Notre sélection de montres habillées (3/3)

Temps de lecture : 11 minutes

Voici la troisième partie de ma sélection de montres habillées. Là, nous sommes pour l'une d'elles dans le rêve, mais il n'est pas interdit, même conseillé de rêver un peu. Pour retrouver la première partie, c'est ici. La seconde, c'est ici.

Toutes les montres - à l'exception du modèle Laurent Ferrier, en raison de son prix- ont été testées pendant une période d’une semaine avec fourniture de modèles de prêt. Et, évidemment, il n’y a eu aucun accord contraignant BonneGueule à reproduire ce que j’appelle un blabla officiel issu d’un département marketing. Les appréciations et les avis sont totalement libres.

Glashütte Original

Montre.

Pour rappel, la langue de l’horlogerie est le français - et non l’anglais ou une autre langue - car les vraies terres de l’horlogerie sont la France et la Suisse. Toutefois, d’autres pays ont développé - localement - des spécialités dans ce secteur. Une petite ville de Saxe s’est d’ailleurs démarquée en regroupant plusieurs manufactures. Cette petite ville s’appelle Glashütte. Et parmi les marques présentes dans cette localité saxonne, il en existe une qui a attiré mon attention : Glashütte Original.

Glashutte Original 2 montre verte bracelet cuit vert

Attention, ce cadran peut vous séduire d’un seul regard.

J’ai souvent tendance à dire que le design d’une majorité de marques allemandes, très souvent « inspiré » du style « Bauhaus » jusqu’à l’overdose, ne réussit pas vraiment à me convaincre. Selon moi, une montre, doit être non seulement belle et intéressante sur le plan mécanique mais doit aussi présenter un certain twist, tantôt discret, tantôt un peu plus visible. Et la Glashütte Original de cette sélection a l’avantage de cumuler les points positifs dans ces différents domaines.

J’apprécie particulièrement la Collection Sixties de Glashütte Original. Elle fait écho au design des anciennes montres produites dans les années 60 à travers la forme du boitier, des aiguilles et des chiffres, elle parle à quelqu’un qui aime les montres classiques. Pourquoi les montres des années 60 ont autant la cote aujourd’hui en vintage ? Parce que l’horlogerie classique était arrivée à un « Âge d’Or » à cette époque certes. Mais pourquoi ces montres voient dans la plupart des cas leur intérêt croître et surtout depuis ces 20 dernières années ? Je dirais que cela fait écho à un style classique, à un imaginaire que l’on retrouve dans les anciens films de cette période.

Glashutte Original 3 montre cadran vert

Un cadran estampé spécialement pour insérer ce motif en trois dimensions, un dégradé de vert et de noir… il faut saluer le travail du cadranier qui a fait preuve d’originalité sans pour autant aboutir à une montre dont l’effet serait « too much ».

Même si le modèle présenté dispose de plusieurs déclinaisons plus sages, j’ai voulu quelque chose qui change radicalement des autres montres de la sélection et Glashütte Original a l’avantage de proposer chaque année une nouvelle déclinaison et dont la spécificité se situe au niveau du cadran.

Quand on aime le vintage, on se rend compte de l’importance d’un excellent cadranier. Certaines marques ont eu, pendant une période, des cadraniers d’exception. Glashütte Original dispose actuellement d’un excellent cadranier qui propose des twists souvent très colorés, mais toujours intéressants afin d’apporter un supplément de vie à ces montres classiques.

Pendant longtemps, le vert ne m’a pas intéressé comme couleur. Ce n’est ni ma préférée, ni celle qui éveille le moindre intérêt chez moi. Oui, elle s’adapte facilement à de nombreuses tenues, oui, les nuances permettent de paraître tantôt classique comme avec le vert « anglais » ou tantôt disruptif avec un vert plus éclatant, mais non, ce n’est pas la couleur qui m’attire.

Et pourtant, cette déclinaison m’a séduit car le vert du cadran est allié au noir pour former un dégradé et aussi -et surtout- le cadran est en fait estampé. Si vous voyez des reliefs qui apparaissent sur le cadran, il ne s’agit pas d’un effet d’optique, le motif est réellement en trois dimensions.

Montre cadran vert bracelet cuir

Avec le temps, on se lasse de beaucoup de choses mais là, j’avoue qu’il est difficile de se lasser de cette montre parce que le twist me paraît réussi. C’est un coup de cœur au niveau du design et l’équipe BonneGueule a pu découvrir cette montre et même Benoît a voulu l’essayer !

Quand on achète une montre neuve, on se surprend à regarder sa montre très souvent au début, et pas véritablement pour consulter l’heure. Quand j’ai testé cette montre, je me surprenais à la regarder encore plus fréquemment car l’effet de ce cadran est réellement intéressant.

Dans tous les cas, bravo pour cette montre qui est illustre l’importance d’un bon cadranier : c’est un domaine de compétence et un savoir-faire très spécifique dans l'horlogerie. Redonner du peps à une montre classique n’est pas si facile et là c’est original et bien réalisé.

La montre présente un calibre de manufacture totalement fiabilisé de Glashütte Original. Le calibre 39 est effectivement le plus ancien proposé par la marque actuelle, il a été élaboré dans les années 90. Je regrette bien sûr qu’il n’ait que 40 heures de réserve de marche, mais je tiens à signaler une chose importante : un calibre plus ancien est un calibre susceptible de voir ses défauts corrigés ou d’être optimisé dans le temps. La mécanique n’est pas un domaine dans lequel tout est nécessairement parfait dès le début. Le contrôle qualité est d’une importance cruciale mais rien ne remplace le temps qui est en fait le seul véritable juge de la fiabilité d’un mouvement de montre.

Le fond apparent de la montre permet d’exposer pleinement le calibre 39 à travers un verre saphir dont on voit que la forme est différente par rapport aux autres marques car il expose encore davantage le mouvement. Le serge de la masse oscillante est en or 21 carats et le rend facilement identifiable. Les seuls éléments qui ne sont pas manufacturés directement par la marque sont le spiral qui n’est pas en silicium mais en acier, ce qui était la tradition, et le ressort de barillet, qui lui est fourni par le Swatch Group.

Le calibre 39 de Glashütte Original : il s’agit d’un calibre relativement ancien, des années 90, qui a été amélioré et qui est maintenant fiabilisé. On remarque en haut du mouvement le col de cygne qui permet de régler la précision de la montre

On aperçoit le col de cygne que les collectionneurs de montres vintage connaissent bien. Pour résumer, il s’agit d’un composant qui permet de régler manuellement et précisément la montre. Le réglage de la précision d’une montre est l’un des domaines les plus riches en recherche et en brevets en horlogerie.

Il y a eu beaucoup de débats pour savoir lequel permet le réglage les plus fins en matière de précision, ce sujet pourrait être discuté à l’infini… Le col de cygne a conquis beaucoup de suffrage car il est présent depuis longtemps dans les montres mécaniques et je pense entre nous qu’il a aussi un intérêt esthétique.

Cette montre est à la fois classique mais originale par son cadran qui permet de s’offrir un très bon twist tout en restant impeccable... avec une belle pochette et un costume bien coupé.

Caractéristiques techniques

  • Référence 1 39 52 03 02 04
  • 39 mm de diamètre
  • 9,4 mm d’épaisseur
  • Boîtier en acier poli
  • Verre saphir
  • Mouvement mécanique à remontage automatique de manufacture 39-52
  • 40 heures de réserve de marche
  • Etanchéité 30 mètres
  • Prix : 6400 euros

Les plus :

  • Très beau cadran avec un dégradé de vert qui attire immédiatement l’attention mais dans le bon sens : enfin un peu de peps dans une montre classique des Sixties : bravo !
  • Présence d’un col de cygne pour le réglage de la précision.
  • Un mouvement de manufacture totalement fiabilisé.
  • Un diamètre de 39 mm qui est un parfait équilibre.
  • Classique, classe et avec un twist.

Les moins :

  • Réserve de marche de seulement 40 heures, ce qui commence à dater par rapport aux mouvements de manufacture plus récents.

Où la trouver ?

Disponible sur demande auprès de Glashütte Original. Edit : il existe très peu d’exemplaires encore disponibles, la marque renouvelle chaque année ses modèles limités dans leur production dans le temps.

Parmigiani Ferrier Toric Chronomètre

Nous vivons une époque particulière dans l’histoire de l’horlogerie : le secteur connaît une vague de création de nouvelles marques qui n’a fait que de s’accélérer ces dernières années. A côté des marques historiques plusieurs fois centenaires, l’arrivée de ces nouvelles marques donnent aussi bien un vent de fraicheur qu’un air de déjà-vu.

Le design ? A l’exception de quelques délires plus ou moins réussis, la créativité n’est pas vraiment mirobolante. Les mouvements ? A peu de choses près, ce sont toujours les mêmes. Au milieu d’une offre qui devient littéralement pléthorique, peu de marques récentes allient à la fois créativité dans le design et dans les mouvements.

Et c’est normal, car il faut des ressources très importantes pour créer de nouveaux mouvements et se lancer dans de nouveaux designs. Il faut quelques fois pousser les portes de la Haute Horlogerie pour découvrir une marque susceptible de réunir ces deux qualités.

Un exemple de montre très élégante : la Parmigiani Fleurier Toric Chronomètre. Les aiguilles javelot sont de très bon goût. J’apprécie également la large ouverture du guichet date dont la forme et la disposition sont intéressantes.

Parmigiani Fleurier est une marque qui, à mon sens, mérite d’être bien davantage connue. Fondée par Michel Parmigiani en 1996 et propriété de la Fondation Sandoz, la marque est plutôt récente en comparaison de la majorité des marques du secteur, et particulièrement dans celui du luxe et de la Haute Horlogerie.

Malgré sa relative jeunesse, elle a développé une trentaine de mouvements via Vaucher Manufacture Fleurier, l’entité en charge chez Parmigiani Fleurier de la conception et de la production des mouvements. Cette dernière fournit des mouvements à Hermès, entre autres. En retour, Hermès fournit une grande partie des bracelets cuir de Parmigiani Fleurier.

Le « Swiss Made » devrait faire l’objet d’un article dédié tant ce sujet touche un point très sensible du secteur. Parmigiani Fleurier a suivi une autre démarche qui est autrement plus contraignante : le label « 100% Swiss Manufactured » : ce label impose que la totalité des composants mécaniques d’une montre soit réalisée par la marque elle-même – cadrans, vis, spiraux… Les seuls éléments qui ne sont pas réalisés par la marque elle-même sont les bracelets – Hermès comme mentionné précédemment – et les verres saphir.

Très peu de marques connues ont adopté cette démarche car elle impose des coûts plus élevés. Et pourtant, Parmigiani Fleurier reste sur le plan tarifaire intéressant par rapport aux marques plus anciennes qui occupent le segment de la Haute Horlogerie.

Le crantage de la lunette est parfaitement réalisé. Pour le faire, la marque recourt à la technique du moletage : pour résumer, un horloger spécialisé va passer une sorte de roulette à la main sur la lunette, ce qui va donner ces « crans » visible tout autour du verre.

De nos jours, les autres marques suisses plus connues font payer très cher le prix de l’or. Je trouve déjà que les prix des montres en acier dans le luxe sont irrationnels dans une grande partie des cas, mais les prix des montres en or atteignent généralement de nouvelles couches dans l’atmosphère.

Certes, les coûts ne sont plus les mêmes (masse salariale, investissement, recherche et développement pour les nouveaux mouvements, prix des matières premières…) mais cela n’explique pas tout. C’est pour cela qu’il est important d’avoir des marques comme Parmigiani Fleurier qui proposent des montres qui, si elles ne sont pas non plus bon marché, sont bien positionnées par rapport à des noms plus anciens et plus connus dans le secteur.

Avec 9,5 mm d’épaisseur, la Toric Chronomètre reste une montre relativement fine où tout semble proportionné et harmonieux.

Pour ce modèle, disponible également en or rouge pour la petite histoire, j’ai préféré le modèle en or blanc qui est évidemment plus discret et qui me semble être parfait pour une montre. L’or blanc est un alliage principalement à base d’or, de palladium et d’argent. Il existe des modes en horlogerie : pendant quelques années, c’est l’or blanc qui est tendance, puis l’or rose, etc… Je ne me soucie pas de ces modes.

L’or blanc se distingue de l’acier certes, mais il reste évidemment bien plus discret tout en apportant un éclat et cette sensation très spécifique au porter. La sensation de porter de l’or ou de l’argent est différente par rapport à l’acier : on parle de la « chaleur » de ces métaux précieux car il faut rappeler que l’or et l’argent sont des super conducteurs et l’argent l’est même encore davantage dans les conditions atmosphériques habituelles.

Côté mouvement, la marque recourt à ses propres calibres et pour les avoir vu de près, ils sont intéressants à découvrir. Intéressants et précis. La belle masse oscillante en or nous rappelle que nous sommes clairement dans le domaine du luxe. Si le Calibre Royal de Pequignet Manufacture est doté d’un grand barillet, le calibre Parmigiani Fleurier 331 est lui doté de deux (petits) barillets qui permettent à la montre d’afficher 55 heures de réserve de marche.

Le mouvement automatique PF331 qui anime la Toric Chronomètre est précis (certifié COSC) et dispose de 55 heures de RDM.

La Toric Chronomètre est une montre que je trouve vraiment élégante, héritière directe de la première montre conçue par Michel Parmigiani lors du lancement de la marque. Il serait si facile de se limiter à des montres soi-disant marquées par un bon rapport qualité prix, mais l’horlogerie ne doit pas se limiter à cela.

Il est nécessaire de voir ce que l’horlogerie peut offrir de meilleur. Et meilleur n’est pas nécessairement synonyme de prix délirants, surtout quand la qualité et le vrai luxe sont présents. Il existe des montres qui nous permettent encore de rêver et la Toric Chronomètre est l’une de ces montres qui en font partie.

Caractéristiques techniques

  • Référence : PFC423-1201400-HA1441
  • 40,8 mm de diamètre
  • 9,5 mm d’épaisseur
  • Boîtier en or blanc 18 carats
  • Verre saphir
  • Mouvement mécanique à remontage automatique de manufacture PF331
  • 55 heures de réserve de marche
  • Etanchéité 30 mètres
  • Prix : 16,900 euros

Les plus :

  • Une montre très élégante tout en proposant un design original, pour moi, il s’agit pour moi d’une des plus belles montres du secteur dans son segment.
  • Un mouvement Fleurier élégant, précis et efficace.
  • Un prix très correct par rapport à la concurrence pour une montre en or équipée d’un mouvement de manufacture. D’autres marques proposent beaucoup moins pour plus cher.
  • Un excellent point d’entrée dans la Haute Horlogerie.
  • Un beau bracelet en cuir Hermès.

Les moins :

  • La garantie de 2 ans qui me semble un peu limitée par rapport à l’excellence du produit

Où la trouver ?

Disponible auprès de Parmigiani Fleurier.

Laurent Ferrier Galet Micro-Rotor Montre Ecole

L’horlogerie est une passion et un métier qui se transmettent fréquemment par la famille : elle peut être associée à l’expertise d’un père qui lui-même la tenait de son propre père… C’est le cas de Laurent Ferrier.

On parle beaucoup des jeunes créateurs d’entreprise qui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale. On parle peu de ces personnes qui, plutôt que de suivre le chemin de la retraite professionnelle, se lancent dans la création d’une entreprise. S’il est « plus facile » de créer une marque en entrée de gamme en recourant à des fournisseurs, des boîtiers, des aiguilles, des cadrans, des mouvements ou des bracelets qui sont disponibles sur le marché, il peut être bien plus compliqué de créer une nouvelle marque dans le haut de gamme et plus encore dans le domaine de la Haute Horlogerie. La raison ? Des barrières à l’entrée qui rendent l’accès difficile à ce segment : l’outillage, la main d’œuvre très spécifiques... les coûts de structure sont élevés et il faut avouer aussi que ce segment est déjà occupé par d’autres marques.

La Montre Ecole, certainement l’une des plus belles montres de la Haute Horlogerie.

La Haute Horlogerie

Dans les montres actuelles, il existe un cas à part : celui de la Haute Horlogerie. Pour faire court, il s’agit de l’ultra-luxe dans les montres. Les modèles ne sont pas à plusieurs milliers d’euros mais commencent à plusieurs dizaines de milliers et peuvent très facilement aller jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros et davantage.

Autant dire que ces montres ne sont pas conçues pour tous les budgets mais cela serait une erreur monumentale de ne pas en parler. Je le répète, il existe d’excellentes montres à 300, à 3000 ou à 30.000 euros. Je ne discrimine pas les montres en fonction de leur prix ou de leur segment. Une personne qui dispose de moyens conséquents a le droit de porter une bonne montre de quelques centaines d’euros de même qu’une personne qui a un budget de type étudiant a le droit d’avoir son graal en horlogerie. L’un aura plus de facilité que l’autre à l’acquérir, cela est clair mais ne pas en parler c’est un peu comme si BonneGueule ne parlait que de l’entrée et du moyen de gamme dans les vêtements sans pour autant vous parler et analyser le haut de gamme et le luxe.

L’horlogerie ne doit pas se réduire à une simple mécanique fiable, durable et bon marché, il existe aussi une dimension qui relève de l’art. L’art horloger ne repose pas seulement sur le poids de l’or utilisé pour le boîtier, mais il se trouve dans les finitions, la décoration, un mouvement de manufacture qui présente une complication intéressante… Cela requiert de très nombreuses compétences, aussi bien auprès d’un maître-horloger et que d’un excellent cadranier qui, à ce niveau, peut proposer des finitions uniques.

Le secteur pratique des prix très élevés mais il est important de savoir que la plupart des marques présentes dans la Haute Horlogerie sont rarement bénéficiaires, elles représentent même une charge pour les groupes qui paient aussi le prix du prestige. A cause du prix, ces montres s’écoulent au compte-gouttes alors que les coûts de structure sont très importants pour conserver une main d’œuvre hautement spécialisée et aussi pour l’outillage qui est développé spécifiquement pour produire ce genre de montres.  La Haute Horlogerie est aussi bien un sommet qu’un graal pour les passionnés et il est important de parler de ce qui se fait de mieux dans les cieux des horlogers.

Il peut être difficile de parler Haute Horlogerie car certains ne verront que le prix mais c’est un peu comme mépriser la Joconde (toute raison gardée) parce que, si elle était sur le marché, son prix atteindrait certainement une autre planète dans une très lointaine galaxie.  En outre, il existe deux types de luxe dans l’horlogerie : le luxe rutilant qui affiche presque un panneau publicitaire géant, qui semble indiquer que le porteur est peut-être quelqu’un de « très important ». Et il existe un luxe traditionnel, discret et élégant.

Au porter, voilà ce que donne cette montre. J’en ai essayé de bien plus chères mais rarement j’ai porté une aussi montre aussi bien réalisée. Le client est en droit d’attendre une montre exceptionnelle à ce niveau de prix et je pense que Laurent Ferrier a fait un sans-faute en se permettant au passage de proposer une réinvention de la montre classique, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Après une très grande partie de sa carrière professionnelle passée chez Patek Philippe, Laurent Ferrier a créé sa propre marque en 2009. La marque est diamétralement à l’opposé des grands lancements habituels qui nécessitent souvent une très coûteuse campagne de communication. Près de 10 ans après sa création, Laurent Ferrier ne produit qu’une centaine de montres chaque année. Et pour ma part, quand j’ai découvert les montres de la marque, je ne me suis pas mis à parler de coup de cœur mais plutôt de graal horloger.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un petit rappel historique s’impose : si la première montre-bracelet qui a été créée était une montre pour les dames, les hommes ont été véritablement convertis à ce type de montre que pendant la Première Guerre Mondiale. Jusqu’alors, la montre de poche (ou montre gousset) trônait en maître dans les poches des gilets de nos arrière-grands-parents.

Aussi, plutôt que de ranger les montres de poche dans un tiroir, il y a eu beaucoup de conversions qui ont été effectuées dans les premiers temps, en incorporant des anses aux montres de poche existantes pour y faire passer un bracelet. Bien des années se sont écoulées depuis, la montre bracelet est devenue depuis cette époque le standard pour les hommes.

La couronne de la montre que l’on voit sur cette photo rappelle aussi les couronnes des anciennes montres de poche. Difficile de lui trouver le moindre défaut. Les rappels sont subtiles mais présents sur cette montre et cela parle aux (humbles) collectionneurs de montres de poche comme moi qui continuent d'être extasiés par les legs de notre passé.

Pour conclure de la plus belle manière cette sélection, je savais exactement vers quel modèle me tourner. La « Montre Ecole » de Laurent Ferrier est une montre qui fait un petit clin d’œil par la forme et par la disposition de ses anses aux anciennes montres de poche converties. Mais alors que les transformations des montres de poche pour les adapter au poignet étaient une forme de pis-aller très empirique, la Montre Ecole est une montre qui est dès le départ conçue comme une montre bracelet.

Si la forme du boîtier en or s’inspire des anciennes montres de poche, l’impression au porter est exceptionnelle. Il est difficile de vous retranscrire par de simples mots l’effet au porter de cette montre. On « ressent » avec plaisir la présence de la Montre Ecole. Comme je l’ai dit auparavant, quand on commence à réellement découvrir les montres issues de la Haute Horlogerie, on découvre qu’il existe des différences très importantes. Je trouve certains boîtiers en or bien « légers » par rapport au prix affiché. Ici, il n’en est rien, on « ressent », sans lourdeur, la montre au porter et il faut avouer que Laurent Ferrier a réussi à trouver un parfait équilibre dans ce domaine.

Le calibre de la Montre Ecole laisse apparaître un micro-rotor, qui nous replonge lui aussi dans certains anciens calibres du passé, mais profondément réactualisé. Quand on parle de très beaux mouvements qui méritent pleinement d’être exposés, voilà un très bel exemple.

Le fond apparent est pleinement justifié car il nous permet de découvrir un mouvement micro-rotor qui nous rappelle ceux du passé mais avec des évolutions très notables. Les mouvements micro-rotor sont beaucoup moins fréquents que les mouvements dotés d’un rotor normal.

Les anciennes marques comme Buren et Universal Genève en proposaient dans le passé et les marques de luxe actuelles en proposent encore de temps en temps. Il s’agit en effet d’une relative rareté si on compare avec les autres mouvements beaucoup plus répandus.

En observant le mouvement de la Montre Ecole, je m’aperçois d’un petit lien de parenté avec les anciens mouvements comme ceux d’Universal Genève. La comparaison s’arrête là, je pense que Laurent Ferrier a créé un mouvement dont l’architecture puise une partie de son inspiration dans le passé, mais le mouvement actuel est un saut en avant, tant au niveau de la fiabilisation que dans l’esthétique même. Avec 72 heures de réserve de marche, ce mouvement mécanique à remontage automatique est un plaisir à contempler. Nous sommes en face de ce qu’il y a de plus beau à voir dans l’horlogerie actuelle et il m’est honnêtement difficile de trouver les mots justes pour l'exprimer avec exactitude.

Vu le très faible nombre de montres produites par Laurent Ferrier chaque année, les maîtres mots sont élégance classique et éclectisme absolu. Quelques fois, l’art le plus compliqué n’est pas de chercher à inventer quelque chose de neuf en apparence, le plus difficile et le plus rare en ce monde est de savoir réinventer le classique. Pari gagné monsieur Laurent Ferrier.

Caractéristiques techniques

  • Référence LCF024.R5.G2R
  • 40 mm de diamètre
  • 10,95 mm d’épaisseur
  • Boîtier en or
  • Verre saphir
  • Mouvement mécanique à remontage automatique de manufacture
  • 72 heures de réserve de marche
  • Etanchéité 30 mètres
  • Prix : 42.000 euros

Les plus :

  • Une montre qui illustre l’art de réinventer le style classique et il faut avouer qu’en la matière Laurent Ferrier est l’exemple à suivre.
  • Un mouvement Micro-Rotor dont l’architecture rappelle les plus belles heures de l’âge d’or de l’horlogerie tout en proposant, entre autres, une solide réserve de marche de plus de 70h, le tout étant un réel plaisir à regarder.
  • Une montre qu’on « ressent » au poignet : exit le « rognage » sur l’or, sans être lourde, c’est exactement le genre de montre qui fait plaisir à avoir au poignet.
  • Une illustration du meilleur de la Haute Horlogerie.
  • Difficile de faire plus éclectique vu le très faible nombre de montres produites par la marque.

Les moins :

  • Montre réellement exceptionnelle donc tarif exceptionnel mais, encore une fois, la majorité des marques de la Haute Horlogerie proposent généralement moins pour des tarifs bien plus élevés.

Où la trouver ?

Disponible exclusivement en France à Paris chez Antoine de Macedo.

Don Don

Passionné de montres, membre de l’équipe de FAM, je souhaite établir un pont entre le monde de l'horlogerie et celui du style.
J’apprécie l’Histoire, l'écriture, les Golden Sixties, les cravates, les pochettes, les boutonnières, les boutons de manchette... Sans oublier Betty.
Et Rachel. Et Megan.

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