Test : Piola, de la forêt amazonienne à vos pieds

Temps de lecture : 8 minutes

N'allez jamais dire aux quatre fondateurs de Piola (Antoine, Josh, Augustin et Quentin) que leur enseigne fait partie de ces marques de commerce équitable, leur concept est bien différent.

En 2007, l'un des quatre compères, Antoine, est parti faire du bénévolat dans une ONG à Lima, au Pérou (on ne sait jamais). Tombé amoureux du pays, il décide alors de monter un projet de développement économique, en y incluant des producteurs locaux de matières premières (à savoir : caoutchouc et coton). Et que faisons-nous avec du caoutchouc ? Des pneus... ou des semelles de sneakers !

Vous devinerez vous-même aisément vers quel produit Antoine s'est orienté.

Antoine Piola

Un joli portrait d'Antoine Burnier, co-fondateur de Piola.

J'ai d'ailleurs eu l'occasion de l'interroger pour une petite interview : il nous raconte son histoire.

Quel est le modèle économique de Piola ?

Pour développer des sneakers, on a besoin de matière et d'une confection. Piola paie sa toile en coton et son caoutchouc 6 fois le prix du marché aux producteurs, ce qui représente 1,5 € sur une paire à 140 € ; ce n'est pas énorme en soi. Mais en retour, la marque demande à ses producteurs de se développer en leur créant des comptes épargne, pour les inciter à croître.

C'est le principe du cercle vertueux : si Piola meurt, les producteurs auront tout de même créé un matelas de sécurité qui leur permettra de ne pas se retrouver le bec dans l’eau. Dans le meilleur cas, ils pourront même utiliser le capital mis de côté pour créer un autre business et développer une activité propre.

Ica piola

Modèle ICA, testé plus bas.

La marque ne veut surtout pas entrer dans une logique d’achat / vente, c’est-à-dire : acheter des produits à un atelier, en apposant une marque saupoudrée d’un concept issu d'Amérique latine, et rentrant dans une case « développement durable ».

Le véritable but est de rapprocher les producteurs des consommateurs, en travaillant sur les infrastructures.

La démarche de Piola

Dans un premier temps, les quatre amis ont d'abord récupéré toutes les informations des ateliers (mode de vie, fonctionnement, capacité de production…).

Dès lors, trois questions leur sont venues à esprit :

  • De quoi avons-nous besoin en termes de ressources ?
  • Quelle est la hauteur de l'investissement ?
  • Comment allons-nous financer ?

Ils arrivent ainsi à déterminer combien le producteur gagne par paire de chaussures vendue.

En réalité, Piola s’est d’abord intéressé à un atelier de séchage de latex (qui deviendra des feuilles de caoutchouc). Il s'agit de petites bicoques à l’entrée de la forêt amazonienne, qui permettent de transformer le latex en le trempant dans de l’acide citrique, du sulfate de sodium et de l’eau. Après avoir attendu 24 heures, on obtient une pâte que l’on fait sécher pour obtenir le fameux caoutchouc.

caoutchouc piola

Feuilles de caoutchouc d'un producteur péruvien.

Ces opérations nécessitent des récipients, des machines (il faut un rouleau compresseur pour homogénéiser la feuille de caoutchouc) ; bref, de l'investissement.

Comme le dit si bien Antoine :  "Ce n’est pas parce qu’on a une gueule de gringo que l’on va faire des chèques aux ateliers à la fin du mois. On veut juste mettre en place un système vertueux, et laisser le choix au consommateur d’investir ou non."

Note : Le Pérou a été l'un des premiers producteurs de caoutchouc au monde. Des familles entières se consacrent à sa production depuis des générations.

Comment le consommateur peut-il aider directement le producteur de caoutchouc ou de coton ?

Les clients sont donc les ambassadeurs directs du projet de développement. Pour cela, ils trouvent un code dans chaque boîte de chaussures, qui représente un don de 4 euros (inclus dans le prix de la paire). Dès l'achat, chaque client fait donc partie intégrante du projet.

Concrètement, ce code permet d'accéder à la plateforme d'investissement, c'est donc à vous de décider où finira votre argent.

J'ai choisi de simuler un investissement chez un producteur de caoutchouc :

Piola investissement

Page de la plateforme d'investissement sur le site de Piola.

Vous accédez à une page qui vous permet de choisir un producteur de caoutchouc. Pour ma part, j'ai choisi Edmundo, qui vous fait visiter sa production, et explique son projet à travers une petite vidéo de présentation.

producteur caoutchouc piola

Voici le profil d'un producteur de caoutchouc.

Tout est très bien expliqué sur le site de Piola, n'hésitez pas à y jeter un oeil.

Test des sneakers ICA basses (145 €)

Piola skate

Les fameuses ICA, associées à des chaussettes Royalties et un pantalon Cos.

Je déteste "faire" des chaussures en cuir. Vous savez, c'est cette période transitoire qui vous oblige à sacrifier une partie de la peau de vos pieds afin d'être à l'aise les prochains mois. Dans les ICA, je n'ai pas ressenti cet inconfort. Dès le premier port, on s'y sent très à l'aise, alors que le cuir est assez rigide.

Ce qui m'a également surpris, c'est la solidité de ces sneakers. Je les porte à raison d'une fois toutes les deux semaines, depuis 4 mois. Le cuir n'a pratiquement pas plissé, la semelle est très solide et ne s'use pas.

Le cuir des ICA

Le cuir pleine fleur, qui recouvre toute la tige des sneakers, a subi un tannage au chrome. Vous allez me dire : "Mais Luca, ce n'est pas du tannage végétal, c'est donc de la mauvaise came !"

Même s'il ne fait pas du bien à l'environnement et peut parfois provoquer des allergies, le cuir tanné au chrome est fortement recommandé pour équiper une chaussure, pour la simple et bonne raison qu'il résiste mieux à l'eau que le végétal. Il est également plus souple, et permet une plus grande liberté de couleurs (plus naturelles sur le cuir, par rapport au tannage végétal).

Notez donc que le plus souvent, vous avez du tannage au chrome sur vos chaussures, blousons et autres grosses pièces de cuir. Seule la maroquinerie peut trouver un intérêt à être tannée de manière végétale.

Piola packshot

Le cuir présente un effet mat, ce que j'aime beaucoup sur cette paire.

L'intérieur de la chaussure est en cuir d'agneau, ce qui permet d'absorber l'humidité excessive.

La semelle des sneakers ICA

Lorsque j'ai pris en mains les ICA, j'ai été surpris par leur poids conséquent et par la semelle, plus haute que sur les anciens modèles de la marque (touche de style créateur). Les semelles sont chargées à 60% de caoutchouc, contre une norme comprise entre 4 et 10 %.

semelle Piola

Plus la semelle est chargée, plus il est difficile de la rendre blanche (la feuille de caoutchouc a une couleur caramel).

Je trouve que le rendu est très naturel, et qu'il se marie bien avec le rouge bordeaux de la chaussure.

Le montage et les finitions des sneakers

Pour le prix (145 €), c'est très bien. Montées au Portugal, les semelles sont cousues et les finitions correctes, même si elles pourraient être améliorées sur les bordures de cuir. Le point de couture est assez fin (gage de qualité) et la semelle de confort est vraiment "confortable" pour le coup.

Piola finitions

Les bordures de cuir pourraient être mieux finies.

Bref, c'est un bon produit milieu-de-gamme. Sur ce type de prix, vous trouverez difficilement mieux.

lacets waxés piola

Autre point fort, les lacets waxés.

Comment porter les Piola ICA ?

Elles sont très polyvalentes, ne vous prenez pas la tête. J'aime autant les porter de manière décontractée, qu'avec un pantalon en flanelle, comme ci-dessous.

Piola Pantalon en flanelle

Chemise Office Artist, pantalon COS et lunettes Jimmy Fairly.

Vous êtes totalement libres avec ce type de sneakers basses, que ce soit avec des Piola ou d'autres marques au style similaire. Il est vraiment facile de les associer avec son vestiaire.

La preuve ici dans un style complètement différent, avec un bombers et un jean brut, dans le but de s'assoir sur le dossier d'un banc public et jouer au mec dangereux.

Luca Piola Ica

Bombers Gap et jean BGJL sur mon banc parisien préféré.

Évitez de porter trop de rouge dans vos tenues si vous portez cette paire : vous n'avez même pas besoin de faire de rappel. Choisissez des couleurs qui calment celle des sneakers, comme le bleu ou le gris. Rien de plus simple.

Mon avis sur les ICA

Je suis vraiment très content de ces sneakers. Malgré certaines finitions à améliorer, le cuir reste en forme (même si de légers plis apparaissent tout de même) et la semelle ne s'use pas (mais alors vraiment pas).

On s'approche du style National Standard ou Common Project, le tout pour un prix très correct.

Retrouvez tous les modèles ICA ici.

Quoi d'autre chez Piola ?

J'étais curieux de voir qu'il n'y avait pas que des sneakers chez Piola. Quand je vous parlais d'amélioration de style, les collections sont plus pointues, avec des mélanges de matières intéressanes.

Les boots Mancora (300 €)

Antoine a vraiment insisté pour que je porte une paire de ces boots en cuir "Pull up" : un cuir qui change de couleur selon son étirement.

Piola boots

J'associe les boots à mon caban Monoprix, chemise Mango Homme et lunettes Persol.

Ici portées avec un caban, vous pouvez également les intégrer dans un style plus workwear, avec un jean brut et une parka par exemple.

La paire est très confortable. J'aime cet assemblage de différents cuirs sur la chaussure.

Boots piola

Gants trouvés chez Madova Gloves et jean Uniqlo.

La semelle crantée ne bouge pas après plusieurs ports, c'est l'avantage de fortement charger une semelle en caoutchouc.

Retrouvez tous les modèles Mancora ici.

Les derby Cantuta (280 €)

J'étais plus réticent lorsque j'ai vu le modèle au showroom de la marque, mais une fois aux pieds, le rendu est vraiment différent. La flanelle est très belle et s'associe bien avec le cuir.

De la même façon, vous pouvez associer ces derby à des pièces plus formelles, comme des pantalons en flanelle, une belle chemise et un blazer.

Piola derby

Blouson Redskins, sweatshirt Jack and Jones Premium et jean Uniqlo.

Derby piola

Retrouvez tous les modèles Cantuta ici.

Et pour l'été ?

collection été Piola

Des modèles Piola plus estivaux...

Piola se lance dans la running d'été. Alors que l'on connaissait déjà les sneakers en toile de coton (toujours péruviens), les compères surprennent encore avec des modèles très créateurs. Personnellement, je ne suis pas fan, mais n'hésitez pas à me donner votre avis dans les commentaires.

Mon avis sur Piola

Je n'étais pas vraiment fan du style de Piola à leurs débuts, que je trouvais, disons-le franchement, trop banal, sans charme. Aujourd'hui, la marque s'est complètement repositionnée en affirmant son identité de marque. Et ça me plaît.

Tout n'est pas à prendre, comme les Slippery ELM. En revanche, foncez pour les sneakers basiques (été comme hiver).

Note : l'E-shop Piola est enfin ouvert, n'hésitez pas à y faire une tour.

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