Test : L’histoire des jeans Tuff’s et le jean Made in France

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Disclaimer de Geoffrey : J'ai eu le plaisir de rencontrer Julien Tuffery au détour de l'émission de télé La Quotidienne sur France 5, dans laquelle nous intervenions pour apporter notre point de vue sur le jean.

Après avoir fait participer Julien dans notre dossier sur le Made in France, j'ai souhaité que l'équipe teste ces jeans, compétitifs pour un produit de l'héxagone.

La parole est maintenant à Lionel !

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Derrière ce nom - qui rappelle la bière favorite d’Homer Simpson - se trouve le diminutif de Tuffery et une longue histoire de famille, qui a réussi à inscrire son savoir-faire dans le patrimoine industriel Français.

L’histoire débute en 1892, plus précisément à Florac en Lozère. Célestin Tuffery est un tailleur de vêtements qui manufacturait des pantalons de travail robustes pour satisfaire les ouvriers : la toile épaisse était très appréciée par les travailleurs, qui voyaient en elle un vêtement de travail adapté à leur environnement hostile.

Famille Tuff's

Voici la famille Tuffery presque au complet.

Son affaire se développe rapidement, si bien que Célestin doit adapter son rythme de production, car tout est fait à la main et sur mesure pour s’adapter aux clients de l’époque. Oui, à l’époque, le sur-mesure était une banalité, aujourd’hui c’est un luxe !

Plus tard, c’est Jean-Alphonse, le fils de Célestin qui reprend l’entreprise familiale. Il a appris la confection à Nîmes, et exploite la toile de la ville qui présente la particularité d’être 100 % coton, tissée avec un fil blanc et un fil teinté à l’indigo.

Sous sa direction, les pantalons sont confectionnés avec cette toile « denim » (contraction de « de Nîmes » !) et deviennent donc… des jeans ! Carton plein pour Tuffery qui va profiter de la mode du jean – lancée par les stars du cinéma – qui va être adoptée en France, le Monde et l’Univers dans les années 50.

Tuffery

Ancienne devanture de l'atelier Tuffery.

Arrive ensuite la troisième génération de la famille Tuffery, avec Marie Claude, Jean Jacques, Jean Pierre et Norbert, qui reprennent la fabrication en décidant de se spécialiser dans le jean. La demande étant toujours plus forte, l'atelier de Florac embauche jusqu'à 40 salariés pour produire plus de 500 jeans par jour. L’atelier de confection dépose une marque : c’est décidé, ce seront les jeans TUFF’S.

Déclin de l'atelier dans les années 70

Après cette période faste, l'atelier connaît des difficultés dans les années 70. Les modes de consommation évoluent, les grandes filières de distribution apparaissent, le commerce mondial se développe, les productions se délocalisent et la concurrence des pays étrangers devient insoutenable.

L'atelier lozérien n’échappera pas à la fermeture, mais la famille, forte de son héritage, continue de produire ses jeans Made in Lozère, les derniers jeans entièrement produits en France. Il était important pour la famille de ne pas se délocaliser pour garder une proximité avec ses collaborateurs.

Les Tuffery ne veulent pas être identifiés au sur-marketing lié au Made in France "à toutes les sauces", et s'indignent de voir qu'il y a des marques qui profitent de cette appellation pour vendre un produit qui n'est pas totalement fabriqué en France.

Aujourd’hui, la famille Tuffery poursuit la valorisation de son patrimoine artisanal et industriel en confectionnant leurs jeans dans les Cévennes, à Florac.

Et Julien Tuffery, 4ème génération, prend le relai aux commandes du Web et de la communication de la marque.

Gare Florac

La gare de Florac avec Julien Tuffery.

Comparaison entre une production industrielle et artisanale de jeans

Lors d'une production industrielle, une fois que les différentes pièces du jean sont découpées dans le matelas de toile, les ballots d'empiècements sont déplacés à différents postes de production, où les ouvriers font continuellement les mêmes gestes.

Ainsi, le jean se façonne en suivant une chaîne de montage bien précise, passant entre les mains d’une vingtaine de personnes. Bien entendu, une telle chaîne de production répond à des enjeux d'économies d'échelles et de gain de productivité.

Atelier tuff's

Voici l'atelier Tuff's.

Dans une production artisanale, c'est tout le contraire ! C'est la même personne qui s’assure que toutes les opérations du processus de fabrication soient respectées à la lettre. Actuellement, l'atelier Tuff’s, comptant seulement les trois frères historiques, sort environ 4.000 jeans par an. Cela n’a rien à voir avec les productions industrielles en termes de volume, vous l’aurez bien compris.

atelier tuff's 2

La marque Tuff’s propose actuellement deux modèles.

  • Le Célestin possède une coupe droite et une taille légèrement haute, il se décline en trois délavages ; brut, clair et stonewash.
  • L’Alphonse, testé ici, possède une coupe bien plus contemporaine, une taille basse resserrée sur la jambe, ainsi que sur la cheville.

La marque a fait savoir qu’elle pourrait concevoir d’autres modèles à l’avenir. Connaissant leur rythme de production artisanale, c’est tout ce qu’on peut leur souhaiter.

Test du jean Tuff's - 99 €

J’ai décidé de porter ce jean brut dans une tenue simple : une chemise bleu ciel et des chaussures en cuir marron.

Le fit plutôt large de la chemise, rappelant celui d’une tunique, et son col type tab collar apportent une petite touche de singularité à ce look.

Tuff's chemise blanche

Bon, j’enfile mes lunettes, on va voir ça de plus près.

Le jean Tuff's en détails

Les coutures sont régulières et la couture de la fourche est bien alignée. La toile utilisée est une jolie étoffe d'épaisseur 14oz, tissée au pays basque espagnol.

Cette dernière a été rincée en usine, ce qui lui donne un aspect plus souple, donc plus confortable dès les premiers ports. On est à l'opposé d'un APC, Edwin, Denham, Nudies et autres denims « cartonnés » que l'on peut trouver dans le commerce.

Les sacs de poche sont faits dans un tissu plutôt fin, sûrement un mélange coton / polyester, qui est là pour apporter résistance et douceur. Pourtant, l’assemblage est plutôt basique : la couture liant la poche au corps du jean pourrait être plus propre.

Sac de poche Tuff's

Le patch en cuir épais est légèrement bleuté par l'indigo de la toile, ce qui lui confère un surplus de caractère.

Patch en cuir Tuff's

Le passant arrière droit est orné d'un fin liseré « Bleu, blanc, rouge ».

liseré Tuff's

Les fournitures sont de qualité, les rivets ainsi que les boutons sont estampillés Tuff's. Le zip, quant à lui, provient du célèbre fabricant japonais YKK. C'est un gage de qualité.

Zip Tuff's YKK

La griffe est un galon blanc brut sur lequel, tout comme sur le patch, l'indigo à légèrement déteint.

griffe Tuff's

Je relève un détail sympathique : l'étiquette de taille arbore une typographie sympa dans le style rétro. Et il s'avère qu'elle est tout simplement d'époque, vestige des vieux stocks d'étiquettes des périodes fastes de l'atelier.

étiquette Tuff's

Plusieurs éléments à améliorer retiennent mon attention, comme la finition des poches qui laisse un peu à désirer, ou la couture intérieure le long de la jambe qui est davantage une finition de type chino. Cela peut sembler surprenant quand on s’attend à porter un vêtement artisanal.

Mon avis sur les jeans Tuff's

Le jean présente un niveau de confection correct, pouvant tout de même être amélioré. Ceci dit, acheter un Tuff’s n'est pas seulement acheter un jean, c'est aussi soutenir un savoir-faire historique, une certaine vision simple et non revendicative de l'artisanat et du Made in France.

Reste maintenant à la marque de parfaire certaines finitions du produit, ce qui ne devrait pas être un problème aux vues du savoir-faire que possède l'atelier.

Vous retrouverez le jean testé et toutes les informations complémentaires sur le site Tuff's.

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  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Sébastien !

    La solidité, chez Levi’s ? Tu es bien plus chanceux que la moyenne alors, parce que Levi’s n’est vraiment pas si solide que ça (hors des lignes Vintage et Made & Crafted qui coûtent au moins le double) , et pour 100 euros tu peux avoir quelque chose de bien mieux en tous points chez The Unbranded Brand.

  • Nicolò – BonneGueule

    Je pense que Benoît s’est emmêlé les pinceaux oui 🙂

  • BenoitBG

    Difficile de donner plus d’infos sur le sizing car nous n’avons eu qu’un modèle ! Mais a priori c’est tout à fait la taille habituelle de Lionel, donc pas de surprises de ce côté là.
    Merci en tout cas pour tes encouragements, en espérant que tu trouves ton bonheur dans les prochains articles 😉

  • BenoitBG

    Oui, mais pour un jean à moins de 100 euros fabriqué en France, il n’y a pas de secret, les finitions sont standardes.

  • Olivier

    J’étais assez emballé à l’idée de soutenir une confection française historique et qualitative, mais force est de constater que les finitions sont « basiques »: pas de selvedge, de surpiqûre repliée, de rivets cachés… Tout ce que vous nous avez appris à regarder pour reconnaître un denim de qualité est quasi absent 🙁 Quant à la braguette zip, je la laisse à mon grand-père! Dommage

  • RafikBG

    Tout dépend de ce que tu recherches : si les amateurs de workwear s’orientent davantage vers le selvedge, cela peut constituer une alternative intéressante pour les plus petits budgets 🙂

  • Gouhouf

    Bonjour,
    Merci pour cette réponse. Cela va dans le sens de ma remarque. « Le plus vieux jean français », « depuis plus de 120 ans », « pas une seule année sans produire des jeans français ». Vous êtes fier de ce que vous faites, et tant mieux. Vous essayez de bâtir une image autour de votre marque, et vous avez entièrement raison. Cela fait plaisir tout autant au vendeur et à l’acheteur, fiers de ne pas acheter n’importe quel produit.
    Quant au fait d’apparaître ainsi dans les lignes de bonnegueule.fr, c’est une excellente stratégie de communication, car beaucoup (et j’en fais partie) font confiance aux avis éclairés des blogueurs de ce site. Et je vous souhaite que cela facilitera vos ventes si vos produits sont de bonne qualité.

    Gouhouf

  • Romain D.

    OK merci pour le retour ! Trop ample pour moi, donc..

  • Dans l’esprit Tuff’s, les coupes, c’est du sobre, du classique, de l’authentique et de l’élégance… Le Alphonse est droit, près de la cuisse et des fesses, c’est loin d’être un slim au mollet.
    Une jolie pièce qui s’adapte à de bien nombreuses situations de look selon les assemblages!

  • Bonsoir.
    Merci pour cet avis.
    J’apporte la petite précision sur ce terme « pas revendicatif ». Ce que nous disons, « bien sûr » que notre fabrication française est un attrait indéniable par les temps qui courent. « Bien sûr » que nous sommes fiers de cette fabrication socialement éthique et transparente … Sauf que; Tuff’s c’est le plus vieux jean français, depuis plus de 120, il n’y a pas eu une seule année sans produire des jeans français! Malgré les difficultés du secteur dans les dernières décennies, la famille Tuffery n’a jamais lâché ce savoir faire (le tout sans aucune communication hélas!). Ce n’est donc pas la GRANDE MODE du made in France qui fonde notre existence, mais plutôt l’histoire et le savoir faire historique. C’est donc ce que l’on essaie de mettre en avant et non des cocardes bleu blanc rouge à foison!
    J’espère avoir éclairci un brin la réflexion.

    Bien à vous les gars!

  • Bonjour.
    Je remercie l’équipe de Bonne Gueule pour ce focus bien fait qui met en avant le produit certes, mais également la marque, son histoire et ses fondements…
    Tuff’s c’est le plus vieux jean français, une histoire vieille de plus de 120 ans et surtout un savoir faire qui ne s’est jamais éteint malgré toutes les difficultés qu’a connu l’industrie textile en France depuis 1980! On doit cela à des hommes passionnés de confection et de denim.
    Le dépoussiérage de ce joyau ne fait que commencer …
    Julien Tuffery

  • effectivement, on aurait pu mieux expliquer

    le coupe est très bien !

  • pas revendicatif, ce que je voulais dire, c’est qu’ils le disent (why not), mais ne s’en servent pas comme d’un argument d’authorité, ça s’appelle pas « le jean français » 🙂

    n’hésite pas à lire notre dossier sur le sujet, avec plein de témoignages de marques :
    https://www.bonnegueule.fr/la-vraie-verite-des-vetements-made-in-france-celle-de-ceux-qui-les-font/

  • Gouhouf

    Article intéressant. Ce n’est pas très cher effectivement, même si visiblement la qualité n’est pas au top, je peux comprendre que le processus de fabrication fasse en partie le prix.
    Par contre, je suis amusé que d’un côté, l’auteur parle d’une marque « non revendicative du Made in France », alors que de l’autre, la marque place un petit liseré bleu-blanc-rouge à l’arrière. Si ce n’est pas revendicatif, qu’est-ce ? Un amour certain pour ces trois couleurs ?
    Ceci dit, je ne comprends pas très bien pourquoi ce serait mal de revendiquer le made in France. Quand on achète un produit, quel qu’il soit, on l’achète avec tout l’imaginaire autour de cet objet (son mythe). Un article tel que celui-ci y participe (en bien, en l’occurence). Si ils arrivent à donner une bonne image de leur fabrication artisanale, tant mieux, qu’ils en profitent, il n’y a pas de honte à avoir. Et je pense que certains lecteurs y sont plus sensibles qu’une fabrique artisanale de bijoux en coquillages du fin fond de la Sibérie (biais de proximité).
    Ensuite, d’autres marques sans doute, dans le vêtement ou autre, donnent une mauvaise image du « made in France », en estampillant des produits « made in France » de faible qualité, mais ils ne peuvent pas y faire grand chose même si indirectement, cela égratigne leur image.

  • RafikBG

    Hello Romain,

    Le jean est droit mais resserré sur la cheville. Assez proche d’un ED-55 d’après Lionel, mais un poil plus large 🙂

  • RafikBG

    Merci pour votre retour votre Majesté du shopping ! Pour le coup, je ne sais pas s’il font des soldes en revanche. Je t’invite à te rapprocher de la marque pour qu’ils te renseignent 🙂

  • RafikBG

    Comme d’habitude, un grand merci pour ton retour Abdel, et pour la découverte de Venise Normande que je ne connaissais pas 😉