Les bons looks pour porter des sneakers basses

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Plébiscitées et revisitées presque à outrance aujourd'hui, les sneakers sont devenues un grand classique, si bien qu'il est devenu impossible de ne plus en détenir au moins une paire dans son placard. Pour certains, cela vire à l'obsession, au point de devenir parfois de véritables collectionneurs.

Appréciées pour leur polyvalence, leur confort et la touche décontractée qu'elles apportent à une tenue, nous allons voir comment choisir et porter une paire de sneakers basses tout en se remémorant la belle histoire des ces chaussures, devenues symboles d'une époque.

Rétrospective de la sneaker

Dans la rue, au travail ou sur les terrains de sport, la sneaker est aujourd'hui partout. Et si aujourd'hui elle s'est complètement banalisée, il n'en a pas toujours été ainsi... Faisons un bref retour dans le passé et voyons ensemble comment les sneakers ont mené à bien leur conquête du monde.

Des J.O à Hollywood, l'épopée d'une chaussure rebelle

C’est au 19e siècle que prend naissance le phénomène de la sneaker. À cette époque, le chimiste Charles Goodyear invente le procédé de vulcanisation permettant de stabiliser le caoutchouc, lui faisant également gagner en élasticité. Cette technique permettra l’essor de nombreuses applications industrielles notamment celle du pneumatique et… de la chaussure.

Affiche publicitaire Ked's

Affiche de la marque Keds présentant leur modèle de sneakers.

Si quelques précédents historiques existent, on considère que la première véritable sneaker serait née dans les usines de la marque Keds, en 1916, filiale de l’entreprise Uniroyal (aujourd'hui manufacturier de pneus).

Ces chaussures sont conçues en toile et dotées d’une semelle flexible en caoutchouc surmontée d’une tige. Loin des semelles en bois ou en cuir, plus lourdes et plus bruyantes au pas, cette chaussure a été très vite surnommée la « sneaker », dérivé de l’anglais « to sneak on » (se faufiler, arriver doucement ou par surprise).

Parallèlement, une autre entreprise se lance, elle aussi, dans la conception de chaussures pour le tennis puis pour le basket. Basée à Boston, la Converse Rubber Shoe Company commercialise dès 1917 la chaussure A11 Star, très proche du modèle des Converse « All Star » d’aujourd’hui.

Mais c’est en 1921 que leur notoriété fait un véritable boom. L’entreprise fait appel au joueur de basket Chuck Taylor pour devenir leur ambassadeur pour faire la promo de leur modèle auprès d’étudiants d’universités américaines. Très impliqué, le basketteur, alors âgé de seulement 21 ans, permettra de populariser ce nouveau genre de chaussures auprès d’un public relativement jeune. Converse lui rendra d’ailleurs hommage en renommant la chaussure la « Chuck Taylor All Star » en 1932.

James Dean photographié avec une paire de Converse basses.

James Dean photographié avec une paire de Converse basses.

Loin des terrains de basket, c’est Hollywood qui durant les années 50 fera descendre les sneakers dans la rue, comme souvent en matière de vêtements. Des acteurs comme Marlon Brando ou James Dean (qui, en 1955, portera d’ailleurs un modèle de Chuck Taylor durant tout le tournage de « La Fureur de vivre ») apportent une petite touche de glamour à ces chaussures, légitimant leur port au quotidien.

La scène musicale et « arty » des années 60, en la personne d’Andy Wharol, des membres de groupes comme les Rolling Stones ou The Who, reprendra le flambeau et assurera à la sneaker une place de choix dans le vestiaire du rockeur.

Progressivement, la sneaker s'installe, devenant la chaussure du baby-boomer par excellence, adoptée ensuite par ses enfants, les enfants des enfants. Mainstream aujourd'hui, il faut rappeler que, très vite, la sneaker a été portée comme un symbole de contestation politique et culturelle très fort. Et c’est d’ailleurs aussi cette ADN qui bâti, en partie, sa légende.

Symbole et lutte politique

Très vite, les sneakers semblent rompre avec le conformisme pour s'affranchir des codes vestimentaires. Plus encore, elle jouit d'une publicité de premier plan en étant portée par de grands sportifs lors de rencontres sportives internationales.

Jesse Owens lors de sa victoire du 200 mètres aux J.O de Berlin en 1936

Jesse Owens lors de sa victoire du 200 mètres aux J.O de Berlin en 1936.

En 1936, les Jeux Olympiques d'été se déroulent à Berlin, dans l'Allemagne nazie d'avant-guerre. Prenant très vite une tournure mêlant sport et politique, ces jeux verront célébrer la victoire du sprinter noir américain Jesse Owens au 100 mètres, au 200 mètres, au saut en longueur et au relais 4x100 mètres en... sneakers conçues par nul autre qu'Adi Dassler, un chausseur allemand. Un choix de chaussures assez novateur qui, en plus du talent de l'athlète, se révèlera payant. Alors que ces jeux devaient être l'occasion, pour le régime nazi de l'époque, de servir leur propagande raciale, la victoire de Jesse Owens restera comme l'un des plus beaux pied-de-nez fait à l'idéologie nazie.

Tommie C. Smith et John Carlos lors de la remise des médailles aux J.O de Mexico le 10/16/1968.

Tommie C. Smith et John Carlos lors de la remise des médailles aux J.O de Mexico le 10/16/1968. Poing levé, signe de contestation contre la ségrégation raciale.

Plus tard, durant l'après-guerre et alors que la ségrégation raciale fait rage aux États-Unis, c'est à nouveau sur les terrains de sport que la sneaker devient un symbole de contestation. Lors des J.O de 1968 organisés à Mexico, deux coureurs américains, Tommie C. Smith et John Carlos occuperont deux des places du podium au 200 mètres.

Lors de leur montée sur le podium, ils marqueront les esprits en retirant leur paire de PUMA Suede, alors symbole d'appartenance au mouvement Black Panther, et en levant le poing gauche durant la remise des médailles.

Forte d'un imaginaire puissant, les marques de sneakers réussirent à s'approprier cet aspect subversif. Des équipementiers les plus connus comme Adidas ou Nike jusque plus récemment des marques de luxe comme Margiela, Chanel ou Lanvin toutes ont su exploiter ce phénomène très lucratif.

Marketing de la contestation

Parmi les nombreux évènements ayant contribué à instaurer les sneakers comme chaussures les plus populaires, le mouvement streetwear tient bonne place. En effet, l'avènement du hip-hop et du breakdance, imposeront cette chaussure dans le paysage urbain.

La jeunesse s'empare alors des codes vestimentaires de ces artistes et se les approprie, afin, comme toujours, de se démarquer de ses aînés. Les sneakers deviennent alors les chaussures de la rue, marquant une rupture avec le monde bourgeois et les castes "dominantes".

Le Groupe Run D.M.C et leurs sneakers Adidas blanches

Le Groupe Run D.M.C et leurs Adidas.

Ce fut notamment le cas pour le célèbre modèle d'Adidas, la Superstar. À la fin des années 80, le groupe Run D.M.C, lors d'un concert, entonne l'un de leur morceau et crient à l'assistance "put your Adidas in the air". L'un des représentants de la marque, alors présent, assiste à un évènement marquant : une grande partie des spectateurs se munissent de leurs baskets aux trois bandes et les brandissent devant la scène. Dès lors, la marque signera un contrat avec le groupe et continuera d'associer leur image à des artistes à la pointe des tendances afin de se démarquer de la concurrence.

Michael Jordan chaussures Nike Air

Michael Jordan et ses Nike Air Jordan désormais célèbres.

De la même façon, Nike comprendra très vite l'intérêt de s'associer à des célébrités. On se souvient notamment de leur paire emblématique, la Nike Air Jordan, créée en hommage à Michel Jordan, à l'époque basketteur vedette des Chicago Bulls. Pour l'anecdote, ce modèle fut interdit par la NBA car il ne respectait pas les codes vestimentaires imposés dans la pratique de ce sport (à savoir des baskets toutes blanches tandis que la Air Jordan était rouge et blanche). Nike s'engagea à payer une amende de 5000 dollars pour chaque match où le sportif portait leurs chaussures. Un coup marketing largement payant...

Sneakers et couture, les premiers pas de la sneaker dans le monde de la mode

Comme souvent, mode et rue s'inspirent l'un et l'autre et finissent par proposer des pièces presque "hybrides", ayant hérité du meilleur des deux mondes. En propre ou en collab' (les fameuses collaborations entre les marques de prêt-à-porter et les maisons de luxe ou les grands designers), la sneaker est aujourd'hui un must que l'on s'arrache... à prix d'or.

Petit tour d'horizon des sneakers les plus "in" du moment (jusqu'à la saison prochaine...).

Sneakers Triple S Balenciaga

La fameuse Triple S de chez Balenciaga, bien souvent en rupture de stock, que l'on peut s'offrir pour 695 €.

Sneakers Chanel X Pharrell Hu Race Trail

La Chanel X Pharrell Hu Race Trail partie à plus de 10 000 € à la revente ou à l'enchère...

Sneakers Adidas Y-3 4D,

La Adidas Y-3 4D, plébiscitée par les puristes, affichée au prix de 519 € (au début).

Sneakers collaboration entre Off-White et Nike, Air Jordan réinterprétation

La collab entre Off-White et Nike, ayant réinterprété le modèle légendaire de la Air Jordan. Vendue à 180€ à l'origine par Nike, son prix à la revente va de 850 à plus de 1000 €.

80 millions : c'est le nombre de paire de Stan Smith vendues depuis la création du modèle par la marque Adidas en 1964. C'est aussi la sneaker supposément la plus vendue au monde (mais le débat reste ouvert notamment lorsque l'on compare les ventes de la Van's Authentic...)

Pourquoi porter des sneakers basses ?

Passons à présent à la partie qui vous intéresse - probablement - la plus. Car oui, vous n'êtes pas venus ici pour vous entendre réciter un cours d'histoire, aussi passionnant soit-il. Parce qu'au fond c'est vrai, à force de voir de croiser des sneakers à chaque coin de rue, on finit par ne plus s'y retrouver, au risque de s'en lasser. Pour commencer, qu'est ce qui fait le succès de cette chaussure et quel intérêt pourriez-vous trouver à la porter?

Jean et sneakers marron en collab Bonne Gueule et Buttero

Le confort avant tout !

Eh bien d'abord, beaucoup de personnes privilégient aujourd'hui le confort sur le style. Il est vrai qu'une belle paire de derbys ou de jolies bottines donnent tout de suite un air plus habillé et plus racé à votre tenue. Mais après une journée d'allers-retours à la photocopieuse et d'heures passées debout avec vos collègues devant la machine à café, vous risquez de changer d'avis.

L'intérêt premier des sneakers réside dans leur grande souplesse garantie, comme expliqué plus haut, par la présence d'une semelle en caoutchouc qui assure une flexibilité du mouvement et notamment du dos de votre pied. Les créateurs réfléchissent d'ailleurs sans cesse à améliorer cette caractéristique pour vous assurer un meilleur maintien en donnant la chasse aux scolioses et autres tendinites si vite arrivées.

C'est une chaussure tout-terrain (on évitera cependant de se lancer dans un trek avec pour objectif de gravir le Tibet). Ses origines et les nombreuses ré-interprétations dont elle est l'objet, lui permettent surtout de s'intégrer dans une multitude de looks différents, faisant d'elle l'une des chaussures les plus polyvalentes et pratiques qui soit.

Comment choisir et porter des sneakers basses ?

Les sneakers basses ont cette particularité de s'associer de mille façons différentes. Polyvalente, elle n'est soumise à - presque - aucune règle et se portera de façon instinctive.

Alexandre Matuissi, designer de la marque AMI, sneakers blanches

Des looks casual au plus habillés, la sneakers est désormais partout. Alexandre Matuissi, designer de la marque AMI nous le prouve ici.

Toutefois voici quelques conseils qui pourraient vous aider dans la recherche et le port de vos sneakers :

  • Orientez vous dans un premier temps vers un modèle simple, au design épuré.
  • Si vous n'êtes pas un grand addict de streetwear, veillez à choisir une paire polyvalente. De part son origine et son univers, elle s'intègrera toujours facilement dans un look streetwear mais pourra également convenir à une tenue plus casual.
  • Privilégiez les couleurs unies et évitez les gros logos (de façon générale, on évite toujours les gros logos hein).
  • Si l'on trouve beaucoup de sneakers en toile, certains modèles en daim seront pertinents si pour se lancer dans une tenue plus habillée. Les compositions en plastique sont également envisageables mais plus orientées streetwear (parfois aussi de moindre qualité).
  • Pour ce qui est des lacets, on en trouvera une majorité de modèles en corde, qui pourront être assez salissants (notamment s'ils sont blancs). Le must étant de trouver un modèle avec des lacets en cuir.
  • Pour des modèles plus résistants, privilégiez des semelles collées et cousues.

Les sneakers basses se marieront aussi bien avec des jeans que des chinos, des pantalons plus habillés en laine par exemple ou des shorts d'été, quand le mercure est au plus haut.

Sneakers bleues New Balance et jean bleu

Pas la peine d'en faire autant, mais vous avez compris l'idée...

Quelques astuces pourront vous permettre de mettre en valeur vos sneakers. On pourra par exemple roulotter le bas du pantalon pour créer une cassure en divisant bien la séparation bas de pantalon/chaussures. De la même façon, pour les plus expérimentés d'entre vous, porter une paire de chaussettes originales (à motifs ou d'une couleur voyante) mettra d'autant plus en lumière vos chaussures. Veillez toutefois à ce que les couleurs se marient convenablement et évitez de porter alors des sneakers bariolées au risque de créer un fouillis visuel peu élégant.

Designer Simon Porte Jacquemus, pantalon cargo marron XL, hoodie capuche marron et sneakers tissu blanches

Maître en matière de style urbain, le designer Simon Porte Jacquemus combine pantalons XL (voire XL cargo) et sneaker à la perfection.

On assiste de plus en plus au retour des coupes de pantalons larges, voire très larges. On imagine bien ce genre de pièces XL portées avec des sneakers basses. En effet, l'aspect minimal des chaussures atténuera l'effet trop large du pantalon et vous donnera un côté presque rétro.

Pour ce qui est du style, de multiples choix s'offrent à vous. En continuant la lecture vous trouverez quelques exemples où puiser l'inspiration.

Quelques idées de looks...

Streetwear en pagaille

T-shirt blanc, sneakers blanches et jean bleu

Ici, pas de prise de tête, l'ensemble est très minimal et très estival. On associe un tee-shirt blanc simple au manche roulottées (le Rolex étant en option et finalement presque amusant). Le blue jean droit est coupé sur la cheville en laissant apparaitre une paire de chaussette de tennis pour créer un effet typiquement streetwear et qui met en valeur une paire basique de sneakers basses blanches. Le tee-shirt est rentré dans le pantalon pour légèrement marquer la taille et dessiner la silhouette.

Sneakers noires Vans, pantalon blanc, t-shirt marinière et blouson marron

Là encore, les sneakers basses sont mises en valeur grâce au pantalon coupé court. Le contraste opère car la base de la tenue est composée de blanc (tee-shirt, pantalon, casquette... à l'envers). Et pour rehausser le tout de couleur, une veste verte très simple en suede, un peu plus osée. Pour les plus frileux ont peut imaginer un modèle en version camel qui fonctionnerait tout autant.

C'est une idée de look plus travaillée. La base demeure assez basique avec un tee-shirt blanc rentré dan un jean presque grossièrement roulotté faisant apparaitre la cheville et attirant l'oeil sur la paire de sneakers blanches. Le tout presque contenu dans un bomber oversized noir pour donné un aspect plus urbain. Et puis toujours un peu de couleur avec quelques accessoires kitchs : une montre jaune vif et un tote bag à damier rouge et blanc (ou bien la personne allait seulement faire ses courses...).

Casual en basket

On part ici sur une tenue en layering classique dans un camaïeu de marron. Chemise, surchemise avec un seul bouton, effet suede et mac ouvert. Ici les sneakers basses jaune moutarde ont pour effet de rehausser de couleur une tenue plutôt sombre. Elles renvoient par ailleurs à l'autre extrémité du corps, la tête, couverte d'un bonnet orange tout aussi flashy. C'est une idée à explorer...

Ici, le look est volontairement composé de pièces plutôt loose de couleurs neutres : un manteau peignoir bleu marine un peu passé et un jogpants dans une teinte similaire qui sont séparés par un tee-shirt simple on ne peut plus basique. On y ajoute une paire de sneakers basses blanches avec un petit motif distinctif qui apporte ce qu'il faut de peps pour réveiller l'ensemble.

Les sneakers basses, si elles sont simples et polyvalentes auront aussi pour effet de tempérer une tenue. Sur cette photo, le look est divisé en deux parties distinctes. Une partie basse, chino navy porté court et sneakers basses blanches hyper simples, un combo classique qui fonctionne toujours. Il suffit d'y ajouter une pièce forte, comme cette chemise en coton épais aux motifs d'inspiration amérindienne et le tour est joué.

Beaucoup plus aérien et très estival, ici on a un exemple des fameux pantalons oversized évoqués plus haut. Les couleurs plutôt pâles et "terriennes" composent en ensemble assez doux. Les sneakers basses ont donc pour effet de casser l'amplitude du pantalon.

Sarto décomplexé

Du costume, de la couleur, du détail et de la prise de risque (notamment en intégrant une chemise en jean sur un costume formel). Il fallait bien atténuer le tout en ajoutant une paire de sneakers blanches pour ne pas trop se prendre au sérieux. Sans oublier la chaussette voyante qui attire tout de suite le regard et met en valeur les chaussures.

Axel Yvon Axel Yvon

Grand enfant rêveur, un peu bohème, je considère le vêtement comme un mode d’expression du quotidien, qui amuse, qui rassure, qui passionne. Oiseau de nuit, mondain du dimanche, j’adore les chemises de pyjama, les blockbusters Marvel, les nuits d’orage et les pâtes à la carbonara (seulement celles de ma mère). Liste non exhaustive.

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