Présentation de nos premières sneakers blanches

Temps de lecture : 9 minutes

Si vous saviez combien j'étais impatient d'écrire cet article...

Mais d'abord, je dois vous présenter... nos excuses !

C'est la première fois que l'on accuse un tel retard sur l'une de nos sorties : ces sneakers étaient d'abord prévues pour septembre 2017, sachant qu'on avait commencé le développement au printemps.

Puis, on a décalé la sortie à octobre. Puis, novembre. Et ainsi de suite...

Je ne pensais pas que développer une sneaker blanche allait prendre autant de temps. Avant de vous présenter toutes les itérations et prototypes, j'aimerais vous expliquer notre choix de développer une chaussure, là où nous n'avions fait que du vêtement jusqu'à présent...

Le plus long des voyages commence par un premier pas...

Faire des sneakers était incontournable pour nous car, 80% du temps — si ce n'est pas 90% —, c'est ce que je porte aux pieds pour plusieurs raisons :

  • elles sont souvent très confortables,
  • elles résistent mieux aux intempéries qu'une paire de derby ou de Richelieu,
  • je ne panique pas si le bout de la sneaker tape légèrement contre un trottoir,
  • elles sont adaptées aux longues marches du samedi après-midi,
  • aucun mal aux pieds à la fin de la journée.

Les sneakers sont des chaussures idéales pour les promenades de l'après-midi !

Mais l'offre en sneakers est vraiment pléthorique. Je le sais bien ; on n'a pas arrêté de vous en recommander pendant des années. Il a donc fallu creuser ce qu'on voulait vous apporter en plus.

J'avais déjà certains éléments en tête :

  • sur les modèles milieu de gamme, les cuirs blancs utilisés sont souvent standards. Ils se ressemblent tous — logique, car un seul même fabricant italien fournit bon nombre de marques françaises. Je voulais autre chose...
  • c'était une semelle Margom ou rien. J'adore ce que fait ce fabricant : des semelles devenues iconiques grâce à un design et un sens du détail absolument parfaits. Sans compter la qualité du caoutchouc utilisé, qui contribue énormément à leur durabilité,
  • et parce que je suis maniaque sur ce détail, les points de couture de la semelle se devaient d'être bien rapprochés. J'aime beaucoup cette finition, repérée sur les Balenciaga Patchwork. Malheureusement, il est rare de la retrouver sur des paires à moins de 500 €.

Pourquoi une sneaker blanche ?

On a voulu faire la sneaker tout-terrain. Celle qu'on peut évidemment porter dans des tenues décontractées, mais qui se prête également à des pantalons dans de belles matières, avec une cheville ajustée.

Dans ma tête, il devait même être possible de pouvoir la porter avec un costume décontracté. Bref, le but était d'avoir une sneaker "élégante", facile à porter, plutôt qu'un modèle très sportswear.

Elles sont ici portées avec notre jogpant. Ce genre de design minimaliste s'associe à merveille avec un pantalon en laine. (Modèle non définitif)

Je voulais notamment que nos sneakers puissent avoir leur place dans les looks de mon article pour s'habiller après 40 ans.

La difficulté avec les designs épurés, c'est qu'on ne peut pas tricher :

  • impossible de cacher une qualité de cuir moyenne avec une couleur "fancy" par-dessus,
  • ni d'utiliser de nombreux petits morceaux de cuir au lieu d'un seul grand, pour économiser de la peau.

Comme je l'ai dit, je ne pensais pas que le voyage serait aussi long...

Pourquoi une sneaker basse ?

C'est la forme la plus facile à mon sens. On peut jouer avec des chaussettes de couleur et un pantalon légèrement court et, surtout, on peut les porter l'été avec des chaussettes invisibles !

C'était une évidence.

Il y a la théorie… et la pratique !

On a lancé notre premier prototype avec beaucoup d'innocence. Je me disais :

Bon, je commence à avoir de l'expérience dans notre marque. Je suis focus produit, j'aime le beau ; une sneaker blanche, c'est facile. Je pense savoir ce qu'est une jolie forme, ça va être simple !

Quelle candeur !

Ce fut un long, long périple. Mais les grands voyages pleins de galères sont aussi ceux où l'on apprend le plus, et c'est ce qu'il s'est passé ici.

Reprenons les choses dans l'ordre, après avoir envoyé notre cahier des charges à notre atelier au Portugal…

Prototype #1 : retour à la réalité

Le premier prototype est celui qui m'a fait redescendre sur Terre. On a effectivement reçu une paire de sneakers blanches, mais j'ai pris conscience qu'entre ce qu'on imaginait, et la manière dont ce serait retranscrit, il y aurait un gouffre à combler absolument.

Première chose : la forme ne va pas. Le bout est trop rond, trop bombé, trop commun. Les quartiers, déjà très larges, n'arrangent pas cette impression.

Le bout complètement bombé. C'était ce qui me posait le plus problème ici.

Les coutures de la semelle sont un peu trop espacées à mon goût. Ce n'est pas dramatique, mais le rendu n'est pas assez fin.

Quant au cuir, au bout de quelques ports, il marque énormément. En sortant la sneaker de la boîte, il n'a déjà pas grand chose à raconter. Beaucoup trop générique, alors qu'il est censé être utilisé par plusieurs marques milieu de gamme. Et il y a cet espèce de bourrelet autour de la cheville que je n'aime pas du tout...

La semelle intérieure est très basique, vu et revue ailleurs. On lance donc de nouvelles pistes pour avoir un produit plus confortable.

Bref, vous l'avez compris, ce premier prototype est bien en-dessous de nos attentes.

En revanche, dès le début, on a l'idée de mettre des "speed hooks" — ces crochets au niveau du premier oeillet, qui permettent de lacer rapidement ses chaussures. Quand la sneaker est portée, ils s'oublient vite et apportent une pointe d'originalité : on y aperçoit juste un peu de métal.

C'était il y a presque un an.

Ici, le modèle final. L'écartement des quartiers, l'angle avec lequel ils "descendent" vers l'avant, ou encore l'espacement des oeillets, ont été source d'intenses discussions et de pas mal d'essais différents.

Prototype #2 : nouveau speed hook, nouvelle semelle

Par curiosité, on tente un deuxième speed hook plus "mode" et géométrique, complètement circulaire. Erreur de notre part : le lacet s'insère mal dedans, et le rendu est trop volumineux.

Encore cette satanée forme bombée ! On a aussi essayé un autre speed hook, insatisfaisant. Retour à la case départ sur ce point !

On décide donc de revenir au premier speed hook, qui remporte tous les suffrages.

Ce speed hook permet de lacer rapidement sa sneaker.

On aime la nouvelle semelle intérieure, venant d'une entreprise portugaise qui s'appelle Trofaconforto. Comme d'habitude pour ce genre de fournisseur, le site Web est rudimentaire. Et ici, il est tout simplement hors d'usage. Mais vous allez voir, elle est très confortable et bien moelleuse !

Le rembourrage autour de la cheville est encore trop volumineux, lui donnant un côté cheap. Les coutures de la semelle sont plus resserrées que pour le premier prototype, mais ce n'est pas encore ça.

Et ce cuir fade ne me donne toujours pas satisfaction, il faut qu'on trouve autre chose.

Prototype #3 : la recherche de la bonne nuance... et du bon cuir

On change de couleur de semelle. Le blanc optique de Margom est trop... clean, trop chirurgical.

Un essai avec une semelle blanc optique. Un poil trop clean pour moi, il fallait un ton à peine plus chaleureux...

Parmi les multiples nuances écrues disponibles chez Margom, on choisit la référence "Glassa", couleur crème. Elle permet de réchauffer l'ensemble et apporte plus de variété dans les coloris.

On fait aussi un test avec une semelle de la même couleur que l'empiècement en cuir suédé, mais elle se marie mal à la blancheur du cuir.

On a essayé une semelle plus foncée, mais non, ça rend pas bien. Par contre, je reste toujours aussi content des points de couture rapprochés sur la semelle !

Non, cette semelle n'est pas tout à fait blanche ! Elle est couleur crème, afin de bien se marier au cuir suédé du talon.

Je vous l'accorde, on est vraiment sur du détail, mais c'était important pour nous de penser cette sneaker de fond en comble.

Et surtout... on change de fournisseur !

Là, ça commence à s'améliorer ! Les points de couture sur la semelle sont plus propres, la forme s'est abaissée pour un profil plus effilé et, surtout, le bout est enfin moins bombé ! Mais c'est le cuir qui commence à nous poser problème…

En effet, entre temps, nos bureaux déménagent dans le 2ème arrondissement, pas très loin de la boutique Anonyme Paris... Je passe voir Vincent — le fondateur, dont j'apprécie beaucoup le travail — et lui parle du cuir de nos sneakers. Il me recommande alors une tannerie italienne dont je n'ai jamais entendu parler : Settebello.

On prend contact avec eux, et je comprends rapidement pourquoi je ne connais pas cette tannerie : ses cuirs sont deux fois plus chers que les peaux génériques des marques de sneakers milieu de gamme !

Du coup, il est réservé d'emblée aux grandes marques de luxe. Je viens de vérifier à l'instant : notre cuir est utilisé sur une paire à 550 €, par exemple.

Mais en retour, on a un cuir blanc bien plus sympa, au grain et à la texture plus haut de gamme.

Quelques mots sur Settebello

Le nom vient du train italien "Settebello", utilisé par les fondateurs de la tannerie pour leurs premiers voyages d'affaires. Son design était audacieux, un salon était placé dans la voiture de tête ! C'est pour cette raison qu'on le retrouve sur le logo de l'entreprise : il représente la gloire du Made in Italy.

L'étonnant train Settebello, avec son salon à l'avant.

Fondée en 1957, la tannerie est restée familiale, ce qui est plutôt bon signe. Elle compte aujourd'hui une quarantaine d'employés.

J'aime qu'elle développe autant d'efforts autour de l'environnement, à l'instar de Candiani. En Italie, c'est une tannerie pionnière dans l'obtention de certifications. Je cite son site :

[…] elle a été la première entreprise dans ce secteur qui a obtenu des reconnaissances importantes telles que la certification de qualité UNI EN ISO 9000 :2001 (en 1998 avec certificat N. 41), la certification d’environnement UNI EN ISO 14001/96 (en 2002 avec certificat N. 13) et la certification plus récente EMAS obtenue en 2007 en tant que troisième entreprise en Italie.

Profitant de la reconstruction de l'usine en 2006, ils investissent lourdement dans de nouvelles machines très économes en énergie.

Les plus pointus liront leur rapport environnemental qui détaille bien leur politique. Alors oui, tout est en Italien, mais on peut comprendre certains de leurs chantiers.

Des procédés respectueux de l'environnement

Il est évident qu'on ne peut obtenir un cuir blanc par tannage végétal.

Il s'agit d'un tannage au chrome III. La particularité de Settebello ? Elle envoie le bain de chrome à une entreprise spécialisée, qui récupère l'eau et isole le métal pour le revendre.

Les peaux viennent d'Espagne. Si je généralise grossièrement, j'ai pu apprendre que les peaux européennes présentaient moins de défauts, de piqûres d'insectes et de griffures. Quant au cuir suédé à l'arrière de la chaussure, il vient d'Italie.

Les coutures sur la semelle sont enfin aussi resserrées que je le voulais. Le dessin des quartiers s'allonge légèrement vers l'avant pour plus de dynamisme, le feeling global commence à devenir plus haut de gamme.

Ah, et on rajoute des oeillets en métal à l'intérieur pour la solidité. Sur des sneakers blanches et épurées, des oeillets visibles de l'extérieur auraient semblé disgracieux. Cela altère l'élégance de la pièce et brouille la ligne globale.

A l'extérieur, pas d'oeillets en métal visibles (j'ai horreur de ça). Par contre, ils sont quand même renforcés à l'intérieur, n'ayez crainte !

Prototype #4 : encore un petit effort...

Le cuir Settebello est intéressant, mais trop "mou". Il est habituellement utilisé sur de petits empiècements, lui permettant d'avoir de la tenue.

Pour le coup, sur notre sneaker blanche toute épurée, sans couture ni rien, il plisse trop rapidement.

Allez, on y est presque !

Toujours chez Settebello, on choisit donc de prendre un cuir plus épais. Et c'est un mal pour un bien, car il me plaît beaucoup : sa particularité est d'avoir un effet mat plutôt inhabituel. Il apporte un côté plus moderne, j'aime bien !

La sneaker a plus de tenue, le rendu général continue de s'améliorer.

Sauf que…

Ce n'est pas encore tout à fait ça.

Prototype #5 : une paire enfin aboutie

Qu'on soit bien clair : un cuir qui plisse pendant la marche, c'est parfaitement normal. Cela arrivera sur nos sneakers. Mais sur cet essai, c'était trop.

Alors, on décide de rajouter une surpiqûre le long des oeillets et de la cheville pour le prototype suivant.

On rajoute une bande de cuir le long des oeillets, on change le cuir, et... la magie opère !

Et là... Quand le proto final arrive, on y est enfin !

La forme est abaissée, bien moderne ; le cuir se tient parfaitement bien, sa texture mate est du plus bel effet ; les surpiqûres habillent comme il faut cette sneaker...

En d'autres termes :

On l'a !

La couture de la semelle resserrée, l'avant qui n'est plus bombé comme sur le premier prototype, le cuir de Settebello, l'oeillet en métal qui est finalement discret, la surpiqûre le long des oeillets : les pièces du puzzle finissent par s'assembler une bonne fois pour toutes !

One more thing...

Et comme si ça ne suffisait pas, on a inclus un (très) beau cadeau qui vous permettra de bien bichonner vos sneakers. À ma connaissance, aucune marque n'avait fait ça avant nous.

Mais je préfère vous laisser la surprise !

Comment se procurer les nouveautés du mois de janvier  ?

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Benoît Wojtenka Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées.
Et j'ai quelques lubies : le sport en salle, le techwear… Et j'adore le thé sous toutes ses formes, que je bois à raison de plus de trois litres par jour.

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