Relooking Homme BonneGueule #9 – Etienne : un relooking en partie raté !

Temps de lecture : 12 minutes

Cette fois-ci, j’aimerai vous faire un compte-rendu de relooking un peu différent. Le genre de compte-rendu que vous ne verrez pas ailleurs, car il s’agit de celui d’un client insatisfait…

Le relooking remonte à l’hiver dernier : c’est le temps qu’il m’a fallu pour en tirer un enseignement, mais surtout vous apprendre quelque chose grâce à cette expérience.

Je tiens notamment à remercier un lecteur (Pablo) qui m’a posé des questions très intéressantes (et tout à fait justifiées) en se renseignant lui-même sur nos méthodes.

Voici un résumé de nos échanges, qui s’appliquent aussi à ceux qui débutent avec le style sans forcément passer par un coaching.

Ce qu’un coaching en style n’est PAS…

« Je ne veux louper aucune opportunité »

Pablo : « Les pièces que vous proposez aux clients sont des pièces qui sont disponibles le jour même en boutique. Si la pièce parfaite pour le client est partie la veille, le client se retrouve avec une pièce alternative. »

Première chose à savoir Pablo : il faut sortir du mythe de la pièce parfaite versus la pièce alternative. D'une part parce que cela créé une angoisse inutile ("mon Dieu, je vais peut-être louper la pièce parfaite"). D'autre part, il y a PLUSIEURS pièces qui vont à un client, sans que l'une soit forcément plus mauvaise que l'autre.

Donc si une pièce sympa "A" n'est plus disponible le jour J, eh bien une pièce "B" tout aussi sympathique sera possible.

Par exemple, est-ce qu'entre deux chemises à carreaux, s'il y en a une qui a des carreaux plus petits, cela fera d'elle une pièce parfaite et l'autre une pièce alternative ? Bien sûr que non ! Si la matière, la coupe et les détails sont sympas, cela fera de ces deux chemise DEUX pièces que nous recommanderons.

Les marques fonctionnent par collection : c'est très rare qu'une pièce disparaisse d'un jour (repérage) à l'autre (moment de l’achat). Donc inutile d’acheter de manière précipitée : on est pas chez Zara avec ses 8 collections par an.

Les jeans bruts ne disparaissent pas du jour au lendemain.

Dans le cas des soldes, c'est parfois plus compliqué. Mais dans 90% des cas : on peut récupérer la pièce dans les 2 premières heures de la matinée, voire déposer un chèque la veille ou demander à ce qu’on nous la mette de côté.

De plus vous bénéficiez de grosses réductions en soldes, alors ceci compense largement cela.

Lors de votre shopping en solo ou votre relooking : soyez un poil plus opportunistes que d’habitude (= acheter une pièce non prévue mais utile pour profiter d’une bonne affaire) mais soyez toujours aussi intransigeants sur le fit et le rapport qualité/prix.

Une parka pour changer un peu :
le genre de bonne affaire au détour d’un repérage
.

De notre côté on ne fait jamais passer une pièce qui n'est pas adaptée : on ne se rémunère pas sur le volume d'achat de toute façon. Et on aurait trop à perdre à mal faire ce travail qui se base sur la confiance et notre réputation.

« Je veux trouver pour chaque pièce LA solution parfaite »

Pablo : « Après lecture du livre, j'ai compris qu'il fallait patienter avant d'acheter ses vêtements (je n'achète plus rien le jour même). Mais c'est embêtant de ne pas pouvoir se procurer la pièce géniale et d'en avoir une de substitution. »

En théorie, oui... sauf que, pour trouver cette pièce géniale, tu es obligé de passer par des pièces intermédiaires pour forger tes goûts. Parce qu'ils vont évoluer. Et je suis prêt à parier que si tu débutes, une pièce que tu vas trouver "géniale" maintenant sera tout juste "normale" dans quelques mois, après tes progrès. Et même si je mettais entre tes mains une pièce "géniale" là de suite maintenant, tu ne saurais pas forcément quoi en faire.

Au stade où vous débutez, ce sont des basiques qu'il vous faut (et plus tard quelques pièces plus fortes).

Et sauf à avoir une morphologie particulière (vraiment petit, escrimeur avec d'énormes cuisses, trop musclé aux pectoraux... que des cas rencontrés), il y a toujours quelque part une pièce adaptée (quitte à passer par le rayon enfant, des tissus plus souples avec de l'élasthanne ou réorientation sur la maille ou des coupes carrot, etc...).

Je dis bien pièce adaptée, et non la pièce parfaite, parce que la solution parfaite existe rarement : rares sont ceux qui trouvent le blazer qui leur va vraiment avant des mois de recherche. Et encore plus rares sont ceux qui achètent leur premier jean brut parfaitement du premier coup (c’est pour ça qu’on est là).

Donc inutile de chercher « la pièce géniale » : vous ne la trouverez jamais en étant débutant (ou ne la remarquerez tout simplement pas). Cherchez plutôt une pièce adaptée (sans faire d’erreur). L’enfer est dans les détails, alors ne soyez pas trop pressés.

Un beau polo, avec un bon fit et une belle matière.
Rien de transcendant, mais amplement suffisant.

« Mais ça prend un temps fou de rassembler les bonnes pièces »

Pablo : « Après avoir lu vos articles, j'imagine que si tu as besoin d'une chemise, tu serais capable de faire toutes les boutiques de Paris pendant une semaine pour acheter la chemise parfaite, vu que toutes les chemises que tu as sont déjà parfaites, non ? »

Oui et non : je sais directement où aller pour moi et mes clients : c'est mon métier de savoir comment taillent les marques, où se trouve telle ou telle coupe, couleur, style, matière. Mais effectivement ça m’a pris des jours et des jours pour en être capable (5 ans pour être précis) et je continue d’apprendre.

À présent j’achète peu de basiques, je suis complet. Alors j'attends d'être surpris par une pièce précise au détour d'une collection (et je renouvelle tel ou tel basique quand il a encaissé trop de km au compteur).

Si vous avez passé le stade des basiques, faites comme moi et explorez, explorez, explorez, jusqu’à ce qu’une pièce rencontrée par hasard vous évoque vraiment quelque chose. Si vous avez des basiques solides, vous saurez d’instinct que c’est quelque chose qui va enrichir votre style, et non un achat superflu.

Mais cela demande que vous soyez dans une logique d’opportunisme (= « je vais faire quelques boutiques, et on verra bien »), et non dans une logique d’achat (= « j’ai le budget, et maintenant il me FAUT un blouson différent »).

Et encore une fois, cela impose de maîtriser le stade des basiques.

Note : attention, la logique d'opportunisme poussée à l'extrême est dangereuse car vous risquez d'acheter avec précipitation. Tout comme la logique d'achat qui risque de vous faire acheter une pièce par défaut car vous ne voulez pas "rentrer bredouille". A vous de trouver le juste milieu en étant honnête avec vous-même.

Exemple d'achat opportuniste : Parka Filson.
Achetée… en été, car jolie, bon fit et vraiment pas chère aux US.
Je n’avais pas de bon vêtement de pluie et je savais que
ce serait ma meilleure opportunité avant un petit moment.

« Je veux que chaque pièce colle à ma vraie personnalité »

Pablo : « Je sais que vous faites un travail de repérage en amont, mais les vêtements sont aussi le reflet de la personnalité non? Alors comment choisir un vêtement pour quelqu'un que vous venez de connaître ? »

J’envoie un questionnaire complet en amont (vous pouvez le télécharger ici), demandant toute sorte de renseignement, dont des photos de la personne, et la constitution d'un petit dossier de 5 à 20 photos avec des looks que le client aime.

Là encore, c'est mon boulot de comprendre le fil directeur entre looks et pièces déjà achetées pour identifier ses goûts.

Je n'ai bien sûr pas la prétention de connaître d’instinct une personnalité, mais j'arrive en tout cas à comprendre et matérialiser des goûts. Car je pense que tout le monde a déjà des goûts en matière de style, et je ne crois pas au "je ne sais pas ce que j'aime" qu’on me sert parfois par manque de confiance en ses goûts.

C'est en effet une réponse liée à un manque de repères ou une méconnaissance de ce qui existe en matière de style, mais jamais une absence de goûts (puisque ces mêmes personnes savent très bien ce qu’elles n’aiment PAS).

Ayez donc un peu plus confiance en vos goûts et en vos intuitions. Mais en restant dans le cadre de vêtements : à votre taille, bien coupés, de bonne qualité, et pas trop chargés stylistiquement.

En début de journée de relooking, j’aime prendre une petite heure pour faire connaissance avec le client, mettre le doigt sur des erreurs que je peux déjà identifier, et parler de ce qu'il aime.

C’est ensuite un dialogue qui s'installe entre le client et moi. Et en boutique, je fais TOUT essayer même quand on rejette mon choix avant essayage : car les clients ont souvent des surprises positives une fois les pièces portées. Même tout seuls, essayez toujours des pièces même si elles ne vous inspirent pas a priori.

A l'inverse c'est aussi mon rôle de m'opposer à certaines attentes que je juge néfastes : un style beaucoup trop précieux pour un étudiant, une pièce de mauvaise qualité sur laquelle il a eu un coup de foudre, une faute de gout communément admise et élevée au rang de mode... c’est le rôle du coach, ou d’un bon copain qui s’y connait (vraiment) de parfois vous dire NON.

Blouson Lavin en coton japonais :
matière incroyable, bonne coupe, bon fit et bien pricé (-50%).
Malgré le coup de coeur du client, c'est pourtant un achat auquel
je me suis opposé, car ne convenant pas à un usage étudiant.

« Je veux cette pièce précise que j’ai vu dans un magazine ou sur Internet »

Il ne faut pas non plus avoir avec une idée trop précise d'une pièce que vous recherchez, que ce soit en relooking ou en séance shopping.

Par exemple : "je veux un trench, mais couleur kaki, avec deux lanières à boucles, avec le bon fit, la bonne longueur, et le bon prix". Cela tue votre curiosité, et vous met des œillères sur d’autres items qui pourraient vous aller tout aussi bien (ou même mieux).

Pire : vous risquez de mal acheter. Exemple : vous trouvez le trench khaki, quasi-identique à l’image que vous en aviez (ou le même que dans le magazine). Et tellement content de votre trouvaille (ou parce que vous en avez marre de chercher), vous abaissez vos standards et achetez la pièce alors que :

  • vérifier la qualité aurait du vous mettre un STOP
  • être rigoureux sur le fit et la coupe de la pièce lors de son essayage aurait aussi du vous mettre un STOP

Par exemple, les clients viennent souvent
avec ce manteau Woo Young Mi en tête.

C’est en voulant procéder à l'identique que des gens se font avoir par les belles photos des magazines, qui rendent effectivement toujours mieux quand elles sont :

  • portées par un mannequin (bah ouais, ça aide),
  • retouchées lors du shooting avec des épingles dans le dos du mannequin, aux aisselles, ou ailleurs,
  • à nouveau retouchées sur Photoshop,
  • encensées dans les sélections du magazine/ blog à qui la marque achète par ailleurs de l’espace publicitaire.

Il y a donc encore une fois un compromis à faire : acceptez que certains items ne soient plus disponibles ou n’existent pas encore, dans un rapport qualité/prix donné. Ou aussi puissent être trop « planqués » pour les dénicher facilement, à moins d’être omniscient.

A ce moment là : mieux vaut se rabattre sur de bonnes alternatives, que de faire de mauvais achats.

La grande différence entre le stylisme et le coaching (par Benoit)

En gros, le stylisme, c'est du "packaging" d'une personne pur et dur. On décide de donner une direction artistique précise à une tenue pour quelqu'un, pour un moment donné, peu importe qui il est est ou ce qu'il aime.

Par exemple, les vêtements des rappeurs américains tiennent du stylisme, et non du relooking. Ainsi, suivant l'image que l'on veut donner, on va jouer sur plusieurs types de vêtements.

Un exemple très connu est Justin Bieber qui portait des chemises à carreaux G-Star dans ses premiers clips pour ados, puis qui est passé par une période Rick Owens (avec le foulard Alexander McQueen qui va bien) pour une image plus sombre, avant d'être simplement habillé d'un débardeur noir pour un côté plus cool et pas prise de tête (plus spontané quoi).

Ça c'est du stylisme ! Idem pour les shootings de GQ, dont l'objectif artistique est une mise en scène des vêtements pour un instant T, celui où la photo va être prise. C'est un vrai métier qui demande un sens artistique hyper développé, car on est dans de la création pure et pointue, mais absolument pas du coaching (même si je ne vous cache pas que ça me brancherait bien de faire du stylisme un jour, pour le fun).

La différence fondamentale avec du coaching/relooking, c'est que l'on va prendre en compte l'environnement du client, sa personnalité, ses goûts et surtout, sa vie quotidienne. Comme dirait Geoffrey, on est sur une prestation totalement orientée client (et non orientée image de marque/marketing, à l'inverse du stylisme).

On est dans des tenues qui vont s'inscrire dans sa vie de tous les jours, quand il va boire des verres avec ses copains, quand il va aller en cours, au travail ou même en rendez-vous galant.

Quand on préfère passer des sneakers plutôt que des richelieu afin de mieux coller à son environnement étudiant, c'est du coaching. Quand on reste sur des choses sobres parce qu'il y a une personnalité calme derrière, c'est du coaching. Quand on travaille sur l'acte d'achat et qu'on pousse à essayer de nouvelles choses et à sortir le client de ses vieilles croyances, c'est encore du coaching.

Sur ce, je repasse le micro à Geoffrey 😉

Mais alors, pourquoi ce coaching est-il raté ?

Le coaching de Etienne a échoué, il y a eu un décalage entre ses attentes orientées stylisme et mon travail, si on voit les choses à travers un angle coaching (et non stylisme).

Etienne est un entrepreneur avec un projet sur le thème des cultures africaines : son désir et son besoin étaient de conjuguer dans un même look « règles du bien habillé » et « influences africaines ».

Il est venu avec plusieurs idées très précises en tête : motifs des boubous africains, bijouterie ethnique, ainsi que des couleurs et des matières assez définies.

Jean semi-slim (Surface 2 Air) pour allonger la silhouette,
et trench-coat (Melinda Gloss) pour casser une allure qui serait trop filiforme.

On reste dans une palette très "terre" pour le côté Afrique.

Ce n’est pas une faute en soi : c’est normal d’avoir des attentes et des envies, et c’est une bonne chose d’envisager des pistes pour les matérialiser.

Mais des attentes trop précises ne trouvent par leur place dans un coaching en style : ce qu’Etienne cherchait, c’était le travail d’une styliste ou d’un bureau de style. Et ça demande beaucoup de temps et d’échanges.

Les détails accumulés aux épaules, et surtout le foulard (trouvaille de Etienne),
épaississent le haut du corps et donnent une silhouette plus athlétique.

Mon erreur est d’avoir accepté sa demande en pensant pouvoir y répondre (nombreuses influences « tribales » cette saison, pièces déjà identifiées, travail de repérage).

Sauf que mon image du besoin est une interprétation différente de celle d’Etienne, qui n’a pas retrouvé dans mon interprétation ses idées initiales.

Voici ma partie de la leçon.

La veste tailleur (= veste d’un complet costume, le pantalon étant laissé aux retouches)
a été choisie suffisamment courte pour pouvoir être portée comme un blazer (Ly Adams),
sans pour autant raccourcir la silhouette.

Motifs et tissus de la veste bien bruts, et rappel de couleur parfait
(touches de couleur bleues, marron et vertes dans les motifs)
pour mettre en valeur et lier l’ensemble des autres pièces.

Sneakers high tops Lanvin trouvées moitié prix,
qui accessoirisent parfaitement la tenue
avec leur inspiration africaine.

On retrouve en plus des couleurs très "terre",
des contrastes entre les cuirs grainés,
le canevas et différents cuirs retournés.

Avant / Après.

Quel enseignement pouvez-vous en tirer ?

Pour vous faire progresser dans votre style, plusieurs choses intéressantes émergent :

  • Ne partez pas avec des idées trop définies quand vous développez votre style. Avancez pas à pas (basiques, accessoires, puis pièces fortes) mais restez dans un univers cohérent.
  • Gardez une place pour l’inconnu : attendez-vous toujours à croiser des pièces différentes de ce que vous concevez comme vos gouts… mais qui peuvent tout de même vous plaire. C’est comme cela que l’on passe d’une simple récitation de ses gammes à un style plus recherché.
  • Prenez le temps pour trouver ce que vous voulez. Apprendre à s’habiller n’est pas une course, rien ne vous presse.
  • Mais profitez quand même des belles opportunités quand vous les croisez 😉

Note : Le nom du client a été changé, et pour ceux qui se posent la question : il a été en partie remboursé selon ce qu’on estimait être mutuellement juste (le remboursement étant intégral si le client n’est pas satisfait au cours de la journée). Et bien sûr vous pouvez nous poser vos questions dans les commentaires ou par email ☺

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