BonneGueule x Benjamin Jezequel : deux sweatshirts en molleton japonais

Temps de lecture : 7 minutes

Pourquoi je porte très peu de sweatshirts ? Parce que je n'ai jamais été convaincu par l'offre actuelle pour trois raisons :

  • soit le sweat n'a pour but que d'être le support d'un imprimé ou d'un concept trendy hipster vintage, sans le moindre travail sur la coupe ou la matière,
  • soit la marque a une approche totalement streetwear et comment dire... c'est coupé pour les gens très costauds (et puis les épaules raglan, ça n'aide pas à dessiner une silhouette),
  • soit ça coûte une fortune dès que vous souhaitez une matière un minimum travaillée (regardez la rubrique "Sweats" de Mr Porter, vous allez rire).

De ce fait, Geoffrey et moi, on souhaitait une pièce que l'on pensait simple à trouver, mais qui ne l'était pas tant que ça :

  • des matières uniques, haut de gamme et franchement introuvables ailleurs,
  • une coupe au scalpel (des épaules et un buste enfin ajustés),
  • le tout à un prix bien en deçà du marché.

C'est avec ce cahier des charges que nous sommes allés voir... Benjamin Jezequel.

gros plan BGBJ-01

Le BGBJ-01 a une matière vraiment unique, mais qui reste très facile à porter grâce au gris moucheté.

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Ici, la matière est plus pointue, avec une texture en nid d'abeille.

Pourquoi une collaboration avec Benjamin Jezequel ?

A la base, Benjamin est un créateur qui avait lancé une gamme de tee-shirts aux découpes très graphiques (j'avais testé la marque ici).

Puis, il a créé des sweats en travaillant non pas sur des découpes, mais en étant très pointu sur le choix des matières. Il a soigneusement évité de choisir un molleton gris vu et revu, et il a exploré des matières italiennes et - dans notre cas - des matières japonaises, tricotées de manière très particulière...

De plus, il a très bien compris nos exigences au niveau de la coupe du sweatshirt, sachant que lui-même proposait déjà des sweats plus fittés que la moyenne. Nous allons donc développer ces deux points !

Des matières japonaises ? Comme sur un kimono ?

Non, nous n'avons pas fait de sweats pour votre cours de karaté ! En fait, le fournisseur japonais a une sacrée histoire : il utilise des machines à tricoter vintage uniques, beaucoup plus lentes que les machines à haute vitesse habituelles.

Mais pour tricoter (oui, pour un molleton, on parle de maille, et non de tissage), il faut un fil et... une aiguille !

Donc, pour faire une boucle douce et précise, les machines utilisent un type d'aiguille très particulier, les "beard needles" (la mauvaise - et absurde - traduction serait "aiguille barbue", mais il s'agit en fait d'une aiguille avec un crochet).

Il y a même un mot japonais pour les désigner : "hige bari". La fabrication de ces aiguilles est assez compliquée : entre un petit morceau d'acier et une aiguille, il se passe environ un an de production. Elles sont donc rares et chères, et quasiment introuvables ailleurs que chez le fabricant japonais de maille. Ces aiguilles hyper spécifiques permettent de réduire les frottements avec le fil, et donc de le préserver.

Usine tissu japonais

Les fameuses machines tsuri en action ! A gauche on voit très nettement qu'elles ne sont pas posées au sol, mais "en suspension" (= tsuri).

Une fois qu'on a notre aiguille, on va la monter sur une machine qui tricote de manière tubulaire : c'est un tube d'étoffe (et non un rouleau), qui se construit très lentement.

On appelle ces machines "tsuri" (mot japonais qui signifie "pêche à la ligne", ou "suspendu") car elles sont installées en suspension au milieu de poutres en bois.

L'intérêt de cette vieille méthode est de préserver au maximum la douceur du fil pendant la production. De plus, les opérateurs manipulant ces machines doivent être expérimentés et avoir une bonne intuition sur les réglages à faire, ce qui rend la relève difficile...

On parle d'un savoir-faire qui risque tout simplement de disparaître ces prochaines années...

gros plan machine tsuri

Non, ce n'est pas une fontaine à Ricard vintage, mais la machine qui a servi à tricoter le molleton de cette collab'. Au centre, on distingue bien la rangée d'aiguilles à crochets.

De plus, ces très vieilles machines affichent une productivité qui ferait frémir d'effroi n'importe quel contremaître : elles tricotent environ un mètre d'étoffe par heure et par machine (et donc 7 mètres par jour). Ce n'est pas seulement peu par rapport aux dernières technologies, c'est infinitésimal... Par contre, l'intérêt de cette lenteur est d'avoir une maille bien plus précise, avec une boucle de fil (loop yarn en anglais) bien ronde.

Et mine de rien, ce détail change beaucoup de choses. Car sur une machine ordinaire qui tricote à haute vitesse, les boucles ont une forme ovale, et non ronde : une boucle bien circulaire respire mieux et garde mieux sa forme.

Produire de la maille de cette manière permet d'avoir une texture riche et authentique qu'aucune autre machine ne pourrait faire. C'est une vraie matière japonaise, avec ce côté artisanal que j'apprécie tant ! Etant donné la faible productivité des machines, la production de telles étoffes est absorbée par le marché japonais (tous des créateurs japonais inconnus en Europe), ou par des maisons de luxe qui vendent le moindre sweat à plus de 300 €. Benjamin a dû vraiment se démener pour avoir accès à ce fabricant.

De notre côté, cela nous a permis d'avoir deux sweats différents en termes de texture et de couleur :

  • Le BGBJ-01 (aussi appelé "modèle Geoffrey") est d'un gris moucheté, avec un travail sur la boucle bien visible. Si vous le comparez avec un sweat normal, vous verrez que la boucle est plus large, ce qui favorise son élasticité. Ce gris moucheté a une petite particularité : de minuscules boucles bleues sont disséminées dans l'étoffe, ce qui donne un rendu absolument unique.

Détail BGBJ

La richesse de la texture du molleton gris se marie sans problème avec un jean légèrement délavé. Je porte le sweat BGBJ-01, des bracelets Catherine Michiels (je ne pensais pas les apprécier autant) et un vieux jean délavé DRKSHDW (ligne denim de Rick Owens).

  • Le BGBJ-02 (dit "modèle Benoit") est d'une couleur qui change un peu de ce que l'on fait d'habitude : il s'agit d'un bordeaux. C'est une couleur que j'apprécie beaucoup, car elle se marie à la perfection avec le bleu marine (d'un jean brut ou d'un chino), ou le gris. J'ai vraiment voulu une teinte qui apporte de la couleur dans votre garde-robe, sans pour autant avoir une pièce difficile à porter ou bariolée. Le bordeaux, pour moi, répondait bien à ces exigences. Ce sweat présente aussi une texture très travaillée qui illustre à merveille les possibilités de création avec une machine à tricoter tsuri. C'est tout sauf un simple molleton de coton, et il en résulte un aspect introuvable ailleurs, je m'y engage 😉 Il est également muni de coudières ton sur ton, du même tissu, très discrètes (je déteste les patchs aux coudes trop voyants).

Détail épaule BGBJ

La texture du sweat bordeaux, avec ce travail unique sur la texture.

La coupe : deux sweats ajustés comme il faut

Sweat maison labiche

Je n'ai rien contre ce type de streetwear mais ce n'était définitivement pas le type de silhouette que nous souhaitions (Alex apprécie la modération de mes propos, même si je n'en pense pas moins de ce genre de coupe).

Comme vous avez pu le constater, nous n'aimons pas les vêtements aux manches trop larges chez BonneGueule. Nous avons donc mis l'accent sur des manches fittées, qui flattent mieux la silhouette, surtout sur les petites morphologies.

Benoit BGBJ

On voit ici que le sweat épouse parfaitement le buste sans pour autant être moulant, c'était exactement le résultat que nous souhaitions. Le fait d'avoir une boucle bien ronde permet d'avoir cette élasticité.

Du fait de sa matière différente du sweat gris, les manches du sweat bordeaux sont volontairement très fittées au premier essayage, car à l'instar d'un jean, les manches vont se détendre et prendre une largeur parfaitement adaptée à vos bras au fur et à mesure des ports.

De même, nous voulions absolument des épaules bien nettes, surtout pour le XS. Et à ce titre, je crois que les photos sont plutôt parlantes.

Jonathan BGBJ

Jonathan porte habituellement du XXS ou du XS. Ici il porte notre XS qui lui va très bien. La petite bosse au milieu de la poitrine est simplement un collier qu'il porte en-dessous.

sweatshirt benjamin jezequel nicolas

Là aussi, Nicolas porte du XS et on voit que le sweat est ajusté comme il le faut. Nicolas porte également un jean BonneGueule et des bottines Septième Largeur (l'aspect délavé du cuir vient du fait qu'il les cire volontairement très peu).

Comment ça taille ?

Ça taille extrêmement normalement (oui, on se mouille pas trop).

En effet, on s'arrange à chaque fois pour que les tailles soient les mêmes d'une collab à l'autre. Par exemple, si vous avez toujours pris du XS chez nous, prenez du XS. Idem avec du M ou du L...

Nous avons maintenant une large palette de personnes faisant du XS, du S, du M ou du L au bureau, et il n'y a vraiment aucune surprise de ce côté. Jonathan et Nicolas, habitués du XS, ont un sweat qui leur va parfaitement. Flo porte du S. Geoffrey du M mais le S lui va aussi. Quant à moi, le M me va parfaitement. Vous n'avez donc aucune inquiétude à avoir de ce côté là.

Et sinon, prenez simplement votre taille habituelle : facile.

Sweatshirt Benjamin Jezequel Benoit

Je porte du M habituellement, et ici je porte également du M.
Comme vous pouvez le voir, l'épaule tombe parfaitement bien.
Et ça taille extrêmement normalement.

Benoît Wojtenka Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées.
Et j'ai quelques lubies : le sport en salle, le techwear… Et j'adore le thé sous toutes ses formes, que je bois à raison de plus de trois litres par jour.

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