Notre nouveau jean japonais (pas comme les autres)

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S'il y a bien une pièce que l'on associe au savoir-faire japonais, c'est le jean brut. Et ça faisait très longtemps qu'on ne vous avait pas fait de nouveau jean en toile nippone chez BonneGueule ! Vous allez voir, ça n'est pas un denim japonais pour rien : il risque de vous surprendre.

Alors sans plus tarder, parlons en détails de ce nouveau jean un peu spécial, à commencer par sa provenance...

Le voilà, le petit nouveau qui rejoint notre famille de l'indigo !

Un fournisseur confidentiel... littéralement !

Non, vous ne rêvez pas : contrairement à d'habitude, on ne vous donnera pas le nom de la filature à l'origine de la fabrication de ce denim. C'est top secret, et c'est comme ça !

"Mais Nicolò, pourquoi faîtes-vous ça ? BonneGueule a pour habitude de parler de la matière en détail, et de mettre en avant les savoir-faire de ceux qui la réalisent ! Qu'est-ce qu'il vous prend ce coup-ci ?"

Hé bien à vrai dire, c'est déjà arrivé une fois ou deux chez BonneGueule.

Pour deux de nos chemises de la gamme dite "Essentiels", nous avions trouvé un fournisseur peu connu dont le rapport qualité/prix était si bon que nous avions décidé de ne pas en parler... Et ce pour protéger notre travail de recherche et de développement de produits, et ne pas retrouver notre chemise copiée par une autre marque, quelques mois plus tard.

On n'y pense pas toujours, mais les deux choses qu'une marque a de plus précieux dans le monde du textile, c'est probablement la connaissance du produit et le contact de ses fournisseurs.

Qu'il s'agisse des ateliers qui montent les pièces ou des tisserands, sans ces acteurs-là, la marque n'existe pas...

Mais par ailleurs, sans les choix astucieux d'un chef de produit et l'œil aiguisé d'un designer, vous pouvez avoir les meilleurs fournisseurs du monde, l'idée de base derrière le produit et sa réalisation seront mal pensées.

Ce sont ces deux éléments qui lui permettent de proposer un produit un peu unique à chaque fois, et pas un clone identique à tous les autres basiques du marché. Et quand vous payez un produit chez une belle marque, vous payez ça aussi, même si on en parle moins que la matière, la confection, ou la qualité de service.

Pour toutes ces raisons, on espère donc que vous comprendrez notre démarche de protection de notre travail.

En fait, les premiers à nous avoir suggéré de ne pas dévoiler le nom de notre fournisseur, ce sont nos contacts japonais eux-mêmes, ceux qui nous ont aidé à trouver ce fournisseur. Ils nous on dit sans détour "Si on était à votre place, on ne communiquerait pas dessus, car vous êtes vraiment les seuls à bosser avec eux en France."

Notre ami Boras du blog Borasification s'est, une fois de plus, prêté au jeu du shooting. Ici, il reste fidèle aux origines du jean, porté dans un look légèrement "loose" avec une veste noragi. (Tee Maison Cornichon, boots Visvim, collier Jinji. Pour le Noragi, Boras nous dit qu'il développe lui-même ses propres pièces depuis peu. Sa marque s'appelle Borali)

Comment on a déniché cette pépite japonaise ?

Je peux vous dire que ça n'a pas été de tout repos que de trouver ce fournisseur. Pour y parvenir, on a fait appel à une société japonaise rencontrée sur place, qui fait un travail de "représentant". Son job : chapeauter de tous petits tisseurs indépendants , qui produisent des toiles rares en faibles quantités, afin de proposer leurs matières aux marques. Leur travail est d'une grande qualité, mais personne ne les connaît en dehors des acteurs locaux.

On parle donc de fournisseurs si petits et méconnus qu'on ne peut même pas les trouver sur les salons professionnels dédiés au textile.

Du coup, on est non seulement certains d'être les seuls en France à travailler avec celui-ci, mais il se pourrait même que nous soyons les seuls en Europe...

En quelques mots : si vous trouvez un jour la même matière ailleurs, du même fournisseur, Benoît est prêt à tourner un "Parlons Vêtements" avec un chapeau rose en fausse fourrure et une salopette... on sera vraiment étonnés. C'est ce qu'on peut appeler une matière vraiment exclusive. 

Petit rappel : un jean brut, c'est quoi, et pourquoi on aime ça ?

Je ne voudrais pas perdre les néophytes en cours de route, faisons donc une petite piqure de rappel.

Pour résumer très simplement, un jean brut est un jean dont la toile n'a pas subi de lavage après sa réalisation. Sa teinture indigo, instable par nature, est encore entièrement imprégnée dans la toile, qui a donc une teinte sombre, très saturée en pigment.

Ce qui fait l'intérêt du jean brut, c'est d'une part cet aspect authentique, vintage et robuste de la toile lorsqu'elle est encore neuve. Et d'autre part, son délavage particulier, la patine qu'il obtient avec le temps à mesure que l'indigo s'éclaircit par endroits, et que le jean se "personnalise" selon la vie et le corps de son porteur.

Si vous voulez plus de détails sur ce procédé, je vous propose de faire d'une pierre deux coups, et de lire mon article sur l'entretien du jean brut. Vous comprendrez comment tout ça fonctionne. Et en plus, vous saurez comment prendre soin de votre jean afin d'avoir le meilleur délavage possible.

Ce coup-ci, il est porté avec notre nouvelle chemise en denim japonais, nos sneakers blanches, et un tee-shirt Maison Cornichon. La tenue facile en toute circonstances, belle et simple à l'image du jean brut.

Un denim japonais qui sort (vraiment) du lot

Mais qu'est-ce que ça nous apporte au juste d'aller chercher cette matière au fin fond d'une toute petite filature méconnue ?

C'est simple : c'est probablement la toile la plus "denimhead" qu'on ait jamais proposé.

Notre toile Kurabo, c'est du denim brut de très belle qualité, mais avec lui, on avait fait le choix de caractéristiques classiques, qui plairaient au plus grand nombre d'amateurs de denim.

Alors qu'avec ce nouveau jean, on avait envie de vous surprendre, et de vous faire découvrir toute la variété dont sont capables les japonais sur le denim. On voulait s'adresser à ceux qui cherchent des toiles un peu plus "spéciales", plus exotiques. En gros ce denim, c'est un peu la consécration du pèlerinage qu'ont récemment mené Benoît et Geoffrey au Japon.

Alors si vous êtes sensibles à ce que font les grandes marques "de puristes" du denim comme Momotaro, Oni, Pure Blue Japan, Studio d'Artisan, ou encore Resolute, on pense que vous allez aimer ce jean.

Voici le liseré "selvedge" caractéristique des vieux métiers à tisser. Ils sont le plus souvent rouges et blancs, mais pas toujours ! Il en existe de toutes sortes de variétés, et ce sont autant de "signatures" qui distinguent les différentes toiles. Ce coup-ci, le notre est blanc-cassé, parcouru de pointillés bleus ! Notez également l'aspect légèrement "bruni" du fil de trame blanc, qui renforce l'aspect vintage de cette toile.

Le "low tension denim" : confort et texture

Son premier élément de distinction, c'est le tissage "low-tension". A travers un réglage "maison" de certains métiers à tisser vintage, le tisseur parvient à produire un denim dont le tissage est moins resserré, et dont les fils sont moins tendus.

Résultat : d'une part le fil de trame ressort un peu plus et donne un grain plus marqué. Et d'autre part, le confort s'en retrouve amélioré, puisque le jean est doté d'une plus grande souplesse naturelle. Plutôt sympathique quand on sait que la plupart des jeans bruts sont extrêmement rigides au départ, et demandent une certaine quantité de ports avant de se détendre.

D'ailleurs pour reparler du fil de trame, les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué qu'il a quelque chose de différent. Sa couleur est légèrement brunie, plutôt que d'être blanche éclatante. Et cet aspect "écru" renforce le côté vintage de la toile, en rappelant la couleur naturelle du coton lorsqu'il n'a pas été blanchi.

 

Qu'est-ce qu'on remarque sur cette photo, à part notre ami Boras portant nos sneakers et notre nouveau jean ? Hé bien notez qu'il est très bien installé, dans une posture très confortable, dans un jean japonais pourtant tout neuf et sans stretch : c'est ce que que permet ce tissage "low-tension".

Un jean "non-sanforisé" pour une toile de caractère

Le deuxième point original ici concerne le traitement de la toile. Peut-être avez vous déjà entendu parler des denims "non-sanforisés" ?
Le sanforisage est un procédé technique, inventé par l'américain Sanford Lockwood Cluett au début du 20ème siècle, qui permet au coton de rester plus stable, de ne pas rétrécir excessivement, de s'assouplir et de s'adoucir. Mais par conséquent, les tous premiers denims n'étaient pas sanforisés.

Et comme on peut l'apprendre dans l'excellent livre Ametora (que je recommande chaudement à tous ceux qui s'intéressent à la mode japonaise), les pionniers du denim japonais se sont donnés comme mission de ressusciter le vêtement américain originel, et même d'être "encore plus fidèles que l'original". Dans cette optique de pousser "purisme" encore plus loin que la source d'inspiration elle-même, ils ont donc remis au goût du jour le denim "non sanforisé".

Pas de surprise, le jean brut peut servir de base à tout types de tenues. Ici Boras le porte avec une chemise imprimée Dry Bones et des mocassins Universal Works x G.H. Bass

Et ce faisant, ils ont remarqué que, malgré son instabilité (les jeans non sanforisés peuvent rétrécir de jusqu'à 2 tailles au lavage !), ils avaient un caractère unique, un charme de texture encore plus marqué que les bruts classiques. Pour les marques dont je vous parlais plus tôt, le denim "unsanforized" est même un standard de production.

Et là, je vois déjà vos inquiétudes arriver...

"Attendez, donc les denims non sanforisés rétrécissent parfois de deux voire trois tailles au lavage... Et vous avez sorti ça ?! Mais comment on va faire nous?"

Pas de panique. On se doute bien que ça serait compliqué pour vous... Et pour nous aussi d'ailleurs. Evidemment, on a trouvé une petite solution pour éviter ce genre d'ennuis, que je vais vous expliquer juste après.

Mais d'abord, revenons rapidement à ce qui rend cette toile si spéciale...

Duveteux comme un poussin bleu

C'est le dernier aspect de ce jean, qui fait qu'il ne ressemble pas à votre jean brut lambda : de petites fibres de coton qui parsèment sa surface et créent une nouvelle texture par dessus le grain du tissage.

Bon, allez... Je vais même vous révéler quelque chose que je ne suis pas censé dire ici : entre nous, au pôle produit, Benoît, Julien, Charlotte et moi, on l'appelle affectueusement "le jean poilu".
Alors, c'est sûr que ce n'est pas très vendeur dit comme ça, et on ne voudrait pas choquer le client en lui faisant croire que ce jean est une grosse bestiole encore vivante...
Mais notez que les américains fans de workwear, eux, n'ont aucun mal à parler de "hairy denim", et chantent sans problème les louages de ces toiles au caractère vintage très marqué.

En fait, il serait plus juste de dire que ce jean est "duveteux". A l'instar d'une flanelle, sa surface est recouverte de petites fibres de coton qui lui confèrent cet aspect. Sauf que contrairement à celle-ci, ce n'est pas obtenu en grattant la surface du jean, mais grâce au type de coton sélectionné !

Le fameux petit duvet : lorsqu'on regarde le jean en biais, il est encore plus visible, et l'effet "neigeux" se révèle à vous.

Saviez-vous que, selon la pièce et l'effet recherché, on privilégie différents types de cotons ?

Pour les chemises habillées par exemples, on va chercher les fibres les plus fines et longues, pour obtenir un tissu final très lisse, très doux et lumineux. Et si les fibres longues ont la réputation d'être "très haut de gamme", les fibres courtes ont elles aussi leur utilité.

Car ce sont justement ces fibres les plus courtes qui intéressent notre fournisseur ici, et exclusivement celles-ci ! Grâce à leur épaisseur et à leur longueur plus faible, elles se hérissent plus facilement sur la toile, et forment ce duvet caractéristique. Cela dit, ce n'est pas doux comme une flanelle non plus, car en dessous de ces petits "poils", vous avez un bon vieux denim brut japonais bien rugueux.

Et c'est tout l'intérêt de cette toile d'ailleurs : esthétiquement, on trouve que le contraste rend super bien, entre le duvet très "doux" et "cotonneux", et l'aspect texturé d'une toile japonaise. Les deux se mélangent à merveille. Et sous certains angles avec la bonne lumière, vous aurez comme l'impression que ce denim est recouvert d'une fine couche de "neige" indigo.

Un lavage "one-wash" pour vous faciliter la vie

Bon, maintenant qu'on vous a tout expliqué, on imagine que vous avez envie de goûter à ce denim de puriste.

Mais comme je le disais plus haut, on sait aussi que tout le monde n'est pas prêt à assumer tous les inconvénients qui vont avec les jeans "unsanforized". Car un jean qui rétrécit de deux ou trois tailles au lavage, qui est rigide comme du carton (oui, encore plus que vos bruts habituels) quand il est neuf... Disons qu'il faut être un minimum passionné pour accepter ces contraintes.

Alors on a trouvé un compromis : on a donné un lavage "one-wash" à ce jean.
C'est le lavage industriel le plus léger possible, qui fait que votre jean brut garde un aspect très proche de celui d'origine, mais qui rend la toile et la teinture un peu plus stables. Vous pouvez donc laver ce jean sans craindre un rétrécissement excessif, tel qu'on le trouve normalement sur la plupart des toile "unsaforised". Mais respectez quand même les consignes d'entretien du jean brut.

Ce qui est sympa avec le lavage "one-wash", c'est que c'est aussi l'un des plus esthétiques, selon moi, quand il est réalisé sur une belle toile. Car il  éclaircit très légèrement l'indigo, de façon à lui donner un bleu plus lumineux, plus chatoyant. Vous pourrez le comparer avec un jean brut neuf classique, et vous verrez la différence de teinte.

Le léger lavage "one-wash" fait ressortir des nuances de bleu plus chatoyantes au sein de la teinture indigo.

Et dernier atout non négligeable, il rend le jean bien plus souple.

Et justement, ce lavage combiné à la souplesse naturelle de cette toile "low-tension" en feront un des jeans japonais les plus confortables qu'ils vous aura été donné d'essayer. Surtout sur du 100% coton comme ici, sans la moindre trace de stretch.

Quand j'ai enfilé le jean pour la première fois, j'étais très surpris qu'il soit aussi agréable à porter vu son aspect vraiment très brut. Du coup vous avez "le beurre et l'argent du beurre" comme on dit : l'authenticité du non sanforisé ET le confort d'un jean lavé.

Bon, par contre il dégorge quand même comme un vrai jean brut. Ça vous garantit une très belle patine dans le temps, mais attention quand vous portez certains vêtements ou chaussures clairs.

La coupe et les détails qui vous ont déjà séduits

Pour accompagner une belle toile, il faut une bonne coupe. Et il faut les bons détails.

On a donc gardé la coupe du jean Bleach Ozone, ajustée en cuisse sans être moulante, avec une ouverture de jambe assez resserrée,  mais contrebalancée par suffisamment d'aisance en bassin pour être confort.
Vous avez fait de bons retours à cette coupe, et on est ravis de constater en boutique qu'elle met en valeur un large panel de morphologies.

Côté détente du tissu, elle est similaire à celle du Bleach. Donc présente, mais modérée. Estimez qu'il se détendra d'environ une demie-taille à une taille.

Vous pouvez donc le choisir bien ajusté voire un peu serré, selon vos préférences, et il gagnera encore en souplesse au fil des ports. Choisissez la même taille que pour les jeans Bleach et Candiani.

Doubles passants doublés, et patch en cuir à tannage végétal... On ne change pas les bonnes habitudes.

Côté finitions, on conserve les standards haut-de-gamme que vous avez déjà vu sur les jeans Kurabo et Bleach Ozone :

Nicolò Minchillo Nicolò Minchillo

Moi, c'est Nicolò. Chez BonneGueule, je m'occupe des tests de marques, et évidemment de faire des vidéos de conseil avec Sape m'en Cinq. À côté de ça, je prête parfois main forte au pôle produit pour qu'on développe des vêtements inspirés, dans de super matières.
J'aime la funk, le jiu-jitsu brésilien, le bacon, les manteaux majestueux, les blousons en cuir et les belles boots.

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