Comment bien porter un chapeau en été

Temps de lecture : 9 minutes

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Ah, l'été !

Le retour des grandes chaleurs, des vacances au bord de mer et du Pitti Uomo, ce magnifique jardin italien d'expérimentations dans lequel l'élégance est souvent malmenée par la surenchère.

Au cœur des vallées toscanes, le parfum des vignes du Chianti et des oliveraies enivre l’air, porté par la brise iodée d’un mistral blanc de Méditerranée, glissant parmi les chefs-d’œuvre de la Renaissance pour rafraîchir les influenceurs qui ont préparé pour l’événement leurs plus beaux layering.

Il subsiste néanmoins un élément que le vent n’a jamais pu dévier de sa course : les chapeaux. Ils fleurissent donc au sein cette utopie florentine sur la tête des gentlemen avertis. Autant pour les protéger des rayons acérés du soleil que pour apporter -il faut l’avouer- un bon coup de fouet à la prestance de la majorité d’entre-eux : car le choix d’un couvre-chef adapté apporte autant de charme que de dynamisme à une tenue.

Et permet instantanément de différencier un homme élégant de celui qui va prendre un coup de soleil sur le nez.

Aussi, avant de se demander comment choisir et porter un chapeau en été, amusons-nous à le disséquer, pour mieux le comprendre.

Anatomie d'un chapeau


Le chapeau répond, vous le voyez, à un vocabulaire très simple :

  • Le bord est la partie horizontale du chapeau. Il permet de protéger du soleil ou de la pluie et sa largeur ainsi que sa forme ont un impact direct sur l’esthétique du chapeau.
  • La calotte est la partie verticale du chapeau. Elle habille la tête. Sa hauteur est également un élément caractéristique du chapeau.
  • Le galon est la bande qui habille et cintre la calotte du chapeau. Il peut être en gros-grain de coton, en lin, en soie ou même en cuir. Il est fixé à la calotte au niveau du nœud latéral, qui peut prendre de nombreuses formes.
  • La couronne (ou le fond) se situe sur la partie supérieure de la calotte et peut prendre différentes formes en fonction des deux plis visibles devant ou latéralement (on parle de calotte pincée ou mascottée).
Formes de chapeaux

Les proportions entre les bords, la hauteur de la calotte et la forme de la couronne vont nous permettre de différencier les formes de chapeau.

Le panama

Robert Redford, ou l'art naturel de porter un chapeau.

Petite histoire

Il est incontestablement le héros de l’été, car il peut convenir à toutes les têtes et dans de nombreux styles.

Le panama est un chapeau tissé à partir de paille de palmier d’Équateur (toquilla).

Fabriqué en Équateur depuis le XVIIe siècle, il a été adopté par les mineurs transitant par le Panama vers la Californie lors de la ruée vers l’or pendant la première moitié du XIXe siècle. En 1906, le président américain Théodore Roosevelt est pris en photo portant ce chapeau de paille lors d’une visite du canal de Panama, offrant au chapeau son nom et sa popularité.

En 1906, le président américain Theodore Roosevelt, en visite au Panama

De la finesse du tissage des pailles de palmier dépend la qualité du panama.

Plusieurs méthodes sont utilisées pour exprimer son grade, mais elles ont plusieurs limites :

  • Dans la ville de Cuenca, le grade est chiffré de 1 à 20, mais celui-ci n’a de sens qu’au sein d’une même fabrique, car les différents fournisseurs de la ville n’utilisent pas la même gradation.
  • Dans la ville de Montecristi, ville emblématique du panama haut de gamme, on désigne le grade par son appellation, dont quatre sont majoritaires : standard, fino, superfino, extrafino. Le problème, ici également, c’est que chaque fournisseur de la ville peut donner l'appellation qui lui convient, car il n’existe pas de consensus.

Une seule méthode de calcul est suffisamment fiable : le nombre de nœuds par pouce (weaves per inch). Comme ce nombre peut être calculé horizontalement ou verticalement et que la densité en nœuds n’est pas tout à fait la même, on utilise pour une précision encore plus importante, le nombre de nœuds par pouce² (weaves per square inch).

Comment le porter ?

Le panama est le couvre-chef à associer à un costume en été par excellence (crédit The Sartorialist)

Ci-dessus sur un costume droit à rayures, il est porté légèrement en biais, donnant à son porteur la prestance d’un héros de films noirs pendant la prohibition. 

Homme costume bleu chapeau Panama blanc

Une photo qui définit, à mon sens, l’essence de l’élégance sartoriale.

Ici sur un croisé, le panama complète une tenue qui semble très simple mais qui, pour arriver à ce niveau d’essentiel, a nécessité autant de réflexion que d’excellent ressenti.

La tenue fonctionne sur deux couleurs, sur un contraste de différentes matières qui fait qu’aucune pièce n’est redondante. Et c’est seulement la 3e fois que cette photo apparaît dans un article BonneGueule, on ne vous l’a pas assez martelé !

Hommes chapeau Panama

Deux associations réussies avec un Panama (The Sartorialist - photo de gauche, Echeveau.net - photo de droite)

Ici, avec un tee-shirt blanc (dont on remarquera le fit impeccable) et un bermuda blanc, il apporte un coup de panache à la tenue. Notez comme le pull noir noué à la ceinture (purement accessoire) apporte une démarcation bienvenue à une tenue par ailleurs trop monochrome (crédit : TheSartorialist)

Dans cet esprit de vacances, à droite, porté avec une chemisette à col cubain, un jean bleach à revers feu-de-plancher et des slip-ons, c’est également une réussite assurée. (crédit : Echeveau.net)

D’autres choix sont possibles que le blanc, la preuve ici (crédit : Kentaro Nakagomi par TheSartorialist)

Le blanc n’est par ailleurs pas la seule couleur à envisager ! Ce panama réalisé dans une paille de couleur bronze très finement tissée et uniforme est absolument renversant.

Il ne faut pas oublier qu’un panama, c’est un chapeau que l’on peut porter sur la plage. Il est même possible de se baigner avec sans soucis, bien que cela puisse modifier un peu sa forme s’il est complètement immergé.

Le canotier

Maurice Chevalier, indissociable du canotier

Petite histoire

Comme le montre cette photographie, le canotier est un chapeau à calotte ovale et à couronne plate, au bord plus ou moins large. Il est né sur la tête des marins français à bord des canots, les canotiers (d’où son nom), et fait partie de leur uniforme au XIXe siècle. Il devient très populaire lorsque les gens de la bonne société font une mode, à la fin du XIXe, d’habiller leurs enfants en petits marins.

Il était également très en vogue dans les tribunes lors d’événements sportifs.

Il a donc appartenu, au sein du même siècle, à deux environnements distincts : l’univers populaire du marin et l’univers bien plus bourgeois des habitants fortunés de la riviera, ce qui en fait un chapeau très polyvalent.

Comment le porter ?

Le voici ici dans le plus pur esprit riviera, assorti d’une veste et d’un pantalon colorés, ainsi que de spectator shoes (crédit : Berluti SS14).

La cohérence méridionale de cet ensemble, avec le camaïeu subtil de carmin, de marron, d’ocre et de paille donne à cette tenue un caractère d’élégance et de vacances difficile à concurrencer.

 

Le canotier avec un look plus sportswear, ça marche aussi...

Il faut croire que décidément, la couleur lie-de-vin s’accordent parfaitement à l’été. Dans un registre beaucoup plus sportswear,  porté avec un sweatshirt en matière éponge et une paire de slip-ons (par exemple), le canotier fait également des merveilles.

Les Trilby, Homburg, Pork-Pie, Melon

Mais que sont donc ces noms compliqués, qu’on pourrait sans difficultés croire sortis de l’imaginaire de Lovecraft pour désigner un Grand Ancien ? (non, je n’ai vraiment aucune tendance à l’exagération)

  • Le homburg est légèrement plus formel que ses petits camarades et a une forme très caractéristique : il présente une couronne avec un pli central (dite en gouttière), un bord relevé sur les côtés d’une forme caractéristique (kettle curl) et souvent gansé.
  • Le melon, beaucoup plus connu, appartenait au vestiaire formel et élégant du début du XXe siècle. Son bord est petit et relevé uniformément, avec une calotte et une couronne ronde. Sa forme est originellement coquée (rigide) et sera donc réalisée dans une paille plus épaisse pour maintenir une forme rigide en été.
  • Le pork-pie qui a également eu une forte popularité dans les années 1930. Il s’agit un chapeau à petit bord relevé, à calotte basse et dont la couronne plate est marquée d’une incision circulaire sur le pourtour.
  • Le trilby est un chapeau conçu comme un fedora, (la forme que prend le panama) mais avec un bord beaucoup plus petit (inférieur à 5 cm). Il est un dérivé récent du pork-pie, dans la catégorie des chapeaux à petits bords. Il a notamment été associé aux Blues Brothers, dans les années 1980.

Ces deux derniers couvre-chefs ont profité d’un regain d’intérêt dans les années 2000 et sont maintenant plus répandus.

Protégeant de la surchauffe l’esprit créatif d’Ignatius Joseph, de nombreux chapeaux peu représentés l’été ont gagné de la visibilité.

Ci-dessus, à gauche, le chapeau melon, ici dans une paille blanche tressée, avec son bord relevé et sa calotte ronde.

A droite, un chapeau qui, en terme de forme, se situe entre le homburg, par son bord relevé et gansé, moins large que le melon, et le trilby, la calotte étant pincée et présentant une couronne plus proche de celle d’un panama.

Comment ne pas avoir l’air d’en faire trop ?

La question mérite réflexion. En effet, si le chapeau était un élément indispensable d’une mise qui se respecte avant les années 1950, aujourd’hui, le chapeau est considéré comme l’accessoire du ‘’dandy’’, ce phénomène de magazine qui porte un costume en pique-nique le dimanche, mais rentre sa cravate dans son pantalon pour ne pas avoir l’air d’en faire trop.

Un personnage hors-contexte qui voudrait faire ruisseler son bon goût incompris sur le monde qui l’entoure, et dont l’impertinence légère se teinte bien souvent de mépris.

Bien que cette figure de papier glacé corresponde, dans la majorité des cas, à une caricature éditoriale, la finalité est de ne pas y être associé, de même qu’à un magnat de l’industrie du tabac et de la canne à sucre, ou à un spectateur égaré de Roland-Garros.

Premièrement, il faut assumer la pièce. Au millénaire des têtes nues et des touristes écarlates, un couvre-chef élégant apporte énormément d’allure à une tenue, mais a pour de nombreuses personnes quelque chose d’imposant et de caricatural.

Il faut donc le recontextualiser et commencer par le porter pour son caractère pratique, c’est-à-dire protéger de la pluie ou du soleil.

Un chapeau avec un bord trop fin, comme le trilby, ne protège que très peu du soleil et est donc instantanément classifié comme ‘’mode’’. Il n’y a rien de négatif à avoir un chapeau mode ou coloré, mais gardez en tête que plus c’est voyant, plus c’est connoté.

La façon de le porter va également jouer. Si, porté trop en arrière, le chapeau peut faire poseur et virer au ridicule, un chapeau vissé bien droit sur le crâne a quelque chose de bien trop sérieux.

J’emprunte donc à un article de Parisian Gentleman la notion de ‘’Rakish angle’’, c’est-à-dire un chapeau porté sur le haut du front et légèrement incliné.

Si l’on ne devait retenir qu’une seule photo caractéristique, ce serait celle de l’élégant Frank Sinatra.

Le mot de la fin

Cependant, le port d’un chapeau correspond à une expérience, un vécu, et la synthèse de nombreuses influences personnelles.

S’il peut devenir un accessoire impactant de la tenue estivale, lui apportant un coup de fouet esthétique bienvenu lorsque le mercure prend les armes contre vos tenues favorites et vous condamne au tee-shirt en lin, l’écueil à éviter serait de paraître déguisé en le portant.

Il n’y a ni âge, ni dégaine spécifique qui interdise le port du chapeau, car comme toute pièce de caractère, le chapeau ne demande qu’à être assumé et apprivoisé. De nombreux autres couvre-chefs ont également leur place en été, comme la casquette ou le bob, alternatives prisées des amateurs de street et de workwear. Mais ça c’est une autre histoire.

Gwénaël Gwénaël

Lecteur de BG depuis plus de 3 ans, participant actif du forum et des IRL entre lecteurs dans les bars.

Open à de nombreux styles, j'aime avant tout les belles matières, la danse, le sport, les massages et Luca, à qui je veux ressembler quand je serai grand.

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  • Han Solo

    Hello Ercan!
    Yes c’est plus aéré qu’une casquette, mais ça nécessite un poil plus d’entretien.
    La loi des compromis !

  • Han Solo

    Hello Jean-Baptiste !
    Ce chapeau est très pas beau, monoprix propose de bons basiques sur le coton et la laine, mais là c’est échec mission.

    Je te conseille plutôt de regarder sur les différentes marques comme Shibumi ou Monsieur London (oui, c’est 3x plus cher, mais comme tu le sais sûrement si tu lis BG, une pièce belle et durable a un coût).

  • Jean-Baptiste

    Les fortes chaleurs aidant, je me suis intéressé au sujet des chapeaux (que je porte très peu).
    J’ai repéré chez Monoprix des chapeaux typés « Panama » (ils ne revendiquent pas le nom) à 40€ et composés à 100% de « fibre de papier ».
    J’aurais souhaité un avis plus éclairé que le miens sur cette matière.
    Au toucher, on dirait du plastique (mais des panama, à priori en paille, m’avaient fait cet effet-là aussi). Ils mettent avant le fait que l’on peut plier ce chapeau pour l’emporter dans ses bagages (je ne m’y risquerai pas trop). Les finitions semblent correctes (une bande en coton à l’intérieur, probablement pour « agripper » la tête et retenir la sueur, pas de morceau de « paille » qui dépasse)

  • Han Solo

    Bonjour,
    C’est avant tout une question de choix et de style, il vaut mieux une belle casquette qu’un chapeau de paille de cagette 😉
    Et la casquette peut également représenter un twist stylistique intéressant dans un style plus habillé!

  • Ercan2121

    Salut! Ces chapeaux en paille, pas seulement ils paraissent beaucoup plus chique mais également plus légers et aérables que les casquettes, n’est-ce pas? Merci

  • Franck Laloë

    Cet article (et quelques autres) me fait bien plaisir car il me semble confirmer depuis déjà quelques temps un retour du chapeau, accessoire que j’ai toujours aimé.

    Pour ma part, j’ai acheté il y a peu mon premier panama, sur un site grand public (chapeaushop.fr). Il est de la marque Lierys. J’ignore ce que vous pensez d’elle mais je ne souhaitais pas mettre 200 euros, voire plus, pour un premier pas.
    Pour environ 100 euros, j’ai un chapeau présenté comme fabriqué à la main en Équateur.
    Je ne suis pas un expert mais à le regarder de près, je trouve le tressage fin et régulier. La paille a un beau rendu. Je trouve l’allure générale plutôt chic.
    Je suis donc content de mon achat. Je l’ai porté de plusieurs façon, entre autres avec un costume, une cravate en grenadine de soie et des chaussures à double boucles; j’ai eu des retours très positifs.

    Si ça peux aider quelqu’un….

  • David – BonneGueule

    Merci pour la recommandation Maël, c’est pas mal en effet 🙂