Conseils : Qu’est-ce qu’un look « too much » ? Est-ce toujours forcément mal ?

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Too much (anglicisme) : en faire trop.

Oui, mais encore ?

Sous son côté franglais, le too much désigne ce moment où, d'une façon ou d'une autre, notre tenue a quelque chose d'excessif.

Total look, pléiade de motifs, bijoux un peu trop imposants... La liste est longue. A contrario, en faire trop est-il systématiquement mauvais ? Sous son apparente simplicité, le sujet me paraît plus complexe.

Je vous propose de nous pencher plus amplement sur cette question qui, selon moi, dépasse le cadre du vêtement en lui-même. On est partis !

Too much, dites-vous ?

Une affaire de contexte

Dans certains cas, le décalage n'est dû qu'à une mauvaise lecture du contexte. Exemple : on vous invite à une soirée bière et foot, à laquelle vous vous pointez en costume. Je caricature volontairement mais vous voyez l'esprit.

En cas de doute, demandez-vous déjà si l'occasion requiert une tenue particulière - le dress code - ou du moins un certain "registre". Cela ne vous viendrait pas à l'idée d'aller au bureau en jogging, la même logique s'applique à toutes les situations !

Au-delà de ça, je veux surtout souligner une chose : le too much se définit à travers un système de conventions, auquel il n'appartient justement pas. Ce qui est excessif dans certains cas ne le sera pas forcément dans d'autres situations, ni d'une personne à l'autre.

Je sais que cela paraît évident dit comme ça mais vous verrez, ça nous sera utile pour la suite de la réflexion.

Des erreurs courantes que vous abandonnerez vite

Lorsque l'on débute dans une discipline, il est normal de chercher à en faire davantage. Un peu comme un novice en athlétisme qui courrait sans échauffement, voici quelques tuyaux pour éviter les claquages mode...

L'overdose de couleurs et de motifs

Je n'ai pas grand chose à dire ici. L'explosion de couleurs et la vague de motifs sont des légendes urbaines qui n'ont pas lieu d'être. Vous serez les premiers à vous en rendre compte si vous ressemblez à un arc-en-ciel. Et si vous vous inquiétez encore, c'est qu'il vous faut lire cet article.

Sérieusement, vous vous rendrez forcément compte que votre rétine pique.

Créer du rappel à tout prix

Ah, une erreur déjà bien plus courante ! On a parfois tendance à se dire que notre tenue manque de cohérence, alors on cherche des éléments de rappel pour en renforcer l'harmonie. L'idée est bonne, mais attention à ne pas trop réfléchir.

Prenons cette photo. Toute la tenue se décline autour d'un camaïeu de nuances beige à marron, une forme d'élégance se dégage... Bref, on comprend clairement que ce monsieur a passé du temps à réfléchir son look... mais justement, c'est bien là le problème. Chaque pièce semble avoir été utilisée parce qu'elle en rappellerait une autre.

Attention, ce n'est pas un échec non plus et je n'irais pas jusqu'à dire qu'il est mal habillé. Seulement, avec une telle intellectualisation des couleurs, on perd la spontanéité qui fait aussi l'intérêt d'un look.

L'excès d'accessoires

Évidemment, on ne peut que vous encourager à porter des accessoires. Cravates, bijoux, écharpes... c'est le meilleur moyen pour personnaliser votre style sans prendre trop de risques. (Au besoin, c'est par ici pour la piqûre de rappel.)

Cependant, comme pour le reste, ils sont à utiliser avec parcimonie : quelques uns suffisent à exprimer votre personnalité, ne les laissez pas parler à votre place. Idem pour les bijoux !

Ici, on a à la fois une pochette, une cravate et une boutonnière. L'ensemble est réussi, on évite la surdose (imaginez s'il y avait aussi la pince à cravate et les bretelles). C'est aussi parce que les quelques accessoires utilisés n'ont rien à voir ensemble, aucun n'est véritablement assorti à l'autre.

Pour l'anecdote, Coco Chanel disait : "Avec les accessoires, le plus important est de toujours enlever le dernier que l'on a ajouté.".

Ne pas tenir compte de son âge

Pour le coup, cela fonctionne dans un sens comme dans l'autre :

  • un jeune homme qui s'habillera avec des influences trop "matures" pour lui,
  • un homme mûr qui s'obstinerait à porter les vêtements de sa jeunesse.

Fort heureusement, ni la vie ni le style ne s'arrêtent après 40 ans ! En revanche, c'est un tournant où l'on doit trouver de nouvelles façons d'exprimer ses influences, lesquelles se seront d'ailleurs affinées au fil des années.

À l'inverse, le même conseil s'applique aux plus jeunes : ne vous faites pas plus vieux que vous ne l'êtes. C'est notamment le cas pour les amateurs du style sartorial : bien sûr que vous pouvez porter un blazer si cela vous parle mais restez mesurés, vous aurez tout le temps pour le complet trois-pièces et ses Richelieu.

Typiquement, beaucoup d'hommes croient qu'ils ne peuvent pas s'habiller de façon casual dès lors qu'ils vieillissent, ce qui est absolument absurde ! Cela étant, on va jouer la décontraction autrement : sous un blouson en denim, une belle maille écrue aura plus d'effet qu'un tee-shirt sérigraphié.

Jusqu'à présent, on a traité ce qu'il y avait de plus évident. Finalement, il ne s'agit que d'ajustements qui viennent avec l'expérience. Rien d'insurmontable donc.

Mais peut-on en faire trop même quand notre look est réussi ? Exagère-t-on parfois pour compenser ? Plus subtilement, peut-on avoir un bon style, des influences qui fonctionnent, tout en étant too-much ?

Le total look, fausse valeur refuge

L'une des erreurs que l'on pourrait faire serait d'opter pour un look en kit, une panoplie complète de codes et d'influences que l'on traduit littéralement.

Là où on peut y voir un côté rassurant - pas de prise de tête ; appartenance à un groupe ; besoin identitaire d'un débutant -, on se retrouve bien souvent avec une ribambelle de clichés, sans y ressentir quoi que ce soit de personnel.

La tentation du look de tribu

Par tribu, j'entends "preppy", "grunge", "skater", "dandy", "bohème" et compagnie.

Il y a du bon en chacune d'entre elles, tout comme du mauvais. Par exemple, j'aime les chemises à carreaux des grunges mais beaucoup moins les bas de jeans trop grands effilochés au talon. En résumé, prenez ce qu'il y a d'intéressant et laissez le reste. Ce n'est pas tous les jours Carnaval, aucun amateur du style baroudeur ne veut ressembler à Indiana Jones.

style baroudeur homme

Oui au blouson en cuir et au sac vieilli. Heureusement, on laisse la chemise sale et le chapeau de Crocodile Dundee au placard.

Outre mesure, cela pose un problème sur le plan social. Adopter un look de tribu de la tête aux pieds, c'est bien souvent ne penser que par cette culture et se fermer à d'autres. C'est aussi faire une interprétation littérale d'une idée, sans chercher à l'affiner : ne vraiment pas en faire assez, en un sens, c'est déjà en faire trop.

Malheureusement, c'est également renvoyer une image négative, voire sembler difficile d'accès.

La facilité de la penderie "mono-marque"

Même raisonnement pour les marques : pourquoi mettre tous ses oeufs dans le même panier ? Si une marque retranscrit parfaitement ce qu'on aime porter, il doit bien y avoir des choses intéressantes ailleurs non ?

Les marques s'adaptent en fonction des tribus à qui elles vendent, typiquement Vans pour les skateurs. Si vous vous rabattez toujours sur une ou quelques marques, vous retombez sur le même problème. Autre chose : elles n'ont pas le monopole du bon goût d'une saison à l'autre... (ce qui est aussi vrai pour la qualité). On reste donc vigilants.

En somme, un style mono-marque, c'est bien souvent un style cohérent mais... qui manque de relief. Quoiqu'il en soit, ce n'est jamais complètement le vôtre.

La marque totem : du style offert sur un plateau ?

Encore un cran au-dessus, il y a la marque totem. Cette fois-ci, c'est un peu le chemin inverse : la communauté va à la marque. Dans cette configuration, la parole de la marque fait foi. C'est une notion que l'on retrouve beaucoup dans le luxe mais aussi chez certains labels streetwear, auréolés de hype.

Full look Gucci, marque totem par excellence. Dans un autre registre, j'aurais aussi pu mettre la ligne Yeezy de Kanye West chez Adidas.

Les marques totem jouissent généralement d'au moins deux éléments : des partis-pris stylistiques très marqués et un univers riche, véhiculant une image forte.

Du coup, elles représentent une forme d'idéal que leurs communautés vont chercher à atteindre. Plus on en a, mieux c'est, si bien qu'on se retrouve égérie auto-proclamée de la marque. Le souci, c'est que l'on :

  • finit par porter à peu près n'importe quoi de la marque, le beau comme le moins beau,
  • perd ses réflexes, les bonnes questions à se poser : est-ce un bon produit ? comment est-il fait ? qu'est-ce que cela évoque...?
  • se retrouve membre d'une masse.

Ce qui est traitre, c'est que tant qu'on se trouve dans ce communautarisme stylistique, on ne se rend compte de rien. Alors que d'un point de vue extérieur, c'est une toute autre histoire.

Petite question au passage : le jour où la marque change de créateur, donc de direction artistique, comment ça se passe ?

Sur-jouer une attitude

Je m'éloigne brièvement des vêtements, le temps d'une petite digression.

Corollaire des points précédents : j'ai parfois vu des personnes changer d'attitude lorsqu'elles enfilaient leurs plus beaux vêtements. Des hommes faisant les paons dans leurs power suits.

Si je peux entièrement concevoir qu'une tenue puisse nous aider à avoir confiance en nous, attention à ne pas sur-jouer néanmoins. On peut autant être excessif dans sa manière de se vêtir que de se comporter.

costume tom ford

Costume Tom Ford.

Bon, globalement, on vient de voir comment éviter d'être too much lorsque l'on construit son style, des erreurs du débutant à l'écueil des fausses valeurs sûres.

Une fois son style construit, en a-t-on fini avec l'excès pour autant ? Plus encore, peut-on considérer qu'un peu d'excès a parfois du bon ?

Le too-much est-il forcément mauvais ?

Haha, je jette un énorme pavé dans la marre ici ! Mais honnêtement, qui n'a jamais vu un homme porter une pièce improbable en se disant "ça ne pourrait aller à personne d'autre." ?

Si une personne est par essence extravagante et que s'habiller doit refléter sa personnalité, n'est-ce pas logiquement que ses tenues le soient également (du moins, différentes) ? N'est-ce pas ce qui contribue aussi à sa personnalité ?

Prenons l'exemple de Nick Wooster, plutôt parlant.

Vous m'imaginez moi dans cette tenue ? J'aurais l'air ridicule avec le chapeau melon. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas une pièce qui me parle, elle ne me représente pas et cela se verra forcément dans ma façon de la porter. En revanche, quand le "grain de folie" fait réellement écho à votre personnalité, c'est tout autre chose.

Si cela vous correspond, alors assumez ce petit plus d'extravagance ou de kitsch. C'est aussi ce qui vous définit.

Évidemment, il faut prendre garde à ne pas franchir la frontière entre tenue originale et déguisement mais quand on en arrive à ce stade, on vit tellement ses vêtements que la question ne se pose plus vraiment. Notre style devient purement et simplement une représentation de notre esprit.

Le mot de la fin...

Avant toute chose, gardons en tête que "en faire trop" est forcément lié à un contexte, une situation donnée, même si l'on considère certaines erreurs comme assez générales.

Lorsque l'on débute, il est normal d'être un brin excessif parfois, comme si l'on voulait trop bien faire. Dans 99% des cas, ces petits défauts se gomment avec le temps à mesure que l'oeil s'exerce.

De façon moins évidente, on a tendance à en faire trop dès lors que l'on suit une étiquette : une batterie de règles qui définissent notre style au mieux ; notre comportement et nos interactions sociales au pire. Dans le même esprit, gare aux marques avec une identité forte qui laissent à croire qu'on peut sauter dans leurs lookbooks les yeux fermés. Comme pour tout, prenez le meilleur et appropriez-le vous.

De là, une fois un style solidement établi, on peut prendre des libertés avec "la norme". C'est alors fait avec une telle conviction qu'il n'y a finalement rien de choquant.

L'un dans l'autre, souvenez-vous que s'habiller est avant tout un plaisir. Tentez, ratez, réussissez, recommencez mais surtout, amusez-vous.

Et vous, comment appréhendez-vous tout ça ? Avez-vous votre pièce fétiche qui ne va qu'à vous ? Quel est votre pire raté ? Racontez-nous dans les commentaires !

A propos Rafik

Je suis fasciné par l'expression des contre-cultures et les mouvements underground. Tombé amoureux de la mode à 5 ans, je pense qu'elle doit rester un moyen d'expression, et non une course aux tendances. Et que ça reste entre nous, mais je suis un brin bling sur les bords.

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  • Hervé

    Salut Pierre !

    Coupable également 😉 Oui je le mentionnais au passage mais je suis d’accord, dans l’article ça aurait été HS.

  • Pierre – BonneGueule

    Hello Nicolas !

    C’est tout à fait ce qu’on pense en disant « less is more ». C’est un piège dans lequel il est très facile de tomber, mais c’est aussi en faisant des erreurs qu’on progresse, et puis le ridicule n’a jamais tué personne (la preuve, je suis encore en vie malgré quelques expérimentations un peu douteuses). 😉

  • Pierre – BonneGueule

    Hello Hervé !

    Merci pour ton retour ! C’est vrai que vouloir aller trop vite est une erreur assez fréquente (c’est pas que je parle d’expérience, mais bon, presque), mais en parler ici aurait été vraiment HS. On en parle déjà dans notre guide du débutant, et je pense que c’est là que c’est le plus utile. 😉