Dossier : Choisir le rasage traditionnel, le meilleur rasage pour homme

Temps de lecture : 18 minutes

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Mathieu a crée un excellent sujet de discussion dans le forum à propos du rasage traditionnel. Le résultat est un guide long, mais vraiment complet, et qui plaira à tous ceux qui en ont assez de se balafrer avec des lames de mauvaises qualité (ou de dépenser le PIB de la Grèce en lames de rasoir Gilette tous les 2 mois).

Peu d’hommes peuvent se permettre d'adopter le look Chabal.

Petite histoire du rasage à travers les âges

Alors vous y voilà.

Vous y pensez en vous rasant le matin comme dirait l’autre. Face à votre miroir, pas très bien réveillé, cette bombe de "gel à raser 3000" et votre rasoir en plastique Wilkinette Mach 12 et demi ne vous inspirent vraiment, mais alors vraiment pas. Quelle corvée !

Et en plus ça vous coûte un bras. Oh vous n’avez jamais fait le calcul, mais instinctivement, vous le savez : les 4 têtes Fusion Proglide Power à 18,82 € (4,71 € / pièce), ce n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler l’affaire du siècle (petite dédicace à tous ceux qui en ont marre de voir les montants de leurs tickets de caisse monoprix exploser à chaque fois qu’ils doivent racheter des lames et/ou une bombe de mousse).

"C’est bien gentil, mais ce n’est pas vraiment comme si j’avais le choix", me direz-vous. Et vous auriez presque raison, car ressembler à un homme des cavernes hirsute n’est certainement pas une option raisonnable pour l’homme moderne que vous êtes.

Pourtant le choix vous l’avez : mais il est derrière vous. Quittez donc votre miroir des yeux l’espace d’une seconde, juste le temps de jeter un petit coup d’œil en arrière : le meilleur de longues décennies de rasage traditionnel était juste là, à votre portée, bien caché sous des tonnes de brevets inutiles soigneusement déposés par les vendeurs de rasoirs multi-lames.

Quel rasage choisir ? Et où est passé le rasage traditionnel ?

Le rasage traditionnel, ou rasage à l’ancienne donc. Encore une obscure pratique réservée aux extrémistes, un rite inutile que même votre grand-père a abandonné au profit du progrès moderne ? Au profit, en effet.

Deux mots d’histoire, si vous vous rasez aujourd’hui avec du matériel à la fois kitch, hors de prix et désagréable, c’est parce que quelques types en costumes ont un jour décidé entre eux que ça ne rapportait plus assez de vendre quelques lames par-ci par là, et que ça commençait à bien faire, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir et qu’on allait déposer des brevets à la pelle et commercialiser des rasoirs jetables à 2, 3, 4 (bientôt 5 ? vers l’infini et l’au-delà ?) lames et récolter des sous, nom d'un poil de barbe.

Rappelez-vous ce passage de 99F dans lequel Beigbeder ironise sur le fait que les mecs du marketing s’en sortiront toujours, même s’il faut pour cela pondre un nouveau rasoir à 15 lames. Pour les plus intéressés, ça s’appelle l'obsolescence programmée = comment transformer certains objets durables en consommables. Je me permettrai donc de référer à ce type de rasage sous l'appellation amplement méritée de "rasage marketing". En passant, est-il besoin de préciser que ces lames sont une horreur à recycler ? (Acier encastré dans du plastique + autres aberrations / complexités techniques = miam).

Ce rasoir est probablement capable d’aller dans l’espace,
mais ce n’est pas ce qu’on lui demande…

Comment se raser (ou plutôt comment ré-apprendre à bien se raser) ?

J’arrête de couper les cheveux en quatre car cela risque de devenir rasoir, et j’en viens au vif du sujet (blagues stupides évacuées, c’est parti).

Si je devais définir le rasage à l’ancienne, je dirais qu’il s’agit de l’utilisation de matériel de type old school / vintage en vue de trancher vos poils du visage. Comme nous ne sommes pas des extrémistes (et surtout comme ça fonctionne bien) on pourra mélanger les deux types de rasages.

Concrètement c’est : un peu de matos, un peu de technique, et beaucoup de plaisir.

Ça peut vous sembler étrange, mais certains prennent du plaisir à se raser. J’ai sauté le pas il y a un an, je m’en félicite tous les matins. Bonne nouvelle : l’apprentissage est assez facile / naturel / progressif et on ne se coupe pas (ou très peu) même au début. Ne jugez pas du résultat sur votre premier rasage, vous serez peut-être un peu moins bien rasé que d’habitude, et ce sera parfaitement normal. Vous aurez probablement besoin de quelques rasages pour obtenir un résultat sympathique. Et après quelques semaines, le résultat obtenu devrait être incomparable...

Le matériel requis est déjà plus élégant, isn't it ?

Le rasage se décompose en trois phases (j’y reviendrai plus en détail par la suite), à effectuer dans l’ordre s’il vous plaît 😉

  1. Avant-rasage (préparation / nettoyage de la peau et du poil)
  2. Rasage (attention chérie, ça va trancher)
  3. Après-rasage (rinçage, séchage, application d’une lotion)

Vous les connaissez déjà évidemment, mais vous n’utilisez probablement pas le même matériel pour les réaliser (rasoir jetable, à têtes interchangeables ou électrique, mousse / gel à raser en bombe, après-rasage de supermarché).

Chaque phase est adaptable dans d’innombrables variantes, en fonction de vos goûts, de votre humeur du jour, du matériel et du laps de temps à votre disposition, ce qui fait que chaque rasage sera unique... même si vous pourrez décider d’adopter une routine, ou de créer la votre, avec ou sans déclinaisons. Les possibilités sont énormes, tentons donc d’y voir plus clair.

Avant-rasage : pour un meilleur rasage, préparez le terrain

Il s’agit ici de préparer votre peau au rasage. On n’attaque pas comme ça, c’est qu’une lame ça agresse, ça irrite. Nous allons donc tenter d’assouplir le poil et de protéger la peau.

Rasage marketing :

  • on utilise principalement de l’eau et de la mousse ou du gel à raser.

Rasage traditionnel :

  • eau
  • huile de pré-rasage (en option)
  • crème de pré-rasage (en option)
  • savon ou crème à raser
  • brosse / blaireau
  • bol / tasse à raser (en option)

J’ai listé ici pas mal de matériel, et vous n’avez heureusement pas besoin de tout !

Pour bien commencer, on choisit généralement un savon à raser (ou une crème, mais c’est un peu moins économique), un blaireau, et un bol ou une tasse à raser sauf pour les aventuriers qui veulent monter leur mousse directement sur le visage (certains le font, personnellement je trouve ça un peu compliqué à gérer, surtout quand on débute).

On conseille en général d’attaquer le rasage en sortant de la douche, pour que votre visage soit déjà humide / ruisselant. Le poil sera bien plus souple et facile à couper. Sinon, aspergez-vous généreusement d’eau tiède au robinet. J’insiste sur le tiède, l’eau trop chaude agresse la peau, et l’eau froide n’est pas des plus agréables (là c’est vous qui voyez).

Il est maintenant temps de monter votre mousse. A l’aide du blaireau humidifié, faites quelques tours sur votre savon à raser pour la charger en produit (si vous utilisez une crème à raser, il suffit d’en mettre une petite noisette au fond du bol). N’écrasez pas trop la brosse pour ne pas l’abîmer. Videz l’eau de votre bol sans le sécher (pour qu’il en reste un tout petit peu au fond) : vous êtes prêt à monter votre première mousse.

Ici pas de secret, il faut de la pratique. Faites plusieurs tours vigoureux dans un sens et dans l’autre (toujours sans martyriser votre brosse) jusqu’à obtenir une mousse de consistance et de qualité suffisante. Attention à la quantité d’eau. Si vous en mettez trop ce sera la consistance d’une soirée mousse, fun mais pas très protecteur. Si vous n’en mettez pas assez la mousse sèchera sur votre visage, un peu désagréable et surtout inefficace. Visez la consistance onctueuse, pour les gourmets : entre les blancs d’œufs en neige et la chantilly.

L’astuce : commencez avec très peu d’eau, et ajoutez en par toutes petites touches. Vous pouvez passer votre main sous le robinet et laisser ruisseler au dessus du bol pour maîtriser la quantité.

Votre mousse est prête ? Un petit tour dans le bol pour bien charger la brosse, et hop, sur le visage. Pincez les lèvres (ça n’a pas très bon goût) et massez-vous le visage à l’aide du blaireau. La couche ainsi déposée sera relativement fine car il s’agit surtout de dresser le poil et de bien faire adhérer la mousse à votre peau. Une sorte de sous couche. Vous pouvez à présent passer en mode Picasso et utiliser la brosse comme un pinceau pour ajouter une belle couche bien épaisse de mousse à votre visage.

Personnellement c’est un des gestes que je préfère dans le rasage. Il met un terme à la phase de préparation.

Une belle mousse épaisse et protectrice.

Quel rasoir choisir ? Le moment du choix des armes

Rasage marketing :

  • rasoir électrique ou multi lames, à tête interchangeable ou jetable

Rasage traditionnel :

  • rasoir de sécurité (aussi appelé DE pour double edge) + lames DE / coupe chou (CC)

Et c’est tout ! Et croyez moi, c’est déjà beaucoup. Ici aussi, les possibilités sont quasiment infinies : sans compter les nombreux modèles disponibles dans le commerce et les trésors trouvables dans les vides greniers (bon ok, sur ebay). Certains passionnés vont jusqu’à restaurer de vieux rasoirs en confectionnant eux-mêmes la chasse d’un coupe chou (au même titre que certains fabriquent des blaireaux uniques).

Le coupe-chou

Je passe rapidement sur le coupe-chou (ou sabre), car je ne m’y suis pas essayé personnellement et qu’il me semble moins accessible pour le néophyte : il s’agit d’un rasoir muni d’une lame fixe, qui peut se replier dans la chasse.

Relativement onéreux à l’achat, son maniement nécessite un peu plus d’apprentissage que celui d’un rasoir de sécurité. Il convient également de l’utiliser avec précaution : si vous partagez une petite salle de bain avec votre compagne ou vos enfants et que tout ce petit monde est mal réveillé, vous risquez d’être bousculé…

Il faut également penser lors de l’achat à demander si l’option « shave-ready » est disponible, car une étape de préparation est indispensable avant la première utilisation de cet objet. L’entretien du précieux est un sujet que je ne maîtrise pas, mais j’ai pu lire ici et là que c’était également tout un art, avec des pierres spéciales pour l’affûtage et des bidules en cuir pour l’affilage.

Pourtant, le rasage au coupe-chou est fascinant, il y a quelque chose de magique dans cette pratique de vrai gentleman.

Le rasoir droit dit « coupe-chou », un peu délicat pour débuter...

Le rasoir de sécurité

Vous l’aurez compris, nous allons privilégier la solution la plus simple : le rasoir de sécurité.

Le rasoir double edge, DE, de sécurité, c’est la même chose : c’est le rasoir du GI américain... et peut-être aussi de votre grand-père. Cela fait appel à un autre imaginaire que le coupe-chou, également viril et vintage, mais pas de la même époque.

Le principe est simple : un rasoir dont la tête se dévisse, un pack de lame, glissez une lame dans le rasoir, resserrez la tête : vous êtes bon pour le service, soldat ! Je reviendrai plus tard sur le choix des lames.


Le rasoir de sécurité merkur 34 C HD (Heavy Duty), simple et efficace

Comment se raser ?

Vous êtes maintenant fin prêt.

Le visage protégé de mousse, le rasoir à la main, une lame toute neuve en place, prête à… prête à quoi au fait ?

Un instant s’il-vous-plaît, il faut vous défaire d’une mauvaise habitude prise avec votre ancien rasoir : celle d’appuyer comme un bourrin. Je m’en rappelle encore comme si c’était hier : les multi-lames, c’est une horreur, il faut mettre une sacrée pression sur le rasoir pour que ça coupe un minimum. Les poils se coincent entre les lames, et c’est encore pire.

Reprenons donc : vous avez votre DE en main. Profitez-en pour soupeser l’engin. On n’est plus face à un plastique cheap, c’est du métal, du gros, du viril, du lourd. C’est exactement ce qui nous intéresse : vous n’aurez pas besoin d’appuyer. Laissez le poids du rasoir faire le travail à votre place. Vous n’aurez pas un résultat BBS (Baby Butt Smooth – littéralement « lisse comme des fesses de bébé ») dès la première passe et c’est normal : vous allez vous raser en 2 ou 3 passes.

Le principe est de réduire progressivement la longueur du poil. Vous verrez, avec un peu d’habitude, ça ne met pas plus de temps. N’essayez surtout pas d’obtenir un bon résultat dès la première passe, c’est le meilleur moyen de vous irriter méchamment la peau.

Vous devez maintenant trouver le bon angle (ce que la tête articulée de votre multi-lames faisait plus ou moins bien à votre place). Rien de plus simple : posez la tête du rasoir contre votre peau, le manche perpendiculaire à la surface à raser, et inclinez doucement le manche de quelques degrés pour placer la lame en position de coupe.

Trouver le bon angle se fait au feeling, vous y arriverez très vite, au bout de quelques essais vous n’aurez plus besoin d’y réfléchir car vous aurez automatisé le geste. Soyez bien attentif au sens de pousse du poil : il n’est pas le même sur tout le visage. Effectuez votre première passe dans le sens du poil. Soyez particulièrement attentifs à vos gestes dans le cou et sur la moustache : la peau y est plus sensible.

N’hésitez pas à faire des grimaces si cela peut vous aider à aplanir la zone que vous rasez ! Il est également possible de s’aider de votre main libre pour tendre la peau (ne tirez pas comme un bourrin : on a dit tendre, pas lifter).

L’astuce : bloquez votre poignet. Seules les articulations de l’épaule et du coude travaillent.

Une fois la première passe terminée, vous pouvez rincer votre visage, pour l’enduire à nouveau de mousse (si vous avez bien bossé à l’étape 1, il en reste une bonne quantité dans le bol). Il est temps d’attaquer la deuxième passe. Certains l’exécutent en travers du sens de pousse, mais d’autres continuent dans le sens de pousse. Pour un début, restez dans le sens de pousse, c’est moins agressif, et votre peau n’est pas encore habituée à ce nouveau rasage, ainsi qu’à vos gestes un peu hésitants 😉

Répétez avec une troisième passe si le besoin s’en fait sentir. De rasage en rasage, quand votre technique s’affinera, vous pourrez tenter des passes en travers et à contre-sens du poil, mais toujours lors de la deuxième ou troisième passe. En pratique, selon votre pilosité, la sensibilité de votre peau, les petits problèmes de repousse qui peuvent survenir occasionnellement (poils incarnés, boutons, petites lésions), il est sage d’adapter votre rasage.

Vous n’êtes pas obligé de faire une passe à contre sens sur l’ensemble du visage : si un endroit vous semble moins bien rasé qu’un autre, rien ne vous empêche d’y revenir, ou de le faire à contre-sens même si le reste de votre rasage s’est fait dans le sens du poil. Allez-y au feeling.

Quand vous estimez le rasage satisfaisant, rincez votre visage, essuyez la mousse de votre cou, de vos oreilles et de vos narines. Vous voilà présentable, mais il reste une étape essentielle !

Après-rasage : l’indispensable troisième mi-temps

Rasage marketing :

  • un après-rasage de supermarché

Rasage traditionnel :

  • pierre d’alun (optionnel)
  • serviette chaude (optionnel)
  • après-rasage en lotion / baume de qualité

Pour bien finir le travail, il vous faut apaiser votre peau. Malgré les nombreuses précautions prises lors de votre cérémonial, votre visage vient de subir une agression. Rien de grave, mais il faut agir ! En cas de petites coupures, la pierre d’alun fait des miracles, elle arrête les petits saignements avec une efficacité redoutable.

Vous pouvez vous amuser à la passer sur le reste de votre visage encore humide pour repérer vos petites erreurs de manipulation du rasoir. C’est facile : c’est là où ça pique.

Vérifiez bien qu’aucun poil n’a échappé au rasoir, particulièrement sur le contour de la bouche et dans le cou sous les angles de la mâchoire, avant de ranger un peu le bazar que vous n’avez pas manqué de mettre dans votre salle de bain.

Votre peau a eu le temps de sécher un peu (tamponnez avec une serviette éponge si besoin), il est temps d’appliquer l’après-rasage (on peut appliquer au préalable une serviette chaude pendant 15 à 20 secondes pour bien ouvrir les pores de la peau). Si vous utilisez un baume (plus épais) : un peu dans les mains, et on l’étale sur le visage.

Si vous utilisez une lotion (liquide) c’est moins évident à doser, il existe des petits vaporisateurs qui s’adaptent sur le goulot de la bouteille, c’est idéal mais je n’ai pas pu tester moi-même. Les avis sont mitigés sur l’utilisation d’après-rasages contenant de l’alcool. D’un côté il paraît que ça désinfecte. De l’autre, il paraît que ça arrache sur le coup. Comme dirait l’autre : c’est vous qui voyez.

On dit parfois que les baumes sont plus adaptés à l’hiver, et les lotions à l’été. Personnellement j’ai trouvé un compromis avec un baume assez mentholé / rafraîchissant que j’utilise toute l’année.

L’astuce : pensez à utiliser un après-rasage qui ne parasite pas l’odeur de votre parfum ! A cet égard, les baumes seront peut-être moins problématiques que les lotions.

Des tutos en vidéo fort sympathiques ont été postés sur youtube par mantic59 :
C'est en anglais, mais ce sera utile à tout le monde de voir plein de techniques et d'astuces en action.

Il explique ici comment bien se raser en 10 minutes :

L’achat du matériel de rasage homme

C’est bien beau tout ça, mais concrètement j’achète quoi ? Et où ?

Pour ne rien vous cacher, vous n’avez que l’embarras du choix, tant l’offre de produits est pléthorique (merci internet). On va essayer de vous donner quelques repères et de vous aider à vous y retrouver dans cette jungle. Sachez tout d’abord que vous n’êtes pas forcé de tout acheter d’un coup. Vous pouvez très bien acheter un rasoir et des lames tout en conservant votre après-rasage et votre mousse actuelle, ou un blaireau et du savon sans changer votre multi-lame.

L’idéal étant bien sur d’acheter un blaireau, un pot de savon (ou un tube de crème), un rasoir de sécurité et quelques lames.

Vous pouvez ensuite acheter un bon après-rasage ainsi qu’une pierre d’alun. Pour le bol à raser, n’importe quel bol de petit déjeuner devrait faire l’affaire. J’ai personnellement trouvé un bol en inox à 2 ou 3 € chez Ikea.

Le blaireau

Choix par défaut, trouvable en supermarché : Wilkinson, 12 €. A ce prix n’attendez pas de miracle, la qualité n’est pas top, mais pour une initiation ça peut être correct. J’ai revendu le mien assez vite pour en prendre un plus beau sur internet.

Sur internet, vous avez pas mal de choix pour cet objet. Evitez simplement les brosses en poil de porc (boar) et tournez-vous vers les véritables blaireaux... en poil de blaireau (bagder). La taille de la brosse est mesurée en mm au niveau du nœud (knot) de la base des poils. Inutile de commander le plus gros vous seriez bien en peine de travailler les zones plus petites comme la moustache. Concrètement 20 à 23 mm c’est déjà pas mal.

Trois types de poils sont utilisés :

  • Pure bagder : les poils plus communs du blaireau sont utilisés pour confectionner des brosses d’entrée de gamme tout à fait correctes, la mousse peut être un peu plus difficile à monter.
  • Best bagder : ces poils sont déjà plus rares sur l’animal et la brosse fabriquée est de meilleure qualité, et plus dense. La mousse sera plus facile à monter, et le contact sur le visage plus agréable.
  • Silvertip badger : ce sont les poils les plus rares, les plus doux, mais surtout les plus chers. Pour autant il n’est pas forcément judicieux de vous lancer dans ce type d’achat. Il Peut être plus difficile pour le raseur inexpérimenté de charger la brosse en savon ou de masser son visage à cause de la grande souplesse des poils.

Dans les bonnes marques on trouve par exemple Omega, Muhle, Edwin Jagger, Kent, Plisson, et Simpson. Ne vous préoccupez pas trop du support pour faire sécher le blaireau, il sèchera très bien la tête en haut.

Budget raisonnable : 30 à 50 € vous aurez déjà une belle brosse en best badger.

Un beau blaireau de la marque Kent : fournisseur officiel de la Couronne Royale d'Angleterre, yes sir !

Le savon / la crème

Choix par défaut, trouvable en supermarché : savon à barbe monsavon, environ 1,5 €. Il vaut à peine son prix. Si vous voulez absolument éviter les frais de port, vous trouverez probablement au même rayon un tube de crème Palmolive ou Wilkinson pour 2 ou 3 €. Qui valent un peu plus que leur prix, elles.

Savon contre crème, round 1. Que dire ? Le savon est trouvable en bol ou en stick (plus pratique pour le voyage, à étaler sur le visage pour y monter la mousse directement). Avantage : il dure plus longtemps, donc meilleur marché. La crème est généralement en tube ou en pot. Elle peut être transportée plus facilement qu’un gros bol de savon, et on en trouve de qualité correcte au supermarché du coin. Le reste est question de préférence et de disponibilité.

Sur internet, l’offre est tout simplement énorme. Avec ou sans paraben, pour peau normale ou sensible, aux multiples parfums : Proraso (frais et mentholé/citronné), Cella (haut de gamme) dans les produits italiens, Taylor of Old Bond Street (TOBS) pour les anglais (parfumé à l’amande, à la lavande…), Tabac chez les allemands (odeur assez virile et entêtante), Speick, Valbora, Musgo Real….

Ne vous prenez pas trop la tête avec le parfum du savon, il ne persistera pas après le rasage : prenez celui qui vous plaît. Notez que les crèmes / savons pour peaux sensibles ont souvent une odeur moins forte / plus neutre. D’autre marques que je n’ai pas eu l’occasion de tester mais qui ont une très bonne réputation : Maison du Barbier (ils font aussi des blaireaux), Crabtree & Evelyn, Cella, Martin de Candre.

Budget raisonnable : 5 à 15 € pour un pot de savon qui durera au moins un an (le mien me paraît increvable, dire que j’avais acheté un deuxième pot…).

Martin de Candre, le très haut de gamme du savon à raser.

La réputation du savon Cella est excellente, mais qu’allez-vous faire d’une telle quantité ?

Sélection de rasoirs

Je parlerai ici uniquement des DE (et il y a déjà beaucoup à dire !).

Encore une fois : vous pouvez tout choisir ou presque. Manche court ou long, rasoir lourd ou léger, montage 2 ou 3 pièces (ou papillon), tête droite, peigne ou slant, réglable ou non… vous êtes un peu paumé ? Essayons d’y voir clair.

La longueur du manche et le poids du rasoir sont affaire de préférence, et influent sur la prise en main et la maniabilité. J’ai un faible pour les manches longs et les rasoirs assez lourds, même si c’est moins pratique pour partir en voyage.

Le montage : c’est la façon dont votre rasoir s’assemble pour permettre d’y glisser une lame. Le rasoir se démonte généralement en 2 ou 3 pièces, mais il existe aussi de vieux Gilette à ouverture papillon. Peu d’incidence sur le rasage : prenez ce que vous voulez. La tête droite est la plus courante, celle qu’on conseille généralement pour s’initier au DE, et pour un usage quotidien.

Montage court (3 pièces)


Montage long (2 pièces)

Ouverture papillon

La tête a peigne dentelée est munie d’une sorte de peigne, elle est plus adaptée pour raser des poils longs. Quant au slant, il s’agit d’une tête un peu tordue / en biais qui nécessite un peu plus de pratique et de maîtrise. Les peignes dentelés / slant sont souvent un deuxième ou troisième achat « plaisir » des possesseurs de DE.


Peigne droit


Peigne dentelé


Slant

Les marques : Merkur (modèles 33C, 34C « HD », 38C, assez incisifs, Vision ou Futur pour les réglables), Mühle (R89, plus doux) ou vieux Gilette des années 60 (en occasion sur le net), et vous aurez du très bon matériel sans vous ruiner. Les modèles réglables de chez Merkur sont déjà plus chers (Vision, Futur). Mieux vaut taper dans du Gilette vintage (le grenier de votre grand père recèle peut-être des trésors ?).

Edwin Jagger fait aussi d’assez bons rasoirs, mais pour en avoir eu entre les mains, je reste sur mon Merkur et mon Gilette sans hésiter !

Budget raisonnable : 25 à 40 euros.

Sélection de lames

Choix par défaut, trouvable en supermarché : Gilette bleues ou Wilkinson sword (tout juste correct) / Carrefour (pas mal paraît-il).

Vous allez rire : le choix est vaste. Vous commencez à avoir l’habitude non 😉 ?

L’avantage est qu’une lame dure en moyenne 4 à 6 rasages, c’est donc l’occasion d’en tester quelques unes (mais pas toutes, vous avez une technique à parfaire, il serait dommage de tester des dizaines de lames pour vous rendre compte que ce sont en fait vos gestes mal assurés de débutant qui vous causent ces petites irritations).

Dans les bonnes références trouvables en ligne, on peut citer les lames Derby, Gilette 7 o’clock jaunes (sharpedge) ou vertes (superstainless), Shark, Tiger, Personna (il paraît que ce sont les fournisseurs de Carrefour), Bic chrome platinum, Feather (plus chères et tranchantes, ne commencez pas avec ces lames, surtout si vous avez acheté un DE plutôt agressif).

Il en existe beaucoup d’autres. Je me suis arrêté sur les gilettes 7 o’clock jaunes qui proposent un bon compromis entre tranchant et tolérance aux petites erreurs de manipulation.

Budget raisonnable : de 15 a 20 cts par lame. La plupart des sites proposent un sample pack pour quelques euros, ce qui devrait vous permettre de tester quelques lames avant d’en acheter par 50, 100, 300… pour faire baisser le prix à l’unité.

Une lame de la marque Feather, made in japan


Quelques packs de lames

Sélection d'après-rasage

Choix par défaut, trouvable en supermarché : n’importe lequel que vous avez déjà sur l’étagère, ou à disposition dans votre supermarché.

Baume ou lotion ? Comme vous le sentez. Entre Taylor of Old Bond Street, Tabac (attention, odeur bien virile qui peut anéantir votre parfum), Speick, Weleda, Proraso, vous devriez trouver votre bonheur !

Budget raisonnable : 10 à 20 euros pour un baume sympathique.


Musgo Real, le baume des champions ?

Quelques adresses pour se fournir en matériel et en produits

Internet

  • http://connaughtshaving.com/ : ne vous arrêtez pas au design, ce site est un modèle de fiabilité et de sérieux, certains produits sont disponibles sous forme d’échantillons, pratique pour tester !

En physique

  • Armurerie Renaud 128 r Provence 75008 Paris
  • Coutellerie Chastel 190 bd Haussmann 75008 Paris
  • Tentez l’expérience chez le barbier : Alain, Maître Barbier. Salon-Musée 8 rue Saint Claude 75003 Paris

En cherchant un peu, vous découvrirez peut-être dans votre ville une coutellerie, une armurerie ou un coiffeur qui sauront vous proposer des conseils et éventuellement du matériel intéressant.

Sachez également profiter de vos voyages à l’étranger pour découvrir les produits disponibles sur place :

  • En Italie, les produits Proraso sont considérés comme de consommation courante, et disponibles à vil prix dans de nombreux supermarchés. Et le savon Cella (du vrai haut de gamme old school) est disponible en blocs d’1 kg.
  • En Allemagne vous trouverez facilement la gamme Tabac ou Speick.
  • Et en Angleterre vous devriez pouvoir acheter les produits Taylor of Old Bond Street : soyez curieux !


Tabac


Musgo Real


Proraso


Tailor of Old Bond Street

En savoir plus sur le rasage traditionnel ?

Voici enfin quelques liens vers des forums et sites de passionnés qui regorgent de bons conseils, de bons plans, d’infos sur des marques un peu plus confidentielles mais de grande qualité :

En français :

Mini lexique :

  • DE : Double Edge, rasoir de sécurité à lames interchangeables
  • CC : coupe-chou, officiellement sabre, ou rasoir droit
  • ATG : Against The Grain, passe à rebrousse-poil
  • XTG : Across The Grain, en travers du sens de pousse
  • WTG : With The Grain, dans le sens du poil
  • BBS : Baby Butt Smooth, lisse comme une peau de bébé. C’est un résultat parfait, mais attention aux problèmes de repousse et irritations. Ne vous acharnez pas à l’obtenir au début, ni même plus tard si vous sentez que cela vous cause des soucis à la repousse.
  • YMMW : Your Mileage May Vary, votre expérience peut différer. Cette expression est généralement utilisée pour rappeler que chaque expérience de rasage est subjective. Ce qui vous convient peut s’avérer peu adapté à votre voisin, et vice-versa.

Les optionnels et quelques conseils de rasage pour finir

L’utilisation de certains produits optionnels évoqués plus haut permet à certains d’optimiser le rasage. L’application d’une huile de pré-rasage permet d’améliorer la glisse et de mieux préparer la peau. Pas indispensable donc mais si vous sentez que cela peut vous être bénéfique ou vous faire mieux apprécier votre rasage, pourquoi pas ?

Des crèmes de pré rasage existent également. Proraso commercialise une crème pré/post qui est censée faire double emploi, comme son nom l’indique. Les avis à son sujet semblent mitigés. A tester pour les curieux.

Proraso pré/post : your mileage may vary 😉

La glycérine (trouvable en pharmacie) peut être utilisée comme additif si votre savon n’en contient pas suffisamment pour monter une belle mousse, mais cela revient vite cher : autant acheter un bon savon. Sa véritable utilité est plutôt de conserver les lames à l’abri de l’oxydation entre deux rasages. En effet, si vos lames s’émoussent lors de chaque rasage, elles s’oxydent au contact de l’air entre les rasages.

Pour prolonger la durée de vie d’une lame (avant qu’elle ne se mette à brouter), vous pouvez la rincer et la sécher après chaque rasage puis l’immerger dans un petit récipient rempli de glycérine. Difficile de dire si c’est rentable, en tout cas c’est bien pratique pour ceux qui n’ont pas une très haute fréquence de rasage.

La pierre d’alun, c’est vraiment conseillé : très pratique pour arrêter les petits saignements et repérer les endroits que vous avez un peu trop irrités. On en trouve facilement sur internet, ou plus simplement chez Nature & Découvertes. Elle peut également remplacer votre déodorant (ou lui venir en renfort). Veillez à choisir une pierre naturelle et non artificielle.

Pour laver votre visage, oubliez tous les produits vendus une fortune en pharmacie (type Biactol et autres inepties) et achetez-vous un savon d’Alep. Fabriqué à Alep en Syrie à partir d’huile de laurier et d’olive, c’est LE remède ultime contre la plupart des problèmes de peau, parfait pour laver la peau de votre visage (qui n’est pas la même que celle du corps, par pitié ne vous lavez pas le visage avec votre gel douche, il mérite mieux).

Ici aussi, vous en trouverez sur le net ou dans le Nature & Découvertes le plus proche. L’investissement est extrêmement rentable : au même titre que la pierre d’alun, ce truc est increvable et vous durera plusieurs années.

A défaut de changer votre vie, le savon d’alep fera du bien à votre visage.

Enfin, n’hésitez pas à bien hydrater votre peau avec une crème adaptée. La crème Nivea est très pratique. Utilisez-la de préférence le soir avant de dormir pour éviter de vous promener avec la face brillante toute la journée. Pour les mauvais esprits qui prétendent que mettre de la crème, ça fait un peu gonzesse, je vous rappelle qu’avoir une vilaine peau desséchée ça fait beaucoup clochard. Choisissez votre camp !


Vous reprendrez bien un peu de crème hydratante ?

En cas de problèmes de peau persistants, n’hésitez pas à consulter un dermatologue.

Dernier petit truc pour avoir une peau saine : ne négligez pas le sommeil (dit le mec qui se couche à 2/3h du mat 2 fois de suite pour écrire ces lignes ^^) et adoptez une bonne hygiène de vie : ça permet de diminuer les problèmes de boutons / peau grasse / teint terne.

Bonus du dimanche matin :
si même Scarlett Johansson s'y met,
alors vous n'avez plus d'excuse.

Un grand merci à Mathieu pour cet article !

Et vous pouvez découvrir de nombreux autres conseils dans le Best Of BonneGueule.

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