Dossier : Comment s’habiller dans un style TECHWEAR / OUTDOOR #2 (matières et entretien)

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Je vais vous présenter quelques uns des tissus et matériaux les plus couramment utilisés. Je ne vais pas tout vous lister car certains ne sont que très peu exploités, figurent généralement dans des produits très haut de gamme et chers, ou dans des vêtements plus ou moins expérimentaux dont la réelle capacité efficiente n'a pas été prouvée.

Sans compter que certaines marques ont développé et / ou produit des tissus techniques en interne (H²O pour Patagonia, TriplePoint pour Lowe Alpine, OmniDry avec Columbia, etc.)

Je ne vais pas non plus rentrer dans des détails trop techniques : cela est d'une part très difficile à vulgariser et donc assez barbant à lire, et si d'autre part c'est un domaine qui vous intéresse, les sites des marques dédiées vous renseigneront mieux que moi.

Les principes de base du techwear

L’imperméabilité

Elle est mesurée en Schmerber (ou en mm). Pour cela, on place le tissu sous un tube (colonne) rempli d’eau, puis on calcule à partir de quelle hauteur d’eau les premières gouttes passent au travers du tissu. Plus la hauteur d’eau est importante, plus le tissu sera imperméable (1 Schmerber = 1 colonne d’eau de 1 mm).

Par exemple, toutes les vestes en Gore-tex® ont une valeur de 28 000 Schmerber, le Sympatex® 35000 Schmerber, et l'eVent® 30 000.

colonne d'eau Gore Tex

Colonne à eau utilisée par Gore. L'étoffe de tissu technique est placée sous l'espèce de "douchette" pour tester son imperméabilité.

Mais certains fabricants, Polartec® en premier, remettent en cause la course à l'imperméabilité, prétextant qu'une valeur de 10 000 Schmerber est largement suffisante pour rester au sec, surtout que trop d'imperméabilité diminuerait la respirabilité. Nous y reviendrons tout à l'heure.

La respirabilité

Pour mesurer la respirabilité, il existe d'ailleurs plusieurs processus :

1. Gore-tex® utilise le RET (Resistance Evaporative Transfert) : cet indice (qui est un peu devenu la norme) mesure la capacité d’un tissu à laisser s’échapper la vapeur d’eau générée par le corps (transpiration). Plus l’indice est faible, plus il indique que le vêtement est respirant :

  • RET inférieur à 6 : très respirant,
  • RET entre 6 et 12 : respirant,
  • RET entre 12 et 20 : faiblement respirant,
  • RET au-delà de 20 : non respirant.

2. La mesure MVTR (taux de transmission de la vapeur d’eau), test utilisé par la plupart des concurrents de Gore (entreprise créatrice du Gore-Tex®, ndlr) : on calcule la quantité d’eau (sous forme de vapeur) que le tissu laisse passer en 24h.

Plus le degré est élevé, plus la respiration est favorable (l'unité utilisée est le gr/m²/24 h) :

  • MVTR 30 000 = vêtement extrêmement respirant,
  • MVTR 20 000 = vêtement avec une très bonne respirabilité,
  • MVTR 10 000 = vêtement respirant,
  • MVTR 5 000 = vêtement peu respirant.
Testeur MVTR

Voici l'appareil utilisé pour les tests MVTR. Personnellement, ça me rappelle ces appareils bizarres qui traînaient sur les paillasses en cours de physique.

Ces sont les deux tests standards, mais il en existe un troisième, prôné par Polartec® : le DPMC (Dynamic Moisture Permeation Cell). Contrairement aux deux autres, il ne s'agit pas d'un test statique, et serait donc plus proche de la réalité des pratiquants. Bref, pour comparer c'est le bordel.

Les différents tissus imperméables et respirants ont chacun leur technologie : 1, 2, 2.5 ou 3 couches, nid d'abeilles, etc. Par exemple, la membrane Gore-Tex® est une couche très fine de polytétrafluoroéthylène (un matériau souple) avec plus d’un milliard de pores microscopiques par cm².

  • Ces pores sont 20 000 fois plus petits qu’une goutte d’eau, donc la pluie ne peut pas passer à travers, ce qui permet à la membrane d’être imperméable.
  • Ces pores laissent cependant passer la transpiration générée par l’effort, car ils sont 700 fois plus gros qu’une molécule de vapeur d’eau, ce qui permet à la membrane d’être à la fois imperméable et respirante.
schéma gore tex

Pour nos amis non anglophones (de gauche à droite) : "évacuation de la vapeur d'eau", "pluie, vent et neige ne pénètrent pas", "matière extérieure", "membrane Gore-Tex®", "doublure".

Là, on rentre dans des détails qui sont parfois compliqués et qui peuvent en rebuter certains à la lecture, mais sachez que certains tissus extérieurs doivent être traités pour pouvoir être imperméables / déperlants et respirants. On parle de DWR (Durable Water Repellent).

Les principaux matériaux en techwear

Gore-Tex®

Gore-Tex® a été le premier tissu imperméable du marché. Sorti en 1969, il devient la technologie dominante grâce à sa capacité à laisser passer la transpiration, tout en gardant le corps au chaud.

C'est la technologie de référence, la plus utilisée aussi. Les normes à respecter pour avoir l'accréditation Gore sont très strictes et assurent une qualité très élevée. Les vêtements subissent en fait une série de tests pour avoir le droit de porter l'étiquette Gore-Tex®, qui est autant un gage de qualité qu'un outil marketing.

Toutes les coutures, pour éviter les fuites, sont étanchéifiée avec des bandes d'étanchement Gore-Seam® pour une imperméabilisation durable.

Il existe différents types de tissus :

  • Gore-Tex®

Utilisée principalement dans des vêtements outdoor techniques « amateurs », cette catégorie regroupe aussi les technologies Gore-tex® Paclite et Gore-tex® Softshell, avec un RET compris entre 6 et 13.

Ce sont aussi les pièces avec du Gore-Tex® les moins onéreuses, et souvent les plus polyvalentes. C'est également la technologie la plus utilisée dans la mode car elle permet une grande facilité de création.

  • Gore-Tex® Active

Les vêtements en Gore-tex® Active répondent à un cahier des charges précis : moins de 400 grammes pour une veste en taille L chez les hommes, coefficient de RET inférieur à 3, tout en associant une construction compacte 3 couches imperméable (28 000 mm). C'est donc hyper respirant et léger.

Les utilisations principales sont la rando, le trail, le VTT, etc. Ce sont des produits qui peuvent être assez facilement insérés dans une tenue, surtout sportswear, et sont plus pratiques qu'un manteau un peu lourd ou encombrant.

shell en gore-tex active

On reconnaît le parti pris d'un design résolument sportif sur ces shells en Gore-Tex® Active.

  • Gore-Tex® Pro

Là on rentre dans du TRÈS sérieux, c'est un peu la vitrine de la société. Les principales différences avec les produits précédents, hormis le prix, se situent dans la capacité de résistance à l'abrasion et à la déchirure.

Nous trouvons ces produits dans les vêtements de montagne haut de gamme, de trekking et de grande randonnée, ainsi que de ski et snowboard.

Ce type de Gore-Tex® est très peu utilisé pour des fringues urbaines car il est bien trop technique. Mais les « fadas » - comme aurait dit Pagnol - de chez Acronym n'ont pas eu peur de s'y frotter, et proposent des vestes avec cette membrane.

SympaTex®

C'est le grand concurrent de Gore-Tex®. La membrane est totalement imperméable (35 000 Schmerber), coupe-vent et respirante (avec un RET mesuré à 1,5). Elle est reconnue pour être l'une des meilleures protections du marché.

La technologie est assez proche de ce que fait Gore-Tex, mais elle est 100% recyclable, et conçue avec des matériaux totalement biodégradables. Elle est aussi certifiée sans risque pour la santé.

Elle est utilisée par de nombreuses marques comme Haegen, Geoff Anderson ou Vaude.

Veste geoff anderson sympatex

Cette veste Geoff Anderson en Sympatex® n'aura aucun mal à s'intégrer dans la garde-robe des amateurs de ce type de pièce.

Cordura®

C'est une matière produite par DuPont de Nemours, surtout connu pour ses nylons et matières synthétiques. Cordura est un nom de marque souvent utilisé pour une multitude de ses tissus, qui ont d'ailleurs une réputation de durabilité.

Enfin, Cordura produit également des mélanges de coton pour du ripstop, denim, sergé, et maillots.

Ripstop

Le Ripstop est un tissu synthétique réalisé en maillage plus ou moins grand, par une disposition particulière des fils de chaîne et de trame, ce qui permet de renforcer la structure de la toile.

Cela évite entre autre l’extension d'une déchirure lors d’un accroc. Il peut parfois être enduit ou traité pour assurer une imperméabilité.

C'est un tissu souvent utilisé dans les tenues militaire, sa légèreté et sa résistance étant très appréciées.

Toile ripstop

Sur cette toile ripstop à imprimé camo (encore une fois, elle est très utilisée dans le domaine militaire), on peut voir très distinctement le maillage adopté, propre à cette matière.

Pertex®

Pertex® est une marque de tissus techniques. Avec des constructions différentes de Gore-Tex®, ils fournissent des spécificités autres, tels que le contrôle thermique de la température.

Ainsi, on trouve les tissus Pertex® dans des gammes de produits où Gore-Tex® est quasiment absent, comme les sacs de couchage ou les « mid layers » type « doudounes ».

Les tissus techniques de la marque offrent généralement des produits légers et chauds, et permettent une protection avec un ratio poids / encombrement / résistance inégalé.

La gamme de tissus techniques que présente la marque est variée et complexe, mais le logo Pertex® est un gage de qualité au vu des marques ayant choisi d'utiliser ces technologies : Millet, PeakPerformance, Montane, etc.

Dans le segment « techwear mode », Undercover est un fervent partisan des produits de la marque et les inclut régulièrement dans ses conceptions.

NeoShell®

C'est un des produits techniques de la marque Polartec®. Partisane de la respirabilité, elle en a d'ailleurs fait son cheval de bataille, et mène une croisade anti Gore-Tex®.

En effet, elle remet en cause l'imperméabilité, gros point fort de Gore-tex® (et aussi d'eVent®) en expliquant :« pas besoin de pousser si loin l’imperméabilité, on ne skie pas pendant la mousson, nous n’avons pas besoin d’autant de Schmerber pour un usage normal » (David Gatti de Polartec – ISPO 2011).

Bref.

pantalon neoshell

La coupe est bien exécutée sur ce pantalon en NeoShell®, encore une preuve que le techwear trouve de plus en plus sa place dans le vestiaire quotidien.

Les vêtements en NeoShell® résistent donc à une pression de 10 000 Schmerber, et font état d'une perméabilité à l'air de 0,5 CFM (2 litres/m²/seconde) contre 0,1 CFM pour l'eVent®, et 0 CFM pour les Gore-Tex®. La NeoShell® permettrait donc à l'air de mieux circuler pour faciliter l'évacuation de la transpiration.

C'est la marque / membrane qui monte, et son buzz prend bien. Pour preuve, la longue liste de marques prestigieuses dans le domaine du vêtement de montagne qu'elle a réussie à séduire : Eider, Marmot, The North Face, Vaude, Rab ou encore Mammut...

En plus des sportifs, les pratiquants du fixie et du « vélo urbain » apprécient cette technologie, car le combo légèreté / respirabilité / imperméabilisation convient parfaitement à leurs besoins.

eVent®

C'est un autre concurrent de Gore-Tex®. D'une technologie assez similaire (30 000 Schmerber), il permettrait une meilleure respirabilité du tissu car celle-ci est directe, à la différence de la technologie de Gore-tex®. Par contre, elle serait moins durable.

Contrairement à Gore-Tex®, les fabricants peuvent acheter du tissu et le renommer comme ils l'entendent, la licence étant «unbranded» (sans marque). L'eVent® permet des designs plus originaux et intéressants grâce à sa technologie. Toutefois, cela pourrait conduire à des produits de qualité inférieure.

Justement, regardez ce petit test qui montre les limites de l'eVent (c'est en anglais, mais les images restent parlantes) :

Beaucoup de petites marques l'utilisent vu que les contraintes sont moindres comparées à celles de Gore-Tex®, sans pour autant faire obligatoirement des produits au rabais. Nous trouvons ces tissus techniques dans des produits comme ceux de REI, mais également dans de nombreux vêtement militaires, de pompiers, ainsi que dans des tenues de travail techniques.

c_change

Produit de la marque suisse Schoeller, cette membrane imperméable et windproof assure une régulation et une respirabilité de la température.

Sa technologie particulière, lorsque les niveaux de la chaleur et de l'humidité du corps augmentent, favorise la capacité à "ouvrir" la membrane. Elle reste cependant fermée quand il fait froid, puisque le porteur transpire moins.

On retrouve ces membranes dans beaucoup de produits, elles sont très prisées par bon nombre de marques comme Acre, Richa, Mission Workshop, Aether, TAD et Levi's Commuter.

Windstopper®

La technologie Windstopper® est une technologie de Gore, permettant la création de vêtements coupe-vent et respirants. Tout en étant résistants à l'eau, ils ne sont pas imperméables, à la différence des vêtements en Gore-Tex® qui sont imperméables, respirants et coupe-vent à la fois.

Mais la protection des tissus Windstopper® au vent, ainsi que la respirabilité de la matière, sont supérieure à celles de Gore-Tex®.

softshell avec windstopper

Cette membrane se trouve principalement dans des vêtements de la catégorie "softshell", comme sur ce modèle The North Face.

C'est un matériau grandement utilisé car il permet de concevoir des vêtement extrêmement légers, et peu encombrants. Des marques comme The North Face, Patagonia ou Marmot l'ont adopté ; souvent proposé pour des pratiques sportives comme le cyclisme, la course à pied et les sports de montagne.

Il est également utilisé dans pas mal de pièces urbaines, et quelques marques font des habits casual, voire formels, intégrant ces tissus techniques.

Au passage, il existe plusieurs types de technologies Windstopper®, avec des caractéristiques diverses (laine polaire technique, insulated shell...)

Kevlar

A l'origine produit par DuPont de Nemours, mais aujourd'hui entré dans le domaine public car son brevet a expiré, le Kevlar est une fibre synthétique d'une très grande résistance et rigidité. Il en existe de nombreux types que je ne vais pas lister ici, car très peu sont utilisés dans l'univers vestimentaire.

Il y est principalement utilisé comme protection à l'abrasion ou aux chocs, et renforce généralement des vêtements aux points de frottements, comme les coudes ou les genoux.

Il peut aussi être utilisé pour des coques de protection intégrées dans des vestes ou pantalons réservés à la pratique de sports extrêmes, pour les vêtements militaires ou pour les tenues de motards.

gants en kevlar

Les empiècements en haut des doigts sont en Kevlar, afin de renforcer la protection en cas de chute de moto, ou faire très mal quand on vous embête (la violence, c'est mal).

Entretien des vêtements techwear

Attention à l'entretien de vos pièces !

Il ne faut pas faire n'importe quoi, sous peine de perdre les propriétés de vos vêtements. Je vous conseille d'aller sur le site de la marque (comme ici pour Arc'Teryx Veilance), généralement une page est dédiée à l'entretien et au nettoyage de leurs produits. Si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à les mailer, ou à chercher des vidéos explicatives sur Youtube, avant de vous prendre pour Tony Micelli.

Ce genre de tuto fleurit sur Youtube :

Le techwear : conclusion

Comme vous avez pu le voir, le techwear concerne une très large gamme de produits et de styles. Il est vrai que ce ne sont pas les vêtements les moins chers, mais la qualité est généralement au rendez-vous.

En étudiant bien l'offre, et en prenant un temps de réflexion avant d'effectuer un achat, vous pourrez trouver la pièce qui s'intégrera aisément dans votre garde-robe. Une fois que vous la porterez, vous vous rendrez compte du confort que cela procure. Non seulement dans le design et la coupe, mais également lors de l'utilisation.

Au quotidien, vous apprécierez la respirabilité des membranes dans le métro, l'imperméabilité exceptionnelle lors de vos vacances dans l'Hérault, ou les designs audacieux pour mettre autant de temps que votre copine avec son sac à main pour retrouver votre portable dans les nombreuses poches de votre veste.

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