Test : De Bonne Facture, Interview de Déborah Neuberg et test de la chemise made in France

chemise made in France
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Le made in France est un sujet qui continue à faire couler beaucoup d'encre, et que nous avons déjà partiellement abordé sur BonneGueule. S'il est souvent plébiscité, il peut aussi être considéré comme un pur effet d'annonce.

Interview de Déborah Neuberg, fondatrice de De Bonne Facture

Déborah Neuberg, la créatrice de la marque De Bonne Facture, a choisi de se lancer dans l'aventure elle aussi, avec une vraie démarche de fond. Nous l'avons interviewé pour qu'elle nous raconte son aventure.

Son expérience est particulièrement intéressante : c'est une jeune entrepreneuse qui a choisi de commencer avec un réseau limité et de collaborer avec des ateliers français expérimentés, en dépit de coûts beaucoup plus élevés, d'un budget réduit, et donc d'une marge de manoeuvre très réduite.

Transcription de l'interview de Déborah, créatrice de De Bonne Facture

Tout est fabriqué en France et chaque pièce est fabriquée par un atelier qui est spécialiste de savoir-faire, donc la chemise par FLS dont tu parlais dans le Loiret, les pantalons chez Hervier Productions à Chatillon sur Indre, la maille à Quimper chez Fileuse d’Arvor, etc.

L’idée, c’était vraiment un produit, un savoir-faire et un atelier spécialiste. Quelle a été la démarche auprès des ateliers ?

J’ai surtout pris mon téléphone, je les ai appelés, je les ai recherchés. Et en fait, je leur disais voilà : « J’ai un projet, je voudrais lancer une ligne fabriquée par des ateliers français avec une authenticité dans le produit, des vrais produits de savoir-faire. Est-ce que je peux venir visiter votre atelier ? »

En fait les cravates, les accessoires, c’est quelque chose qui est allé assez vite parce que à partir du moment où tu sais à peu près ce que tu veux faire, notamment pour les cravates, c’est des bobines de fil vintage, donc c’était juste aller à l’atelier, découvrir un peu les différents points de tricotage, les machines, etc. et ensuite sélectionner des couleurs et des matières en fait. Donc, c’était plutôt essayer de faire très peu de choses très bien, mais oui de proposer un vestiaire complet, ça m’est apparu assez rapidement comme ce que je voulais faire et ce qu’il fallait faire autour de la marque.

Pourquoi fabriquer en France ?

Je pense que c’était surtout une envie personnelle, très sincère en fait, quand je suis rentrée de Chine, d’aller redécouvrir ces ateliers locaux en France familiaux, traditionnels, que les gens ne connaissent pas, qui incarnent les savoir-faire qui sont souvent implantés dans la région depuis longtemps. Et voilà, étant française, j’avais envie de remettre ça en avant.

C’est un sacrifice de fabriquer en France ?

Tu as envies d’obtenir un résultat, une qualité et tu mets le prix pour obtenir cette qualité là. Ensuite pour moi, la question c’est jusqu’où un client est prêt à payer cette qualité. Aujourd'hui, il y a des pièces qu’on fait qui ont la qualité de grande maison. Mais on est une jeune marque de niche, et on ne peut pas se permettre de vendre les pièces à ces prix-là. Donc, c’est plutôt un sacrifice sur les marges. Voilà. Pas un sacrifice sur les prix parce que je pars du principe que tu veux un résultat et tu paies le prix qu’il faut pour atteindre ce résultat et que ton produit soit d’une qualité supérieure à ce qui se fait ailleurs quoi.

Le « made in china », tu en penses quoi ?

Il y a un savoir-faire qui est vraiment présent. Ce n’est pas parce que c’est made in China que ce n’est pas bien. Ensuite, quand le donneur d’ordre a une certaine contrainte de prix, ben derrière t’as une qualité, derrière t’as un coût de fabrication, et du coup t’as des salaires des gens qui ont façonné ces produits qui ne sont pas les mêmes. Et en Chine, combien de fois j’ai vu des ouvrières faire à la main des nœuds qui vont être sur des ballerines qui vont sortir, je ne sais pas, dix dollars, enfin pour un client américain. Et en fait, c’est une femme qui fait tout à main les nœuds. Elle fait toute la journée des petits nœuds. Tout est fait à la main. Il y a un temps de travail sauf qu’en fait, il coûte beaucoup moins cher qu’en France.

Après, à nous de valoriser aussi les métiers et les ateliers en France qui ont un savoir-faire plus de pointe que traditionnel, une expertise, une vraie expertise, une vraie légitimité, une vraie identité sur un savoir-faire précis. Moi, je suis là pour apporter mon idée. Donc, mon idée se traduit par un croquis, un patronage que je vais travailler avec mon modéliste, une matière que je vais aller sélectionner, des finitions, c’est moi qui sélectionne mes boutons. Et l’atelier, il est vraiment là pour apporter son savoir-faire de fabrication, pour fabriquer les pièces, pour les réaliser. Donc, je vais les consulter par exemple sur des points techniques que je ne maîtrise pas ou pour demander son avis.

En aucun cas, ils vont se substituer à moi dans ce que devraient être les produits et dans la création.

Tu travailles avec quels types d’ateliers ?

C’est très variable en fait. C’est très variable. Ça va de l’atelier qui travaille justement pour les grandes maisons, les grands noms du luxe. Et qu’il y a ces gros clients qui les font vivre, qui représentent la plupart de son chiffre et qui va parier sur toi parce que t’es une jeune marque, qu’ils trouvent que ton projet est intéressant et qu’il a envie de parier sur toi. Donc, ça va de cet atelier-là au tout petit atelier par exemple Tricot Diogène qui fait des cravates tricotées. C’est le dernier atelier en France à faire de la cravate tricotée. Là, il y a vraiment juste une personne qui sait encore faire tourner les machines.

Quels obstacles as-tu rencontré lors de la création de ta collection ?

Ben, c’est justement le temps en fait. L’obstacle principal, c’est le temps que ça prend de créer quelque chose à partir de rien. Vraiment bien réfléchir son projet. Bien réfléchir, mais c’est aussi mon caractère de vouloir que tout soit bien. Bien calé, bien réfléchi avant de le lancer. Donc, s’entourer des bonnes personnes. Et ensuite voilà, réaliser des premiers prototypes, les mettre au point. Enfin, tout ça, c’est un processus qui est très, très long.

Pourquoi appelles-tu ta collection « édition » ?

En fait, l’idée à la base, ça fait partie de tout le temps que j’ai passé à réfléchir pendant deux ans au projet. Mais l’idée, c’est de dire on n’est pas une marque d’image, on n’est pas une marque mode, on n’est pas une marque dans l’éphémère. Quand t’achètes une pièce de manufacture, tu dois pouvoir la garder longtemps, non seulement parce que sa qualité lui permet de se patiner bien et de même bien vivre avec le temps, et même de s’embellir avec le temps ; mais aussi parce que dans le style, c’est un style on va dire d’intemporel contemporain. On est toujours entre quelque chose qui semble intemporel mais dans les coupes qui est contemporain et que tu peux porter, qui voilà est d’aujourd’hui.

Donc cette démarche-là pour moi, c’était vraiment mettre au point des modèles, un peu comme une bibliothèque où dans les bibliothèques, t’aurais classé chaque modèle. Et ce modèle avec chaque saison, il va se décliner dans les nouvelles variations de matières, de coloris, de tricotage pour les mailles.

Comment la collaboration avec l’atelier Heschung s’est passée ?

La collaboration avec l’atelier Heschung, c’était une super belle rencontre. Je pense qu’ils aimaient bien l’état d’esprit dans lequel je travaillais, avec justement ce côté très exigeant sur le produit, la qualité, faire une marque de produit et pas une marque d’image. Ça ressemblait aussi aux valeurs de leur entreprise et de leur marque depuis de longues années.

Envisages-tu de travailler avec des ateliers « non-français » ?

Oui, ça pourrait être intéressant. Je n’exclus pas du tout, sous la forme de collaboration par exemple, d’aller chercher un atelier qui fait du ferraille ou même des dames qui tricoteraient encore à la main ce genre de motif et faire une petite édition limitée avec cet atelier-là ou avec ce savoir-faire là.

Peux-tu nous présenter des pièces de ta collection ?

Il y a les pulls bretons avec la patte boutonnée sur le côté, des boutons vintage en corne pressée. Il y en a quelques centaines et c’est un vieux stock que j’ai racheté d’une fabrique Lyonnaise en fait. Et c’est un tricot "point de riz" qui apporte une jolie texture, qui ne se voit assez pas très souvent.

L’idée, c’était de trouver la toile imperméable qui allait être la toile de notre marque. Et on a trouvé une superbe toile en fait en coton imperméabilisé, donc c’est un mix coton et nylon. Sinon, il n’y a pas le côté imperméable. Et en fait, ce qui est super joli mais là je ne peux pas trop vous montrer, c’est la coupe. C’est une coupe vraiment, une très belle ligne quoi. C’est très joli porté.

Tous les boutons sont comme ça, les boutons en corne. Et t’as une gorge cachée. Donc en fait quand tu la portes fermée, t’as juste le premier bouton qui est visible et t’as toujours la demi-doublure en coton et à l’intérieur les coutures anglaises.

Le mot de la fin ?

C’est que les lecteurs de Bonne Gueule soient sensibilisés à la qualité, à la démarche qui se cache derrière les pièces et l’apprécient.

Le parcours de Déborah Neuberg, la fondatrice de De Bonne Facture

De Bonne Facture est aussi l'histoire de Déborah. Elle fonde la marque après seulement quelques années passées dans la mode, notamment chez Hermès, puis chez Etam en Chine, où elle découvre l'envers du décor d'une production massive et standardisée (ce qui n'est pas une remise en question du made in China, mais plutôt d'une manière trop extensive et trop industrielle de produire).

À son retour en France, Déborah est prise par l'envie de redécouvrir -et mieux encore- de faire évoluer, le savoir-faire français.

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Déborah Neuberg, fondatrice de De Bonne Facture.

Mener ce type de projet est avant tout une affaire de travail et de motivation. Notamment lors des premiers contacts avec des usines fortement établies, à qui il a d'abord été difficile de présenter un projet aussi neuf, sans avoir passé soi-même une bonne dizaine d'années dans le milieu, et sans avoir un carnet fourni d'adresses et de distributeurs.

C'est là que le sérieux et la faisabilité d'un projet font la différence : un atelier n'est en effet que peu rentable sur une première collection, car toute la chaîne de production est à configurer pour l'adapter aux produits. Les ateliers investissent sur la marque et sur des collections futures, et attendent donc de travailler avec quelqu'un qui a les pieds sur terre et une véritable vision des choses. Il faut faire preuve de beaucoup de professionnalisme pour faire une bonne première impression.

Le perfectionnisme de Déborah s'explique aussi par un budget très limité, qui n'autorise que des volumes de pièces restreints. Il n'y a donc pas droit à l'erreur, et il faut que la moindre finition soit impeccable dès le début.

La marque De Bonne Facture et ses ateliers : une démarche ambitieuse

Déborah s'est livrée à un travail de prospection de plusieurs mois : sa vision est aujourd'hui très complète, et nous décrit un paysage du made in France bien plus varié qu'on ne pourrait le croire.

Un impératif : une vraie valeur ajoutée à travers l'expertise française

La confection en France a forcément un prix, en partie du fait des coûts de main d'oeuvre élevés. Dans ces conditions, fabriquer en France juste pour l'étiquette n'a aucun intérêt sur des produits à faible valeur ajoutée, sur lesquels de plus grosses marques auront une plus grande réactivité, voire même une qualité supérieure, grâce à des économies d'échelle.

Fabriquer en France avec de petits volumes se justifie seulement quand il existe une expertise qui n'existe pas ailleurs. Ces ateliers experts ont d'ailleurs un rôle consultatif utile qui, à travers le partenariat, ont pu suggérer comment améliorer le produit sur des points techniques pointus (coutures, finitions, etc).

La confection en France : un paysage industriel contrasté

Les dernières décennies ont été celles de la désindustrialisation et de la raréfaction de la production textile française. Beaucoup de marques ont souhaité se lancer dernièrement dans le made in France, mais la démarche fut souvent avortée en réalisant que les coûts de production étaient bien plus élevés que prévus.

Faire appel à des ateliers prestigieux comme French Luxury Shirt (qui habille notamment le personnel de l'Élysée) ou Fileuse d'Arvor n'a pas été simple : tout était à prouver à ces fournisseurs qui collaborent déjà avec des noms prestigieux du luxe français.

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Les ateliers FLS (crédits photo: debonnefacture).

Il existe pourtant d'autres ateliers méritants, qui sont pour certains les derniers à posséder un savoir-faire donné (il existe un label européen qui protège ces entreprises : le label Entreprise Patrimoine Vivant, notamment détenu par Heschung et Arpin).

D'autres ateliers ne sont plus tenus que par une seule personne, comme Tricot Diogène pour les cravates. La production à plein temps a du y être arrêtée faute de commandes. C'est le projet de De Bonne Facture qui a permis une reprise partielle de la production, ainsi qu'une diffusion du savoir-faire.

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L'atelier Tricot Diogène (crédits photo: debonnefacture).

Trouver un thème fédérateur : privilégier la longévité à la mode

Autre parti pris chez De Bonne Facture : se positionner comme une marque d'intemporels. Cela se retrouve dans vocabulaire de la marque : on ne parlera jamais de collection Automne/Hiver ou Printemps/Été, le symbole même du caractère éphémère de la mode.

Il s'agit ici davantage d' "éditions", un terme qui met déjà sur un pied d'égalité les différentes collections, et qui exclut toute notion d'obsolescence.

L'objectif est plus de cristalliser un thème ou une envie d'un instant, de le traduire avec un savoir-faire pointu, et de le publier dans une édition. A terme, on aura quasiment une bibliothèque de savoir-faire. Si la première collection ne comportait pas de grosses pièces, les macs et les vestes font leur apparition pour la collection l'édition printemps/été.

Les pièces sont irréprochables, mais on reste cependant dans une sobriété qu'on trouve rarement ailleurs, autant au niveau des matières que de la coupe : elles ne sont jamais outrageusement cintrées, mais simplement ajustées.

En pratique : le test de la chemise en chambray De Bonne Facture, Edition 2 (195 €)

Je dois vous avouer que j'ai d'abord été assez surpris par cette pièce : c'est un peu un intermédiaire entre une chemise blanche ultra formelle et une chemise chambray plus "molle" et décontractée.

Le test et la tenue proposée n'offrent ainsi qu'un aperçu partiel des possibilités de ce vêtement : un chambray d'une telle qualité se patine théoriquement sans problème, et devient plus fluide au fur et à mesure des lavages.

chemise-chambray-debonnefacture

La chemise chambray à gauche, et la chemise taupe en mousseline de coton, une matière très douce et légère
(crédits photo: debonnefacture).

La conception : FLS, les chemises de l'Élysée

FLS, ou France Luxury Shirt, est un petit atelier du Loiret qui oeuvre pour des marques françaises très prestigieuses, et qui livre le personnel de l'Élysée à raison d'une centaine de chemises par an. La marque de fabrique de cet atelier est notamment le fameux 7 points de couture au centimètre, ainsi que les coutures anglaises.

couture anglaise De Bonne Facture

La fameuse couture anglaise.

Petit rappel : un nombre élevé de points au centimètre permet d'utiliser un fil beaucoup plus fin, car il sera consolidé par davantage de coutures. Inutile de dire que la finition sera bien plus durable et résistante, mais aussi beaucoup plus raffinée.

Autre rappel : La couture anglaise est une technique où seul un fil est apparent sur l'extérieur de la chemise, ce qui permet un rendu plus soigné et épuré. C'est ce qu'on peut voir par exemple sur les coutures du col.

couture 7 points au cm

Des finitions immaculées, qui contrastent avec un tissage plus brut.

Ce savoir-faire impeccable se joint au perfectionnisme de la créatrice Déborah Neuberg, pour une chemise avec des détails d'une qualité introuvable dans cette gamme de prix (eh oui, même sur une chemise à 200 euros, on peut encore trouver des choses réservées habituellement à des gammes de prix encore supérieures). Les boutons en corne ont été achetés dans un petit atelier français du Jura : il s'agit de Brochot, spécialisé dans ce produit depuis 1958.

La confection d'un bouton prend d'ailleurs de 15 à 21 jours : celui-ci est gravé, poli dans des tonneaux en céramique, puis teint. On y applique aussi de la poudre de corozo pour donner une finition satinée et plus douce. Ces boutons, confectionnés à partir de la partie la plus noble de la corne, se patinent et s'embellissent avec le temps.

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 Les fameux boutons en corne de l'atelier Brochot.

Pour ne rien gâcher, ils ont évidemment une couture en croix, bien plus robuste.

Les détails workwear et décontractés

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poignet chemise

Même si on a affaire à une chemise au premier abord formelle, on retrouve des finitions typiques du vêtement de travail : gorge américaine (avec des finitions de part et d'autre de la boutonnière de la chemise) et poche poitrine avec une trame sur le haut. Les poignets ronds sont, quant à eux, plus décontractés.

Du chambray blanc ?

Vous êtes peut-être déstabilisés en entendant parler de chambray blanc. En effet, on croise habituellement un fil de chaîne indigo avec un fil de trame blanc. Eh bien ici, le fil de chaîne est tout simplement blanc.

Les caractéristiques du formel

À première vue, il paraît vraiment compliqué d'associer un chambray avec un grammage léger à une coupe aussi précise, et à des finitions soignées. Force est de constater que De Bonne Facture a su revoir toutes les caractéristiques de la chemise formelle (en termes de confection) pour l'adapter à ce type de tissu, plus difficile à travailler.

Malgré une structure et des finitions impeccables, vous ne devez pas chercher absolument toutes les finitions tailleurs caractéristiques de la chemise formelle. On n’est effectivement pas face à de la popeline de coton, mais plutôt face à du chambray ; le tissage est très différent. Il est plus brut, mais surtout beaucoup plus solide et résistant.

De ce fait, vous ne trouverez pas d'hirondelle ni de dernière boutonnière à l'horizontale, et cela ne sera pas du tout le signe d'une moins bonne qualité.

absence d'hirondelle - belles finitions

Note de Benoit : même s'il n'y a pas d'hirondelle, le montage très propre du bas de la chemise, avec des points de couture très rapprochés du bord, ce qui est un signe de qualité. 

Ici, l'intérieur de chemise. 

En effet, les hirondelles sont, à la base, prévues pour éviter que les fentes latérales ne se déchirent, ce qui risque certainement moins d'arriver ici. Déborah souhaitait une épure dans la ligne avec un bas liquette sans hirondelle, d'ailleurs FLS lui a assuré que la jonction n'en serait pas moins solide pour autant, du fait de la qualité de la confection et des coutures anglaises déjà particulièrement solides. D'ailleurs il est dommage que certains 'geeks' du masculin cherchent à tout prix des "codes" qu'ils ont vus dans les blogs ou manuels de la chemise, d'ailleurs très liés à la perception de l'élégance britannique ou italienne des rédacteurs de ces publications.

De même, la dernière boutonnière à l'horizontale sert à atténuer les tensions que la chemise subit au niveau de la taille une fois qu'elle est rentrée dans le pantalon.

Un aspect de la chemise m'a un peu perturbé : sa longueur, qui n'est pas censée permettre un port complètement relâché hors du pantalon. Elle est donc destinée à des tenues un peu plus habillées, avec des chinos bien coupés, et des ceintures estivales joliment mises en valeur. Voici quelques exemples de tenues plus estivales (qu'il aurait été compliqué de shooter à 5 degrés).

Le style

On n'a pu garder la chemise que quelques jours, du coup ce que je vous présente est un rendu un peu formel, du fait de la rigidité du col à l'état neuf. Celui-ci devient beaucoup plus mou et lâche au fur et à mesure des lavages.

Au vu des finitions et de la longueur de la chemise, on va forcément la porter rentrée dans le pantalon, donc de manière plus décontractée.

On a shooté cette tenue en hiver avec une simple superposition pull/manteau, qui permet de balayer plusieurs registres : de l'habillé au plus décontracté. Je n'avais pas dormi de la nuit avant ces photos, du coup vous me pardonnerez de m'être exceptionnellement coupé au montage 🙂

La superposition manteau/pull/chemise

col-chemise-debonnefacture

Le chambray a une texture très affirmée, qu'il est intéressant d'insérer dans des superpositions avec des contrastes de matières.

poignet chemise bracelets

Benoit porte deux bracelets Catherine Michiels. 

De même, le poignet rond a une connotation plus décontractée : c'est un détail intéressant à mettre en valeur. Les boutons en corne ont aussi leur intérêt pour enrichir votre tenue. Vous devrez cependant faire une entrave à la sacro-sainte règle des 2 cm de poignets de chemise visibles, mais ce n'est pas si grave, car nous ne sommes pas sur du formel ultra codifié.

Superposition et cols de chemises : comment éviter les conflits

col1

À travers cette petite série de photo, je veux d'une part vous montrer l'écartement à peu près idéal du col de chemise, et d'autre part les manières de ne pas le porter.

Je ne suis pas un fan de cette tendance air tie qui consiste à porter sa chemise entièrement boutonnée, sans cravate ni noeud papillon ou autre accessoire. Pourtant ici, la largeur des pans du col et l'écartement me sont apparus à peu près idéaux pour ce type de port, à mi-chemin entre du casual et quelque chose de plus sophistiqué.

Les plus tatillons remarqueront qu'il ne remplit pas complètement le col du pull, un maigre sacrifice au vu du beau contraste de matière et de style entre la chemise et le pull.

Le résultat est également très bon sans pull :

chemise blanche De Bonne Facture

Le rendu du col est, par contre, plus bâtard dès qu'on l'ouvre : c'est normal, car il s'agit d'une chemise qui est censée perdre de sa rigidité au fur et à mesure du lavage.

col chemise blanche

épaule chemise De Bonne Facture

De la même manière, vous voyez qu'il y a un volume qui se concentre au niveau des bras : c'est normal, la chemise s'assouplira aussi au fur et à mesure des lavages, et s'ajustera. Quant à l'emmanchure, celle-ci est plutôt haute.

La chemise reste courte courte. On est vraiment entre une coupe tailleur et casual, la preuve ici :

chemise De Bonne Facture

couture encolure De Bonne Facture

Petit détail qui témoigne de la qualité de la finition : la couture à 1 mm de l'encolure. Vous ne verrez que très rarement ce type de finition.

Conclusion : DeBonneFacture, des basiques avec l'expertise des ateliers français, le perfectionnisme en plus.

DeBonneFacture n'est pas qu'une marque de plus proposant de bons basiques intemporels : la recherche est ici beaucoup plus poussée afin qu'il y ait une véritable innovation, et cette chemise en chambray la symbolise à sa manière (même si cela a un prix, la marque s'adressant à un public de vrais connaisseurs).

Le perfectionnisme de Déborah Neuberg se remarque vraiment à travers ses créations : l'expertise des ateliers le matérialise parfaitement, et ce modèle économique courageux, mais exigeant, ne lui donne pas le droit à l'erreur.

En bref, on recommande chaudement. Vous pouvez vous procurer les produits sur l'Exception (a priori jamais soldés). Et découvrir les autres pièces de la marque sur le site web de De Bonne Facture.

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  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Damien !

    Merci pour ton retour 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Hervé !

    Les cuirs suédé n’ont pas de problème de durabilité… Tant que tu ne les soumets pas trop régulièrement à la pluie…
    Et qu’ils ne prennent jamais de vraie pluie intense ou d’eau sale.

    Après celle ci, la pièce n’est pas fichue mais une fois l’omni daim passé et les brossages exécutés, tu verras qu’il ne sera plus aussi « parfait » qu’avant. Mais en soi, un bon cuir suédé ne vieillit pas « mal » 🙂

  • Luca – BonneGueule.fr

    Hello Hervé,

    Malheureusement, personne ne peut t’affirmer que la pièce va bien vieillir. Je peux t’assurer en tout cas que Déborah choisit les plus belles matières à sa disposition. La durée de vie d’une pièce est aussi une question centrale pour la marque. Je pense que tu ne devrais pas avoir à t’en faire 🙂

  • Dr.Bro

    Je viens d.aller voir ses vêtements. Soula j.ai craquer sur les pulls marins, coup de cœur pour le mac aussi. Je vais sûrement me prendre le pull rayé pour la Bretagne.

  • Abdelhamid Niati

    La qualité à un prix. Composer une collection doit être très « sport » pour vous. Un jeu d’équilibriste. Merci

  • Déborah Neuberg

    Bonjour L’Oncle Yass,

    Merci pour votre commentaire !

    Oui c’est vrai, nous n’avons pas la meilleure capacité de négociation vis-à-vis des ateliers à cause de nos petites quantités, mais ils nous aident aussi en nous donnant des prix de confection qui nous permettent de nous positionner sur le marché. Si ils nous faisaient payer le coût réel des petites séries que nous lançons, nous vendrions à perte, ce qui n’est pas le meilleur moyen de nous aider, alors que notre marge de manoeuvre est déjà très faible.

    J’insiste, la qualité de confection que nous proposons, l’atelier que nous avons choisi, les matières et les finitions ainsi que leur provenance, justifient largement le prix de la pièce. Comme Benoît l’a déjà expliqué, ce type de pièce est vendu de 2 à 3 fois plus cher ailleurs sur le marché. Ce n’est pas une question de recherche de rareté, et le rapport « qualité-prix » est objectivement déjà très bon (même si sur ce genre de pièce, se focaliser sur la notion de rapport qualité-prix me semble un petit peu réducteur alors qu’il y a d’autres dimensions à prendre en compte comme nous l’avons déjà évoqué).

    Quant au minimalisme de la pièce, c’est un parti pris que vous avez le droit de ne pas apprécier. Personnellement je n’aime pas les pièces où il y a des surpiqûres, des imprimés ou des effets de matière trop visibles pour en justifier l’intérêt ou le prix. J’apprécie particulièrement l’état d’esprit des clients japonais qui sont très sensibles aux détails ‘invisibles’ du vêtement, la finesse des points de fabrication, un détail qui apparaît quand on retourne une couture, ou la provenance d’une finition. L’impression d’en « avoir pour son argent » peut être trompeuse.

    D’ailleurs, notre blouson aviateur en mouton retourné fabriqué à Castres par un atelier spécialiste fait également plus de 2000 euros, vous le découvrirez bientôt, ainsi vous aurez le plaisir de pouvoir vous offrir une belle pièce qui va durer sur une catégorie de produits à laquelle vous semblez plus sensible.

    Sinon j’aime bien l’esprit de cet article : http://www.meselegances.com/2011/03/24/vetements-elimes-avez-vous-donc-une-ame/
    Un vêtement porté au contact avec la peau peut devenir encore plus intéressant pour qui sait le porter ainsi ; je vous l’accorde c’est un peu snob.

    Bonne journée,
    Déborah

  • Déborah Neuberg

    Merci Stéphane pour vos encouragements, cela nous donne envie de continuer 🙂 Bien à vous, Déborah

  • Déborah Neuberg

    Merci Abdelhamid ! 🙂 A très bientôt. Déborah

  • Déborah Neuberg

    Merci beaucoup, j’espère qu’on s’est croisés samedi, sinon revenez nous voir à la prochaine vente privée !

  • Déborah Neuberg

    Merci !!!

  • Déborah Neuberg

    Merci beaucoup Fabrice ! 🙂

  • L’Oncle Yass’

    Le prix est quand même très élevé ici. Bien sûr on paie la qualité, le savoir-faire et l’expertise, mais on paie aussi la petite production et l’absence d’économie d’échelle.

    Prenons l’exemple d’Uniqlo et de leur pull en laine mérinos à 30 euros: s’ils ne bénéficiaient pas d’énormes économies d’échelle dues à leur volume ils n’auraient jamais pu proposer un prix aussi bas, même en produisant en Chine.
    Pourtant c’est de la bonne qualité pour de la petite maille (Sandro et APC font quasiment la même chose pour 150 euros).

    Il y a aussi la question du positionnement prix: ce que le consommateur est prêt à payer pour un produit, selon l’image que lui renvoie la marque (la valeur perçue).

    Qui dit petite production, dit aussi faible capacité de négociation avec les ateliers.
    Dans l’interview, on sent que ce sont les ateliers qui sont en position de force pour fixer les tarifs (ils fournissent déjà les plus grands).
    Je ne prends pas de risque en disant que l’atelier fait sans doute payer plus cher à De Bonne Facture qu’aux grandes marques présentes depuis des années et faisant du volume.
    C’est la même problématique pour les chausseurs qui sont en position de faiblesse au moment de négocier le prix des cuirs, vu que les grandes marques de luxe rachètent les tanneries et accaparent les meilleures peaux.

    A 195e la chemise blanche (de qualité certes), on paie donc aussi la petite structure. C’est peut être ce qui fait le charme de la marque, mais je pense que cette chemise s’adresse à une clientèle assez limitée, connaisseuse et avec des moyens assez conséquents.

    En fait ce n’est pas tant le prix qui est gênant que le coté basique du design de la pièce.
    2000 euros pour un blouson en cuir Gucci avec une patine extraordinaire et un grain parfait, même en pensant aux frais marketing, au positionnement luxe, c’est une pièce très forte, qui va durer plusieurs années et cet achat me semble justifiable.

    La on a une pièce jetable (dans le sens première couche, vêtement qui va vite s’user car en contact avec la peau), avec un design basique.
    Alors c’est peut être un bon rapport qualité/prix dans le sens ou la marque sacrifie ses marges, mais c’est à mon sens aussi un rapport qualité/prix à améliorer au niveau des coûts de production.

    Ceci dit, la marque peut aussi volontairement jouer sur le phénomène de rareté et le coté sélectif de la clientèle.

    => Je précise que je ne reproche en rien la petite taille de la marque, et je ne l’incite pas à faire de la production en masse. J’essaie surtout d’expliquer le prix et de montrer qu’on peut avoir une marge dans la moyenne, mais en même temps avoir des coûts trop élevés qui font baisser le rapport qualité/prix.

    Suggestion d’article: le positionnement prix d’une marque et l’image qu’elle veut renvoyer (et par quels moyens elle arrive à le faire, comment elle se crée un univers, une communauté).
    Ça serait extrêmement intéressant et instructif.

  • jamaisvulgaire

    Le truc c’est qu’on a aussi pris un modèle neuf qui n’a pas subit de lavages (ce qui le fait naturellement légèrement rétrécir), du coup il n’était effectivement pas exactement ajusté à ma taille.

  • Stephane

    Merci pour cet article de très bonne facture.

    Des produits de qualité, des pièces plus originales qu’il y paraît, clairement destinées à un certain budget, mais qui peuvent du moins donner matière à réfléchir. On se situe là dans un travail bien particulier. Un aspect intéressant est la redécouverte de tous ces ateliers locaux qui n’ont cessé de dépérir au cours du XXe siècle… Puissent-ils renaître de leurs cendres.

  • BenoitBG

    Merci pour ce commentaire très lucide !

  • Abdelhamid Niati

    merci pour cette découverte. La chemise est parfaite jusqu’aux boutons. Merci à Deborah pour son travail et son courage de proposer du made In france

  • Lacker

    Extrêmement instructif ces commentaires !
    Déborah, vos réponses m’ont donné très envie de venir m’intéresser de plus près à vos créations puis votre site encore plus, je serais présent demain !

  • fabrice

    Pour ma part, j’adhère totalement à l’esprit de cette marque, tant sur le MIF, que sur le « made by ». Nous sommes en passe de perdre les pépites de notre industrie textile et s’est un drame. Perdre à terme un tel savoir faire va appauvrir notre culture. Que des créateurs aident à pérenniser ces entreprises en leurs confiant la production de leurs collections est un mouvement qu’il faut soutenir. Le prix est au faux débat. Mettre 195 euro dans une chemise n’est pas plus deraisonnable que 700 dans un iphone ou 5000 dans une montre et je nous vous parle pas des souliers. De plus, toute personne qui a eu le courage de se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise, quelques soit le secteur, sait que la marge est la pierre angulaire de toute réussite économique, et oui, ne vous en déplaise il faut bien vivre…. Toute chose a un cout mais aussi une valeur. En l’occurrence, cette chemise émet une vraie valeur par la conjugaison de toutes ses composantes (matières, qualité de confection, techniques employées, MIF et made by…) donc le prix ne me choque pas. Porter cette qualité de vêtement est avant tout une expression de soit même et des ses valeurs. Quand au style, il m’intéresse beaucoup. J’aime beaucoup les chemises formelles avec des cols rigides mais elle ne sont pas facile à porter de façon casual et je déteste les chemise casual. Il me semble que nous avons là un très bon compromis. Bravo à DBF !

  • Bonjour Déborah,

    Nous sommes amener à nous rencontrer, j’essaye de planifier ça pour dans quelques temps.

    Ce sera l’occasion de parler de tout cela plus longuement car je suis assez sensible à cette démarche de transparence qu’on retrouve très peu chez d’autres marques aujourd’hui.

    Alexandre

  • Arnaud

    mais de rien, ravi d’avoir pu suggérer une idée qui convienne à tout le monde !
    Bonne continuation à vous !

  • Déborah Neuberg

    Bonjour Arnaud, merci beaucoup pour cette suggestion, nous allons refaire des photos bientôt !
    Oui je vous rejoins, il y a eu une prise de conscience du grand public sur les délocalisations et les conditions de travail et de prix qui en ont parfois résulté, du coup aujourd’hui il y a plein d’amalgames et d’idées reçues sur la question de la qualité et de la fabrication.
    A très vite j’espère !

    Bien à vous,
    Déborah

  • Déborah Neuberg

    Tout à fait,

    Au client averti de faire la différence entre ceux qui font du marketing de la tradition et ceux qui l’appliquent véritablement dans le choix des fournisseurs et des procédés de fabrication.

    C’est pourquoi j’ai choisi de communiquer sur des informations qui ne sont habituellement jamais dévoilées, à savoir le nom, la localité, le savoir-faire, et la date de création de tous les ateliers de fabrication avec lesquels je collabore, et de promouvoir le « made by » plutôt que le made in. Ces informations se retrouvent au dos de l’étiquette en carton qui accompagne chaque pièce, et vous pourrez également les retrouver sur le site, avec l’histoire de chacun des ateliers et une explication de son savoir-faire.

    C’est également la raison pour laquelle dans la présentation de nos pièces, il y a un descriptif « technique » de la matière, des finitions et des détails de fabrication, voir le visuel ci-joint sur la chemise en mousseline de coton.

    Le mieux est encore de toucher et d’essayer.

    Je suis vraiment ravie de cette conversation et j’espère avoir un jour l’occasion de vous rencontrer,

    Bien à vous,
    Déborah

  • BenoitBG

    Oui, et c’est là où le choix de Déborah est très courageux, car elle va au coeur des savoir-faire alors que ce sont des arguments qui ont été sur-utilisés, notamment par des marques peu méritantes…

    Par contre, en plus de la durabilité, solidité, et qualité, tu oublies le design, les matières qui sont au moins tout aussi importants, sinon on serait tous habillé en vêtement de travail.

  • Bonjour Déborah,

    Merci pour votre commentaire qui soulève encore d’autres problématiques.

    Les éléments matériels se reflètent dans plusieurs de vos paramètres : durabilité, solidité et qualité. Je crois que c’est avant tout ce qu’on recherche dans un vêtement.

    Pour prendre un exemple, soutenir les petits agriculteurs près de chez nous qui vendent souvent plus cher qu’en supermarché, c’est une bonne chose. Mais quand le produit fourni n’est pas de qualité, le paramètre valeur n’a plus d’impact. Donc le coté matériel est primordial dans un premier temps pour pouvoir répondre à des critères de qualité minimaux.

    Tout le coté sensibilité vient à mon sens ensuite, libre à nous de payer plus cher ou non pour cet âme du produit. Je comprends votre discours, le problème c’est que le coté tradition, on l’entend aujourd’hui à toutes les sauces, il a donc beaucoup moins d’impact.

    Quand je vois que même the kooples se met à communiquer sur la tradition, ça dilue forcément l’impact du discours d’autres marques qui ont vraiment une approche tradition.

    Je comprends et respecte l’approche dans tous les cas. Il faut ensuite être sensible aux valeurs de votre marque.

    Alexandre

  • Ca marche mais sans poisson cette fois 😉

  • BenoitBG

    Oui, préviens moi quand tu passes sur Paris qu’on se refasse une bouffe !

  • Déborah

    Cher Alexandre, merci pour ce nouveau commentaire qui pose des questions justes, je vais essayer d’y répondre.

    Si vous recherchez des critères uniquement matériels dans un produit, comme le nombre de points au centimètre, les coutures anglaises, le visuel de la matière utilisée, les fournitures utilisées etc. et que vous les additionnez pour juger de la valeur du produit, alors vous trouverez très certainement ailleurs le « même » moins cher.

    Si vous êtes sensible au lieu de fabrication d’une pièce, que ce soit par envie de soutenir une fabrication locale, ou parce que l’atelier a une authentique tradition de fabrication dans ce type de pièce, comme FLS (atelier d’origine établi depuis 1828, en collaboration de longue date avec de grandes maisons françaises, un savoir-faire de fabrication de pointe dans la chemise, etc.), vous accepterez sans doute de payer un supplément de prix.

    Si vous êtes sensible à la qualité et la provenance de la matière, parce que vous savez que les maisons japonaises produisent encore sur d’anciennes machines qui donnent un rendu de fabrication particulier, que les maisons italiennes de la région de Bielle et du Lac de Côme ont une tradition de fabrication particulière, ou que les boutons en corne réalisés chez Brochot sont fabriqués selon certaines étapes depuis des décennies, vous accepterez encore de payer un supplément de prix.

    Si vous êtes de plus sensible à des partis pris originaux dans la création du modèle, comme l’association d’une certaine matière à une certaine coupe et à une certaine finition, vous accepterez encore de payer un supplément de prix.

    Cette culture du produit et de la fabrication ne peut pas se réduire à des éléments uniquement matériels. Elle inclut plusieurs paramètres comme la qualité, l’authenticité, la solidité, la durabilité, le soutien à une fabrication locale de tradition… l’âme de la pièce, son histoire, son sens, le rapport qu’elle entretient avec celui qui la porte.

    Pour compléter la remarque de Benoît sur les voitures, préférez-vous acheter un grand vin de Bordeaux chez un vigneron Bordelais qui le produit depuis plusieurs siècles et a mis au point sa technique de maturation et de cultivation des vignes, ou le même cépage cultivé dans des conditions similaires en Chine, avec le même goût, si il est moins cher ? Ca dépend juste de ce que vous recherchez.

    Peut-être que les Chinois, qui sont beaucoup plus chauvins que nous, préféreront même payer plus cher le vin d’origine bordelaise cultivé sur leur propre terroir. D’ailleurs, peut-être qu’en fixant un prix exagéré a un vin chinois, les consommateurs se précipiteront dessus parce qu’il leur donnera le sentiment de pouvoir se l’offrir, et la fierté de posséder un vin d’exception.

    Rien n’est vraiment simple quand on se penche sur le rapport entre le prix et la valeur des choses.

    Bien à vous,
    Déborah

  • Je suis au courant des marges boutiques, ayant pu en parler à plusieurs reprises avec différents gérants. Je devais d’ailleurs aussi écrire un article dessus.

    Je suis par contre moins renseigné concernant le background des marques, merci donc pour ces informations qui m’éclaire sur pas mal de points notamment sur le manque de transparence, le développement et tous les coûts annexes qui impact le prix final ensuite.

    Au plaisir d’en parler plus longuement avec toi dans quelques temps.

    Alexandre

  • très bonne remarque Arnaud, oui on va tenter de les refaire

  • BenoitBG

    Hello Alexandre,

    Pendant longtemps, je me demandais comme toi pourquoi les marques ne révélaient pas leur structure de coût.

    Eh bien en fait c’est extrêmement simple :
    – d’une part pour la concurrence, c’est une information trop précieuse.
    – d’autre part pour les ateliers : si je vois que mon concurrent qui fabrique dans le même atelier que moi pour plus cher, et s’il le sait, je risque de voir mes prix augmenter
    – enfin, la marge d’un vêtement est quelque chose de difficile à comprendre, sans un petit background financier. Si je te dis que par exemple ce jean que j’ai acheté 100 € pour le vendre dans ma boutique, je le revends 250 €, tu risques hurler au scandale et de dire que le distributeur s’en met plein les poches sur ton dos. Pourtant, c’est une marge classique (et nécessaire) pour une boutique. Il y a un gros risque d’effondrement des marges quand tu es totalement transparent. Il est très facile de penser qu’en tant que boutique, revendre quelque chose deux ou trois plus cher que le prix auquel tu l’as acheté c’est du vol. Pourtant, c’est totalement nécessaire pour (sur)vivre.

    Pour une marque c’est pareil : imagine The Kooples qui avoue que sa chemise à 135 €, elle n’est pas coûté plus de 20 € à fabriquer. Ca serait catastrophique pour elle. Mais je cite un cas extrême, les marques dont nous parlons sur le blog ont des marges qui n’ont rien à voir avec celles de The Kooples ou Sandro, elles sont minuscules.

    Pour une petite marque comme DBF, les marges sont bien plus resserrées, mais même là les gens trouveront toujours que c’est trop cher, et ne comprendront pas pourquoi une marque ne vend pas son vêtement au prix coûtant, car la plupart se disent « si tu l’as acheté à l’atelier à ce prix là, tu dois me le vendre au même prix !  »

    Dernier élément qui fait qu’une marge est difficilement compréhensible pour le client lambda, c’est qu’il y a un développement à prendre en compte. Parfois, une marque doit marger moins pour se créer une clientèle, mais une fois ce gap passé, les marges doivent remonter pour développer la marque. C’est quelque chose de bien difficile à appréhender, et qu’un client accepterait bien difficilement. Une marge sert à financer plein de chose, et elle est nécessaire à la survie de la marque.

    D’ailleurs, tu remarqueras que les marques avec un excellent rapport qualité/prix ont beaucoup de mal à se développer et à s’étendre.

    Mais tant qu’on a pas eu un pied derrière les rideaux de cette industrie, c’est très difficile de le comprendre.

    Déborah n’a absolument pas dit qu’on rend les mecs débiles en essayant de les renseigner un maximum sur les blogs, elle souligne simplement que le design, l’histoire d’un produit, les choix stylistiques, la démarche, soient systématiquement relégués derrière une checklist à cocher. C’est quelque chose qui empêche de prendre de la hauteur. En effet, c’est bien dommage de se dire « cette chemise n’a pas d’hirondelles de renfort donc elle n’est pas intéressante, ou elle est trop chère ». C’est le niveau zéro. Alors que derrière, il y a sûrement une histoire très intéressante sur les choix effectués, la matière, etc. C’est ce que Déborah voulait dire.

    Qu’est-ce qu’un atelier français, en l’occurrence FLS, apporte par un atelier étranger ? Il faut savoir que le 7 points au centimètre n’est pas à la portée de tous les ateliers, de même pour la qualité des coutures anglaises. Le montage du col en sillon également, ce n’est pas le premier atelier venu qui sait le faire, etc.

    Mais après c’est comme le choix d’une voiture, tu peux prendre des sièges en polyester, mais aussi des sièges en cuir. Il y a un moment où le goût des belles choses, des belles finitions est super important.

  • Salut Benoît,

    Donc pour répondre. Quand je parle de bespoke, je ne vise pas Charvet chez qui tu payes aussi une image luxe, pas seulement le service. Je pense surtout à Lucca ou à Courtot comme tu l’as déjà cité.

    Je comprends bien les difficultés notamment par rapport au sourcing des matières qu’on doit importer vers la France. Je t’avoue aussi que c’est assez compliqué d’avoir le vrai envers du décor derrière ces marques car c’est le genre de conversations qu’elles ne souhaitent pas avoir ! Certains parlent et ça devient très intéressant car tu constates les vrais difficultés, d’autres ne parlent pas par peur que ça s’effrite ou autre… D’ailleurs, je t’avoue que je ne comprends pas cette manie à vouloir cacher systématiquement les prix de revient, surtout quand il n’y a rien à cacher derrière !

    Je me souviens d’un petit mail de Bold Boys, datant de quelques mois qui indiquait le prix de revient en dessous du prix de vente, j’ai trouvé l’initiative vraiment super sans rien y trouver de choquant.

    Je comprends aussi ta réflexion sur la question du budget qui va différer en fonction de la personne. Beaucoup d’hommes investissent des milliers d’euros dans une montre alors que pour d’autres, c’est un scandale de mettre ce prix.

    Je viens juste de checker la vidéo de darketing à propos de la génération y et du luxe, le bouquin a l’air vraiment super intéressant, je vais sûrement me le procurer. Il met un point dans la vidéo en avant, assez intéressant. Le fait que les hommes souhaitent comprendre la valeur du produit, pour savoir réellement ce qu’ils achètent. C’est là où l’éducation du consommateur prend tout son sens.

    Les hommes qui achètent des montres à plusieurs milliers d’euros, c’est très souvent des passionnés qui ont pris le temps de s’éduquer sur le sujet et qui ont donc conscience de la valeur qu’il y a derrière cette montre. Même chose pour les voitures par exemple.

    Pour en revenir à DBF. Moi quand j’arrive sur le site, l’ensemble est très sympa, je tombe ensuite sur la fiche du vêtement mais de savoir que le vêtement a été confectionné dans cet atelier spécifique, ça m’apporte rien du tout. Je me dis sur le coup, c’est made in France c’est cool. Mais d’après ce que j’ai compris, Déborah en a rien à faire du MIF, ce qu’elle veut c’est mettre en avant le savoir faire des ateliers français. C’est très bien mais de mon coté, j’ai jamais visité l’atelier et j’aimerai savoir ce que CET atelier spécifique apporte comme valeur ajouté par rapport à un atelier lambda qui permettrait ensuite de mettre en perspective le fameux prix.

    Parler de savoir faire c’est bien mais sans l’argumenter un minimum et nous donner des détails multiples sur la fabrication, ça sert à rien du tout.

    Déborah dénonçait dans son commentaire, les blogs qui rendaient les hommes « débiles » par rapport au produit, en donnant des check-list et autres avec les points à vérifier sur un vêtement. Qui ne sont pas toujours valables dans tous les cas de figures, elle l’a prouvée dans son commentaire et ça a été prouvé sur bien d’autres vêtements à des tas de reprises.

    La majorité du temps, les types qui tiennent des blogs comme nous, c’est des consommateurs lambda à la base qui n’ont jamais taffés dans la mode ou le monde du textile. On se débrouille donc comme on peut pour faire le lien entre les marques/artisans/créateurs et le reste du monde. Alors que dans un univers idéal, ce n’est pas à nous d’éduquer et d’initier les hommes à ce monde, c’est aux marques de faire ce job en expliquant concrètement la valeur de leurs produits. Les blogs sur le style masculin, c’est un peu les agences de com 3.0.

    On parle systématiquement de savoir faire, d’artisanat et tout le reste qui s’en suit aujourd’hui. C’est le discours marketing qui va bien pour vendre durant ces quelques années, donc de lancer ces quelques mots clés sans agrémenter de vrais arguments derrière pour chacun de ces points, ça sert plus à rien et ça n’a aucune valeur. Donc je comprends bien les quelques commentaires de cet article qui crient à l’arnaque et autres. C’est normal car même après cet interview, beaucoup ne comprennent pas le choix de certaines matières (la croûte de cuir par exemple qui il est vrai n’est pas réputée pour être la partie noble du cuir, c’est même plutôt le contraire) ou qui ne comprennent pas un prix aussi élevé car nous ne sommes pas suffisamment renseigné sur la valeur intrinsèque du produit. De savoir que les boutons sont en corne, les coutures 7 points cm et une couture anglaise, c’est pas suffisant pour beaucoup de monde je pense. C’est le genre de détails qui sont de moins en moins rares.

    Donc qu’apportent vraiment ces ateliers Français par rapport à un autre atelier étranger qui aurait la possibilité de réaliser la même qualité ? C’est ce que je veux savoir de mon coté. Car au-delà du chauvinisme français, si je paye 25% plus cher une chemise MIF, c’est aussi pour avoir une qualité supérieur par rapport à ces autres ateliers étrangers.

    Je trouve donc que c’est assez facile de nous dire qu’on rend les mecs débiles en essayant de les renseigner au maximum sur les blogs. On fait comme on peut de notre coté et si les marques étaient plus enclines à vraiment être transparentes derrière, en répondant au mail par exemple déjà… À vraiment communiquer avec nous, au lieu de nous balancer du copier/coller de CP, ce qui est quelque chose de plus en plus courant. Nous aurions beaucoup moins de problèmes pour promouvoir correctement chacun des savoir faire et chacune des marques méritant d’être mises en avant.

    Pourtant, on est loin d’être des personnes fermées de notre coté et je crois que tous les deux, on reste très ouvert pour communiquer avec les marques sur des vrais sujets et non pas sur du blabla marketing bidon avec des communiqués de presse en masse.

    Le problème vient pas de chez nous, il vient avant tout des marques qui ne savent pas communiquer correctement. On s’en fout des belles photos d’ateliers, ce que les hommes veulent savoir, c’est ce qu’il se passe dans ces ateliers et quelle valeur ils apportent réellement sur le produit final pour justifier ce fameux rapport qualité/prix.

    Alexandre

  • Arnaud

    hello !
    merci pour la précision !
    En effet, le rendu n’a rien à voir sur la personne en photo ici, la chemise parait vraiment mieux coupée !
    auriez vous la possibilité de refaire les photos de Valery, afin de mieux mettre en avant la coupe du produit ? car au final, c’est la principale chose que les lecteurs vont en retenir je pense.
    BG étant un blog très lu, et donc un grand coup de pub pour cette jeune marque, je trouve ça dommage de ne pas la présenter sous son meilleur jour au niveau des coupes que l’on voit en photo (je ne remet absolument pas en question l’interview ni le texte de l’article qui sont très intéressants).
    D’autant plus que la marque ne dispose pas encore de distributeurs physiques, surtout en province (normal, il faut bien démarrer aussi), ça serait dommage que ça freine des clients potentiels du fait que cela leur donne un doute, alors qu’ils ne peuvent pas essayer le vêtement avant l’achat.
    Enfin je pense que vous comprenez l’idée que je veux faire passer !

    Sinon, c’est toujours très sympa quand la créatrice (d’ailleurs très jolie ! 🙂 ) vient elle même répondre aux commentaires et apporter un point de vue différent de ce que l’on pourrait avoir !
    ça donne un échange super intéressant, et ça donne l’impression d’être vraiment dans « l’intimité » (je dis ça car je ne trouve pas le mot vraiment adéquat à l’idée) de la marque, et c’est chouette 🙂

    Merci à vous, et bonne continuation !
    il faut des personnes comme vous pour relancer le savoir faire, et changer les idées reçues de gens, qui sont depuis trop longtemps baignés dans le hard discount et ses problèmes.

  • Déborah Neuberg

    Merci Matthias !

    J’espère aussi pouvoir mettre en avant des savoir-faire d’ateliers d’autres pays avec un niveau de qualité équivalent, à travers des collaborations. Au delà du « made in » qui peut recouvrir beaucoup de réalités différentes, je trouve que c’est le « made by » qui compte. D’ailleurs, nos matières proviennent de maisons japonaises, italiennes, françaises ou anglaises.

    Bien à vous,
    Déborah

  • BenoitBG

    C’est ça qui est génial avec les commentaires des créateurs, c’est qu’on apprend énormément !

    (moi le premier)

  • SkuiiZz

    bonne initiative de nous faire decouvrir de petite maison comme celle ci meme si actuellement je n’ai pas les moyens pour faire l’acquisition d une pièce.
    Merci bonne gueul et bonne chance Deborah

  • Bonjour Deborah,

    Merci pour votre réponse très intéressante qui m’éclaire un peu plus concernant vos créations.

    J’entends bien vos différentes remarques et j’avoue après ces quelques précisions (et celles de Benoît) que mon avis diffère quant au prix !

    C’est cher mais finalement assez cohérent contenu de l’ensemble, matière/savoir faire/finitions.

    Au plaisir de venir découvrir les pièces de plus près !

    Alexandre

  • BenoitBG

    Merci Matthias pour ton mot, car je t’assure que se lancer dans la confection française, ce n’est vraiment pas le chemin le plus facile, et c’est vraiment un choix courageux de Déborah.

  • Matthias Mai

    Une jolie histoire, semblable à celle de La Chemise Française.

    Il est très intéressant de voir la volonté commune des créateurs français de mettre en avant un savoir-faire propre à notre pays. Soutenons la production française, et Félicitations à De Bonne Facture pour son travail.

    Bonne continuation à vous Déborah !

  • Déborah Neuberg

    Bonjour Fred, merci pour vos encouragements ! Nous faisons une vente privée le week-end prochain à Paris 12 rue Legouvé dans le 10e. Voici en pj l’invitation. Je serais ravie de vous y rencontrer. Oui nous faisons déjà des vestes, nous en aurons quelques prototypes à vous montrer ce week-end mais une petite série devrait arriver pour la fin juin ! Bien à vous, Déborah

  • BenoitBG

    Beaucoup de précisions très intéressantes !

    Tu n’es pas la première à me faire ce retour sur les clients japonais. Pierre Heschung m’avait confié la même chose, les japonais ont un immense respect du travail authentique et précieux, cela vient sans doute de leur goût de la perfection.

    Quant à ta réflexion sur le fait d’apprécier une pièce uniquement via des critères à cocher, je trouve ça très juste.

    PS : le montage en col « sillon » est un détail que j’apprécie beaucoup sur une chemise.

  • Fred

    Merci pour cette belle découverte !

    Les mailles sont notamment magnifiques avec un gros coup de cœur pour le pull marin bleu piqué !

    @deborah : est-il prévu de faire des vestes dans vos prochaines éditions?
    Existe-il un showroom ou on peut essayer les pièces ?

    Pour les grincheux qui trouve les chemises trop chère, cela me choque moins que certaines chemises kooples à 150€ 😉

    En tous cas bonne continuation à cette jeune marque !

  • Déborah

    Merci cher Corto Maltese ! 🙂

  • Déborah

    Oui merci Eric ! 🙂 Venez à notre vente privée ce week end 12 rue Legouvé dans le 10e à Paris.

  • Déborah

    Bonjour Alexandre,

    Tout d’abord je suis ravie de faire votre connaissance.
    Merci d’avoir souligné la coquille sur le nombre de points au centimètre chez l’Exception, je leur signale.

    En revanche, je ne partage pas le point de vue que vous essayez d’exprimer sur la qualité.

    Les finitions de la chemise – coutures anglaises, montage col « sillon », coutures 7 points au centimètre, point noué et non point de chaînette, finition parfaite de l’envers de la gorge manche, passe baleine sur les modèles plus formels – sont les mêmes que celles des plus grandes maisons françaises. N’oubliez pas qu’il y a la main de la couturière derrière la machine, et que nous ne sommes pas à Naples dans une image d’Epinal. Le bespoke n’est pas non plus une fin en soi, on peut trouver du prêt à porter beaucoup plus qualitatif que le bespoke et vice versa.

    Pour revenir aux finitions, quelqu’un a fait une remarque sur l’hirondelle, mais comme je le précisais à Benoît, j’ai privilégié l’épure de la ligne du bas liquette, plutôt que d’ajouter une hirondelle. Par ailleurs l’atelier m’a assuré qu’elle n’était pas forcément nécessaire vu la solidité du point de couture noué et des coutures anglaises.

    Je regrette que certaines publications sur internet ou autre insistent sur ces « codes » que certains tentent de cocher comme une check-list pour apprécier une pièce, codes qui sont d’ailleurs souvent une interprétation de finitions propres à l’élégance britannique ou italienne. Il faut les connaître mais il faut aussi savoir s’en libérer pour créer quelque chose de nouveau.

    Je suis toujours impressionnée par mes clients japonais qui savent où regarder sur la chemise pour juger de sa qualité et ont une vraie culture du produit. Ils savent aussi y mettre le prix.

    C’est ce qu’on appelle, comme le souligne très justement Benoît, un rapport qualité prix.

    Mais l’achat d’une pièce reste avant tout une rencontre entre un vêtement et un homme. Ne réduisons pas sa valeur à des règles scolaires qui infantilisent les clients au lieu de les inspirer.

    Bien à vous,
    Déborah

  • BenoitBG

    Très intéressant comme précision, merci.

  • Déborah

    Merci 🙂
    Déborah

  • Déborah

    Bonjour Arm07, merci pour votre réaction, que je comprends et à laquelle je vais essayer de répondre.

    La matière de la ceinture est un cuir de vachette italien, la partie du cuir que nous avons utilisée est une croûte avec finition « velours ».

    La croûte de cuir est un terme technique qui designe une refente du cuir réalisée pour obtenir une épaisseur particulière de cuir. La surface obtenue ne comporte plus la fleur du cuir, c’est à dire le dessus d’origine, beaucoup plus lisse. La refente donne plus de texture, et c’est l’effet que je souhaitais obtenir puisque je trouvais le nubuck trop lisse et moins masculin que la finition velours sur la croûte.

    Attention à ne pas vous laisser induire en erreur par les appellations. Le fait d’utiliser la croûte plutôt que la fleur du cuir n’est pas une indication de qualité, c’est juste la partie du cuir qu’on utilise. On peut avoir une croûte de cuir plus belle qu’une fleur de cuir, et vice versa.

    Concernant les finitions, la ceinture comporte un filetage, c’est à dire un marquage à chaud de part et d’autre de la ceinture qui souligne discrètement sa ligne tout en restant pratiquement invisible. On évite le côté trop évident de la ceinture bombée tout en soulignant un volume. La ceinture est doublée cuir, et sa boucle est en laiton. J’ajoute que la largeur de la ceinture, plus fine que ce que vous trouverez par ailleurs dans le masculin, donne un très joli équilibre à la silhouette.

    Enfin, la fabrication est réalisée par un atelier spécialiste de la ceinture et la bretelle en Mayenne.

    J’espère que ces indications vous ont renseigné, et je reste à votre disposition pour toute information supplémentaire.

    Bien à vous,
    Déborah

  • BenoitBG

    Ah, comme toujours voilà un commentaire très argumenté, même si comme d’habitude, je trouve quand même très dur sur les finitions. A moins de 200 €, proposer une épaule montée à la main en France, c’est très, très, très compliqué…

    Juste une petite remarque : trouver sur-mesure une chemise fabriquée en France pour moins de 200 €, ça me paraît bien compliqué. Pour rappel, chez Charvet, les prix commencent à 500 € en bespoke… Chez Courthot, c’est très bien, mais tu ne risques pas de trouver des matières plus originales, et le bespoke ne commencent pas en dessous de 250 € de mémoire… Pour le coup, en terme de budget, on entre dans une autre dimension.

    Mais Alexandre, j’insiste bien, la confection française coûte une fortune, on ne s’en rend pas compte.
    De notre côté, si on voulait faire notre chemise en chambray dans le même atelier que Déborah, elle coûterait bien plus de 200 €. Quand en plus tu conjugues une très belle matière (si en plus elle est japonaise, ta facture fait un bond de 40% à tes achats en taxes et douanes, sans compter qu’elle est plus cher à la base, et qu’il faut en commander plus car les laizes sont souvent plus petites, bref, ton coût matière première explose) à une façon haut de gamme française, c’est impossible de vendre ta chemise à 150 €. Et je n’ai pas compté les frais de développement, de patronnage et de prototypage…

    Je sais que c’est dur à comprendre, mais je t’assure que le prix est justifié. D’ailleurs, je ne peux que t’inviter à te renseigner sur les prix d’une confection de chemise en France, l’importation de matières japonaises, etc. On ne se rend pas compte des coûts que ça représente quand on est de l’autre côté du rideau, mais quand je dis que ça coûte très cher, c’est vraiment le cas.

    J’ai bien conscience que cela représente un vrai budget, que cela ne s’adresse pas à tout le monde, mais je vois pas comment Déborah pourrait proposer des prix moins chers sans mettre en péril le développement de sa structure.

    Mais ensuite, pour ceux qui n’ont pas l’envie ou le budget, il existe tout plein de marques de chemises s’adressant à eux.

    Ensuite, sur le prix des choses et la valeur qu’on leur donne, c’est un autre débat, et je suis très sensible sur cette question du budget (je prépare d’ailleurs du contenu à ce sujet).

    Quant au design de la veste, connaissant ton respect de l’art sartorial et ses codes, je peux comprendre que la longueur de la veste te laisse dubitatif. De mon côté, je porte de tout, des vestes longues et courtes, et je ne peux qu’encourager des jeunes créateurs qui osent s’aventurer du fameux dogme « une veste de costume doit recouvrir les fesses ». Il faut un vent de fraîcheur.

    PS : j’ai souri en lisant la description de L’Exception, je leur ai signalé. Même les meilleurs chemisiers italiens ne dépassent pas les 9/10 points au CENTIMETRE 😉

  • JonathanBG

    Merci Steph’ ! 🙂

    Jonathan

  • BenoitBG

    Elle sera ravi de tes encouragements, crois-moi 😉

  • BenoitBG

    Voilà, sur une morphologie plus standarde, la coupe apparaît beaucoup mieux !

  • BenoitBG

    Il ne faut pas oublier que les petits créateurs n’ont pas la puissance de feu de faire des énormes quantités avec des économies d’échelle. Souvent, c’est un paramètre qu’on oublie souvent.
    Tu as le lien de la ceinture par hasard ?

  • BenoitBG

    Choléra, tu dois au contraire rechercher un mélange des genres. Une chemise casual portée avec une veste formelle, c’est très beau, les italiens sont très fans de ce genre d’assemblage.

  • corto maltese

    Bonjour et merci pour cette belle découverte ! Le Pull marin gris est magnifique ! Bonne continuation !

  • BenoitBG

    Valéry est très mince aussi, le rendu serait totalement différent sur moi je pense.

  • arm07

    Pour remettre dans le contexte, j’ai trouvé la couleur de la ceinture en (croûte de) cuir très jolie et je me suis dit « la fabrication doit être originale ce qui explique son prix », mais quand j’ai vu sur la page pour seule mention « croûte de cuir » j’ai été légèrement scandalisé.
    Après je sais bien que le matériau ne fait pas tout, mais je trouve ça quand même étrange sur cette gamme de prix et c’est pour moi un frein à l’achat.

  • Déborah

    Cher Arnaud, merci pour votre commentaire ! Je comprends votre impression sur la coupe au vu des images sur Valéry, bien sûr chacun a sa morphologie, voici exactement la même coupe dans notre coton gratté japonais, vous jugerez de la différence de porter. La photo a été prise au naturel. Bien à vous, Déborah

  • Eric

    Je trouve la marque très intéressante. En particulier les pièces issus de la collaboration avec Heschung sont très réussies selon moi. @Déborah : bravo pour la démarche, continuez surtout…

  • Vous m’avez devancé, j’avais aussi projet de réaliser une petite interview de la marque qui me parait très intéressante.

    Merci pour l’article, qui m’a bien éclairé tout de même, je l’inclus dans ma sélection de ce mois-ci.

    Je suis d’ailleurs assez surpris qu’on en parle très peu pour le moment alors que ça fait déjà un bout de temps que la marque est sur le marché.

    Personnellement, je trouve ça assez rafraichissant de voir des marques sur ce créneau, assez semblable à Husbands d’une certaine façon. Je comprends aussi que beaucoup n’aiment pas car ce sont des vrai produits de puristes, avec une approche assez casual/classique.

    Mais à 195€, c’est vrai que ça fait super cher. À ce prix là t’as une chemise bespoke et en mettant 50€, tu te retrouves avec une chemise bespoke de très bonne facture ! (sorry, j’ai pas pu m’empêcher :D)

    Plus sérieusement, il y a un vrai problème de placement à mon sens, je m’attendais à quelque chose de plus quali au niveau des finitions pour ce prix mais tout semble être réalisé à la machine. La matière semble vraiment super et les boutons aussi mais la marque utilise beaucoup ces deux arguments pour justifier un prix aussi élevé.

    Que la matière soit bonne avec des boutons d’origine naturelle, c’est une bonne chose mais ça ne justifie pas un achat à près de 200€ la chemise. Puis en y regardant de plus près, l’identité de la marque est assez bizarre car je cite « ce n’est pas une marque de mode », pourtant quand je regarde attentivement les différentes pièces, certains vêtements sont totalement hors de propos par rapport à cette vision. Exemple avec le costume natté à 900€, pantalon ultra-slim, veste ultra-courte ?! J’avoue ne plus comprendre car c’est le genre de pièce qu’une marque mode réaliserait.

    Pourtant, l’exception tente de rattraper le coup avec des finitions de folie : 7 points aux millimètres, s’il vous plait ! : http://hpics.li/f51bf15

    Je soutiens ce genre de marques et l’initiative à la base du projet car on est tous pour faire perdurer les petits ateliers et le savoir faire français mais à 200€, c’est vraiment un luxe réservé aux plus riches. Soutenir les petits ateliers OK mais à ce prix là sans les finitions qui suivent vraiment derrière, c’est non pour moi.

    Je préfère soutenir le patrimoine français et me donner bonne conscience en commandant une chemise bespoke à un artisan chemisier (qui représente aussi le savoir faire français).

    Alexandre

  • Stef

    Bien content de trouver un article sur De Bonne Facture !
    J’accorde beaucoup d’importance au lieu de fabrication mais surtout à « l’identité » d’un vêtement ou d’un accessoire, porté une cravate fabriquer sur une machine de 1905 ou un pull avec des boutons provenant d’un vieux stock c’est assez génial quand même ! Et ça a du sens !
    Chouette article !

  • « scandaleux », tu y vas un peu fort quand même. Réduire un produit à « type de vêtement + matériau », ce n’est pas ce qu’on vous apprend !

  • Arnaud

    c’est sympa de découvrir des petites marques planquées que l’on ne connais pas du tout !

    après, je ne suis pas du tout fan de la coupe de la chemise, mais c’est plus personnel comme idée.

  • arm07

    Pas fan de la pièce que je trouve assez bâtarde comme il a été dit dans les commentaires, trop stricte pour être casual et trop casual pour être stricte, les boutons sont sublimes par contre.
    J’ai regardé le reste de la collection sur l’Exception et il y a des articles vraiment sympa à mon goût (les polos et les pulls) et d’autres plutôt scandaleux (95€ pour une ceinture en toile ou en croûte de cuir).
    Dans tous les cas continuez de tester ce genre de marques, ça permet de découvrir un univers et des procédés de fabrication originaux !

  • Déborah

    Bonjour Théo, je serais ravie de vous présenter notre veste en natté de coton à notre vente privée qui se tiendra le week end prochain 24-25 mai à Paris, 12 rue Legouvé dans le 10e. Bien à vous, Déborah

  • Déborah

    Bonjour Choléra,
    Je comprends que les choix que nous avons faits sur cette chemise puissent vous surprendre.
    Il n’est pas courant de trouver des pièces qui associent la rigueur du formel à la décontraction du casual.
    Sachez que la pièce essayée par Valéry est un prototype et que nous avons fabriqué une petite série avec une longueur plus courte, qui permet de porter la chemise à l’extérieur du pantalon.
    Je comprends aussi que vous recherchiez des détails « tailleur » sur vos chemises. De nombreuses publications actuelles insistent sur ces codes que je trouve assez éloignés de l’esprit français, plus désinvolte et naturel, tout en gardant un certain formalisme.
    Nous essayons de travailler sur des détails qui apparaissent quand on s’approche, comme les boutons en corne véritable, ou le tissage du chambray qui paraît uni de loin mais révèle une texture inhabituelle de près. Pareil pour nos coutures anglaises ou encore la façon dont la gorge manche est repliée quand on la retourne sur l’envers.
    Quant à la coupe, elle est en effet différente de ce que vous aurez l’habitude de porter, elle n’est ni slim, ni classique, simplement ajustée.
    Si vous êtes à Paris j’aurais grand plaisir à vous la faire essayer (nous avons aussi d’autres modèles) à notre vente privée le week-end prochain, 12 rue Legouvé dans le 10e. Bien à vous,
    Déborah

  • BenoitBG

    Eh bien tu te trompes. Une matière rare, des boutons en corne, des petites quantités commandées, et surtout une fabrication haut de gamme française (et crois-moi, ça coûte une fortune) expliquent ce prix, qui est tout à fait justifié. Husbands propose aussi des chemises à 180 euros, et c’est aussi justifié. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont des bons rapports qualité/prix, mais dans des prix plus élevés que ce qu’on voit habituellement.

    Une chemise Hermès ne serait pas si loin en terme de qualité, et pourtant elle coûterait facilement 500 €…

    Je t’assure qu’elle gagne beaucoup moins d’argent que The Kooples ou Sandro qui vend une chemise, où le prix est totalement déconnecté de la vraie valeur de la pièce.

  • BenoitBG

    Je n’ai pas eu l’occasion la veste donc je peux pas te dire. A ce niveau là, les coupes sont généralement très travaillées, mais je ne connais pas le parti pris de Déborah…

  • Ce qu’il faut en retenir, c’est que c’est une chemise avec des partis pris stylistiques, et que son prix est justifié par l’excellence dans la façon et la matière. Après, comme on l’a dit, on est sur un public averti !

  • Choléra

    J’ai bien entendu l’argument des lavages sensés donner plus de souplesse au tissu, mais enfin… Ce que je retiens c’est que pour 200€ on a une chemise batarde pas assez casual pour la porter casual et pas vraiment formel pour du formel, à la coupe franchement moyenne, et sans details tailleurs…
    Ce n’est pas du troll mais je m’interroge sur le placement d’une telle piece. :/

  • Théo

    Encore un excellent article !

    On voit de plus en plus d’articles de ce genre sur le blog, et c’est vraiment positif. Des jeunes créateurs qui vous ressemble, et à qui on souhaite une réussite pleine.

    Je vois qu’il propose un superbe costume. C’est plus le blazer un lui même qui m’intéresserait en fait. Niveau coupe sur cette pièce, on est un cran au-dessus de marque tel que MG et Ecletic ?

  • siger

    wow 195 € la chemise !! abusé ! je veux bien qu’on recherche la qualité mais il ne faut pas exagérer non plus ! A ce prix là on peut avoir un billet d’avion ou de train !