Conseils : Comment reconnaître une chemise de qualité ?

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Pendant une dizaine de jours en février, il s’est tenu une exposition assez confidentielle mais passionnante dans une nouvelle galerie d’art à Paris, Made in town.

L’idée était très simple et très intéressante : amener une chemise Zara à rayures blanches et bleues (LA chemise générique) à une trentaine de tailleurs spécialisés dans la chemise (et uniquement dans la chemise sur-mesure) à Rome et demander de recopier ladite chemise Zara, mais avec tout leur savoir-faire.

Précision importante : le tissu de chaque chemise vient de la sélection (et suggestion) du tailleur, qui est censé se rapprocher visuellement le plus possible de la chemise Zara. On a donc pour chaque chemise, un tissu à rayures bleues et blanches, mais différent à chaque fois dans son toucher, la taille des rayures, le bleu des rayures, etc.

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30 chemises bleues et blanches, mais toutes différentes !

Au final, on a une trentaine de chemises à rayures, mais chacune est unique ! J’étais franchement émerveillé de pouvoir toucher et voir autant de chemises si luxueuses, dont certaines provenant des plus belles maisons au monde (je pense notamment à Borelli). Il était fascinant de voir que chaque grand chemisier romain a ses propres détails de confection, révélateurs d’un savoir-faire unique. Ce qui était également intéressant, c’est qu’il y avait toutes les gammes de prix : les prix s’étalaient de 80 € à 500 €, ce qui permet d’avoir une vraie variété dans les confections.

Voici donc en photos ces fameux détails qui témoignent d’une chemise de qualité. N’espérez pas trouver les mêmes détails en prêt-à-porter, ils y sont pour la plupart très peu présents…

Note : les explications en italique désignent l’image qui se situe au-dessus.

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Rien que dans la manière de coudre les boutons, il y a plusieurs écoles.
Notez ici la qualité du nacre, uniforme et épais.

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Un bouton cousu façon « zampa di gallina » ou aussi de la manière « fleur de Lys ». Cela atteste qu’il a été cousu à la main. Vous ne connaîtrez jamais de bouton qui se détache tout seul avec ce type de couture. À côté du bouton, on voit que la boutonnière comporte un fil épais et dense, qui évite l’effilochage caractéristique des mauvaises boutonnières.

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Une manière plus classique de coudre le bouton, mais la qualité de la nacre reste impressionnante, car même sur du haut de gamme, on trouve très rarement des boutons en nacre aussi épais (et donc résistants).

IMG_3891Sur cette chemise, il y avait ce curieux détail de tailleur sous forme
de renfort à côté du dernier bouton. Ne me demandez pas ce
que c’est et à quoi ça sert, 
je n’ai pas la réponse…

Dans le même genre de détails rarissimes, il y a le fameux travetto : c’est un renforcement sous forme de point de crochet, fait à la main, au niveau de la patte capucin (mais si, vous la connaissez : c’est cette patte qui part du poignet et qui se finit généralement au milieu de l’avant bras). Concernant le travetto (=le renforcement de la patte capucin), ne le cherchez pas en prêt-à-porter, il y est totalement absent, même dans le haut de gamme. Maxim de SoDandy en parle également dans un de ses articles.

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Le fameux travetto ! Un détail qui a beaucoup de charme.

Ce qui m’a également surpris, c’est la variété d’emmanchures. Si la plupart sont effectivement décalées au niveau de l’aisselle, chaque chemisier a SA manière de monter la manche au niveau de l’épaule.

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Deux montages d’épaules relativement « classiques », qui ne sont pas dépaysants par rapport à ce qu’on peut trouver dans du PAP haut de gamme. Les deux lignes de coutures sont ici bien visibles. Montons en gamme…

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Une épaule haut de gamme. Les points de couture sur la ligne horizontale du haut sont très resserrés, signe de qualité et de maîtrise technique. De même, ces points de couture à peine visibles espacés et isolés entre eux sur la ligne verticale (celle qui fait le tour du bras) sont caractéristiques d’un montage à la main.

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Le top du top : quasiment aucune couture visible, des rayures alignées entre l’épaule et la clavicule et des points de couture hyper denses et presque invisibles. Mais on peut faire encore mieux… 

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Le Graal : plus aucune couture visible ! Incroyable mais vrai ! Un vrai travail d’orfèvre. Voici ce que l’on voit si on regarde le montage à l’intérieur :

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On voit nettement l’emmanchure décalée ici (l’endroit où les quatre coutures se rejoignent). Comparez cette photo avec les chemises que vous possédez ;))

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Une autre photo de l’intérieur d’une épaule, où l’on voit des finitions très propres, et le fameux montage à la main visible en la couture de gauche.

Passons au col, où un détail caractéristique d’une chemise en grande mesure est visible :

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On remarque que le col est très épais. Sur toutes les chemises, le col est d’une rigidité que je n’avais jamais sentie avant. C’est du béton armé ! Ce col évasé est classique du style italien.
Aucun tailleur n’a voulu faire de col plus petit, car ils trouvaient que cela faisait trop féminin.

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Vous voyez ce type de rainure sur la couture du col ?
C’est typique d’un grand chemisier italien !
Mais il existe encore plus haut de gamme :

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C’est sûrement la chemise la mieux finie que j’ai vu depuis que j’ai commencé à m’intéresser à la mode masculine. Les coutures du col sont hallucinantes : elles sont si fines qu’il est franchement difficile d’y distinguer les points !
Impossible de faire plus raffiné…

À propos des coutures, si les chemises sont toutes en coutures anglaises, il est fascinant de voir les différentes manière de faire :

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Une vraie couture anglaise, avec la couture visible incroyablement fine.
Je n’ai jamais vu autant de points au centimètre.
Cela ne peut être fait qu’à la main !

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Encore une couture anglaise impressionnante,
avec cette fois-ci une couture quasiment invisible.
Notez également les points de coutures hyper resserrés sur le bord de la chemise.

Parmi les détails incontournables d’une chemise haut de gamme, il y a la fameuse hirondelle de renfort, déclinée ici de multiples façons.

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Un renfort très élégant sous forme de point de crochet fait à la main.

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Une hirondelle de renfort classique.

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Un autre type d’hirondelle de renfort, que je ne connaissais pas.

C’est vraiment une excellente idée d’exposition et on se prend à imaginer d’étendre le concept, avec par exemple des marques de jeans prestigieuses qui feraient le « même » jean à leur manière, ou des tailleurs qui démontreraient leur savoir-faire sur une veste de costume. Cela pourrait être véritablement passionnant !

Quelques mots également sur cette nouvelle galerie Made in Town (26 rue du Vertbois à Paris) : le but est de mettre en avant des savoir-faire artisanaux dans plusieurs domaines tels que la mode, le design ou la gastronomie. Je ne suis pas la personne la plus érudite en matière de galerie d’art, mais je salue une telle initiative ! Merci à Maxim toujours humble et pédagogue dans ses explications.

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Une broderie d’une grande finesse ! Désolé pour la qualité de la photo…

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  • Pierre Alanski

    Super merci Rafik 😉

  • RafikBG

    Hello Pierre,

    C’est une très bonne marque. En revanche, tradition italienne oblige, les cols sont relativement souples !

  • BenoitBG

    Oui enfin, je pense que les boutons sont en plastiques, les finitions tout juste standardes et la matière hyper standarde aussi. Mais comme je le dis souvent, quand tu as faim, tu peux aller faire tes courses, acheter un sandwich, aller dans une brasserie, ou te faire plaisir dans un grand resto. Eh bien commander une chemise chez un artisan romain, c’est un peu comme aller dans un grand resto.

  • Blegier

    Désole pour le lien je ne savais pas. Ce que je voulais dire, c’est que je ne vois pas trop de différence donc avec mes chemises que je commande sur internet?? Effectivement il n’y a pas le décalage aux aisselles, mais pour le reste mes chemises à 59€ valent tout à fait celles des grandes marques italiennes

  • Blegier

    Bonjour,

    Merci les photos sont très sympa. Mais je suis désolé mis à part le décalage des aisselles, je ne vois pas trop de différence avec mes chemises sur mesure achetée à moins de 70€ sur XXX (censuré, pub douteuse) !

  • je ne comprends pas, tu peux développer ?

  • OdTR

    Le sujet est intéressant mais les commentaires techniques ne sont pas très avisés…

  • BenoitBG

    C’est peu de le dire 😉 Je crois que je ne verrai que très rarement des chemises aussi magnifiques (la Borelli est incroyable).

  • adri’S

    en fait vous avez raison ! Les chemises sont extraordinaires !

  • Hello Benoît,

    Merci pour cet article qui pour moi apporte quelques points essentiels sur les détails d’une chemise de grande qualité, même si j’admets que le toucher reste un élément essentiel pour apprécier un tel objet.
    Je suis nouveau sur votre blog et tout comme vous je suis « friands » d’en apprendre de plus en plus sur l’élégance masculine donc si Adri’s pouvait nous faire part de ses lumières…je serais également preneur : -)

    Bonne continuation.

    Cedric de Gent Attitude

  • flop94

    Effectivement, c’est une idée 😉 merci!

  • BenoitBG

    Je vous trouve bien pessimiste et nostalgique. Ne le prenez pas mal, mais ma question de départ n’a toujours pas trouvé réponse ! Je trouve que c’est un peu facile de lancer une affirmation en disant que Borelli n’est que poudre aux yeux sans jamais argumenter derrière, alors que moi et mes lecteurs serions ravis (et friands) d’avoir vos lumières sur le sujet.

  • adri’S

    Un savoir bradé, des circonstances sociales, des désertions, des refus et la complexité des convictions qui se heurtent. On précise qu’enseigner serait une tâche désormais trop ardue. Inutile donc de s’acharner, mieux vaut faire juste ce qu’on doit et ne pas s’y épuiser, avec la nostalgie d’un avant où il était encore envisageable de tenir un groupe, de transmettre un savoir. Mireille Cifali

  • BenoitBG

    Forcément, si on ne prend pas la peine de bien m’expliquer !

  • adri’S

    vous n’êtes pas du métier cela se comprend vous ne fait que remuer le bocal

  • BenoitBG

    C’est un lien sympa, mais je ne vois toujours pas en quoi ces chemises que j’ai vues sont « de la poudre aux yeux »… et quels sont les « éléments essentiels » manquants d’une « vraie » chemise sur-mesure.

  • adri’S
  • BenoitBG

    Peux-tu développer ?

  • BenoitBG

    Je t’en prie !

  • waouh !!!! une telle qualité, juste MERCI bonnegueule de nous faire découvrir tout ça !! =)

  • adri’S

    Loin de la vraie chemise sur mesure … il manque beaucoup d’éléments essentielles Les italiens sont des artistes quant il faut jeter de la poudre aux yeux. Sans rancune !

  • cet article a été l’objet d’un nouvel article sur parisiangentleman.fr 😉

  • travail vraiment très intéressant d’un créateur à l’autre. C’est fou la différence de couture, de texture (à l’oeil) d’une chemise à l’autre !
    Merci pour cet article !

  • Esterhazy

    Merci pour cet article, ça m’a donné le vertige, je ne pensais pas que ça allait à un tel niveau de subtilité !

  • BenoitBG

    Oui, la chemise Borelli est une mesure !

    Par contre, c’est con à dire, mais je ne connais pas les noms exacts, ce sont pour la plupart des petits chemisiers planqués à Rome qui ne vendent que dans leur boutique… Le mieux est d’envoyer un mail à Made in Town pour en savoir plus !

  • B A

    sympa la découverte

  • flop94

    Très intéressant! Serait-il possible d’avoir quelques noms de chemisiers, avec le prix associé…. (oui j’en demande beaucoup ^^)
    Une question, pour la Borelli, c’est une mesure?? J’en ai plusieurs en PAP (ben au dessus de tout ce que j’ai pu voir), mais je savais pas qu’ils font de la mesure.

    Quand au travetto, il me semble qu’il est présent sur le PAP napolitain (Borelli, Barba, Finamore).

    Pour l’expo, dommage que ce soit fini, j’aurais été y faire un tour.

  • une vraie merveille pour les yeux, merci beaucoup ! 🙂