Comment le Covid-19 a rétréci le Pitti Uomo – Carte Blanche à Benoît

Temps de lecture : 5 minutes

Publié par le 4 juillet 2021

Comme vous le savez, j’ai beaucoup d’affection pour le Pitti, ce salon professionnel de prêt-à-porter qui se tient à Florence deux fois par an.

J’aime cette ambiance créative, la multitude de marques qui exposent leurs collections pour les acheteurs pros du monde entier, et surtout, les fameux « paons » du Pitti en costumes exubérants.

À tel point qu’on a écrit nombre d’articles et de vidéos sur le sujet.

Sauf que… C’était avant la crise sanitaire associée au Covid-19.

Forcément, un salon historique qui rassemble 35.000 personnes en quatre jours a été touché en pleine face, et il a été mis à l’arrêt en 2020. Plus précisément, il s’est reconverti en édition digitale qui, d’après les marques avec lesquelles j’ai pu discuter, n’a pas vraiment convaincu.

Cependant, avec l’amélioration des conditions sanitaires, le Pitti a annoncé le grand retour du salon « physique » en juin/juillet 2021, toujours à la Fortezza Da Basso Fortezza Da Basso.

Et ce, pour la centième édition !

J’étais donc très impatient d’assister à ce Pitti historique à plus d’un titre. Comment le Pitti allait s’adapter aux conditions sanitaires ? Quel serait le public ? L’offre des marques ? C’est ce qu’on va voir à l'issue d'une visite les derniers jours du mois de juin.

Note importante : étant donné que c'était la saison été 2022 qui était présenté, les photos des vêtements sur les stands des marques ne sont pas autorisées, pour éviter les plagiats, donc je n'en ai pas pris (Et c'est très mal vu au Pitti de prendre des photos à la sauvage)

Un Pitti qui s’est adapté au contexte

Avant d’entrer au Pitti, il faut d’abord montrer patte blanche : un certificat de vaccination européen est demandé ou un test PCR négatif, et ce, pour chaque visiteur.

Les billets d’entrée ne peuvent plus s’acheter sur place, tout doit être réservé en ligne. Fini les badges autour du cou, tout est sur le téléphone maintenant.

Mais surtout, je remarque un premier élément qui en dit long sur la taille de ce Pitti : le plan du salon…

Un Pitti taille réduite

Habituellement, chaque visiteur reçoit un épais livret avec le plan de chaque bâtiment et toutes les marques présentes.

Or, cette fois-ci, c’est un simple dépliant qui fait office de plan, car la liste des marques qui exposent s’est drastiquement raccourcie.

Et encore, cette liste de marques prend en compte celles qui ont un stand « physique » et celles qui ne sont visibles que le site internet du Pitti. Si on ne garde que celles qui sont venues physiquement au salon, la liste se raccourcit encore et encore…

Je m’aperçois également en observant le plan que la plupart des bâtiments sont tout simplement fermés.

Et cette crainte s’est vérifiée en arpentant le salon : c’est un tout petit Pitti qui se découvre à moi.

Je vous assure, habituellement, le plan est bien plus fourni ! Là, seul le grand bâtiment bleu contient la plupart des marques du Pitti.

Alors qu’avant il y avait une dizaine de bâtiments où les marques exposaient, il n’y en a plus que deux cette année : c’est principalement le Pavillon Central. Et là aussi, c’est en taille réduite, puisque l’étage du haut est fermé.

Cela se voit également au niveau du monde présent, les allées sont bien plus clairsemées qu’avant, et les fameux paons du Pitti se font bien rares, et sont quasiment absents (et ils me manquent ! ).

Un Pitti qui redémarre tout doucement…

Les stands de marques sont bien vides, et l’exemple du stand de Brunello Cucinelli est très parlant. Alors qu’habituellement il est toujours bondé, il n’y a vraiment pas grand monde, malgré un staff de la marque très présent pour accueillir du monde.

Quant à l’extérieur, sur la fameuse place, on est bien loin des grands jours. Les costumes excentriques se font bien rares, et la plupart des instagrameurs habituels sont absents.

Deuxième jour du Pitti à 11h du matin. C'est sur cette place que tous les "paons" se trouvent habituellement, et là, vous pouvez constater qu'on est loin de l'affluence des grands jours.

Bref, c’est un Pitti de redémarrage pour cette 100e édition, et espérons que les acheteurs et les marques hors d’Europe pourront revenir dès janvier 2022 pour donner plus de consistance à ce salon.

Ça, c'est l'immense mur installé du pavillon qui abritait autrefois des marques comme Nanamica ou A.B.C.L. Garments.

Pour attirer plus d'acheteurs, le Pitti a décidé d'organiser en même temps le "Pitti Bimbo", un salon de prêt-à-porter dédié à la mode enfant :

Le Pitti Bimbo, lui aussi en taille réduite pour cette année !

Un Pitti très italien

Forcément, alors que c’est toujours compliqué pour se déplacer pour les acheteurs américains et asiatiques, je me doutais bien que ce Pitti allait être européen. Mais il a surtout été très italien, avec des acheteurs principalement italiens. Et surtout des marques italiennes.

Le stand Brunello Cucinelli, toujours au même espace, mais malheureusement sans les acheteurs du monde entier.

Exit donc le pavillon avec les petites marques japonaises d’outdoor, ou les marques du monde entier sur du contemporain, de l’héritage, du casual ou du sartorial.

Et même au niveau des marques italiennes, nombreuses sont absentes, y compris les marques sartoriales que j’aimais tant voir comme Lardini, Luigi Bianchi Mantova, ou PT-01.

Tombolini, fleuron du style italien "sarto casual", l'une des rares marques qui s'est risquée à louer un stand d'une taille importante.

L’offre est donc très réduite, j’estime à la louche que cette année, seules 10 % - 20 % des marques étaient présentes.

Et au niveau des marques présentes alors ? Comme je l’ai dit, ce sont de micromarques italiennes, pour la plupart réservées au marché italien, avec des pièces très colorées et fantaisistes, peu adaptées au marché français.

Et au niveau de l’offre ?

C’était la grande inconnue : qu’allaient proposer les marques après avoir été bouleversées par la pandémie ?

Ce qui m’intéressait, c’est de voir comment les marques de costumes s’étaient adaptées.

Mais comme je l’ai dit, la plupart étant absentes, je n’aurai qu’un début de réponse. Le blazer s’est quand même largement raréfié, et quand il est encore là, il est très fluide, léger et décontracté.

Quant aux costumes plus formels, il y en avait très peu, on sent que la page a été tournée sur ce type de produits.

En contrepartie, on voit que la pandémie a accéléré une tendance qui était déjà bien présente, à savoir les pièces tailleurs qui se décontractent.

Là, c’est une explosion de jogpants, de tissus stretch, de sahariennes et autres surchemises portées avec des hoodies.

Les couleurs s’affirment aussi, comme si les marques avaient envie de marquer la fin d’une période difficile par des teintes plus vives et plus audacieuses.

De manière globale, je n’ai pas trouvé de changements significatifs dans l’offre. Quelques marques essayent timidement de se positionner sur des produits plus RSE, mais dans l’ensemble, je n’ai pas été dépaysé, moi qui m’attendais à voir beaucoup plus de homewear.

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