Un dimanche à Giverny, Monet et son vestiaire – Carte blanche… à Jérôme

Temps de lecture : 4 minutes

Publié par le 21 février 2021

Pendant presque trois ans, chaque dimanche midi vous aviez rendez-vous avec les Pépites de la rédaction. Jusqu'aux centièmes publiées par David début février.

À compter de maintenant, nous publierons un nouveau format indéfinissable parce que nous ne savons pas ce que nous allons vous donner à lire. Il pourra s'agir d'un point de vue particulier, un coup de cœur pour une pièce, un coup de gueule contre une tendance, une inspiration étonnante, une idée saugrenue…

L'idée est de permettre à chaque rédacteur du pôle édito d'écrire sur un sujet qui lui tient à cœur, avec assez peu de contraintes. Au point même de s'éloigner du vêtement. Tout est possible.

Une forme de carte blanche qui a vocation à vous surprendre, à être un peu la surprise du dimanche. N'hésitez pas à faire part de vos commentaires et remarques. Bonne lecture. Christophe.

Et puis le samedi laissa place au dimanche... Activités traditionnelles : lectures, promenades, séries TV, entretien des chaussures. Il arrive aussi qu'on vive des choses qui sortent un peu de l'ordinaire. Avez-vous par exemple déjà eu envie de vivre à une autre époque rien qu'en flânant dans les livres ou dans les musées ?

Pour moi, il aura suffi d'un autoportrait de Claude Monet pour que je me décide à aller voir tout cela de plus près. Le printemps n'est pas encore de sortie et pourtant, j'imagine déjà le jardin fleuri, les toiles naissantes, la barbe du maître et tout ce qui peut bien se cacher dans son vestiaire. Une autre vie, en somme. Et des vêtements d'un autre temps.

La chambre à coucher et le bureau de Claude Monet, dans sa maison de Giveny, dans l'Eure, en France. (Photo by Jean-Erick PASQUIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

Giverny, 1886. Comme à son habitude, Claude Monet dort sans rideaux tirés et s'éveille à la lumière du jour. Il est tôt, 5 heures peut-être bien, et personne ne sait exactement de quoi le peintre a rêvé durant la nuit. On peut tout de même s'avancer sur une chose sans prendre trop de risques : il a probablement rêvé au moins une fois de toiles, de pinceaux et de tubes de couleurs.

Les trois fenêtres de la chambre lui donnent un timide aperçu de ce que va être la journée. En bas, dans le salon atelier, certaines de ses toiles favorites attendent patiemment les visiteurs du jour. Dans la cuisine, on s'affaire peut-être déjà. Tout le monde doit être prêt pour le repas avant midi.

La peinture, c'est toute sa vie. Pour autant, si Claude Monet a été fauché une grande partie de celle-ci, il a toujours pris soin de son style. Au-delà de sa stature et de son charisme naturel, c'est un homme qu'on dit régulièrement élégant : des souliers, un pantalon à pinces, une chemise à jabot, un gilet toujours glissé sous la veste et parfois aussi ce supplément d'élégance autour du cou et que certains d'entre vous portent peut-être même encore, sous une autre forme. Le costume-cravate n'est pas mort.

Le style selon Monet pourrait être l'ancêtre du soft tailoring : c'est une vision du costume adaptée pour la nature et les sorties "sur le motif". C'est aussi un presque gentleman-farmer, qui dispose non pas d'une ferme mais d'un jardin tout à fait extraordinaire.

En attendant, Claude Monet est toujours dans son lit et il vient d'ouvrir les yeux. Si la lumière n'est pas au rendez-vous ou que la journée s'annonce morose, il se peut qu'il reste là où il est, ou qu'il soit tout simplement d'humeur maussade.

C'est un homme de caractère obsédé par la lumière, tout le monde le sait. À commencer par la tribu (femme et nombreux enfants) qui vit avec lui. La vie à Giverny est rythmée par le jardin et la peinture. Claude Monet se lève donc car il y a beaucoup à peindre et à faire.

Imaginons la suite : un rapide petit tour au cabinet de toilettes dans la pièce attenante, puis un œil sur l'armoire, le vestiaire : que pourrait-il bien porter aujourd'hui ?

Autoportrait, réalisé en 1886 (Photo Universal History Archive/Getty Images)

Si l'on s'en tient à l'autoportrait sur lequel il va entre autres travailler cette année-là, ce sera peut-être une tenue habillée, avec un béret et une barbe bien taillée : une tenue sombre, mais sans noir. Ça aussi, tout le monde le sait, en particulier son vieil ami Clémenceau qui s'en souviendra jusqu'à sa mort. "Non ! Non ! Pas de noir sur Monet. Le noir n'est pas une couleur". Benoît serait on ne peut plus d'accord.

Les rares images existantes de Claude Monet vont dans le même sens. On doit ce miracle "technologique" au cinéaste et dramaturge Sacha Guitry : Claude Monet y apparaît la cigarette au bec, chapeau sur la tête et costume couleur claire, peignant la force tranquille au milieu du jardin de Giverny.

C'est une séquence de 1915. Claude Monet a alors 75 ans et il affiche un style tout à la fois chic et rustique, avec une prédominance pour ce qu'on imagine être du blanc. De notre côté, on verra bien ce que ça donne, si on parvient jusqu'à ce bel âge. C'est une piste intéressante.

On peut en tout cas s'interroger sur un point : est-ce qu'un maître des couleurs fait autant de miracles dans ses tenues que sur ses toiles ? On sait que Claude Monet pouvait habiller ses personnages à sa guise.

Claude Monet peint par Pierre-August Renoir, 1875. (Photo by Buyenlarge/Getty Images)

On sait aussi qu'il s'habillait lui-même très bien et si par exemple, c'est Renoir qui le capture en train de lire son journal, on n'est alors pas loin de tenir le style de l'année - ici 1875. Regardez plutôt ces couleurs. Est-ce que vous avez déjà vu des tenues de ce genre dans la vraie vie ?

Je vous avoue qu'il m'arrive parfois de vouloir remonter le temps, par curiosité, à la découverte du vestiaire des grands peintres du XIXe mais aussi des personnages de leurs tableaux : Claude Monet bien sûr, Van Gogh pourquoi pas, mais aussi Pierre-Auguste Renoir, qui m'a toujours fasciné. Son fils Jean aussi, remarquez : j'ai dû visionner tout ce qu'il était possible de voir de sa filmographie.

Cela ne vous aura peut-être pas échappé : j'aime les choses un peu anachroniques, les vieux trucs, tout ce qui permet d'une manière ou d'une autre de voyager dans le temps. Je m'intéresse à la peinture sans m'y connaître plus que ça. Je ressens simplement les choses, les formes ou les couleurs et parfois je me surprends à imaginer les personnages et leurs tenues sortir de la toile.

On peut trouver matière à parler mode et vêtements jusque dans la peinture. C'est très vrai pour les robes et parures de femmes. C'est aussi vrai pour les hommes. Sacha Guitry encore lui a dit un jour à propos de son ami Claude Monet : "Il a beau mettre des cadres, on sent bien que le ciel ne s'arrête pas là." Du ciel aux vêtements, il y a peut-être juste un pas.

Jérôme Olivier Jérôme Olivier

Ex-caviste et rock-critic de poche, grand amateur de films et de chats sibériens, je m'intéresse aux petites histoires qui vont avec les vêtements. Je réponds également à vos questions au quotidien avec Camille et Clémence au Service Client, et avec David à l'Edito.

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