Conseils : comment s’habiller dans un style DARK ?

dark_inaisce
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Après nous avoir expliqué comment maîtriser le style preppy, le streetwear, le workwear et le rock, Vianney est de retour dans nos colonnes pour nous parler d'un nouveau style assez méconnu, et réputé pour son étrangeté aux yeux de l'homme moyen : le dark.

Le style vestimentaire dark : une démarche à part

De façon générale, les gens qui sʼintéressent à la mode se divisent en deux catégories :

  • Ceux qui sʼhabillent pour eux, pour le regard des autres ou pour mettre leur corps en valeur, cʼest-à-dire selon une approche “décorative” ;
  • Ceux qui voient la mode comme une expression artistique, avec la multitude de démarches intellectuelles que cela peut induire, mais toujours de manière purement abstraite. Ces derniers sont moins intéressés par lʼimage quʼils renvoient que par le concept précédant celle-ci.
Défilé noir triste

Il ne suffit pas de s'habiller en noir avec une gueule d'enterrement pour avoir un "style dark". C'est un peu plus compliqué que ça, comme vous allez le voir 🙂

Forcément, pour un style aussi pointu, des pré-requis stylistiques conséquents sont nécessaires :

  • Comprendre les différents styles gothiques - street goth, goth-ninja, goth-expérimental - de manière réfléchie (pas comme le dernier mec de Hypebeast fan dʼA$AP Rocky) ;
  • Maîtriser les coupes, les matières et les couleurs, ainsi que lʼéquilibre général dʼune tenue. Attention, il s'agit d'aller beaucoup plus loin que simplement avoir une silhouette "ajustée" ;
  • Faire table rase de toute cette connaissance pour lʼaborder sous un angle complètement différent, plus conceptuel que pragmatique ;
  • Mélanger les domaines. Une fois les parallèles nécessaires avec dʼautres domaines artistiques bien établis (anatomie, architecture, sculpture voire philosophie), les appliquer à la construction dʼun style vestimentaire. Et ça, c'est la partie la plus passionnante de ce style 😉

Cette connaissance poussée de plusieurs domaines est le premier obstacle entre le style dark et vous.

Inaisce Lookbook

Aucune des règles de base n'est véritablement appliquée ici, pourtant l'ensemble est réussi. C'est-à-dire qu'il se dégage une harmonie visuelle entre les formes et les couleurs.

Pourquoi le style dark est-il difficile d'accès ?

Ce style comporte une seconde difficulté : cʼest la démarche de déconstruction.

Le style dark est ce que fut l'art contemporain face à l'art classique : une théorie de l'abstraction de la matière (architecture, mode), mais aussi du corps.

Il faut donc posséder les bases stylistiques et physiques (géométrie pour lʼarchitecture, anatomie pour la mode) pour les déconstruire ensuite.

Le dark : pour quelles morphologies ?

Cette démarche nécessite donc un corps bien construit, répondant plus ou moins aux canons de beauté et de rapports de proportions classiques. Cʼest donc un style difficile pour les plus corpulents et les moins athlétiques dʼentre nous.

Défilé rick owens printemps été 2015/2016

Ce ne sont pas les mannequins du défilé Rick Owens qui diront le contraire.

Comme lʼa dit Rick Owens :

"Lʼentretien de son corps est la mode des temps modernes. Aucune tenue ne te rendra aussi beau, ne te fera sentir aussi bien, que dʼavoir un corps sain. Achète moins de vêtements et va plutôt à la salle de sport."

Rick Owens workout

Rick Owens, ici en train d'effectuer un tirage barre menton, a toujours été un grand fan de la salle de sport, d'où la dimension très confortable de beaucoup de ses vêtements.

C'est ainsi que Lad Musician, une marque japonaise inspirée des looks de rockstars des années 70, mixée à la sauce nipponne, produit spécifiquement des vêtements pour des personnes aux mensurations précises : plus dʼ1,77m, moins de 65kg, hanches et épaules étroites. Autant dire que ça ne concerne pas tout le monde.

dark_ladmusician

Un style onéreux...

Dernier obstacle : le prix.

Cʼest un style sans compromis, ni physiques, ni conceptuels - puisquʼil est déjà une démarche intellectuelle en lui-même -, ni qualitatifs.

Pour cette raison, la plupart des créateurs dark sont inabordables au commun des mortels : un t-shirt Damir Doma, soit lʼentrée de gamme de la marque, vaut près de 400 euros.

Néanmoins, le prix, pour autant quʼon lʼaccepte, est parfaitement justifié dans le traitement et les matières absolument uniques de la pièce. Il faut toucher les coutures dʼun manteau Carol Christian Poell pour le comprendre.

Manteau noir CCP

Il faut aussi comprendre que ces démarches créatives ciblent autant de marchés de niche, aux potentiels limités, même à lʼéchelle du globe.

Le développement lent des collections, la production souvent artisanale et le marché de taille limitée sont également des facteurs qui tirent les prix vers le haut, voire le très haut...

Isaac Sellam Experience 10 800 euros

Veste en cuir Isaac Sellam Experience, 10 800€.

La diversité du style dark, entre mode et design

Chaque designer dark a son univers propre, ce qui rend lʼassemblage des pièces dʼun créateur à lʼautre assez limité - à part sur certaines, assez basiques (pour du dark...) pour être combinées sans problèmes.

Par exemple, la forme générale dʼun pantalon "drop crotch" (à la fourche très basse, ndlr) variera assez peu dʼun créateur à lʼautre, en dehors dʼéventuels rajouts ou variations (lanières de serrage, formes et emplacements des poches, sur-jupe, etc.). Cette pièce sera donc un peu plus polyvalente.

Carol Christian Poell lʼexprime bien :

«Le terme avant-garde a été complètement galvaudé. Une pensée avant-gardiste est un acte solitaire et défricheur par sa nature même. La traduction exacte du français est “en avant de la troupe”, avant la masse ou la foule, ce qui implique que rien dʼavant-gardiste ne sera jamais à la mode.»

De facto, aucune pensée avant-gardiste ne sʼaccorde véritablement avec une autre, puisqu'elle est lʼexpression dʼun univers personnel et dʼune vision du monde propre.

Un microcosme de créateurs dark distincts

Ainsi, aucun “style” dark nʼest véritablement compatible avec un autre, car tous sont le fruit de conceptions différentes, matérialisées dans les vêtements.

Intégrer un créateur à son style, cʼest adopter un processus de pensée et rentrer dans un uniforme. Même si on déconseille fortement le total look par ailleurs, on parle ici, encore une fois, de quelque chose de véritablement unique.

Il y a des partisans de Julius_7, des fanatiques de CCP et des inconditionnels de The Viridi Anne... Aucun ne sʼentendra véritablement avec lʼautre, même si, à lʼœil du profane, ce ne sont jamais que des types dégingandés avec des draps noirs sur le dos.

Juliues_7 Sephiroth défilé

Bon, parfois c'est vraiment le cas... Défilé Julius_7 S/S 2016

Cela restera toujours cérébral, jamais utilitaire, jamais «décoratif». OK, mais à quoi ça peut servir ?

Que peut m'apporter le style dark ?

Chercher à comprendre le dark ne vous servira à rien si vous voulez simplement bien vous habiller, avec des vêtements qui vous vont et basta.

En revanche, le moment peut arriver où vous vous sentez stagner. Souhaitant atteindre le stade supérieur, vous pensez avoir saigné tout ce que vous saviez de la mode, alors vous tournez en rond.

Si le dark ne vous parle absolument pas et que vous voulez rester, admettons, sur du workwear. Lʼétudier de manière conceptuelle vous permettrait tout de même dʼavancer dans votre propre style, en vous penchant sur ses principes fondamentaux : la simplicité, le travail de fond sur les coupes, les matières, une esthétique complexe où tout est question de contraste.

Vous répercuterez ces principes de manière abstraite sur ce que vous savez déjà, découvrant alors des choses auxquelles vous nʼauriez peut-être pas pensé, ce qui aiguisera votre œil, et finalement, vous permettra de mieux vous saper.

Pour cela, on ne peut que vous donner les conseils habituels : renseignez-vous sur les marques, regardez leurs lookbooks. Plus que jamais, touchez et essayez ces vêtements. Certaines collections sont forcément plus réussies, et donc plus en phase avec la philosophie du créateur que dʼautres, tirez-en parti !

Comme dit le mafieux albanais à qui téléphone Liam Neeson dans Taken :

"Bon chance."

liam-neeson-taken-

"Quoi ? 400 euros pour un t-shirt ?"

Style dark, architecture : des domaines qui communiquent

La réflexion d'un créateur dark est proche de celle d'un architecte par cette volonté de déconstruction et de réappropriation des codes, et dans l'approche des volumes et des proportions.

Je vous propose donc de nous appuyer sur Les Cités Obscures, oeuvre ayant trait à l'architecture, afin de mieux comprendre cette démarche.

L'exemple des Cités Obscures

François Schuiten, un auteur de bandes-dessinées franco-belge né en 1956 dʼune famille dʼarchitectes et d'artistes peintres, fut le dessinateur et scénariste dʼune série qui ébranla les fondations de la BD telle quʼon la connaissait : Les Cités Obscures.

Le principe de la série est le suivant : au lieu de suivre une trame narrative définie avec un début, une fin, qui met en scène des protagonistes qui vivent, aiment, meurent... tout part dans tous les sens.

les cités obscures

La dimension architecturale ne peut que sauter aux yeux.

Chaque album est prétexte à une analyse architecturale approfondie. Cʼest, quelque part, la ville qui est lʼhéroïne de la série. Les personnages importent peu puisque, ce qui intéresse Schuiten, cʼest de dessiner des bâtiments et de montrer lʼimpact quʼune cité peut avoir sur la vie de ses habitants.

Un peu comme dans les meilleurs runs de Batman où Gotham City nʼest pas tant la ville quʼun personnage à part entière, qui dialogue littéralement avec le Chevalier Noir.

Gotham-City

Que serait Batman sans Gotham City ?

Au-delà du fait que cette série soit un chef dʼœuvre, le processus de réflexion des Cités Obscures sʼapparente à celui des créateurs dark.

Analogie entre le style dark et Les Cités obscures

Chaque album / collection gravite autour dʼun concept unique qui est traité à fond. Chaque page / pièce est une brique formant le mur complet de la collection. Un mur indépendant des autres qui, en même temps, soutien un univers / maison du créateur, un peu comme la théorie des univers imbriqués : tout est partie du tout.

Chaque mur est un concept et soutien auto-suffisant, mais sa jonction avec les autres forme un autre concept plus général, une ligne directrice du créateur :

  • Rick Owens sʼintéresse essentiellement au corps et aux rapports de force entre vêtements et anatomie ;
  • CCP, aux textures qui subliment les silhouettes taillées au scalpel de ses créations ;
  • The Viridi Anne est indissociable des transepts (nef transversale d'une église, ndlr) gothiques qui emplissent chacune de ses collections ;
  • Yamamoto sʼintéresse aux architectures épurées habillées de drapés.
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The Viridi Anne.

Yohji Yamamoto

Yohji Yamamoto.

Chaque créateur dark est donc lʼexpression dʼune pensée singulière, fruit dʼune démarche intimement personnelle, qui refuse de sʼadapter à une masse mainstream pour mieux vendre ou mieux parler aux gens. Ça ne les intéresse tout simplement pas.

Mais comme on ne peut totalement renier lʼhéritage dʼun mouvement, chaque créateur a aussi ses spécificités qui font quʼon peut grossièrement les classer dans des courants goth-sportswear, goth-tailoring, goth expérimental...

Nous allons essayer de vous en présenter quelques-uns de manière plus concrète à travers ce prisme.

Les principaux créateurs du style dark pour homme

CCP : le sartorialiste

Carol Christian Poell, créateur de CCP, est sorti de lʼécole de mode de Graz, en Autriche, avec une idée en tête : faire des costumes, mais sortir de la vision «veste / pantalon», divisée entre tenants des épaules italiennes et tenants des coupes anglaises.

veste Huntsman & Sons

Le style anglais, avec ici un costume Huntsman & Sons : épaules structurées, cintrage prononcé, tissu épais.

Style italien mode masculine

Le style italien : légèreté, extravagance et épaules sans rembourrage.

L'importance du tissu et des expérimentations techniques liées dans la mode peut, en gros, être divisée selon le genre :

  • La mode féminine, plus particulièrement la Haute-Couture, trouve son sens dans l'utilisation de nouvelles étoffes et façons, de coupes et de silhouettes, de techniques innovantes ;
  • La mode masculine réside dans les traditions immuables du tailoring, que lʼon retrouve aussi bien dans un (bon) costume d'entrée de gamme que dans le plus pur savoir-faire de Savile Row (quartier de Londres considéré comme la Mecque du costume).

Il y a bien sûr des exceptions à ce principe, dans la couture masculine contemporaine employant les mêmes codes que son homologue féminin, ainsi que dans le sportswear qui, en termes de structure, est relativement unisexe.

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Le style CCP : du noir et de l'étrangeté

Les véritables innovations dans les domaines conventionnels (chemise, manteau, pantalon, veste) sont cependant extrêmement rares et cantonnées à des créateurs avant-gardistes comme Carol Christian Poell, qui s'est bâti une réputation de "chercheur" plus que de créateur.

Un scrupuleux travail d'artisanat

Cette notion de recherche est essentielle dans son travail et s'applique à toutes les étapes de son laborieux processus créatif - partant de fibres expérimentales et de techniques de manufacture inventives à la réanimation de pratiques ancestrales de traitement du cuir, presque oubliées.

La plupart des créations de CCP sont faites ou finies à la main dans des ateliers italiens, mais il a aussi collaboré avec des façonniers japonais qui travaillent à l'ancienne pour produire des tissus uniques.

La minutie du processus et l'attention portée au moindre détail se retrouvent de deux façons dans ses vêtements.

La plupart n'ont pas de doublure, de sorte que la construction reste nue aux yeux du porteur (notamment dans les manteaux, avec des coutures ouvertes ou collées). Cela met l'accent sur le but final pratique du vêtement, dépouillé de tout artifice.

Détail couture CCP

Même les coutures font l'objet d'une grande réflexion chez CCP.

Il est aussi particulièrement attentif aux effets de surface. Montrer l'intérieur et l'extérieur d'un tissage, par exemple, en séparant matériellement la trame et la chaîne. Dans le travail du cuir, il inverse les techniques de production habituelles.

sneakers ccp

Avec ses chaussures directement assemblées, qui sont ensuite partiellement recouvertes de polyuréthane et, enfin seulement, tannées et teintes.

 

Une vision personnelle et confidentielle

Une des lignes directrices de son travail est également lʼintérêt porté au corps et à la sexualité comme expression ultime, théorie quʼil essaie de rendre dans son travail.

Ses blousons en peau dʼautruche ou de kangourou, par exemple, concrétisent une ode à la fusion entre chair et concept.

CCP cuir veste

Tout ce processus fait qu'il travaille entièrement en dehors des cycles habituels des défilés et du calendrier de la mode. Il prend son temps et n'annonce qu'avec discrétion ses collections, dont la plupart sont des modèles intemporels retravaillés d'une année à l'autre, formant l'essence de sa marque.

ccp

It...is...alive !

Sruli Recht : lʼexpérimental

Sruli Recht est un designer lituanien qui a lancé sa propre ligne en 2005... et a légèrement dévié des canons classiques, après avoir fait ses armes chez Alexander McQueen.

Ce dernier, malgré des productions aujourdʼhui plus classiques, sʼétait imposé dès sa sortie dʼécole en 1992 comme un designer expérimental avec les robes en cheveux de femme de sa collection Jack the Ripper.

Sruli Recht photo lookbook

Un extrait du lookbook Sruli Recht, agrémenté d'un haiku (petit poème japonais).

Le goût de la performance

Une des plus récentes réalisations de Sruli Recht a, par exemple, consisté à se faire prélever une bande de chair sur lʼabdomen (avec les poils), pour en enlever le gras, saler sa peau puis la tanner dans une solution à lʼalun.

bague dark sruli recht

Le résultat est en vente pour $350,000 sur son site (et la vidéo de la performance disponible sur Youtube - attention, déconseillé aux âmes sensibles).

Il a aussi fait aussi un stylo-graveur sur verre en carbone, un fusil à lunette en érable gratté au cuir de cheval, etc.

Sruli Recht fusil

Une démarche généraliste qui se rapproche donc plus du véritable designer dʼavant-garde, voire de lʼartiste performer, que du simple couturier.

Sruli Recht bottes

Sa collection Circumsolar était uniquement faite en cuir de mouffette tigrée, dʼagneau translucide, d'un dérivé du kevlar capable de soutenir une attaque de mortier... et de fragments de météorite.

Sruli RechtCircumsolar

Aperçu de la collection Circumsolar.

L'atelier de Sruli Recht

Tous ses vêtements sont construits dans un maximum de un à dix exemplaires, dans son atelier de Reykjavik (ce qui nʼa pas empêché sa renommée de franchir les falaises de lʼîle). Tous sont montés dʼun seul tenant et avec un seul motif selon la taille de la pièce employée.

Lʼatelier en lui-même - “lʼArmurerie” - est défini par son directeur comme une discipline hybride, à la frontière de la cordonnerie, du design produit et de lʼarchitecture. Il sort tous les mois un “non produit” qui va des écharpes pare-balles aux gants en peau de requin (avec les piques tournées à lʼintérieur, ce qui le rend impossible à enlever, à moins de couper la main ou le gant une fois quʼon lʼa enfilé).

gant peau de requin sruli recht

Le fameux gant qui ne faut jamais enfiler.

Une bonne partie des clients qui pénètrent dans la boutique sont des gens qui se sont trompés et cherchent un pistolet ou un fusil.

Recht déteste parler de processus et préfère "trouver une façon de faire qui fonctionne pour chacun". Il a cependant développé au cours des années un système simple à mettre en œuvre en fabriquant des mannequins à échelle 1/2 à partir d'un modèle 3D, coupé au laser en feuilles de carton collées ensemble, sur lesquels il drape le tissu.

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Le patron est ensuite marqué sur le tissu sans passer par des croquis, importé dans Illustrator, nettoyé, doublé en taille et enfin coupé au laser. Tout un processus high-tech !

Le street-goth

Jun Takahashi, un des proches de Miyashita, le créateur de Number (N)ine et The Soloist, affirme que ce qui les “sépare de créateurs japonais moins récents comme Rei Kawabuko et Yohji Yamamoto, cʼest (leur) compréhension innée de la culture de la rue, en particulier de la musique”.

Jun Takahashi

Jun Takahashi.

Cʼest quelque chose d'essentiel pour comprendre le street-goth, un mix dʼinfluences sorti à la fin des années 2000 des trottoirs de Harlem avant dʼêtre popularisé par A$AP Rocky et Kendrick Lamar, en réaction à la tendance fluo qui faisait loi à cette époque.

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Quand des influences dark rencontrent le streetwear.

Elle se caractérise par un mélange subtil de pièces streetwear et dʼautres dʼinspirations goth-ninja, essentiellement les basiques simples, pantalons jodhpur, blousons high-neck de chez Rick Owens, etc.

Les deux nʼont dʼailleurs pas grand chose à voir :

  • Le goth-ninja est (en caricaturant) composé de fanatiques habillés de la tête aux pieds chez un unique créateur. Ils en ont adopté la philosophie et passent leur journée en quête de LA bonne affaire sur les proxys japonais dʼeBay ou le market de Superfuture.
  • Les adeptes du street-goth sont beaucoup plus mainstream et dérogent sans complexe à une des règles principales des tendances goth sartorialistes et expérimentales : le prix et les matières.

On les voit mélanger avec facilité des pièces pointues et des pièces street moins chères.

En Noir, marque emblématique du street goth

En Noir est une des marques phare de la tendance, elle a notamment incorporé Rob Garcia, le créateur de Black Scale, lʼautre marque égérie du mouvement.

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Lookbook En Noir.

La marque se distingue par ses t-shirts loose, avec des imprimés en peintures du Quattrocento (période de la Renaissance, ndlr), et des sweatpants en cuir. Rob Garcia tire son inspiration de Givenchy, Balmain, mais aussi de marques plus obscures comme la défunte Nom de Guerre pour ses réalisations.

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Nom de Guerre, une marque malheureusement disparue aujourd'hui.

Le processus créatif nʼa strictement rien à voir avec les deux courants précédents : on est ici dans une marque, résolument, et non un créateur. Et mainstream de façon assumée qui plus est, même si elle incorpore des éléments plus pointus. Le but nʼest pas de créer une niche ou une philosophie, simplement de vendre une tendance.

Aucune marque street goth ne tirera donc sa fierté de ses matières ou de son tissage unique : elle fait des pièces “basiques pointues”, faites pour être portées partout et par tout le monde, non sans toutefois arborer une image luxe.

Par exemple, la plupart des tees En Noir sont waxés, et tous les zips viennent de RIRI, une marque suisse qui possède quasiment le monopole des meilleures fermetures éclair du monde.

En noir t shirt gris

En regardant de plus près, on distingue un léger effet waxé apporté à la fibre.

Dainius Bendikas : le wabi-sabi

Dainius Bendikas est un designer lituanien qui a fait son stage de fin dʼétudes chez Sruli Recht. Il en a gardé le goût de lʼexpérimentation et la relative froideur de création.

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Extrait de la collection A/H 2012 du créateur. Peu de marques peuvent se targuer d'avoir une telle ambiance dans leurs lookbooks.

Son processus créatif sʼinscrit à la frontière de plusieurs courants dark et forme un style en lui-même qui, comme InAisce, pourrait être qualifié de futuriste.

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InAisce présente un univers relativement proche.

Créateur islandais, influence japonaise

Dainius Bendikas, cʼest surtout lʼexpression parfaite du concept japonais du wabi-sabi. Lʼesthétique zen postule sept axiomes pour arriver à lʼ(im)perfection du wabi-sabi :

  • fukinsei, lʼasymétrie ;
  • kansô, la simplicité ;
  • kôko, lʼaustérité ;
  • shîzen, le naturel ;
  • yūgen, la conscience subtile de la beauté ;
  • datsuzôku, la liberté de parole ;
  • seijakû, le silence.

Ces sept principes forment la conscience de la beauté immanente, imparfaite et incomplète, que lʼon peut retrouver dans lʼappréhension du temps qui passe, ou la contemplation dʼune pierre descellée sur un chemin pavé par ailleurs parfaitement régulier.

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Cʼest une esthétique que lʼon retrouve dans les courants dark, avec lʼamour des techniques anciennes (métiers à tisser du XIXe), tout en utilisant à bon escient les processus high-tech (découpe au laser, matières techniques), et les matières travaillées et usées, quasiment point par point.

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On y retrouve aussi les coupes asymétriques, la pureté et la simplicité générale des lignes et des couleurs, lʼimpression fluide et la liberté de mouvement véhiculée par le vêtement, malgré sa coupe non anatomique et, plus simplement, la communication quasi inexistante autour de ces marques.

Cʼest particulièrement marquant dans les lookbooks de Bendikas ou dʼInAisce (notamment les Printemps-Été 2012 et 2013) qui mettent en avant les éléments naturels dans toute leur brutalité, ou leur tranquillité.

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  • C’est fait ! ici => https://goo.gl/4jhb5g

  • C’est indéniablement propre. Après je trouve ça un poil sans saveur, ce qui fait justement l’intérêt de ce type de marques. Ca fait très lookbook.nu en fait, ou les tenues qu’on pouvait sur CuC à une époque : tout est bon, il manque simplement une touche de personnalité. Genre regarde ce qu’arrive à pondre Hempstar, c’est génial.
    Destructure plus la silhouette, plus de pièces avec des matières/coupes beaucoup plus prononcées ?

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Djangoo !

    C’est beaucoup trop spécifique pour qu’on puisse te trouver un équivalent !

    C’est un peu le principe des créateurs à ce niveau là : le but c’est de proposer une pièce un peu unique, que tu ne puisses pas retrouver en faisant trois e shops 😉

  • Nicolò – BonneGueule

    Je viens de le faire !

    (Pour de vrai cette fois :p)

  • Itachi

    Hello, t’a oublié ^^

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Nomade !

    Je te transmets directement la réponse de Vianney 😉

    « Non. Grailed, le forum de Stylezeitgeist ou SuperFuture, Cruvoir et Darklands Berlin en soldes.
    En dehors de ça… »

  • Nicolò – BonneGueule

    Ah, coquille, on corrige ça, merci Romain !

  • Nicolò – BonneGueule

    Wow wow wow tout le monde se calme s’il vous plaît, c’est un vaste malentendu. 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Non ça date d’il y a trois jours (réponse au tout premier commentaire de Robert) mais Disqus affiche les réponses dans un ordre un peu bizarre, Geoff’ 😉

  • D’accord. Est-ce qu’il t’est venu à l’idée du temps que ça prend d’écrire un article comme ça ? C’est deux jours d’écriture + minimum 3 jours de recherche. Délivrés en bas de chez toi, gratuitement, par un contributeur bénévole qui fait ça parce que c’est sa passion et qu’il a eu la chance d’avoir des maîtres qui ont fait la même chose.
    Et là tu me craches à la gueule.
    Excuse moi d’avoir un boulot à côté, et pas forcément le temps pour consacrer 24h de ma journée à t’astiquer la bite.
    Sincèrement je veux pas me jeter des fleurs, mais des contenus comme ça dans la blogosphère française, t’en as pas ailleurs. Alors t’es pas content, tu prends tes cliques et tes claques et tu te casses.
    Ah, et pour info : je ne suis qu’un contributeur occasionnel BG, donc ils n’ont rien à voir avec ma réaction, c’est pas la peine de chouiner en disant que je t’ai agressé. Alors que toutes tes interventions puent la pédale mouillée passive agressive.
    Salut.

  • vous vous êtes juste mal compris, et Vianney a un coeur de rocker :p
    https://www.youtube.com/watch?v=xs6w11M4Tyc

  • Julien

    il n’y a pas de problème hein, j’ai juste dit ça (sous le ton de l’humour) à cause du commentaire agressif de Vianney, il va falloir lui apprendre la diplomatie ! 😉

  • c’est ma faute, j’ai zappé que l’article datait un peu : désolé !

  • tu veux dire Vianney 🙂

  • 1- Bien vu, merci !
    2- Tu sais je suis plus parti sur un délire street Lost & Found, Benenato & co, donc le goth je maîtrise assez mal. Pour AnnD, si j’avais voulu en parler, j’aurais dû parler de Yohji et objectivement c’était trop de contenu à avaler. Si tu veux m’envoyer un message avec des précisions, je serai heureux de les réintégrer à l’article, le but c’est d’en faire un post bible 🙂
    > Ici : [email protected]
    3 – J’aime pas Faust et l’esprit SZ en général, donc l’omission est voulue.
    4 – SI, c’est compliqué. Tu dis ça parce que tu as le nez dedans comme moi, mais va marier un cuir Julius (pourtant une pièce assez basique dans le délire) avec d’autres pièces plus mainstream (Melinda Gloss, ou la ligne BG, enfin ce que portent majoritairement les gens du blog à qui cet article est tout de même destiné). Soit tu achètes le pack (et effectivement on peut faire simple, mais dans cette esthétique), soit tu passes. Mais y a pas vraiment de juste milieu.

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci pour la contribution Seb ! 🙂

  • Merci Jonathan ! Je l’avais laissé filer effectivement 😉

  • T’es pas content, la porte est là bas. Personne t’oblige à rester, ni à me lire.

  • De rien !

  • bobi

    Cool, j’attends de voir ça !
    Merci

  • Non.
    De ce que j’ai montré, soit tu achètes la full marque, soit tu ne fais rien, l’univers du créateur est trop particulier. Tu peux tenter l’équilibre entre certains labels, mais ça demande une vraie, vraie maîtrise de leurs univers respectifs.
    Je ferai un article sur certaines marques plus « portables ».

  • bobi

    En fait, beaucoup de photos de cet article rendent super bien, mais ce sont des lookbooks, et je me demande si c’est pièces sont portables.

    J’ai bien compris qu’il y avait une certaine philosophie derrière chaque pièce, chaque tenue. Mais dans le cadre de tous les jours, j’aimerais bien voir ce que ça donne.
    Il y a moyen de s’en inspirer pour construire ses tenues ?
    Genre un jean brut + un tshirt drapé + bottes CCP ? Avec un photographe classique, sur un type normal, une lumière normale…

    Merci !

  • Certains labels. Quelle importance ?

  • bobi

    Superbe. Les lookbooks rendent vraiment bien. Mais sinon, Vianney, tu portes réellement du dark ?

    Ou bien cet article était plus théorique ?

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Nicolas !

    Pour répondre à ta question, moi je pense que, comme dans l’art contemporain, il y a des deux, de « l’art » et « du cochon ». A boire et à manger.

    C’est sûr qu’il y aura forcément des pièces ridiculement pricées pour ce qu’elles sont, et d’autres non 🙂

  • juste un quiproquo en effet 🙂

  • robert le mangeur de limaces

    Si tu regardes quand j’ai posté le commentaire, tu constateras qu’il date d’avant le tien. C’est simplement la modération qui l’a accepté un peu tard, et je n’ai pas trouvé comment empêcher sa publication une fois que tu as posté ta réponse. Je répondais simplement à Geoffrey, et bien entendu je ne me serais pas répété j’avais eu l’occasion de te lire avant 😉

  • Salut Romain !
    Question inévitable j’imagine, et qui contient sa réponse. Quand tu commences à acheter des trucs comme ça, c’est que de toute façon tu ne t’habilles plus tant pour que ça t’aille bien que pour un kiff particulier. Comme il y en a qui aiment les porcelaines Ming ou les montres suisses.
    Tu mets les moyens.
    Je rejoins aussi ce que dit Nicolo sur le fait que c’est un truc de passionnés, en dehors du prix. De passionnés de mode, qui se reconnaissent entre eux. Comme pour les acheteurs de Patek.

  • Je viens de te dire que l’article a été écrit il y a quasi trois ans maintenant et que certains prix comme références ne sont plus d’actualités. Sois pas fatigant.

  • J’adore Schneider, mais il n’a rien de dark. C’est un pur produit de la mode belge. Par contre, on peut leur trouver comme (unique) point commun un travail des matières qui confine à l’obsession, et comme c’est un de mes kifs en vêtements, je m’y retrouve forcément.
    Tu remarqueras que je ne mixe pas pas du Schneider avec d’autres pièces que je peux avoir (Benenato, Silent ou Transit) parce que ça n’a juste rien à voir. A part peut-être certains modèles (comme la parka Allure de l’année dernière, ou le Memory Coat, en sombre). Mais, trop de couleurs, trop « comfy ». Je ne sais pas comment dire. Schneider c’est une paire de pantoufles, une robe de chambre et une pipe dans un fauteuil de cuir au coin du feu, sauf que le feu est dans un hangar industriel. Tu vois ? Ce sont des pièces de « chez soi ». Le dark pas du tout. Selon le délire, soit c’est du street, ou du quasi-tailoring, ou du « défoncé », mais rien qui rappelle cet idéal de loose tranquille avec son café et son croissant qu’est Schneider.

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Salif !

    Merci pour ton commentaire 🙂
    Je pense que ce serait assez restreint comme sujet pour le coup… Je ne vois pas trop ce qu’on pourrait y dire. La transformation de l’un en l’autre est, à mon avis, une expérience très personnelle que chacun vit différemment.

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Romain !

    Un passionné tout simplement.
    Tu sais, même avec un salaire moyen il y a des tas de gens qui trouvent le moyen de mettre un max de côté pour dépenser dans leur passion, et ça se voit largement en dehors de la mode. (automobile, gaming, voyages.)

    Et en général (de ce que j’en ai vu du moins) les amateurs de dark fréquentent des cercles où les gens ont une certaine connaissance de la mode. De toutes façons tu te doutes bien qu’il y a aussi une volonté de sortir du lot derrière ce genre de démarches, donc la question « d’intégration » n’est pas une vraie question 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Geoffrey a du lire trop vite ton commentaire.

    Effectivement il y a des pièces un peu plus accessibles…
    Pour les plus simples en tout cas.
    Mais enfin quand même dans l’ensemble le dark c’est pas Uniqlo niveaux tarifs haha 🙂

  • Hello mec !
    Tu as entièrement raison – en fait j’ai écrit cet article il y a quelques années donc si les principes généraux sont valables, certaines tendances et prix le sont moins, la mode évolue vite, et je maîtrisais moins mon sujet 🙂 > type le street goth qui est mort et enterré par des marques comme Off/White par Virgile Abloh, Vêtements ou NDG Studio (dont je parlerai dans un article à venir).

    Quelques rectifications cependant : un tee Silent, c’est plutôt 140 maintenant, mais oui c’est l’entrée de gamme de la marque. Je voulais éviter de parler des lignes bis de créateur en fait (DRSKDW & Silent) pour concentrer l’article sur les points essentiels du dark (terme à la con d’ailleurs parce qu’il est beaucoup trop vaste, mais je n’en ai pas trouvé un mieux) > travail maniaque de la matière, de la coupe, et relation symbiotique avec des domaines artistiques & philosophiques complètement extérieurs.
    Le marché de l’occasion est en effet très bien fourni dans ce style (peu de gens le portent mais entre amateurs ça se revend bien) : Grailed qui est une quasi-annexe de Rick (et Yeezus pour les fuckboys), Yoox pour les marques plus bohèmes genre Benenato, Poème Bohémien, ZamB soldé en permanence à -50 ou la Piscine (si d’ailleurs tu connais d’autres destocks spécialisés à Paris je suis preneur).

    Bref, tout ça pour dire que j’ai écrit cet article à l’époque où je commençais seulement à m’intéresser au sujet, et je le maîtrisais nettement moins. Comme tout newbie, on a tendance à sacraliser certains principes, même si ma manie des détails toujours sourcés permet de faire un peu illusion ^^

    Y a plein de créateurs très intéressants en ce moment qu’on peut faire rentrer dans cette catégorie et qui sont moins « noirs » : Virgile Abloh ou NDG dont je parlais plus haut, mais Transit Uomo aussi, Lost & Found, MA+, Carpe Diem, certaines pièces de Robert Geller même (genre la veste Richard qu’il ressort tous les ans).

  • merci je corrige

  • oui c’est pas donné tous ces labels très exclusifs !

  • robert le mangeur de limaces

    Je le sentais venir et je l’attendais, celui-là ! Très bon boulot de quelqu’un qui a quand même une petite idée de quoi il parle. Et les dernières photos collent des baffes monstrueuses, elles nous rappellent que la mode est un art. La seule remarque que je ferai sera de signaler que l’entrée de gamme chez Doma, ce sont des tee shirts silent aux alentours des 90€. En période de soldes, un tee silent coûte difficilement plus cher qu’un tee Zadig et Voltaire, Kooples et compagnie. Idem pour les tees DRKSHDW, un cran au-dessus point de vue prix, mais qui se trouvent encore sans souci à moins de 200€ prix retail. Et après vérification, l’entrée de gamme pour la ligne principale de Doma (donc en excluant silent) est aux alentours des 130€ pour un tee shirt. Donc oui, le dark est cher, mais quand même pas autant que Vianney semble le dire. D’autant plus qu’il y a pléthore de combines pour s’en sortir à moindre coût (un marché de l’occasion particulièrement fourni, de très intéressantes périodes de soldes, quelques magasins de destockage spécialisés…).

    Signé, une crevette qui ne compte pas laisser tomber les gothiqueries juste parce que monsieur Dick Owens veut qu’on soit grand et musclé pour se saper chez lui 😉

  • Jonathan Mara

    Putain cet article… Travail énorme Vianney. Juste une mini coquille: Dainius Bendikas est lituanien pas islandais!

  • Nicolò – BonneGueule

    Merci pour ton commentaire Lukas 🙂

    (Moi aussi je suis très fan de cet article.)