Ma passion des vêtements outdoor (1/2) – Parlons Vêtements #45

Temps de lecture : 10 minutes

Publié par le 17 mars 2021

Exceptionnellement, et vue la densité du sujet, je te propose de traiter l'outdoor en deux parties. Celle-ci est consacré au PCU, le système de sept couches des militaires américains. La prochaine traitera des prix, des marques et de la RSE, vaste sujet. Benoît.

Les différences entre l'outdoor civil et le militaire 

Alors dans cette vidéo, pour moi, il va vraiment être très important d’inclure des vêtements militaires, parce que ce sont évidemment des personnes qui sont confrontées à de très gros enjeux d’imperméabilité, de chaleur ou de froid. 

Et il y a quand même quelques différences avec des marques pour civils. 

L'intensité d’utilisation n’est pas du tout la même.

Tu comprends bien qu’un militaire en mission plusieurs mois va porter ses vêtements bien plus souvent qu’un civil qui va au ski deux fois par an une semaine, qu’il va plus souvent être en contact de ronces, de branchages parce qu’il doit être capable de prendre des chemins hors des sentiers battus. 

Donc forcément, il faut du costaud, quitte à avoir des vêtements plus lourds?

Sur du militaire, il y a de gros enjeux de résistances à l’abrasion.

Quand tu portes un gilet tactique, en Cordura, ou un sac à dos très lourd, le frottement peut être très abrasif pour le vêtement, il te faut donc quelque chose de plus costaud quitte à être moins léger, une problématique moins présente en tant que civil, sauf si tu te balades tout le temps avec un gilet pare balles chargé. 

D'ailleurs c’est pour ça qu’a été inventée la Combat Shirt, ce vêtement aux manches dans un tissu très robuste, mais au torse monté dans un tissu très stretch et respirant pour être confortable sous un porte-plaque.

Il faut aussi des vêtements qui gèrent très bien l’humidité pendant plusieurs jours, voire même plusieurs semaines, car ils n’auront pas forcément l’occasion de faire sécher leur veste isolante près d’un radiateur bien chaud en fin de journée et chaque soir. 

C'est pour ça que tu n’as pas de duvet dans les vêtements militaires, car c’est un matériau qui devient pénible à gérer dès qu’il est humide et qui perd complètement son pouvoir isolant, mais ça on va y revenir.

Il y a aussi des problématiques des tissus à la résistance à la chaleur.

Si tu es affecté par une explosion et que la chaleur a fait fondre la manche de ta combat shirt, c’est dramatique, donc il faut des matériaux qui ont un comportement très particulier face aux flammes. 

Et on va y revenir, il y a aussi tout un sujet sur l’eau, où un civil, s’il est un peu trempé, va considérer que son vêtement de pluie ne marche pas, ou est de mauvaise qualité. C’est un peu différent chez les militaires, comme on va le voir. 

De manière générale, ce sont des vêtements qui doivent être confortables, car ça joue sur le moral du soldat : comment veux-tu avoir la motivation de traverser une montagne enneigée si tu penses que ta parka ne te tiendra pas suffisamment chaud ?

Mais par contre, ce qui est commun à une marque outdoor civil et à une marque militaire, c’est que tout repose sur un système de couche de vêtements.

Le PCU : le système de couches "tout terrain"

Alors pendant longtemps, j’étais resté sur le système trois couches très connu en randonnée :

  • Une première couche à même la peau pour évacuer la transpi 
  • Une deuxième pour avoir chaud 
  • Et une troisième en membrane imperméable contre la pluie 

Eh ben… les choses ont pas mal changé 

Je veux parler du PCU, le système de vêtement utilisé par l’armée américaine.

Ce qui change par rapport 3 couches, c'est la suprématie des membranes imperméables qui a sérieusement vacillé.

1. L'évolution du rôle des membranes imperméables et respirantes

On leur reproche une certaine fragilité, et une respirabilité qui chute si les pores de la membrane sont bouchés à cause justement, de trop de transpiration. 

Et certains disent que quoiqu’on porte, au bout d’une journée sous la pluie, on sera mouillé, et que c’est comme ça.

Mais si l’eau mouille, l’eau sèche aussi ! 

Du coup, la nouvelle philosophie, c’est plutôt d’avoir des vêtements très respirants, moyennement imperméables et qui sèchent très vite.

On se dit : "autant être mouillé et sécher très vite".

En gros, c’est résumé en une phrase :"cook yourself dry" et il se dit que tu tombes dans l’eau, et que tu marches une heure derrière, normalement tu dois être sec et surtout au chaud, même s’il fait moins de 10°c. 

Alors ne te méprends pas, l’utilisation de Gore-Tex est toujours là, mais c’est vraiment réservé pour les journées entières pluvieuses et les grosses averses, pas pour le petit crachin de passage.

Du côté des marques civiles, c’est un peu différent. Car on va considérer qu’un vêtement respirant mais qui ne protège pas super bien de la pluie est défaillant, et qu’il faut absolument rester le plus sec possible donc c’est un marché qui reste encore très influencé par le marketing de Gore-Tex, moi le premier ! Et avec même grand plaisir quand je vois les pièces en Gore-Tex de chez Acronym. 

Et ce système de layers, ce PCU, il m’a pas mal inspiré, et je vais t’expliquer pourquoi

2. Qu'est-ce que le PCU ?

C'est un système plutôt fait pour les climats froids, venteux, pluvieux ou même neigeux. Mais si c’est pour randonner une journée au printemps ou à l’été par beau temps, pas besoin de te prendre autant la tête. 

Et en été, très franchement, si tu veux juste être à l’aise pour une petite promenade d’une journée, un tee-shirt de sport, ça suffit largement. Evidemment, prends une couche plus chaude dans le sac à dos et un vêtement contre la pluie si la météo est incertaine. 

Alors, il est composé de quoi ce système ? Tu as 7 couches ! Attention, il n’est pas conçu à ce que les 7 couches soient portées en même temps, le but ce n’est pas de transformer en mille feuilles humain.

3. Niveau 1 : le base layer

La première, c’est le base layer, le vêtement que tu portes à même la peau.

Son rôle c’est d’évacuer la vapeur d’eau.

Chez nous c’est clairement le rôle de nos tee-shirts en laine mérinos : ça sèche vite, ça ne prend pas les odeurs, c’est super thermorégulant, bref tu connais la chanson.

Chez les militaires, c’est autre chose, car avec les frottements très intensifs des gilets pare-balles, la laine mérinos n’est pas suffisamment résistante. Ils ont donc un tissu, ou plutôt une maille, de chez Polartec qui sèche extrêmement vite et qui résiste bien à l’abrasion. Dans les faits, c’est très proche d’un tee-shirt de sport technique que tu peux trouver un peu partout. 

4. Niveau 2 : un base layer plus épais

La deuxième couche c’est toujours un base layer, mais un peu plus chaude, donc le rôle est toujours d’évacuer la transpiration.

C'est là où le Polartec Power Grid a "bouleversé le game", c’est comme une petite polaire très légère et quadrillée pour bien laisser l’air circuler, parfaitement adaptée à un effort physique quand il fait froid. Aujourd’hui, c’est un incontournable de n’importe quelle marque militaire sérieuse ou marque de randonnée.

Alors du côté de BonneGueuleça équivaudrait soit une surchemise, ou en chemise un peu épaisse genre denim à porter par-dessus un tee-shirt, ou notre pull en cachemire si tu le portes à même la peau.

Sauf que depuis peu, j’ai vu que certaines marques, comme Wild Things ou Arc'teryx Leaf, ont remplacé le Polartec Power Grid par… par… du Polartec Power Stretch, le même qu’on a utilisé pour créer un bomber il y a quelques années.

Cette pièce fut un échec cuisant chez nous et j’en suis triste parce que c’est une matière absolument fantastique en termes de gestion de la transpiration et de la chaleur. J’ai porté cette pièce en Mongolie, en festival, en montagne, c’est une de mes pièces qui a le plus voyagé. 

Et je suis pas du tout étonné que la marque Houdini, en ait une pièce phare dans leur collection, et depuis pas loin de dix ans. 

Bref le powerstretch, c’est la vie ! 

4. Niveau 3 : "active insulation"

La troisième couche me plaît beaucoup parce que dans ces dernières années, il y a eu pas mal d’innovations à son propos. 

À la base c’est la bonne vieille polaire qui tient chaud de chez Polartec, très chaude, limite un peu trop en mouvement. 

Et c’est là où ce type de pièce a énormément évolué, où on sait faire des couches bien chaudes mais qui gèrent beaucoup mieux l'alternance effort/position statique.

En anglais, ils appellent ça “active insulation”, c’est-à-dire un vêtement qui te tient chaud et qui arrive à bien gérer les moments où tu as un coup de chaud.

Parmi le genre de technologie, le fameux Polartec Alpha, qui a été inventé exprès pour cet usage militaire et qu’on a largement utilisé chez BonneGueulecomme par exemple avec notre surchemise camo en tissu japonais. 

Je pense même qu’on doit être la seule marque française "non outdoor" à l’avoir utilisé pour des manteaux ou des sur chemises.

Et l’autre grande technologie que j’aime beaucoup, c’est évidemment le ClimaShield. Alors, normalement, il intervient dans un autre layer qu’on va voir dans un instant, mais vu qu’il gère bien la transpiration, il est aussi utilisé pour cet usage où tu es en mouvement dans le froid. 

Dans l'outdoor, la pièce la plus emblématique qui utilise du Climashieldc’est une veste de chez Arc'teryx, qui s’appelle la Atom LT, et qui est sûrement l’une des pièces les plus célèbres de cette marque, avec leur veste Alpha. 

Ils utilisent un poids de 67 g de Climashield Apex. Qui est la même épaisseur que la doublure amovible en ClimaShield de notre veste en Ventile.

Voilà, ça te permet de comprendre concrètement en quoi l’outdoor m’inspire pour nos vêtements.

Nos gilets sans manches, eux aussi en ClimaShield pourraient totalement rentrer dans ce layer n°3. 

Et pour moi, la pièce BonneGueule qui se rapproche le plus de cet usage, c’est notre sweat en Climashieldle Norio que je suis en train de porter. Et avec Julien, on avait eu cette idée de pièces lors de l’ISPO, ce grand salon mondial dédié à l’outdoor justement. La boucle est bouclée ! 

5. Niveau 4 : le coupe-vent

Après tu as le layer 4. Alors ça, j’ai vraiment mis du temps à comprendre l’intérêt de cette couche.

En fait, c’est celle qui désigne un coupe-vent très léger et très compact, mais sans membrane. Le but c’est d’offrir une protection minimale contre la pluie certes, mais très respirante. 

Si tu pars une journée et que le risque d’averse est vraiment minime, mais que ça va être un peu venteux, et que tu as pas envie de t’encombrer, c’est le genre de pièce à emporter. 

Goruck en fait un bien costaud et compacttout comme Houdinini également. 

Alors chez BonneGueule, on n’a pas trop d’équivalents de cette pièce, parce que je trouve que c’est compliqué à correctement interpréter pour un vestiaire urbain, et il y a finalement assez peu de situations où tu as besoin d’un coupe-vent très léger et compact.

6. Niveau 5 : la softshell à tout faire

Ensuite il y a la cinquième couche. Alors là attention, attention, là c’est un layer qui m’a beaucoup intéressé, et c’est un peu la pièce clef du PCU.

Le principe de base est très simple de cette couche : te protéger du froid, de la pluie, mais garder une très grande respirabilité quoiqu’il arrive, notamment si tu es en mouvement soutenu. Quitte à ne pas être complètement imperméable, donc là aussi, exit les membranes type Gore-Tex. 

En gros, c’est un peu la pièce outerwear couteau suisse qui se porte dans une grande multitude de conditions. 

Alors pour ça, le tissu utilisé est assez mystérieux, et quasiment inconnu dans les marchés civilsc’est tissu avec un traitement EPIC, ça s’appelle vraiment comme ça, d’une entreprise américaine qui s’appelle Nextec. 

En gros le principe est assez simple : plutôt que d’appliquer un apprêt déperlant, le fameux DWR que tu vois écrit partout, pour Durable Water Repellent, on va faire un autre traitement 

En fait le traitement de Nextec à prendre n’importe quel tissu, et grâce à leur technologie unique, qui est un secret industriel, ils vont encapsuler chaque fibre du tissu d’une micro gaine en silicone. Silicone qui va empêcher l’eau de rentrer par capillarités, tout en laissant passer l’air entre les fibres. C’est comme ça que tu as un bon équilibre entre respirabilité et protection de pluie. 

Tu peux trouver quelques vestes level 5 avec le traitement Epic que faisait Patagonia dans leur ligne militaire, mais ça devient de plus en plus côté et difficile à dénicher. 

Honnêtement, je ne serai pas contre l’utiliser un jour pour BonneGueule, mais ils n'ont pas l’air de chercher spécialement des clients civils, le site internet est assez minimaliste, j’ai l’impression que nextec se contente de vivre sur ses gros contrats militaires et que ça lui suffit amplement. 

Et du côté de BonneGueule justement, ben ce sont tout simplement les pièces en Ventile. Le Ventile c’est exactement ça ses propriétés : coupe vent, bien respirant, et c’est une protection très correcte face à la pluie.  

Pour avoir porté notre veste en Ventile au Pays basque, un climat très doux et humide, j’ai bien senti que ça respirait vraiment plus qu’une membrane. C’est une matière absolument merveilleuse, c’est pour ça que j’ai beaucoup insisté pour en faire des sneakers ou des casquettes. 

Et entre nous, j’espère pouvoir en faire une pièce pour femme un jour. 

Et du côté de chez Acronym, j’ai enfin compris pourquoi dès le début, en plus de leur mythique veste J1A-GT en Gore-Tex, ils ont rapidement sorti une veste en Ventile, ça fait totalement sens dans une garde-robe qui se veut très polyvalente face aux conditions climatiques. 

Donc pour moi, le Ventile est vraiment LA matière qui colle parfaitement à l’usage niveau 5, et là aussi, je pense que tu viens de comprendre à quel point l’outdoor a nourri mes réflexions pour nos pièces en Ventile. 

Du côté des marques outdoor civiles, des vêtements qui remplissent ce rôle, tu en as plein, on les appelle les softshells. Mais vu que les matières sont moins hype que le Gore-Tex, et que leur prix est moins élevé, elles sont moins mises en avant. Mais c’est vraiment une pièce que tu as chez toutes les marques outdoor.

Chez Houdini c’est la Daybreak, chez Arcteryx c’est la Gamme MX, dans la gamme Leafchez Millet tu en as facilement une trentaine, bref ce n’est vraiment pas le plus difficile à trouver.

7. Niveau 6 : la protection contre la pluie

Ensuite on passe au niveau 6.

Bon là ce n’est pas compliqué, là c’est la vraie protection de pluie, c’est la veste en Gore-Tex que tu trouves partout.

Qui existe toujours, mais qui est plutôt réservée vraiment à de grosses averses ou à des positions statiques ou des pluies qui durent des heures et des heures. 

Alors vu qu’en situation urbaine, tu n’es pas en activité physique intense, que tu ne portes pas un gilet pare balle étouffant et que c’est effectivement important de ne pas être trempé, pour moi l’utilisation de membrane de ce type fait complètement sens. Et c’est vraique mine de rien, les possibilités de layering sont infinies. 

Chez BonneGueule, le niveau 6 c’est celui qui correspond à toutes les pièces avec une membrane imperméable et respirante qu’on a sortie. Je pense à la première softshell en tissu Sympatex, à la parka en Cordura avec la membrane eVentau raincoat en membrane Schoeller, ou à la future pièce de pluie qui sort fin mars 2021.

Franchement avec le recul, je suis très content de voir tout ce qu’on a exploré tant que marque urbaine française et là aussi je vais me répéter, mais c’est vraiment en me pêchant sur les marques outdoor que j’ai été nourri dans mes réflexions. 

8. Niveau 7 : la protection "grand froid"

Et maintenant on arrive au tout dernier niveau ! Le niveau 7 ! 

Bon là c’est simple : c’est la veste qui te tient bien au chaud, notamment quand tu es dans la neige et / ou en position statique pour toutes les températures négatives 

C'est là où il faut envoyer les grosses épaisseurs de Climashield, genre au moins du 100g, si ce n’est pas du 150g ou même du 200g.

Point important, ça doit être en isolation synthétique, tout simplement parce que c’est un isolant qui résiste bien mieux à l’humidité que du duvet (et parce que plumer des oies c’est mal). 

Et quand tu es un militaire et que tu passes des semaines dans l’humidité, avec peut-être pas de possibilité de faire sécher tes vêtements au-dessus du radiateur, c’est vraiment capital comme propriété. 

Cela dit, ça n’a pas empêché Arc'teryx Leaf de sortir une parka contre le froid absolument énorme en duvet, mais franchement, à part si tu es gardien de prison en Sibérie en statique, je ne vois pas pour quel usage elle a été conçue. Surtout qu’elle coûte 2000 €. 

Autre point important, la coupe doit être assez large parce qu’il faut pouvoir la porter par-dessus tous les vêtements qu’on a vus auparavant. D’un point de vue urbain, c’est moche, mais dans des enjeux militaires ça fait complètement sens. 

Chez BonneGueule, ça correspondrait à nos pièces les plus chaudes, avec le style en plus. Je pense par exemple à notre parka Fuji, avec 167g de Climashiel ou à notre blouson en laine de chameau avec du Polartec Alpha dedans. 

Oui oui, les vêtements BonneGueule c’est un système PCU déguisé ! 

Voilà donc le système dans sa globalité et tu te rends bien compte que tout va se jouer dans le layering et ses possibilités hyper nombreuses, c’est vraiment un système très riche, et qui va bien au-delà du “vieux” système trois couches habituel. 

Et donc, pour accompagner le PCU tu as même un petit PDF qui récapitule tout, et qui te dit quoi porter en fonction de quelles conditions, c’est plutôt bien fait ! 

Alors c’est un système de couche et il y a quelques variantes, je sais que certaines armées utilisent des base layers en mérinos avec du polyester pour augmenter la résistance, d’autres des base layer “résille” pour créer une couche d’air entre la peau et le vêtement, d’autres encore sont sur 5 couches, comme celui de David Manise, un instructeur de survie français dont j’aime beaucoup les contenus.

👖Vêtements BonneGueule cités dans la vidéo :

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