Reportage : Visite de l’atelier Louis Félix à Cholet (et interview de Billy Lagré)

louis felix billy lagre
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Nous avons fait la rencontre l'an dernier de Billy Lagré, petit-fils de bottiers et de formiers, qui après de nombreuses expériences dans la chaussure, a monté un atelier de production traditionnel en France avec son épouse.

Il a au-delà développé sa propre marqueLouis Félix.

louis felix souliers

Il y a de vrais partis-pris dans le design pour élancer les silhouettes féminines.

louis felix atelier

La qualité des matières est très parlante quand on voit ces photos.

Pour fonder son atelier, il a choisi la région de Cholet, dont il est natif. Mais surtout, le Maine-et-Loire est un bassin historique de la production de chaussures en France... et ce savoir-faire existe toujours.

Cela lui a permis de réemployer des artisans dont les ateliers avaient fermé, mais aussi d'en former de nouveaux.

Tout se fait manuellement avec différentes outils et machines-outils.

Tout se fait manuellement avec différents outils et machines-outils.

Présentation de la marque Louis Félix, et interview de Billy Lagré

Dans cet interview, Billy Lagré nous explique son histoire et comment il en est venu à recréer toute une ligne de production en France, ainsi qu'une marque.

L'interview et les images d'atelier ont été tournées chez lui par l'équipe, et nous le remercions infiniment pour son accueil et sa gentillesse (ainsi que J.M. du second atelier).

Quelles sont les étapes de montage d'une chaussure de qualité ?

Dans cette seconde vidéo, vous allez découvrir toutes les étapes du montage d'une chaussure pour homme traditionnelle.

Billy produit ses souliers pour femme dans son propre atelier, et confie la réalisation de ses souliers masculins à un second atelier familial de la région de Cholet, où ont été tournées ces images :

Retranscription de l'interview de Billy Lagré (Louis Félix)

Billy Lagré, j’ai 43 ans. Je suis originaire de Cholet. J’ai monté cet atelier, il y a maintenant 8-9 mois.

Du côté de mon père, on est une lignée de fabricant de formes. Du côté de ma mère, mon grand-père était bottier. Donc, assez naturellement, j’ai suivi les traces de mes grands-parents. D’ailleurs, j’ai monté l’atelier et je l’ai appelé Louis Félix en hommage à mes grands-parents : Louis, qui était fabricant de forme, mon arrière grand-père paternel ; et Félix qui était bottier, arrière grand-père maternel.

Après des études classiques, j’ai fait une formation technique pour apprendre les fondamentaux de la chaussure. Ça a duré à peu près un an où j’ai appris à concevoir, patronner, couper, piquer et monter des modèles. J’ai commencé ma carrière chez Free Lance à la Gaubretière. J’y suis resté 4 ans. Ensuite, je suis parti chez Eram. Donc là, complètement l’inverse. On quitte les produits de qualité bien travaillés, et on arrive à un produit de masse où on n’a plus du tout les mêmes contraintes et les mêmes exigences. C’était différent, mais intéressant.

Au bout de 4 ans, je suis parti. J’ai monté un bureau en France. L’idée, c’était de concevoir les collections de fabricants d’Espagne, du Portugal, et de les revendre sur le marché français. En 2004, j’ai eu envie d’aller voir un petit peu plus loin. Et avec mon épouse, on est allé s’installer en Asie. J’ai monté mes bureaux à Hong Kong et on est allé s’installer à Bali. C’est souvent quand on part de France, quand on va vivre à l’étranger, d’abord que notre pays nous manque et qu’on se rend compte à quel point on a vraiment un potentiel. Et quand vous parlez notamment en Asie de la France, tout de suite, les premiers mots qui viennent, c’est le romantisme, le luxe, le parfum, la mode, le savoir-faire.

Assez rapidement, j’ai eu l’intuition, l’idée plutôt qu’il faudrait peut-être faire chemin inverse et revenir en France fabriquer un produit français et vendre dans ces pays émergents. Et pas que seulement émergent, mais aussi sur le marché américain et européen.

Après, donc, 8 ans passés en Asie, on a pris le risque avec mon épouse. Enfin, on a eu ce challenge de vouloir monter une marque 100% française. Je me faisais un point d’honneur à fabriquer en France évidemment. Mais je voulais faire un produit vraiment de très, très haute qualité. Je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait qu’une solution, c’était de créer mon propre atelier. Mais un atelier qui ne travaille pas de la manière classique, une manière industrielle où une opératrice fait la même opération à longueur de semaines et d’années. Les gens étaient vraiment intéressés par cette idée de refaire un produit de qualité et de luxe. Ma grande satisfaction aujourd’hui, c’est cela. C’est qu’on a vraiment une bonne équipe, un bon groupe qui a compris l’idée, la philosophie de l’entreprise, vers où on voulait aller, que l’idée principale c’était l’excellence du produit, que c’était 100% français.

J’apporte un regard vraiment particulier sur la forme parce que la forme, c’est la base de la chaussure. C’est elle qui détermine certes le style, l’aspect, mais aussi surtout le chaussant. Je fais un dessin sur papier, j’ai une idée. Ça peut être un dessin qui est souvent très proche de la réalité en termes de volume.

À partir de ça, je vais voir mon fabricant de forme. Et là, je l’accompagne. C'est-à-dire que le formier, lui, a ses compétences et son savoir-faire. Tout ce qui est la partie chaussante. Ce qu’on appelle, le corps de forme. Et après, moi je vais intervenir sur la partie style, c’est voir si le bout est suffisamment pointu ou pas assez rond ou trop carré. Enfin, là, j’apporte vraiment ma touche personnelle. Je suis même en mesure de gratter les bouts de formes pour avoir directement le style que je recherche.

Ensuite, on habille la forme. On va venir mettre une tige habillée de cuir pour voir en volume ce que ça donne. Chaque petite étape doit être vraiment pleinement respectée pour que le produit à la sortie soit irréprochable.

On a deux gammes. Une qui s’appelle Louis Félix soulier, un produit comme je l’ai montré tout à l’heure femme. Et la collection Louis Félix bottier qui est une gamme mixte. Donc comme son nom l’indique, on a les modèles homme et les modèles femme qui sont exactement similaires.

Je vous emmène visiter cet atelier avec plaisir.

Crédits des photos : Louis Félix.

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  • RafikBG

    Merci beaucoup Heinserberg, si on s’améliore c’est aussi parce qu’on a de supers lecteurs qui nous donnent envie de nous dépasser;)

  • Nikolas

    D’origine choletaise, c’est un grand plaisir de voir un article dédié à ce formidable bassin de talents qui mérite à être davantage (re)connu. Dommage que leur site internet soit en rénovation, il me tarde de voir leurs collections directement en ligne.

  • RafikBG

    Avec plaisir Raphaël, merci à toi pour ton soutien et ta confiance !

  • je sais pas trop, après c’est vrai que le Web n’est pas forcément au coeur de leur stratégie

  • maldoror

    Dommage que le site soit en rénovation, mauvaise synchro?