinante dans ce style, à savoir le fait qu’il fonctionne sur deux niveaux. D’un côté, on a des créateurs pointus, inconnus du grand public et hors de prix (typiquement, ceux qui sont par exemple distribués chez l’exception : The Soloist, The Viridi Anne, CCP, BBS … Mais aussi d’autres encore plus confidentiels, comme ceux que Vianney a pu citer ou d’autres petites marques inspirées de cette esthétique), et d’un autre côté on a des créateurs bien plus populaires (ça commence à Rick Owens / Damir Doma qui restent très chers, pour aller jusqu’à châtelet dans des boutiques miteuses qui proposent des marques bas de gamme et de mauvais goût plagiant sans vergogne ces créateurs plus connus et appréciés des célébrités américaines). Et ce second niveau est de plus en plus populaire, on peut d’une part le retrouver ad nauseam sur certains forums, et d’autre part on peut constater son développement dans la rue. Les plus aisés peuvent désormais facilement choper des pièces de créateurs (on a même des corners dark au printemps et aux galeries lafayette de Paris par exemple, gage de leur popularisation), et l’influence est assez évidente dans certains milieux plus populaires un peu street fashion à base de tees longs et de baskets géantes.

    Peut-on dire qu’il s’agit d’une tendance de marché ? Parce que le second niveau laisserait très largement à penser que oui, il suffit de voir les hypebeasts ou tout simplement les kékés dans la rue (Vianney avait d’ailleurs évoqué cet espèce de street dark que certains fans d’asap rocky imitent avec plus ou moins de succès). Alors que d’un autre côté, le premier niveau reste tout de même suffisamment restreint et conserve son côté « pointu ». Croiser des tech runners ou des Ramones/Geobaskets n’est pas rare dans certains quartiers et est monnaie courante dans certains milieux, mais je n’ai par exemple jamais vu de CCP overdyed (leur quasi-équivalent « pointu ») ailleurs que chez l’éclaireur.

  • Soraya Zreik

    Bonjour,

    J’aime beaucoup votre site et vos articles. Hélas, je peine à trouver des articles aussi pointus et pratiques concernant la mode féminine. Je ne sais pas si vous avez déjà fait une entorse à la Masculinité de Bonne Gueule et écrit au sujet des vêtements pour femmes mais je souhaitais savoir si vous pouviez, alternativement, me conseiller un ou deux bons sites dédiés à la mode féminine ou quelques marques de vêtements pour femmes, qui proposeraient des habits de bonne qualité, fabriqués dans des conditions correctes (évitant le made in Bangladesh, donc). J’aime à peu près tous les styles (Damir Doma et Ellery par exemple). En vous remerciant d’avance ! Bon dimanche ! Et désolée pour cette requête un peu hors sujet.

  • BastienBarlier

    Article intéressant qui mène à la réflexion, je pense effectivement qu’un débutant aura vite tendance à être tiraillé par ce qui l’entoure notamment.

    Il va par exemple adorer le style workwear ou le style dark alors que ça ne correspond pas du tout à sa personnalité, c’est là qu’il faut faire la part des choses pour adopter une démarche cohérente à ce que l’on est ;).

  • Edmond Dantès

    Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction.

  • Antonio

    Merci Geoffrey pour cette analyse.