Test Markowski : Interview et passage au banc d’essai

Temps de lecture : 9 minutes

Disclaimer - Nouvel article invité de Yassine, toujours sur la chaussure (après celui sur Black Dandy). C'est l'occasion de publier enfin un papier sur le chausseur Markowski, dont on vous en parle depuis très longtemps, tant dans le Guide BonneGueule que dans les commentaires.

En effet, c'est de manière très certaine le meilleur rapport qualité / prix que vous trouverez dans cette gamme de prix (195 - 250 euros). Un petit exploit rendu possible par l'intégration verticale de Markowski : c'est une des très rares marques à posséder sa propre usine, tout en assurant soi-même la distribution des produits, et cela sans aucun coût marketing.

Yassine, c'est à toi !

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Ce qui m’a surpris en allant chez Markowski pour la première fois, c’est le quartier dans lequel il se situe. On est loin des artères commerçantes aux loyers exorbitants comme les Champs-Elysées ou le Boulevard Haussmann : il faut vraiment connaître l’endroit pour arriver à destination.

Et c’est en découvrant la philosophie du fondateur, Marcos Fernandez, qu’on comprend mieux ce choix : ici, on se concentre sur la qualité intrinsèque du produit et on élimine tout ce qui est superflu.

Il faut savoir que Marcos a importé en France Sebago et Doc Martens dans les années 70-80. Il a également fondé Bowen et Emling qu’il a revendus ensuite (note de Geoffrey : que des marques centrées sur la qualité de leurs produits, du moins à l'époque). Depuis, il a également cédé Markowski, à Georges, que vous pourrez croiser à la boutique (Marcos Fernandez se consacre aujourd'hui à plein temps à 7ème largeur, une autre marque de souliers également très intéressante, et plus du tout à Markowski).

Lorsqu'il était encore aux commandes, de par son expérience et sa connaissance du milieu, il s’est rendu compte que la vente sur Internet permettait de réduire considérablement les coûts, en plus de faire économiser du temps aux clients. Il a donc fondé Markowski en 2007.

Aussi, il n’y a qu’un showroom et l’essentiel de la vente se fait sur Internet. Le client pouvant venir essayer un modèle au showroom et commander ensuite sur Internet (et évidemment acheter directement au showroom).

On reste donc sur une société presque familiale, non franchisée, comme c’est encore le cas pour un certain nombre de chausseurs. J’ai ainsi eu l’occasion de m’entretenir avec Georges, le responsable de Markowski (qui avait déjà collaboré avec Marcos lorsque ce dernier a fondé Emling en 2002).

Il va lui-même choisir ses cuirs dans les tanneries à travers l’Europe et ils effectuent ensemble le contrôle qualité de leurs modèles. Les chaussures sont, elles, fabriquées en Espagne.

L’essentiel de la communication se fait grâce au bouche-à-oreille et au site internet. Ce qui est assez original pour être signalé, c’est que Markowski est présent sur le forum De Pied en Cap en tant que contributeur, ce qui lui permet de communiquer directement avec ses clients et d’avoir un service après-vente optimal (tout en apportant de la valeur à ce très bon forum).

Markowski cible plutôt les clients voulant une paire au design intemporel avec un cuir très résistant, et qui cherchent à garder leur chaussure 4 à 5 ans (voire le double s’ils les ressemèlent). Cette philosophie se traduit par une collection au design classique, et utilisant le montage Goodyear sur la quasi-totalité de la collection (sauf mocassins où c’est du cousu Blake). Georges est d’ailleurs défavorable à l’utilisation du cousu Blake, jugé trop fragile.

Le modèle phare de la collection est la 169, la paire de richelieu choisie par 75% des clients :

Chaussure richelieu 169 Markowski

Présentation du produit testé : le modèle Alexandre

chaussure bottine Alexandre Markowski

J’ai testé pendant un mois le modèle Alexandre : des bottines en cuir de veau grainé marron. Le cuir a un tannage semi-végétal, aussi appelé cuir gras, qui est plus résistant que le Box-calf (cuir tanné au chrome).

On est sur un montage Goodyear (et non Norvégien comme annoncé sur le site) avec une semelle en gomme de caoutchouc. Pas besoin de mettre de patins donc.

La doublure est également en cuir de veau.

A noter la sympathique boite à chaussures avec un système de tiroir (le diable se cache dans les détails !).

C’est le modèle le plus original de la collection avec la Apollinaire, qui était mon second coup de cœur, mais que j’ai trouvée un peu trop "précieuse" avec son cuir lisse et son veau velours.

chaussure Apollinaire Markowski

Le design se rapproche des workshoes, avec un côté plus habillé, plus élégant.

profil de la bottine Alexandre Markowski

D’aspect assez massif, son originalité réside principalement dans la double sangle. De plus, le cuir grainé rend la chaussure moins formelle qu’un cuir lisse.

Aussi, on remarque que lorsque le pantalon est porté sur les chaussures, le modèle redevient plus classique, moins impactant :

face de la bottine Alexandre Markowski

Vous remarquerez également le laçage irrégulier, en zig zag. Ça n’est pas un hasard : ce type de laçage permet de préserver les œillets et de moins les abimer lorsqu’on tire sur les lacets.

Mon retour sur les bottines Markowski

J’ai beaucoup souffert pendant les 3 premières semaines de port. Et pourtant, je les ai portées un jour sur deux, voyez comme je me dévoue pour vous..

Plus sérieusement, Georges m’avait prévenu que le cuir serait très rigide au début pour s’assouplir par la suite et épouser la forme du pied. Il m’a donc fallu un mois de port intensif pour être parfaitement à l’aise dedans.

Et cela est aussi dû au cousu Goodyear qui est plus rigide au début mais qui s’adapte ensuite au pied et offre une grande longévité (avec l’avantage de pouvoir ressemeler sa chaussure). À l'inverse d'un cousu Blake qui a un confort immédiat et un design plus élancé mais qui se détériore plus rapidement, et offre moins de possibilité de ressemelage.

Pour la métaphore, c’est un peu comme la différence entre un bon jean en toile japonaise, dans lequel on se sentira très serré au début mais qui se détendra par la suite et qu’on retrouvera encore intact 3 ans après, et un jean en slack qui sera tout de suite très confortable à porter mais qui sera aussi plus fragile.

Revenons-en aux chaussures. Elles se sont ensuite montrées vraiment agréables à porter, on a toujours cette impression de solidité quand on marche avec. Et même en temps pluvieux, les pieds restent au sec. La semelle en gomme permet une grande adhésion au sol glissant, parfait pour ceux qui habitent dans des régions pluvieuses.

Ceci dit, malgré leur coté baroudeur avec les sangles et le cuir grainé, ça reste des chaussures de ville, pour un usage urbain donc. À ne pas comparer à des Heschung avec lesquelles on peut se permettre de faire un road trip dans l'Ouest américain, à la manière de Geoffrey.

Je les ai donc portées lors d’événements à risques comme les boites et les festivals. Elles ont même eu l’honneur de faire la Fashion Week !

Look Yassine bottine Alexandre jean, t-shirt et blazer

Verdict après un mois de port intensif

Profil bottine Alexandre Markowski

Face bottine Alexandre

Le cuir n’a pas bougé, la semelle et la sangle non plus. Ceci dit, il y a quelques rayures sur le côté mais c’était inévitable. (Note de Geoffrey : Et je dirai presque que c'est une bonne chose que ce genre de chaussures bien massives prennent petit à petit leur jus et les traces d'usure, c'est plus cohérent).

Si je devais trouver un point négatif à ce modèle, ce serait la difficulté à boucler les sangles, les boucles étant trop petites. Il ne faut pas être pressé pour pouvoir les porter. Si vous avez un train à prendre et que vous êtes en retard, enfilez plutôt votre paire de sneakers !

A noter que pour l’entretien, Georges m’a conseillé les classiques : lait hydratant et cire Grison, mais m’a fortement déconseillé le Renapur qui étouffe le cuir.

Pour 245 euros, on est sur un bon rapport qualité/prix au vu de la qualité du cuir, vraiment résistant. C’est typiquement le genre de chaussures qu’on va pouvoir retrouver d’ici 3 ans, avec un cuir bien patiné, un très bon confort, et une vraie personnalité.

Voici deux autres looks avec lesquels je les ai portées :

Look Yassine cardigan, jean et bottine Alexandre

Look plutôt classique avec un cardigan en laine assez fin et le classique jean brut.

Je ne suis pas fan des chemises, mais une chemise blanche peut aussi très bien remplacer la marinière.

(Je ne suis pas aussi photogénique que Benoît, mais j’essaie ! ^^ )

Look Yassine chino, chemise en jeans et bottine Alexandre Markowski

Tenue très casual avec la veste en jean, qui contraste avec le formalisme des bottines.

Le chino rouge s’accorde assez bien avec le marron (malheureusement, la photo rend peu hommage à la couleur du chino).

Markowski et la concurrence 

Pour me prouver la solidité de ses chaussures par rapport aux autres chausseurs, Georges me présentera un modèle de ******** (concurrent de la marque), au design très ressemblant à la 169 – la richelieu noire de Markowski - mais avec de moins bonnes finitions : une seule rangée de coutures au niveau du bout au lieu de deux et un cuir qui se fissure facilement quand on plie la chaussure.

Pour ne pas faire de jugement hâtif, je suis allé vérifier chez Loding, Bexley et Finsbury en testant plusieurs modèles.

On ne peut évidemment comparer Markowski à des chausseurs comme Santoni ou J.M. Weston, mais je pense qu’on peut raisonnablement classer cette marque dans le milieu de gamme. La plupart des richelieu (finalement le nerf de la guerre) sont situées sous la barre psychologique des 200 euros - 195 euros plus précisément - tandis que Loding se situe lui vers les 160 euros.

Bexley est l’entrée de gamme le moins cher, mais ça ne vaut le coup que si on utilise rarement ses chaussures, pour un entretien ou une soirée particulière par exemple. Le cuir étant peu résistant et se plissant vite.

Finsbury est vraiment trop cher et la qualité varie considérablement selon les modèles. Le design des collections reste classique, voire pataud. Cependant, l’offre des deux paires à 300 euros peut être intéressante pour quelques modèles. Même si Loding est moins cher, j’ai trouvé que Markowski avait paradoxalement un meilleur rapport qualité/prix au vu des meilleures finitions et du cuir plus résistant. Ceci dit, le design est plus classique chez Markowski et il ne cache pas qu’il privilégie la qualité du cuir et des finitions avant tout.

Le modèle de développement n’est pas non plus le même : Loding a un système de franchise avec plusieurs boutiques à travers la France, tandis que Markowski a seulement un showroom avec un site Internet, ce qui occasionne beaucoup moins de frais.

J’ai été aussi impressionné par les connaissances quasi encyclopédiques de Georges. C’est vraiment appréciable et rassurant de parler à un passionné. Quand on y choisit ses chaussures de ville, on est sûr d’avoir de bons conseils et de trouver chaussure à son pied, avec un service après-vente réactif.

J’ai également lu beaucoup de témoignages allant dans ce sens sur le forum De Pied En Cap. C’est donc un bon service que vous trouverez, délivré avec régularité, et pas seulement pour les besoins de l’interview.

Le site Internet donne également de bons conseils sur le modèle à choisir en fonction de la forme de son pied, en plus d’expliquer précisément le traitement des cuirs. Je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec ce vendeur de Loding à qui j’ai dû longuement expliquer la différence entre des derby et des richelieu.

Aussi, je préfère conclure en disant que la qualité reste plus régulière chez Markowski mais que certains modèles chez Loding valent également le détour pour ceux qui tiennent à avoir un cousu Blake, ou une chaussure à porter de manière plus occasionnelle.

Les autres chausseurs étant beaucoup moins intéressants, à quelques rares exceptions.

Un grand merci à Georges pour sa disponibilité et ses précieux conseils,
Yass'

Yass

Coach en style sur Le Curious Club, je passe la majorité de mon temps à me perdre dans Paris pour découvrir de nouveaux endroits et de nouvelles boutiques.
J’aime aussi savourer un bon chocolat chaud à mes heures perdues.

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